CHAPITRE L XVI
Loé Indiens veulent maséAcrér ceux qui ëUiént restés au port
des lois.
QuÂjsTD le gouvériieur fut de retour au port des Rois, le capitaine Juan Romcro, qu'il y avait laissé comme son lieutenant , lui rap^ porta que peu de temps après son départ les Indiens du pdrt et ceux d^une Ue éloi^ée d'une lieue de là avaient résolu de massacrer
tous les chrétiens qui y étaient restés , et de s'emparer des brigantins. Ils avaient rassemblé , dans cette intention , tous les naturels de la contrée. II& s'étaient ligués avec les Guaxarapos , nos ennemis , et avec beaucoup d'autres nations, et ils avaient décidé d'attaquer les Espagnols pendant la nuit^ Sous prétexte de
faire des échanges, ils étaient venus espionner. Ils n'apportaient plus de vivres , comme ils en avaient l'habitude » et même ils avaient dit clairement qu'ils viendraient tuer les chrétiens. Le gouverneur en ayant connaissance , fît appeler les chefs et leur fit enjoindre , au nom de sa majesté, de renoncer aux hostilités, de maintenir les conventions de la paix, puisque lui et tous les chrétiens les avaient traités tomme des amis, et ne leur avaient occàsionné aucun mal nî tort. Il leur rappela que lui-même il leur avait donné de nom^ breux présents , qu'il les protégerait contre leurs ennemis ; que s'ils en agissaient autrement, il ies regarderait comme'en'état d'hos-
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tilité , et qu'il l^uv ferait Ia.guen?e. U fit ces menaces len présence du clergé, et des officiers ; puis il leur distribua des bonnets rouges et d'autres objets. Ils promirent de nouveau d'être amis des cbrétiens et de chasser de chez eux les Indiens qui étaient venus contre nous : c'étaient les Guaxarapos et d'au-
très nations.
. Deux jours après son arrivée au port des Rois , un grand .nombre d'Espagnols et de na^ turels se trouvant réuni3, le gouverneur craignit que cette multitude soufirit bientôt de la famine , car il fallait les nourrir, et il n'y avait dans tout le pays d'autres vivres que ceux qui étaient à bord des brigantins amarrés dans le port. Ces provisions étaient même bien diminuées, il n'en restait guère que pour dix ou douze jours , pour toute la troupe qui, tant que chrétiens ou Indiens , s'élevait à plus trois mille hommes. Se voyant réduit à cette extrémité , et tous ces gens en danger de mourir de faim , Cabeca de Yaca fit rassembler
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tous les interprètes et leur ordonna d'aller dans les villages voisins pour chercher des vivres et donner en échange des marchandises, qu'il leur livra en quantité considérable. Ces gens partirent, mais ils ne trouvèrent pas de provisions. Lç gouverneur l'ayant appris, fit appelât* les principaux Indiens du pays et leur demanda où il pourrait se procurer des vivres contre des objets d'échange. Ceux* ci répondirent qn% neuf lieues de là il y avait $lir le bord d'un grand li^c, des naturels nommés Arianicosis, qui avaient une grande abondance de vivres et qu'ils fourniraient <?e dpnt on avfiit besoin *
CUÂPITHfi {.^va.
L0 gon^emmir eoToie le capitaine Mendoce pour chercher dei
Tiinre«.
