COMMEN TAIRES
26 Et appela un de ses serviteurs, etl interr oguda que c’estoil. F |
27 Lequel luy dit, Ton frère est venu, et ton pére a tué un veau gras, pourtant qu'il l'a recouvré sain et sauf.
28 Il.en fut marri, et ne voulut point entrer. Sôn père donc estant sorti le prioil.
29 Mais il respondit, et dit à son père, Foyci; il y a lant d'années que je te sers, et jamais je n'oùtrepassay ton commandement, et lu ne me donnas
jamais un chevreau pour faire bonne chère avec
mes amis.
30 Mais quand cestuy-ci ton fils qui (2 gourmündé ton bien! avec les paillardes, est venu, tu luy as tué le veau gras.
31 EL luy dit, Mon enfant, tu es tousjours avec
moy, et lous mes biens sont tiens:
32 Or faloit-il faire bonne chère , et, s'esjouir, pourtant que cestuy-ci ton frère éstoit mort, et il est retourné à vie : il estoit perdu, et est retrouvé.
1) Ou, son bien.
. Ceste dernière partie de la parabole est pour condamner lPinhumanité de ceux qui par un .despit seroyent contens de resserrer la miséricorde de Dieu, afin qu’elle ne. fust plus si commune : comme s'ils estoyent envieux du salut des povres pécheurs. Car nous sçavons que Christ veut vei toucher l’orgueil et la présomption des Scribes, ausquels il sembloit qu'ils perdoyent la récompense deue à leurs mérites, s’il recevoit à l’espérance de, l’héritage éternel, les Péagers et le commun peuple. Le sommaire donc est, que. si nous voulons estre tenus pour enfans de Dieu, nous devons par une affection fraternelle oublier les fautes de nos frères, lesquelles il leur pardonne par sa bonté paternelle. Ceux qui pensent que sous la figure du fils aisné soit entendu le peuple des Juifs, combien qu’ils ne parlent pas sans raisOn me semblent toutesfois ne regarder pas d'assez près à tout le contenu du texte. Car le commencement du propos est venu du murmure des Scribes, lesquels se faschoyent de l’humanité que Christ monstroit envers les povres gens qui avoyent mené une mauvaise vie. Il compare donc les Scribes enflez d’orgueil à des gens de bien, et de bon gouvernement, lesquels
ont bien entretenu leur maison en vivant tousjours honnestement et par règle, voire mesme à des bons enfans bien obéissans, qui toute leur vie se sont rangez
patiemment. sous la conduite du père. Et
combien qu’ils fussent du tout indignes d’une telle louange, Christ toutesfois parlant selon ce qu’il leur estoit avis, par une, manière de concession leur conte pour vertu ce masque de saincteté qu'ils avoyent : comme s’il disoit, Encores que je vous accorde ce dont vous vous vantez faussement, asçavoir que. vous.avez tousjours esté enfans obéissans à Dieu; sine faloit-il pas toutesfois rejetter si fièrement et inhumainement vos frères, quand ils se retournent de leur meschante vie:
28 Son père:donc estant sorti, etc.
Par ces mots Christ reproche äux hypocrites. un. orgueil intolérable, de ce-qu’il faut que le Père les viene prier.qu’ils.se désistent de porter. envie à leurs frères} de la miséricorde de Dieu. Or combien que Dieu ne prie pas, toutesfois il nous enseigne et exhorte par son exemple à supporter les: infirmitez et fautes de nos frères. Et pour oster toute excuse à ceste rigueur perverse, il n’introduit pas seulement les.hypocrites parlans, desquels la fausse vanterie pourroit estre réfutée :
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
mais encores qu’il s’en trouvast quelqu’ un qui eust en perfection fait tout devoir envers le Père, il dit toutesfois que cestuylà n’ha point occasion de se plaindre de ce que, son frère obtient pardon. fl est bien certain que ceux qui servent Dieu en droite syncérité, sont purs et vuides. de ceste, affection maligne: mais l'intention de Christ est de monsirer que celuy qui murmure de ce que son frère a esté receu à merci, ,est un meschant, voire quand il seroit à Comparer aux Anges en saincteté.
