‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 82 sur 91 · CHAPITRE LXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVI

Désmmn^ctioiiB qai enrent liou dans le pays.

Depuis cette époque des troubles et des dissensions s'élevèrent entre les habitants* CSiaque jour des gens du parti du roi disaient publiquement, aux officiers et à leurs partisans, qu'ils étaient tous des traîtres* De jour

et de nuit ils avairait continuellement les armes 6. :38

à la main , dans la crainte des habitants, qui sans cesse se révoltaient contre eux. Ils construisirent des forts en palissades et d'autres ouvrages de défense pour se mettre à l'abri; ils barricadèrent les rues , et se renfermèrent dans cinq ou six maisons. Ils transportèrent le gouverneur de la maison d'Alonzo Cabrera , où il occupait une très^petite chambre , dans celle de Garcia Vanegas, afin de le garder au milieu d'eux.Chaque jour Falcade et les algua-* zils avaient coutume de fouiller les maisons qui étaient autour de celle du prisonnier, dans la crainte que l'on n% pratiquât une mine. Lorsque les officiers apercevaient deux ou trois hommes du parti du gouverneur causer ensemble , ils criaient aussitôt aux armes , puis ils entraient ^ ïépée k la maiii , dans Vendtôit où était Oabeéa dèYato^ et lui disaient 1 eâ tirajit leiir poigtiard : k Nous jurons Dieu qiié si la population entréprend de vous enlèter d'entre hos lâiiîils ^ tïouB tùus poignànfairènSf nous voUs eoupétons k tête^ et notis la jettë^

DB OâBEÇA DE VAGÂ. 4^5

rdn» à oeûx qui Viendront jKmt toud dëlivtej?, afin de led Batis&ire. » Us nommèrent ddtic quatre hommes de ceux qu'ils regardaient comme les plus braves, pour qu'ilé Se tinssent armés de leur poignard à la première garde ; et ild leur commandèrent^ si Ton Tenait Tenlever au nom de sa majesté , d'entrer et de lui couper la tête» Ils étaient apostés dans Un endroit d'où le gouverneur les entendait agir et parler. Ces bourreaux étaient Garcia Vanegas, Andréa Hernandez elRùmo (le Camus), et d'autreSé

Non-sêulement l'arrestation du gouverneur avait occasionné des troubles dans la population en général ; mais encore beaucoup de discussions et de disputes particulières, à cause des édits qui s'en étaient suivis. Plusieurs personnes disaient aux officiers et à leurs amis, qu'ils étaient des traîtres , et qu'ils avaient fort mal agi en s'emparant de la personne de Ca-> beça de Vaca; qu'ils avaient été cause de la ruine du pays , comme bn le voyait tous les jours

et comme on le voit encore. Les autres soutenaient le contraire ; ce qui faisait que beaucoup d'Espagnols se blessaient et se massacraient entre eux. Les officiers et leurs amis

disaiept que les partisans du gouverneur, et ceux qui désiraient qu'il fût mis en liberté, étaient des perfides , et qu'il fallait les punir comme tels : ils défendaient à ceux qu'ils regardaient comme suspects de se parler. Quand ils voyaient deux hommes causer ensemble, ils les faisaient arrêter, sans savoir ce qu'ils avaient dit ; et lorsque deux ou trois se rassemblaient , ils tombaient sur eux les armes à la main. Ils avaient placé au sommet de la maison où le gouverneur était renfermé , des sentinelles dans deux guérites d'où Ton découvrait toute la ville et la campagne. Outre cela , leurs espions observaient tout ce que Ton faisait dans la ville. La nuit^ trente hommes armés parcouraient les rues , ils arrêtaient tous ceux qui s'y trouvaient, s'informaient où ils allaient , et pour quelle affaire.

DE CABEÇâ DE YACA. ^Z']

Gomme les émeutes et les querelles augmentaient tous les jours dans une proportion si considérable , que les officiers et leurs partisans en étaient fatigués et n'avaient plus de repos , ils prièrent le gouverneur de faire une ordonnance pour prescrire à la population de ne pas se révolter, de rester en paix, et même de menacer d'une peine s'il était nécessaire. Les officiers rédigèrent cette ordonnance pour qu'il la signât , ne ' voulant pas le faire euxmêmes; mais quand le gouverneur y eut apposé sa signature, ils ne la publièrent pas. On leur conseilla de ne pas le faire ; car ils prétendaient dans cet écrit que tout le monde avait été d'avis que le gouverneur fût emprisonné, et avait concouru à son arrestation. Voilà ce qui empêcha la publication de l'ordonnance.

