‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 81 sur 91 · CHAPITRE LXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXV

|La population se rassemble devant la porte d'Irala.

Le lendemain matin les officiers firent pu-blier dans les rues, au son du tambour , que tout le monde eût à se rendre devant W maison du capitaine Domingo d'Irala. Leurs amis et leurs partisans s'y étant portés en armes, ils firent lire, par uu crieur public et

à haute voix 9 un libelle diffamatoire. Ils disaient) entre autres choses, que le gouverneur avait ordonné de prendre à chacun ce qu'il possédait, de traiter tout le monde comme des esclaves ; et que , dans l'intéi^êt de la liberté générale, ils s'étaient emparés de sa personne. Quand ils eurent fini la lecture de cet écrit, ils dirent : Messieurs , criez : Vive la liberté ! vive le roi ! ce que leurs amis firent à haute voix. Après ces acclamations, ils s'emportèrent en invectives contre le gouverneur. Un grand nombre disait : La peste soit de lui ; allons massacrer ce tyran qui voulait nous ruiner et nous tuer.

La fureur de la population s'étant calmée, les officiers nommèrent Domingo d'Irak en qualité de lieutenant du gouverneur et du capitaine général de la province. Cet homme avait déjà été gouverneur en opposition avec Francisco Ruys , que Don Pèdre de M endoce avait laissé dans le pays pour son lieutenant. Ruys était en vérité un bon lieutenant et

DE GABEÇA Dfi VAGA. 4^9

un bon gouverneur; mais, contre toute justice, Venvie et la malice étaient parvenues à le faire déposer. Domingo d'Iralâ fut donc revêtu de cette charge (i). Quelqu'un ayant dit au contrôleur Alonzo Cabrera que Ton agissait mal dans cette circonstance, puisque Francisco Ruys avait colonisé le pays et l'avait soutenu avec tant de peine, il répondit qu'ils avaient pris ce parti, parce que Ruys ne laissait pas faire ce que l'on voulait : que Domingo d'Irala n'étant pas d'une noblesse égale à la leur, il se conformerait toujours à leurs désirs ; c'est pourquoi tous les officiers l'élurent. Ils nommèrent, pour alcade major, un certain Pero Diaz del Valle,

(i) En donnant les noms des principaux conjurés , page 421, Gabeça de Vaca ne parle pas de Domingo d'Irala. Ruiz Dias de Guzman , petit-fîls de cet officier, prétend qu*à Tépoque où la sédition éclata , il n'était pas à l'Assomption ; qu'il compatit aux malheurs de l'adelantade , et qu'il n'accepta le commandement qu'à contre cœur. D'autres auteurs combattent cette opinion, et attribuent la révolte aux machinations d'Ira^^a. Voyez D. Grégoire Funes. Ensayo, de la Historia civil del Paragury, Bueî^os-Ayres y Tucusman. Buenos-Ayres ( 1 8 1 6 ), t. i*", p; io3.

43d coMMËirrAtRÈs

ami de Domingo d'Irala. Ils donnèrent les bâtons d'alguazil à Bartolomé de la Marilla , natif de Truxillo , ami de Nunfro de Chaves ; et à Sancho de Sàlinas , natif de la Caçalla.

Les officiers et Domingo dlrala publièrent sans retard qu'ils se proposaient de pénétrer dans le pays que le gouverneur avait découvert, dans l'intention d'y chercher de l'argent et de l'or pout l'envoyer à sa majesté , afin d'ob* tenir leur pardon. Ils avaient le projet, s'ils ne pouvaient s'en procurer, de s'établir dans l'intérieur , et de ne plus retourner dans la crainte d'être punis ; car il pouvait se faire qu'ils trouvassent assez d'or pour qu'on leur abandonnât le pays. Voilà par quels moyens ils trompaient la population. Cependant, comme tout le monde connaissait leurs méfaits, la conduite qu'ils avaient osé tenir, et qu'ils tenaient encore, personne ne consentit au voyage de découverte. Alors les officiers et les gens de justice commencèrent à maltraiter ceux qui se montraient récalcitrants.

DE CABEÇA DE YAGA. ^^l

Ils les mettaient en prison, s'emparaient de leurs biens et de leurs vivres, et les accablaient de mauvais traitements. Lorsque ces gens se réfugiaient dans les églises , ils plaçaient à l'entrée des sentinelles pour empêcher qu'on ne leur portât des vivres Ils prononçaient des peines contre ceux qui entreprendraient de le faire ; ils désarmaient tous les habitants; ils les poursuivaient et les livraient aux chiens. Ils disaient publiquement qu'il n'y avait qu'à tuer ceux qui se montraient mécontents de la captivité du gouverneur.

Page 1