31 Mon enfant. Ceste response, CONtient deux points. Le premier est, qué le fils aisné. n’ha point d'occasion de se COurroucer Ou: murmurer, en voyant que son frère est receu amiablement, veu qu'i ’il n° ‘à perd rien. L'autre est, que sans avoi aucun esgard au salut de son frère, il est marri de la joye que on meine à
MATTH. XVUL.
18 Que si fon frère. a péché envers toy, va, et le repren! entre toy et luy seul: s’il 'escoute, tu as
gaigné ton frère.
16 Mais s’ilne l’escoute prens-en avec toy encores un ou deux, afin qu'en la bouche de deux ou de trois tesmoins toute parole soit ferme”?.
… A7 Que S'ilne daigne les escouter, di-le à l'Eglise : eb s’il ne daigne escouter l'Eglise, qu'il te soit com-
me Payen et Péager *.
cause du retour d’iceluy. Tous n mes biens, dit-il, sont tiens: c’est-à-dire, Encores que tu n’ayes rien jusqu’ à présent emporté de ma maison, ta condition n’en est pas pire: car je te garde, tousjours ton droict entier. En après, pourquoy te fasches- {u de nostre resjouissance, en laquelle {u nous devois plustost tenir compagnie ? Car c’estoit bien raison de nous resjouir et faire bonne chère pour le retour heureux, de ton frère, lequel nous pensions estre perdu. I nous faut bien noter ces. deux raisons, que si Dieu par sa bénignité receoit à merci ceux qui estoyent destournez de luy par. leurs péchez, nous ny perdons rien: et que c’est une inhumanité malheureuse de ne nous resjouir point, voyans nos frères estre tirez de la mort, et ramenez au chemin de vie.
LUC XVII
3 S0yez Sur vos, gardes.
Si ton frère a péché envers toy, repren-le : el s'ilserepent, remets-luy:
MARC
18 Je vous di en vérité, que qQuoy que vous liez sur la terre, sera lié au ciel : et quoy que vous des-
diez sur la terre, sera deslié au ciel*.
19 Derechef je vous di, que si deux d’entre vous s'accordent sur là terre, de toutes choses qu'ils demanderont, il leur sera fait de mon Pere qui est és
cieux.
20 Car là où il y en aura deux ou trois assemblez
en mOn NOM Je Suis la au milieu d'eux.
+4. 4) Lévit., XIX, 17. Ecclésiastique, XIX, 13. Jag., V, 19. x, 28. 3) 1 Cor., V, 9. 2 Thess., III, 14.
‘ET 455) ' s}3 ; , / É .. 15 Mais si ton frère a. péché envers
toy, etc. Pource qu’il avoit presché exhortant. à. supporter les infirmitez des frères, il. vient. à monstrer plus clairement comment et à. quelle fin, et jusques où il les faut, supporter : ar autrement on eust peu alléguer qu’il estoit impossible d’éviter les offenses et mal-contentemens,
2) Deut,, XIX, 15. Jean, VIII, 17. 2 Cor., XIII, 1. Héb.”
4) Jean, XX, 28.
sinon que chacun voulust fermer les yeux aux fautes des autres, et qu’ainsi on nourrist le mal par dissimulation. Christ donc enseigne de tenir tel moyen que les infirmes, ne soyent point par trop offensez, et que toutesfois on tasche de guarir leurs vices. Car la sévérité est proufitable et louable, laquelle est modérée et applic-
quée comme pour médecine. En somme Christ commande à ses disciples de se supporter et pardonner tellement les uns aux autres, que toutesfois ils taschent de corriger les vices. Ce qu’il faut bien noter et observer prudemment : pource qu'il ny a rien plus difficile que d’espargner et supporter tellement les hommes, que toutesfois on retiene tousjours ceste liberté de reprendre ce qui est à condamner. Quasi tous enclinent trop d’un costé ou d’autre : c’est que ou ils se trompent les uns les autres par des façons de flatter bien dangereuses : ou ils poursuyvent trop aigrement et rigoureusement ceux envers lesquels il faloit procéder par douceur, comme pour les médeciner.
