CHAPITRE X
De la frayenr que les chevaux inspirent aux Indiens.
Lb 1 4 de janvier on traversa des villages appartenant aux Guaranis, qui tous vinrent recevoir les Espagnols avec beaucoup de joie. Ils partaient du maïs, des poules, du miel et d'autres aliments , parce que le gouverneur les payait ce qu'ils voulaient.Ces gens en livraient
une si grande quantité, qu'on laissait le surplus sur la route. Tous étaient entièrement nus, aussi bien les hommes que les femmes; ils avaient une grande frayeur des chevaux. Ils priaient le gouverneur de dire à ces animaux de ne pas se mettre en colère , et, pour les apaiser, ils leur portaient à manger.
C'est ainsi que l'on arriva à une rivière large et profonde , nommée Yguatu ; elle est très- belle, très -poissonneuse, et les bords sont bien boisés. Sur la rive est une ville de Guaranis, qui cultivent le maïs et les cassaves, comme dans les autres parties du pays qu'on avait traversées. Ces Indiens vinrent recevoir le gouverneur. Ils paraissaient avoir appris son arrivée et les bons traitements que l'on faisait aux natureb.Ils apportèrent beaucoup de vivres. Dans tout ce pays les. pins sonttrès-communs; ils ont beaucoup de friûts semblables à ceux dont on a déjà parlé. iLes habitants se montraient tous ser viables , pa^'ce que le gouverneur les traitait .fort bien. /La
rivière d'Yguatu coule à a5 degrés à /Fouest; elle peut être de la largeur du Guàdalquivir. D'après le rapport de^ naturels ( plus >tard on vit que c'était vrai )^ on devait trouver, sur. ses bords de nombreux villages; les, habitants sont les plus riches de toute la contrée; le travail de la terre et l'éducation de; la volaille en sont les causes.. Ils élèvent beaucoup d'pies , de poules et d'autres oiseaux ; ils ont quantité de gibier, des sangliers , des cerfs, des tapirs , des perdrix , des cailles et des faisans. La rivière est très-poissonneuse. Ils sèment et recueillent une grande quantité de mais , des patates, des cassa ves, des mandubiçs; ils ont encore beaucoup d'autres fruits, et les arbres leur fournissent une grande quantité de miel.
Le gouverneur résolut dans ce village d'écrire aux, officiers de sa majesté , aux capitaines et aux Espagnols qui résidaient à l'Assomption , pour. leur faire savoir comipient, d'après les ordres du roi, il allait les secourir.
7^ comiieWaïbrs
Il envoya deux Indiens porter cette lettré. . Une nvàtj penddnt qu'on était sur le bord du RiùPiquen, un chien mordit à la cuisse un nommé Francisco Orejon, bourgeois «fAviîa; quatorze autres Espagnols, fatigués par la Ionmarche qu'ils avaient faite , tombèrent aussi malades, et restèrent avec Orejon; ils devaient suivre à petites journées. Le gouverneur recommanda aux naturels d'avoir soin d'eux, de lès protéger et de leur servir de guides , afin qu'âpirèsétre rétablis ils vinssent le rejoindre; et, pour que les Indiens le fissent de bon cœur, il donna au chef du village et aux autres naturels beaucoup de présents dont ils furent charmés.
Toute la contrée qu' Alvar-Nuîicz et ses gens parcoururent en faisant ce voyage de découverte est remplie de grandes campagnes culti== vées , arrosées par de très-bonnes eaux , des rivières, des ruisseaux et des fontaines; elle est boisée et bien ombragée. Ce sol, le plus fertile du monde, est très-propre à la culture et
à la colonisation. De nombreuses parties sont favorablement exposées pour des sucreries; le pays est très-giboyeux, les habitants sont des Guaranis ; ils mangçnt de la chair humaine. Tous sont cultivateurs , élèvent des oies et des poules , sont généralement très-doux et amis des chrétiens. Avec peu de peine on les instruirait dans notre sainte foi catholique , ainsi que Texpérience la démontré. A en juger par la nature du sol , il est certain que , s'il y a des mines d'argent au monde, c'est là qu'il doit y en avoir.