‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 84 sur 91 · CHAPITRE LXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIX

Les religieux quittent le pays.

Dans ce triste état de choses, pendant que tout était en révolution, les religieux, frère Bernaldo de Armenta (i) , croyant que le moment était favorable pour effectuer leur projet de départ, en parlèrent aux officiers et à

(i) Le nom de l'autre religieux est omis dans le texte, c'est probablement Alonzo Lebron.

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Domingo d'Irak , afin qu'ils leur donnassent la permission et les secours nécessaires pour se rendre à la côte du Brésil. Ceux-ci y consentirent pour les satisfaire, parce que ces gens étaient ennemis du gouverneur, car il les avait empêchés de faire un voyage qu'ils voulaient entreprendre : on leur accorda donc cette permission , et ils reçurent des officiers tout ce qu'ils désiraient pour se rendre au Brésil. Ils emmenèrent six Espagnols et des Indiennes qu'iU instruisaient dans la religion .

Pendant sa captivité , le gouverneur avait demandé plusieurs fois aux révoltés de le laisser nommer un lieutenant du gouverneur au nom de sa majesté , afin de faire cesser les révoltes et les malheurs qui avaient lieu chaque jour I et pour ramener la paix et la justice dans ce pays. Après avoir fait cette nomination , il consentait à se rendre devant le rpi pour lui rendre compte de tout ce qui s'était passé et de sa conduite actuelle. Les officiers lui répondirent que , du moment de son arrestation ,

ses lettres de nomination avaient perdu toute leur force , qu'ils ne pouvaient en faire usage , que la personne qu'ils avaient choisie suffisait. Chaque jour ils se présentaient dans sa prison , le lûenaçaient de le poignarder et de lui eouper la tête« Le gouverneur leur dit que , quand ils seraient déterminés à le faire, il les priait, et même s'il était nécessaire, il les requérait , au nom de Dieu et de sa majesté, de lui donner un religieux ou un prêtre pour le confesser. On lui répondit que s'il y avait un confesseur à lui donner , ce serait Francisco d'Andrada pu un autre prêtre biscaien ( c'é* ta^nt deux chefs de l'insurrection ) , que s'il ne voulait pas d'eux il n'en aurait point ; car ils regardaient tous les autres comme leurs ennemis à eux, et ses intimes à lui. En effet ,

ils avaient emprisonné les prêtres Anton d'Es* carera, Rodrigo d'Herrera et Luys de Miranda , parce qu'ils leur avaient dit et disaient encore, que l'arrestation du gouverneur était

un grand péché, une action très-mauvaise , contraire au service de Dieu , du roi , et pernicieuse au pays. Le prêtre Luys de Miranda avait été emprisonné avec Falcade major pendant plus de huit mois, sans pouvoir apercevoir le soleil .Des sentinelles étaient à sa porte, et jamais les révoltés ne voulurent permettre qu aucun religieux autre que ceux que nous avons nommés vinssent les confesser.

Un gentilhomme , nommé Anton Bravo , âgé de dix-huit ans , ayant dit un jour qu'il * ferait en sorte que le gouverneur fût mis en liberté , les officiers et Domingo d'Lrala se saisirent de sa personne et le firent mettre à la torture pour faire naître une occasion de maltraiter et de punir dWtres individus qu'ils baissaient. Us lui dirent qu'ils le mettraient en liberté, pourvu qu il accusât beaucoup de monde, qu'ils lui forcèrent de déclarer dans ses tourments. On les prit tous et on les désarma. Anton Bravo reçut dans les rues cent coups

DE GABEÇA DE VAGA. ^5i

de fouet; il fut proclamé traître, et Ton prétendit qu'il avait été infidèle au service de sa majesté parce qu'il avait voulu délivrer le gouverneur.

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