Mais Christ recommande à ses disciples -une amour mutuelle, laquelle soit loin de flatterie: seulement il veut qu’ils adoucissent leurs admonitions par une bonne modération, de peur que si elles sont trop rudes et aigres, ce soit pour descourager les infirmes. Il met trois divers degrez de correction fraternelle. Le premier est, Qu'on admoneste en privé celuy qui à failli. Le second, Que s’il monstre quelque signe d’obstination, derechef il soit admonesté en présence de tesmoins. Le troisième, Que si ce moyen n’a rien servi, il soit dénoncé au jugement public de l'Eglise. Le but de ceci est, comme j'ay dit, d'empescher que sous couleur d’un zèle ardent, le lieu de charité ne soit rompu. Et pource que la plus grand’part des hommes sont incitez par ambition à publier légèrement les fautes de leurs frères, Christ remédie bien à poinct à un tel vice, nous commandant de couvrir les imperfections de nos frères entant qu’en nous est. Car ceux qui prenent plaisir à la honte et déshonneur de leurs frères, il est certain qu’ils sont poussez de haine et malveillance. Car si charité avoit lieu en leurs cœurs, ils chercheroyent de couvrir le déshonneur de leurs frères. Mais on fait une question sur ce passage : asçavoirmon s’il faut estendre ceste règle à toutes sortes de péchez. Car il v en à plusieurs qui ne veulent point qu’on use de censures publiques, que premièrement celuy qui a offensé n'ait eslé admonesté en privé. Mais on voit bien que les paroles de
Christ contienent une restriction toute claire. Car il ne dit pas simplement et sans exception qu’on admoneste et reprene en privé, ou seul à seul tous ceux qui auront offensé : mais il veut que nous suyvions ce moyen quand on nous à 0ffensez en privé, non pas que ce soit à dire en nostre affaire particulier, mais pource qu'il faut que nous-nous sentions navrez de douleur toutes fois et quantes que Dieu est offensé. Cependant Christ ne parle pas yci de porter patiemment les injures qu'on nous fait, mais il enseigne en général d’user de telle douceur les uns envers les autres, que par une trop grande rigueur nous ne soyons point cause de la ruine des infirmes lesquels nous devions plustost tascher d'amener à salut. Ainsi ce mot Ænvers toy, n’est pas yei mis pour signifier l’injure faite à quelqu’un, mais pour distinguer et mettre différence entre les péchez secrets, et les offenses manifestes. Car si quelqu'un à péché contre toute PEglise, S. Paul commande qu’un tel soit rédargué publiquement, voire qu’on n’y espargne point les Anciens mesmes. Car il parle nomméement de ceux-là, escrivant à Timothée, quand il luy commande qu’il les reprene publiquement devant tous, afin qu’ils servent d'exemple aux autres, 4 Tim. V, 20.
Et de faict ce seroit une mocquerie quand un homme à péché avec scandale publique, tellement que le forfait est tout notoire, s’il faloit que un chacun de ceux.
qui le sçavent, l'admonestassent : ear par ce moyen s’il y en avoit mille, il le faudroit admonester mille fois. Parquoy retenons la distinction que Christ a touchée notamment : asçavoir que personne ne diffame son frère légèrement et sans nécessité, en divulgant ses offenses secrètes.
S’il te escoute, tu as gaigné. Christ conferme sa doctrine par l'utilité et le fruict qui en vient: car ce n’est pas une petite chose d'acquérir à Dieu une âme qui estoit en la possession de Satan. Or dont vientil que bien souvent ceux qui sont cheus en quelque offense ne se repentent point sinon d'autant qu'estans traittez comme ennemis, ils S’endurcissent ? Ainsi donc il n’y à rien meilleur que douceur, laquelle ramène à Dieu ceux qui s’en es-
SUR L'HARMONIE ÉVANGELIQUE.
toyent retirez. Au contraire, celuy qui s’addonne sans aucun esgard à une sotte flatterie, met volontairement en danger le salut de son frère lequel il avoit en main.
En S. Luc Christ commande nomméement que nous-nous contentions d’une répréhension faite en privé, si après icelle le frère vient à estre amené à repentance.