CliAPITRE LXXVII.

Comment 4e f^owrwnemc était reafermé dans une priion

cruelle.

PjBNDAffT que ces eboses se passaient, le gouverneur était trèfs-m^lade , i) gardait le lit, et pour le guérir il avait aux pieds de fortes entraves ; à son chevet brûlait une chandelle, cw sa prison était pi obscure qu'op ne pouvait voir le cieL jL'huiuidité était si

grande que l'herbe poussait sous son lit : il gardait de la lumière dont il pouvait avoir besoin à chaque instant. Pour mettre le comble à sa triste position on avait choisi dans toute la population quelle était la personne qui le haïssait davantage , et Ton avait trouvé le nommé Hernando de Sosa , que le gouverneur avait puni parce qu'il avait frappé un chef indien à coups de bâton : cet homme fut donc chargé de le garder. On fermait sur lui deux portes garnies de cadenas ; les ofiBciers , leurs amis et leurs partisans montaient la garde jour et nuit , armés de toutes pièces. Ils étaient plus de cent cinquante, et tous payés avec l'argent du gouverneur.

Malgré cette surveillance , chaque nuit , ou toutes les trois nuits au plus, une Indienne qui lui portait à souper, lui remettait une lettre écrite par les amis qu'il avaitau dehors et dans laquelle on lui faisait connaître tout ce qui se passait. On le priait de dire ce qu'il voulait que Ton fît , les trois quarts de la population

et les Indiens étant déterminés à mourir pour le délivrer. Us n'avaient osé l'entreprendre dans la crainte que leur inspiraient les offi* ciers , en disant que , si Ton essayait de le délivrer il serait poignardé à l'instant et qu'il aurait la tête tranchée. Plus de soixante*dix hommes , de garde à la prison , s'étaient concertés avec les partisans du gouverneur pour s'insurger, se rendre maîtres de la porte principale de l'endroit où il était renfermé. Ils avaient promis de le défendre jusqu'à l'arrivée de leurs amis. Cabeça de Yaca s'opposa à ce projet, car on ne pouvait le mettre à fin sans que beaucoup de chrétiens ne fussent tués. Outre cela une fois l'exécution commencée, les Indiens auraient massacré autant des nôtres qu'ils auraient pu , ce qui aurait achevé la ruine du pays et occasionné la mort de tous les colons. Il les détourna donc de leur dessein.

L'Indienne y qui portait une lettre touta» les trois nuits, et qui rapportait la réponse , pas-

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sait au milieu d^A gardefi qui la déshabillaifint, eKamin^ient sa boucha, fi^ oreilles, et lui cou-paient lea «heveiix dans la cjmnte qu'elle n'y partât des lettres. On la visitait partout où il est possible, et je n'indiquerai pas les endroits, tant e'Mst une chose honteuse. Cette femoiie passait donc toute nue devant les sentinelles ; quaiid elle était arrivée où se (trouvait le gour verqeur, ^llè donnait au geôlier ce qu'elUe apportait, et elle s'asseyait au pied du lit, car la ehambre était très^petite. Alors elle odinr ineiji^ait à se gratter le pied ; puis , en se grat-^ tant, elle était la letjtre et la donnait F^T der.r rière le geôlier. Elle la tenait entrç les doigts du pied et le gros orteil ; e'était une demifeuille de pa{>ier fort tninoe, roulée trés«^serrée, et couverte d'un peu de cire noire ; elle était attachée avec du fil de coton noir. C'est aiosî que cette femme portait les lettres , le papier nécessaire, et un peu de poudre de certaine pierre noire du pays , qui , délayée dans de la salive ou de l'eau , faisait une espace d^encne.

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Les ofiBciers et leurs amis apprirent que le gouverneur savait ce qui se passait ; pour s'en assurer , ils choisirent quatre jeunes gens pour séduire l'Indienne , ce qui ne leur fut pas bien difiBcile , car ces femmes ne sont pas avares de leurs charmes, et elles prétendent que cest faire un grossier a£front à quiconque cherche à les obtenir que de s'y refuser; elles disent , d'ailleurs , qu'elles ne les ont reçus que pour cela. Ces quatre jeunes gens se lièrent donc avec cette femme , lui firent de nombreux présents ; mais pendant onze mois que durèrent leurs rapports ils ne purent rien en tirer.

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