Dis que le gouverneur eut pris ces Infor* imtttoas , il convoqua les officiers , le clergé , les capitftineSi et d'autres personnes expéri* rimentées» pour se concerter avec elles sur ce qu'il y avait à faire ; car tout le monde demandait des vivres , et il n'en avait pas à don«
ner. La troupe était sur le point de se débander et de courir le pays pour se. procurer des provisions. Les officiers et les prêtres étant réunis , il leur dit quel le danger de la famine dont tout le monde souffrait était si urgent , qu'il fallait sans retard y apporter remède si l'on ne voulait succomber, qu'il savait que les Indiens Arianicosis avaient des vivres, de domer leur avis sur ce qu'il y avait à faire. Tous répondirent "unanimement qu'il devait envoyer aux villages des Indiens la plus grande partie de sa troupe, pour qu'elle y vécût , et pour acheter des provisions que l'on expédierait sans délai aux gens qui resteraient au port avec lui. Que si ces Indiens refusaient d'en fournir en les payant , il fallait les prendre de forcé, et s'ils â'y opposaient, commencer les hostilités afin de s'en emparer; attendu qu'autrement tous allaient morurir de la famine , et que sur l'autel même il est permis de prendre de quoi se nourrir : tel ^fut l'avis qu'ils donnèrent et signèrent de leurs
3^ GQIIIISKTAIMS
gria;i49 «tUnticm pour qu'en traversant 1m TiUiig^ 4f6 Indiens nos «ini^, perMojie de la troupe que vous emmenez ne s'introdiÛM d^ns lewa h^lnlbitions » fA i[u'il nie leur soit ptts fait à<^ violence. Tout œ que vous achètearez , tout ee qu'ils vous livreront , doit être payé à leur satisfaction, afin quits n'aient pas sujet de se plaindre. Lorsque vous arri-* verez aux villages , vous demanderez des vivres aux Indiens y et vous les emploierez à nourrir votre troupe. Vous offrirez avec des paroles amicales de les payer : s'ils ne veu» lent pas vous en livrer, vous les en sommerez une , deux , trois fois et plus , enfin autant que vous le devez légalement. Vous offrirez préalablement la valeur de ces provisions; s'ils se refusaient à vo\i$ en donner, voua les prendrez de force, et s'ils s'y apposaient à main armée, faites- leur la guei;Te ; car la fomine quei^ou» souffrons nous y oblige. Dans tdlit ce qui peut en résulter, vous vous
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conduirez avec autant de modération qu'il est convenable au service de Dieu et de sa majesté , qui compte sur vous , comme elle doit compter sur un de ses swviteurs.
CHAPITJRE LXVIII.
Le gouTemeur envoie un brigantin monté par le capitaine Ribera pour découTrir )a riYière des Xarayet.
Gabeça de Vaca ayant expédié le capitaine Gonzalo de Mendoce , d'après Tavis du clergé y des gens du roi et des capitaines, cet officier partit le i5 décembre de la même année, avec cent vingt chrétiens et six cents Indiens tireurs d'arcs, nombre
3Aâ COMMENTAIRES
auffisant poui^ uitie expéditioi» beaucoup plus considérable* Les naturels du port des> Rois donnèrent avis au gouverneur» qu^en. rçmon* tant le fleuve Yguatu » les brigaQtins pour^ raient transporter les troupes au pays des Xarayes , que les eaux commençaiept à croître , et que ces bâtiments navigueraient bien facilement : ils lui dirent aussi que les Xarayes et d'autres Indiens > qui vivent sur le bord de cette rivière > possédaient beaucoup de vivres, et que f dans cet endroit même , il y avait d'autres cours d'eau très-rapides qui venaient de rintérieur «t «e jetaient dans la rivière Yguatu* On y trouvait» suivant eux» de grands villages d'Indiens bien pourvus de vivres. Désirant faire explorer les parties inconnues de cette rivière^ le gouverqeur envoya le capitaine Hernando de Bibera^ «vidc cini|ttant&deux hommes et un ibrigaotin» Ils devaient nemonter ila rivière jusqu*au village dits Xa^ rayQs, parler à leur chef» s'informer de eehii ^ était te plus avant, puis aller voir w
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ë^rnitef et TehaervÊr en perjonnle* Us n'mTaîeiit ta permififtiaDdedëbanfiicr ni lui ni qui que ee tàtée sa Izmipe. L'interprète senl «t dieux au^ 4res personnes devaient chercher à voir les ri*verains» traiter; avec eiix, leur fkire des présents et des propositiom de ipasx. Le gouvQ*«> neuTypour étrebien infonwédececpiei^fi£ertte le paya , chargea le capitaine d^structiom et denomixrèuxprësents^ et il lui dit deTÎvè voix ce ipi'il était nécessaire qu'il fit pour le service de aa mafe^ et ie bien du pays^ ifarnando de Rifaera mit a ia voile le ao de décembre de la méanc année.