De ce passage aussi on doit recueillir combien est nécessaire entre les fidèles ceste liberté mutuelle de reprendre les uns les autres. Car comme ainsi soit qu’un chacun de nous faut tous les jours en plusieurs endroits, ce seroit une cruauté par trop grande, si en nous taisant ou dissimulant nous trahissions le salut de ceux lesquels nous pouvons retirer du chemin de perdition par une admonition ou répréhension amiable. Et combien que cela ne proufite pas tousjours, toutesfois cestuy-là est coulpable de grande condamnation, lequel n’aura tenu conte de suyvre le remède ordonné du Seigneur, pour procurer le salut de ses frères. C’est aussi une chose bien digne de noter, que le Seigneur, pour nous donner meilleur
courage de faire nostre devoir, nous attri- bue son honneur. Car c’est un office qui n'appartient qu'à luy seul, de convertir les hommes: et toutesfois il nous baïille ccste louange, sans l’avoir mérité, que nous avons gaigné nostre frère qui estoit perdu.
16 Mais s’il ne l'escoute, etc. Le second degré est que celuy qui s’est monstré rebelle à la remonstrance d’un seul, ou ne l’a pas receuë ainsi qu'il faloit, soit derechef admonesté en présence de tesmoins. Aucuns allèguent contre ceci, que ce sera peine perdue d'appeler des tesmoins, si on ha affaire à un homme obstiné et endurci. Car tant s’en faut que leur présence l’amène à la cognoissance de son péché, que mesmes il le niera. tant plus obstinéement. Mais la solution de ce doute sera bien aisée, quand nous mettrons différence entre Nier, et User de cavillations, et subterfuges, qu’on appelle communéement, Aller à l’entour du pot.
Celuy qui nie préciséement le faict, et dit qu’on le charge à tort et par calomnie, il le faut laisser: car on ne proufitera rien de le presser d'avantage en présence de
gens. Mais pource qu’il y en a plusieurs, lesquels quand on leur met au nez leurs fautes qui seront grandes etlourdes, sans venir à confesser ou nier taschent de se desvelopper comme en riant, ou bien avec une grande impudence excusent leurs fautes jusqu’à ce qu’on use de plus grande authorité : envers ceux-là il seroit fort bon d’user du moyen qui est yci monstré. Aussi il appert par le mot D’arguer, que ce propos de Christ doit estre ainsi entendu. Car Arguer, signitie Convaincre par argumens et remonstrer par bonnes raisons. Or comment pourroit-on arguer ou convaincre un homme, que ce qu'il a fait est mauvais, quand il nie fort et ferme ce dont il est question? Car en niant impudemment l’offense, il ferme la porte à la seconde admonition. Maintenant nous entendons à quelle fin Christ veut que on appelle tesmoins: asçavoir afin que l’admonition soit de plus grand poids et authorité. Et quant à ce qu’il a destourné les paroles de Moyse en un sens un peu divers, il ny a point d’absurdité en cela. Moyse défend de prononcer sentence devant que la chose soit bien cognue: et dit que le moyen de preuve légitime est, qu’on s’arreste au tesmoignage de deux ou trois personnes. Christ faisant allusion à ceste loy, dit que quand deux ou trois tesmoins seront employez pour condamner l'obstination d’un homme, la cause sera claire à tout le moins .
jusques-là, que l'Eglise en pourra prendre cognoissance. Car un tel personnage ne pourra plus se plaindre justement de ce qu’on le fait venir en publie, veu qu’il n’a pas voulu recevoir l’admonition qui luy a esté faite en privé par deux ou trois.
Di-le à l'Eglise. On demande que c’est que Christ entend vci par le mot d’Eglise.
Car S. Paul, quand il est question du paillard incestueux qui estoit à Corinthe, commande qu’il Soit excommunié (4 Cor., V, 3) non pas par quelque nombre de gens choisis, mais par toute l’assemblée des fidèles: et pourtant il pourroit sembler que le jugement est donné à tout le peuple. Mais pource qu'il n’y avoit encores lors aucune Eglise Chrestienne deuement establie et dressée, et que cest ordre n’estoit encores en usage, et toutes-
gt fois le Seigneur parle yei d’une façon de faire jà receuë, il n’y, a point de doute qu’il fait une allusion à l’ordre de PEglise ancienne : comme aussi en d’autres passages il s’accommode à ce qui estoit lors ordinaire, et use dés termes communs.
