‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 30 sur 91 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le gouverneur ordonne d'informer sur la plainte qu*on lui

avait loumiie.

Les chefs indiens se plaignirent au gouverneur d'avoir été dépossédés de leurs terres par les Guajcurus , qui avaient tué leurs pères, leurs frères et leurs parents. Ils dirent que , puisqu'ils étaient sujets de sa majesté y on devait les protéger et les réintégrer dans leurs

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propriétés. Ils avaient des pêcheries dans les lacs et les rivières et des chasses dans les montagnes , où ils allaient chercher le miel nécessaire à leur nourriture ; ou: bien ils portaient ces vivres aux chrétiens. On avait effectivement tué des gens qu'ils regrettaient, et on avait causé les dommages dont ils se plaignaient depuis l'arrivée du gouverneur. Celuici prit en considération les plaintes de ces chefs indiens , nommés Pedro de Mendoça , Juan de Salazar, Cupirati, Francisco Ruiz Mayraru , Lorenzo Moquiraci , Gonzalo Mayraru et d'autres, tpus chrétiens nouvellement convertis. Afin de s'assurer de la vérité et de procéder suivant le droit , il leur dit , par l'entremise des interprètes, de bien informer sur ce qu'ils avançaient. Ceux-ci présentèrent un grand pombre de témoins chrétiens et espagnols, qui avaient vu les faits et qui se trouvaient dans le pays quand les Guaycurus les avaient attaqués, les avaient chassés du territoire et dépeuplé un très - grand village ,

DE 'éXBÉÇA bé 'VACA. 1 27

notnmé Gaguàçu'/qùîéfhitéilViroiiné de fortes pàlissadlss.'Le gduVferrt'eûr, aprèà avoir feçu ces infôriAâtîons , îËîivôya chèrcter les reli- ' ^'elix et leS prêtées qui se trouvaient dianB le pays, et il les réunit eu Rassemblée; G^étafent les conimis^saires ' frérte ' Bfei^nard d^Arfnanta, frère Âlonzo Lebron, Son collègue, le bachelier Mdrtitiez d' Arilaanta , et Franciàco d'Andràde, tous deuiprêtreé: Il leur donna connaissance de l'enquête, et demanda lèuf avis pout* savoir sî Ton pouvait, sans manquer à la justice, faire la guerre aux Guayqyrus : ils écrt virent leur opinion et signèrent. L'on pouvait, disaîeiif-ils , marcher à main at^mée contre ces Indiens, puisqu'ils étaient des ennemis implacables. Le gouverneur ordonna que deux Espagnols qui entendaient leur langue et Màrtlnez d'Arman ta , accompagnés de cinquante Espagnols, iraient les Sommer de se soumettre à sa majesté, de cesser la guerre' qu'ils faisaient aux Guaranis, de les laisser aller librement sur leur terri-

toire, et jouir des chasses et des pêcheries qui s'y trouvaient; qu'à, ces conditions on les traiterait en amis et on les protégerait; qu'au contraire, s'ils agissaient autrement, on leur ferait la guerre comme à des ennemis mortels. Les envoyés partirent, chargés de prendre soin, d'une manière particulière, de les avertir une , deux et même trois fois avec douceur. Huit jours après ils revinrent , et aflfirmèrent sur l'honneur qu'ils avaient prévenu les Indiens , et que ceux-ci avaient pris les armes contre eux, en protestant qu'ils ne voulaient pas faire acte de soumission à sa majesté, ni être les amis des Espagnols ou des Guaranis, et ils avaient ordonné aux envoyés de sortir de chez eux. Us leur avaient tiré une nuée de flèches , et plusieurs personnes avaient été blessées. En conséquence de ce rapport, Cabeca de Vaca ordonna de réunir deux cents arquebusiers , ou autres soldats, et douze cavaliers , et il partit à leur tête de la ville de

DE GABEÇA DS VAGA. lag

r Assomption un jeudi le 1 3 du mois du moi« de juillet i54:2-

Gomme on devait gagner l'autre rive du Rio-Paragiiay, il commanda deux brigantins pour passer ses troupes et se rendre à Gapua, village qui appartient aux Guaranis. Le cacique , très^brave et très-redouté dans le pays» s'appelait Mormocen. Il était chrétien , * et portait le nom de Lorenzo. Le village de Ca^ guaçu lui appartenait, mais les Guaycurus le lui avaient pris. Tous les soldats et les chevaux devaient se rendre par terre jusqu'à ce dernier endroit, : éloigné de quatre lieues de l'Assomption. On marcha tout le jour : on rencontra, des troupes nombreuses de Guaranis qui se rendaient à Capua pour se réunir au gouverneur. .L'ordre et l'appareil de guerre de ces gens, leurs corps couverts de plumes de perroquets, leurs flèches et leurs arcs peints de diverses manières ,- les instruments de guerre dont ils se servent, tels

que timbales , cors et autres , tout cela 6. 9

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iferœait un spectacle vraiment curieux.

Le même jour toute Tannée , cavaHers et fantassins arrivèrent à Capua^ où r<»2 trcmva iun ^raioid noipbre d'Indiens Guaranis qui avaietitipris leur quartier dans cet endroit et aous les ^arJires des bords du fleuve. Le caci- ^que Mèrmoeen et d'autres chefe, ses parents, Vy .trouvaient aussi. Xa plupart vini^ent audevant du gouverneur à une portée de fié- <ehe du village; ils apportaient une grande -quantité de viande de cerfs et d'autrucheis que tes Indiens avaient tués le matin ou la veille. 11 y en avait tant que l'on en donna à tous les soldats autant qu'ils en voulurent , et on laissa le reste. Les chefs indiens tinrent conseil et dirent qu'il était nécessaire d'envoyer des chrétiens et des naturels pour reconnaître le pays où Ton devait passer, et examiner le village des ennemis, afin de savoir s'ils avaient appris l'arrivée des Espagnols , et s'ils disaient la garde pendant la nuit. Alvar-Nu- £iez prît l'avis des officiers , et expédia avec

SE CABEÇA DE VA<:A. i3i

Mormocen deux Espagnols et aes Indiens de bonne volonté qui connaissaient le pays. Le lendemain , vendredi , à l'approche de la nuit, ces envoyés revinrent et racontèrent que les Guaycurus chassaient dans les plaines et dans les montagnes, suivant leur coutume^ en mettant le feu dans beaucoup d'endroits. Les nôtres avaient pu reconnaître que le jour même ils avaient transporté plus loin leur village, et qu'ils marchaient en chassant avec leurs enfants et leurs femmes , pour se rendre dans une contrée où il leur serait facile de vivre de gibier et de pêche. Ils n'avaient pas le moindre soupçon de l'arrivée des Espagnols. De l'endroit où nous étions , jusqu'au pays où les Indiens s'étaient établis, on pouvait compter cinq ou six lieues, car on voyait les feux dans les endroits où ils chassaient.

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