Qnel(fues jcttirs après >son départ, le ci^i*ifcina Gonsalo de Metidoèe écrivit qu'MiMltèt arrive au village des Imëens Arianido«s ^ il avait expédié un inéerpréte pour leor dire ^'il venait tbtt eux les prier de lui vendre des vivres^ qu'il les payerait en marchant dises dont ils «draieot trés^satislaite » en «<^ Uers^ ea couteaux , en coins de fer , choses qu'ils estimant facauooiqi , et qu'il Imir dMiiè*
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• raît.uiie grande quantité d'hameçons* L'interprète emporta ces . marchandises pour qu'ils les vissent et qu'ifô connussent qu'on ne venait pas pour leur faire tort , et que l'on ne voulait rien prendre de .force; mais il ne tarda pas à revenir en fuyant devant les Indiens qui étaient accourus pour le tuer. Ils avaient Janeé une nuée de jBèches, ep disant jqu'ils nevoulaient pas que lès chrétieiis vinssent efaez.eux, qu'ils refusaient de rien leur donner , et voulaientméme lès tuertotis ; que lesGuaxarapos, nation trés-belliqueuse , étaient venus Jeur prêter main-forte. Ces derniers, ajoutaient^ls, avaient tué un grand nombre de chrétiens . et proclamaient que les Espagnols avaient le crâne tendre , et qu'ils n'étaient ' pas forts. Gonzak) de Mendoce envoya de nouveau le même interprète pour les prier et les sommer de leur donner des vivres. Il avait expédié avec cet homme quelques Espagnols , pour voir ce qui se passait. Tous ces gens revinrent chassés par les Indiens : ils dirent que ces na-
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ttirels avaient marché contre eux à main ai^ mée, qu'ils avaient lancé une grande quatitité de flèches^ en leur criant de quitter le pays, qu'ils refusaient de donner des vivres. Le capitaine s'avaneadonc avec sa troupe pour les soumettre; Quand il fut arrivé prés de leur village , tous les Indiens marchèrent à sa rencontre en tirant une nuée de flèches , et ils cherchèrent à tuer les Espagnols sans vouloir les entendre et sans vouloir les écouter. C'est pourquoi , dans l'intérêt de leur propre défense , les nôtres tuèrent deux naturels à coups d'arquebuse. Les ennemis l'ayant vu s'enfuirent dans les forêts. Les Espagnols se portèrent ensuite aux maisons^ où l'on trouva une grande quantité de vivres, du maïs, des mandubies , des plantes , des racines , et d'autres aliments.
Sans perdre de temps , Gonzalo de Mendoce envoya un Indien qu'il avait fait prisonnier, pour dire aux autres naturels de revenir
chez eux , promettant de les traiter en amis 6. aS
et dé jpajper les vivres qm'bn leur avait prfe Jorsqii*^lls s'étaient ehfttid. Il» s'y reftisè* rent, récommencèreTit les hostilités, ëtablirént un camp , fortifièrent teurs maisons , et n^èmfe ils en brûlèrent une grandie partie. Ces gen» se coalisèrent avec un nombre considérable de peuplades indiennes pour tuer les Espagnols; eux-mêmes le disaient , et ils ne cessaient de venir foire aux nôtres tout le mal possible. Le gouverneur envoya Tordre au? capitaine de feire tous ses efforts pour ramener les Indiens chez eux; il lui enjoignit de ne pas permettre que l'on fît aucun mal à ces naturels , de payer toutes les provisions qu'on avait prises, de les pacifier, et dViIler cher» cher des vivres d'un autre côte. Le capitaine fit bientôt savoir qu'il les avait envoyé appeler et leur avait donné toute sûreté pour qu'ils revinssent chez eux protestant qu'il les regarderait comme ses amis, qulf ne leur ferait pas de mal, qu'il les traiterait bien ; mais ils s'y étaient refusés, et avaient eon-
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tinué les hostilités y nous faisant tout le tort possible , conjointement avec les Guaxarapos et les Guatos , nos ennemis , avec qui ils s'é^ taient ligués.