Quand il commande de laisser à l'autel le don que nous voulons offrir, jusqu’à ce que nous soyons réconciliez avec nostre frère, lequel est courroucé contre nous (Matth., V, 24) il n’y a point de doute que. sous ces termes convenables à la forme du service de Dieu prescrite en la Loy, et qui avoit lieu pour lors, il a voulu enseigner que nous ne pouvons bien prier ne rien offrir à Dieu, tandis que nous sommes en discord avec nos frères. Ainsi maintenant il a regardé à la forme de la discipline qui estoit lors en usage entre les Juifs: car c’eust esté une chose absurde de parler du jugement de l'Eglise, laquelle n’estoit point encores. Or veu qu'entre les Juifs la puissance d’excommunier appartenoit aux Anciens, lesquels représentoyent toûte l'Eglise, Christ parle proprement en. disant, qu’on accuse. publiquement envers l'Eglise ceux qui ont failli, en cas qu'ils ne tienent conte des admonitions privées, ou ne s’en font que mocquer. Nous sçavons comment, depuis que les Juifs furent retournez de la captivité de Babylone, il y eut un conseil establi lequel ils nommoyent Sinbédrin, en Grec Sinhédrion, et qu'à iceluy fut donnée la charge d’avoir esgard aux mœurs et à la doctrine. C’estoit un régime légitime et approuvé de Dieu: c’éstoit une bonne bride pour contenir en office les desbauchez et incorrigibles. Si on dit au contraire, que du temps de Christ tout y estoit corrompu et perverti, tellement que ceste tyrannie-là ne méritoit aucunement d’estre appelée Jugement de PEglise: la response ést facile, que combien que ceste façon de procéder fust lors abbastardie et corrompue, toutesfois Christ loue à bon droict l’ordre tel comme les Pères Pavoyent mis. Et quand un peu de temps après il.a dressé son Eglise, il à aussi en estant Pabus, remis sus le. droit usage d'excommunication. Toutesfois il n’y a point. de doute que la forme de discipline qui à esté observée sous le règne de
Christ, n’ait succédé au lieu de l’autre plus ancienne que nous avons dite. Et de faict, veu que mesmes les nations .profanes ont retenu quelque, ombre de. ceste façon d’excommunier, il appert que dés le commencement Dieu : avoit imprimé ceste cognoissance en lPesprit des hommes, que ceux qui se trouvoyent souillez et pollus ne devoyent estre receus à participer aux choses sacrées, apparténantes au service de Dieu. C’eust donc esté une grand’honte au peuple de Dieu, de n’avoir rien de ceste discipline, de laquelle il estoit encores. demeuré quelque trace entre les Gentils. Mais. Christ: nous a comme fait un transport de ce qui avoit esté observé sous la Loy, pource que nous sommes en mesme rang qu’estoyent les Pères anciens. Car Pintention:; de Christ n’a pas esté de renvoyer ses disciples à la Synagogue, laquelle entretenoit comme en son sein des ordures puantes, et cependant excommunioit ceux qui servoyent Dieu en vérité et simplicité: mais il a voulu nous advertir qu’il vouloit qu’en son Eglise on observast en cest endroit l’ordre qui avoit esté jadis: sainctement establi sous la Loy. Ce qui s'ensuit un peu après des Payens et Péagers; COnferme mon dire. Car pourceque les Payens et Péagers estoyeñt lors en grande haine et détestation envers les Juifs, il compare
Là iceux les dissolus et incorrigibles: qui
n’obéissent à aucunes admonitions. Ilest bien certain que Christ n’a. pas voulu commander aux Payens, lesquels. ont depuis esté de l'Eglise, de se séparer d'avec
leux-mesmes:.semblablement il n’y à point
de raison pour laquelle les fidèles doyvent aujourd’huy avoir en horreur la. compagnie des Péagers. Mais Christ afin d'estre mieux entendu du peuple et des simples gens, a usé d’un terme convenable à là coustume du pays. Et le sens est, que nous ne devons avoir aucune: accointance avec les contempteurs de l'Eglise, jusques à ce qu’ils soyent venus à repentances :
18 Quoy qué vous diez, etcuil réitère yci les mesmés mots desquels il avoit usé au 46€ chap. mais non eri un meésme sens; Car. là il vouloit maintenir l’authiorité de là doctrine: yci il ordorine:la discipline qui est comme dépendance de la doc-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
trine. Là Christ disoit que la prédication de J'Evangile ne sera point vaine et sans effect, mais que l’odeur d'icelle sera vivifiante ou mortelle : Yei il déclare asseuréement qu’ encores que les malins se mocquent du jugement de l'Eglise, toutesfois il aura son exécution. I] faut entendre ceste distinction, que là il est simplement traitté de la Parole qu'on presche : mais yei le propos est touchant les censures publiques et la discipline. Au reste, quant
à, ceste métaphore et similitude de lier
et deslier, on pourra veoir la raison que nous,en avons amenée au passage susdit.
