‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 77 sur 91 · CHAPITRE LXXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXl

Le gouverneur rappelle le capitaine Gonzalo de Mendore.

Le gouverneur , dans Tintention de mettre en ordre les choses nécessaires pour le voyage de découverte , comnae l'exigeait le service de sa majesté, envoya sans retard rappeler le capitaine Gonzalo de Mendoce, afin qu'il quittât, lui et sa troupe, les pays des Aria-

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nicocis. Avant de revenir, il avait ordre de faire en sorte de rappeler ces Indiens chez eux et de conclure la paix.

Lorsque Francisco de Ribera retourna avec les six Espagnols , la troupe , qui occupait le port des Rois^ commença à être attaquée de la fièvre, de telle sorte qu'il n'y avait pas assez de monde pour monter la garde. Les Indiens Guaranis eux - mêmes furent tous malades , et plusieurs succombèrent.

Gonzalo de Mendoce donna avis que ses hommes avaient aussi été atteints de la fièvre chez les Arianicocis, et qu'il les renvoyait dans les brigantins tous malades et fatigués. Il n'avait pu parvenir à conclure la paix avec les naturels, bien qu'il eût promis de leur feire de nombreux présents. Chaque jour , ces gens venaient l'attaquer. Le pays suivant lui était abondant en vivres , que l'on se procurait dans les champs et dans les lacs ; outre les provisions qu'il avait envoyées, il en avait laissé une grande quantité , afin que ces

Indiens pussent se nourrir , et il en apportait à bord de ses brigantins. La maladie qui avait attaqué tout le monde provenait de ce que les eaux s'étaient gâtées dans tout le pays et qu'en croissant elles étaient devenues saumàtres.

A cette époque, les Indiens d'une île située à une lieue du port des Rois , et que Ton nomme les Socorinos et les Xaques , voyant les chrétiens malades et affaiblis, commencèrent à leur faire la guerre. Ils ne venaient plus commercer et faire des échanges avec les chrétiens. Ils ne les avertissaient plus que certains Indiens disaient du mal d'eux , particulièrement les Guaxarapos : ils se coalisèrent même avec ces derniers et se mirent en campagne pour combattre les Espagnols. Les Indiens Guaranis, que l'on avait amenés à bord de l'escadre, allaient dans leurs canots en compagnie de quelques chrétiens, pour pêcher dans une lagune , à un jet de pierre du camp. Un matin, au point du jour, cinq

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chrétiens, dont quatre fort jeunes, étant partis sur des eanots avec des Guaranis, furent pris par les Xaques, les Socorinos, et beaucoup d'autres habitants de l'île. Ceux-ci tuèrent des Guaranis nouvellement convertis, etils en emmenèrent dans Tile beaucoup d'autres qu'ils massacrèrent. Ils coupèrent les cinq chrétiens par morceaux et les partagèrent avec les Guaxa* rapos, les Guatos,et d'autres naturels des environs et du port, qu'ils nomment del Vie}o ( du Vieillard). D'autres peuplades, qu'ils s'étaient associées pour nous faire la guerre , en eurent leur part , et l'on mangea les chairs de ces malheureux dans l'ile et dans d'autres villages. Non contents de cela, comme la troupe était malade et faible , ils vinrent avec une audace extrême attaquer le village qu'occupaient les chrétiens, et y mettre le feu. Ceux-ci commencèrent à jeter de grands cris en disant: Aux armes ! aux armes ! les Indiens tuent les chrétiens ! Comme tout le monde était armé , on marcha à leur rencontre. Ils s'emparèrent

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de plusieurs chrétiens qui descendaient du lac y entre autres d'uû nommé Pedro Mepen : ûs en tuèrent aussi quelques-uns qui y péchaient^ et ils les mangèrent comme ils avaiertt fait des cinq premiers;

Le lendemain matin » à la pointe du jour, on vit un grand nombre de canots montés par une multitude de gens de guerre qui arrivaient précipitanunent de l'autre coté du lac ; ilsjetaientde grands cris, faisaient des signaux avec leurs arcs et leurs flèches, les élevaient

en l'air pour nous. faire comprendre qu'ils

étaient entrés en campagne. Ils pénétrèrent dans File située sur la lagune du port des Rois ; et , dans une seule affaire , ils nous tuèrent cinquante-huit chrétiens. Le gouverneur, voyant ce désastre , dit aux naturels du port de demander à ceux de l'île les chrétiens et les Indiens qu'ils nous avaient pris. Ces gens y ayant été, on leur répondit que les Guaxarapos les avaient emmenés. Depuis cette époque ils venaient, pendant la nuit, parcou-

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rir la lagune pour voir s'ils ne pourraient pas prendre quelques chrétiens ou les Indiens qui y péchaient y et ils s'opposaient à ce que Y on péchât, disant que la contrée leur appartenait, quç les chrétiens n'avaient pas le droit d'y pêcher, qu'il fallait quitter le pays, sinon qu'ils nous tueraient. Le gouverneur leur fit dire de cesser les hostilités et de respecter les traités qu'ils avaient contractés, de ramener les prisonniers chrétiens et les Indiens, promettant que, dans ce cas, ils seraient traités en alliés; mais que , s'ils s'y refusaient , on agirait contre eux en ennemis. Il leur fit plusieurs fois transmettre ce message, plusieurs fois il les fit prévenir; mais ils refusèrent d'obéir; ils ne cessaient pas les hostilités et nous faisaient tout le mal possible. Voyant que ces démarches n'avaient rien produit , Cabeça de Vaca ordonna d'informer contre eux. Une enquête ayant été faite, ilg furent reconnus et déclarés ennemis. D'après l'avis des officiers

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de sa majesté et des prêtres , on pouvait leur faire la guerre ; on la leur fit , et le pays fut à l'abri des ravages qu'ils commettaient chaque jour»

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