CHAPITRE^XXXII
Les Indiens Aperus viennent contracter une alliance et se
soumettre.
Le gouverneur avait ordonné de mettre en liberté les Aperus pour qu'ils allassent pacifier les autres Indiens de leur nation. Un dimanche matin ^ peu de jours après leur dçpart, ils arrivèrent sur l'autre bord du Rio- Paraguay en face de l'Assomption. Ils se ran-
gèrent en bataille ^ et firent signe aux habitants qu'ils voulaient se rendre à la ville. Cabeça de Vaca l'ayant appris , envoya deux canaux pour savoir qui ils étaient. Dès que les embarcations furent à terre, ces Indiens y montèrent, traversèrent le fleuve et vinrent à la ville. Ils se présentèrent devant le gouverneur, disant qu'ils étaient des Aperus, s'assirent sur un pied comme pour demander la paix , et quand ils furent dans cette position , ils assurèrent qu'ils étaient les chefs de la nation nommée Aperus, qu'ils venaient voir* le commandant des chrétiens , rechercher son amitié et se soumettre à ses ordres.
On avait appris dans tout le pays l'expédition contre les Guaycurus; en conséquence toutes les peuplades étaient émerveillées de ce que les Indiens les plus braves et les plus redoutés avaient été vaincus par les chrétiens. Les Aperus avaient amené avec eux plusieurs de leurs filles; ils prièrent Alvar-Nunez de les recevoir en otage pour qu'ils fussent plus
Dl CABEÇA DE YAGA. l85
tranquillisés, et plus certains qu'on les traite* rait en amis. Le gouverneur, en présence des capitaines, des religieux et des officiers du roi, leur dit qu'il était venu dans ce pays pour persuader aux naturels d'embrasser le christianisme, de reconnaître la souveraineté de sa majesté , et pour leur faire faire la paix avec les Guaranis qui étaient sujets du roi. Que s'ils voulaient maintenir des liaisons d'amitié , et se conformer à d'autres ordres qu'il leur intimerait au nom de sa majesté , il les recevrait en qualité de sujets y et comme tels il les protégerait contre tous , pourvu qu'ils restassent en paix avec les naturels de la province. Il ajouta qu'il ordonnerait à tous les Indiens de les traiter en amis. Chaque fois qu'ils le voudraient ils {pourraient venir en toute sûreté à l'Assomption pour faire des échanges , et commercer avec les chrétiens et les Indiens qui s'y rendaient, ainsi que les Guaycurus, depuis qu'il avait fait la paix avec eux. Pour tranquilliser ces gens, il reçut
l86 ODBlMEIiTAIllBS
leurs femmes et leurs filles , qui furent confiées aux religieux et aux prêtres pour qu'ils les instruisissent dans la doctrine chrétienne et dans la morale : les Indiens en furent très-satisfaits. Ils s'en allèrent très-contents d'avoir été reçus sujets du roi , et par la suite ils se conformèrent ponctuellement aux ordres du gouverneur. Celui-ci leur donna de nombreux présents qui leur fuirent fort agréables. Les Indiens dont nous venons de parler ne sont jamais que deux ou trois jours dans le même endroit ; ils vont à la chasse ou à la pèche pour subvenir à leur subsistance y et emmènent avec eux leurs femmes et leurs enfants. Le gouverneur , jaloux de les attirer à notre sainte foi catholique , demanda aux religieux s'il y avait moyen de les civiliser et de les instruire. Ceux-ci lui répondirent que c'était impossible , parce qu'ils n'avaient pas de séjour fixe , qu'ils employaient tout leur
temps à se procurer des vivres , et que l'obligation absolue où ils étaient de se nourrir,
les forçait d'aller tous les jours à la chasse avec leurs femmes et leurs enfants, qu'autrement ils mourraient de faim : ce serait donc peine perdue de Tentreprendre, et cela était vrai. Les religieux étaient dans l'impossibilité de vivre parmi eux , ne s'y trouvant pas en sûreté.