Quant à. Cestuy-ci, la substance est, Que quiconque ayant. offensé vient, à recognoistre sa faute humblement, et à s’en repentir pour obtenir pardon de l'Eglise, cestuy-là est absous non-seulement par les hommes, mais aussi de Dieu mesme.
Au contraire, quiconque se mocque ou ne tient.conte des répréhensions et menaces de l'Eglise, si cestuy-là vient à estre condamné par icelle, le jugement qu’en auront ainsi prononcé les hommes, sera confermé et ratifié là haut au ciel: Si on dit qu’il semble que cela soit faire de Dieu comme dun petit juge qui n'ait qu’à consentir à la sentence des hommes mortels :
la solution est toute preste.: car ce que Christ maintient l’authorité de son Eglise, ce, m'est pas qu’il vueïñle diminuer sa puissance, ou celle du Père : mais c’est plustost pour confermer et establir la majesté de sa Parole. Car comme au chap. XVI, iln?a pas voulu authorizer toute doctrine indifféremment, mais seulement celle qui procède de sa bouche : ainsi en ce passage il.ne dit pas que tout jugement sera indifféremment approuvé et ratifié, mais nomméement ,celuy, auquel il préside, voire non-seulement par lPEsprit, mais aussi, par la parole. Dont s’ensuit que les hommes, ne font aucun préjudice à Pauthorité de Dieu, quand ils ne prononcent rien que par sa bouche, et mettent seulement. peine d'exécuter fidèlement ce qu’il leur à enchargé. Car combien que, Christ soit seul juge du. mende, il veut toutesfois cependant que les Ministres. soyent ambassadeurs pour porter: et publier sa . parole. Il veut aussi que l'Eglise face la prononciation de son jugement. Et par
ainsi, il ne se dérogüe rien en se Servant du ministère des hommes, que tousjours ce ne Soit luy seul qui absout et lie, Toutesfois il y à Sur ceci uné question, Cofime ainsi soit que l'Eglise endüre plüsieurs hypocrites, et absout plusieurs qui n’ont qu'une repentance feinte, s’il faut que telles gens soyent absoüs au ciel. Je réspon que ce propos ne s’addresse qu'à ceux qui se réconcilient à l’'Eglisé d’une vraye et droite affection. Car Christ voulant consoler les consciences affligées, et les exempter de crainte, déclare Yei que tous ceux qui auront offensé devant Dieu, sont absous de la condamnation, pourveu qu’ils se réconcilient à l'Église. I veut aussi que cela soit comme un gage de là grâce céleste : lequel n'appartient aucunement aux hypocrites qui pervertissent le pur usage de ceste réconciliation : mais aux fidèles ceci leur apporte une grande àsseurance, quand ils entendent que leurs péchez sont effacez devant Dieu et les Anges, incontinent qu'ils ont obtenu pardon de l'Eglise. En l’autre partie l’intention de Christ est toute claire : Car pource que les glorieux et rebelles ont accoustumé de mespriser le jugement de VEolise, sous couleur qu'ils ne se veulent pas assujetir aux hommes : comme souventesfois on verra de meschans garnemens sans crainte de Dieu, qui diront tout haut et hardiment qu ils en appellent au jugement céleste: Christ pour rembarrer ceste obstination, et leur donner crainte, dénonce que ceste condamnation faite par l'Eglise, de laquelle ils ne tienent conte maintenant, sera ratifiée au ciel. Cependant aussi Christ veut par ce propos accourager les siens à retenir une. droite sévérité, afin qu’ils ne fléchissent pour l’observation perverse de ceux qui rejetteront la discipline, et n’y voudront ployer le col. Par cela il est aisé à veoir combien grande est la sottise des Papistes, qui abusent de ce passage en le tirant. par force, pour baillef couleur à tous les points de leur tyrannie. Il est certain que la puissance d’éxcommunier appartient à l'Eglise, et tous ceux qui.entendent bien les choses, J'accordent : mais est-ce afin qu'un particuliér, voiren’estant | point appelé par l'Eglise, mais estant créé
et ordonné par quelque beste Cornue et masquée, destasche à sa fantasie ses fusées d’excommuniemens, et les face péter pour faire peur à qui bon luy semble?
