CHAPITRE LXV
Aetour du gouyemear et de sa troupe an port des Rois.
Le gouverneur » voyant quel était Favis des prêtres , des officiers et des capitaines ^ consi^ déra la situation difficile dans laquelle sa troupe se trouvait , et le désir que tout le monde avait de retourner. Il exposa néanmoins le grand désavantage qui résulterait de
ce projet. Il dit qu'il était impossible de trouver assez de vivres dans le port des Rois pour nourrir tant de monde et pour s'approvisionner de nouveau ; que le maïs n'était pas encore mûr, et que les habitants n'avaient rien à leur fournir. Il leur rappela que les naturels avaient dit que la crue des eaux ne tarderait pas à arriver, ce qui mettrait les Espagnols et les Indiens dans de grands embarras. Ces raisons , et d'autres encore qu'il leur donna , n'empêchèrent pas les Espagnols de persister dans leur volonté de retourner. Connaissant le désir positif qu'ils en avaient , et ne voulant pas donner lieu- à des mutineries qui auraient entraîné la punition de plusieurs personnes , il fut forcé de céder , et il les prévint que le lendemain on regagnerait le port des Rois.
Le jour suivant , de grand matin , il expédia pour Tapua le capitaine Francisco de Ribera , qui s'était ofiFert avec six chrétiens et le guide, qui connaissait le chemin. Il leur
donna onze chefs indiens pour escorte. Us ne devaient pas le quitter jusqu'à ce qu'il fût de retour. Il les prévint que s'ils abandonnaient leur commandant il les ferait punir. Alvar se mit aussitôt en route pour se rendre au port des Bois avec tout son monde, et il y revint en huit jours, bien mécontent de n'avoir pas poussé plus avant.