Nous sçavons bien au contraire, que le droit gouvernement de l'Eglise a esté baillé aux Prestres ou Anciens, non-seulement à ceux qui sont ministres de la Parole, mais aussi aux autres lesquels on prenoit du peuple pour les adjoindre avec les Ministres à la réformation des mœurs.
Et encores ne se contentans point d’une telle impudence, ils s'efforcent de prouver par ce passage, que nous sommes tenus de porter toutes les charges qu'ils nous imposeront à leur plaisir. Je laisse à direque ce sont malheureux et détestables ennemis de l'Eglise, qui usurpent vileinement la puissance qui luy estoit donnée. Seulement je di, veu que Christ ne parle sinon de corriger les péchez, que ceux qui enserrent en leurs laqs les povres âmes, font et meschamment et follement, d’abuser ainsi du tesmoignage d’iceluy. C’est tout de mesmes quand ils maintienent leur Confession auriculaire sous Couleur de ce passage. Car si Jésus-Christ a voulu que ceux qui par leur faute avoyent esté amenez en jugement public de Eglise, se réconciliassent à icelle, il ne s’ensuit pas pourtant qu’il ait imposé loy à un chacun particulier de desgorger ses péchez en l’aureille d’un prestre. Mais leurs niaiseries sont tant frivoles, qu’il ne m’est jà besoin de m’arrester plus long temps à les réfuter.
A9 Derechef je vous di, que si deux d'entre vous, etc. 11 conferme le propos
que nous venons de veoir, d'autant que’
Dieu non-seulement donnera lPesprit de conseil et de prudence à ceux qui luy demandent, mais aussi fera que tout ce qui sera fait par eux suyvant sa Parole, aura sa vertu et son effect. En mettant consentement avec oraison, il nous advertit en quelle sobriété, révérence et modestie les fidèles se doyvent porter en tous actes concernans Île service et la parole de Dieu.
Il faut admonester celuy qui a péché et offensé, et s’il ne receoit ceste correction, il le faudra excommunier. En cest affaire il est besoin non-seulement de demander conseil de la sacrée bouche de
Dieu, afin de n’ordonner rien que suyvant sa Parole : mais il faut aussi quant et quant commencer par prières. Dont appert encores plus clairement ce que j’ay dit par ci-devant, qu’il n’est pas yci permis aux hommes de faire tout ce que bon leur semble, mais que Dieu est déclaré estre le souverain conducteur du gouvernement de l'Eglise, pour confermer et rattier les jugemens faits de par luy, et desquels il est lautheur. Cependant les fidèles sont enseignez quand ils s’assemblent, d’estre d’un mesme désir, et de prier en commun, non-seulement pour tesmoigner l'unité de foy, mais aussi afin que Dieu exauce le consentement d’eux tous. Comme donc en plusieurs autres lieux Dieu promet d’estre propice aux désirs et re— questes particulières d’un chacun ? ainsi Christ fait yei une singulière promesse aux prières publiques, afin de nous inviter plus fort à l’usage d’icelles.
20 La où il y en a deux ou trois assemblez, etc. Ceste promesse s’estend plus loin que la précédente, Car le Seigneur déclare qu'il assistera toutes fois et quantes que deux ou trois seront assemblez en son nom, afin de les addresser par son conseil, et de donner bonne issue à tout ce qu’ils auront entrepris. Et pourtant, ceux qui se remettent à sa conduite, ne doyvent douter que sa présence
ne leur apporte un fruit bien désirable.
Et puis que c’est un bien inestimable d’avoir en tous affaires Christ pour conducteur, qui bénisse nos délibérations et issues d’icelles : comme au contraire il n’y a rien plus misérable que d’estre destitué de sa grâce : ceste promesse nous doit grandement inciter à nous lier les uns avec les autres en toute saincteté et crainte de Dieu. Car quiconque mesprise
les sainctes assemblées, ou se sépare de
ses frères, et est nonchalant à entretenir unité, il démonstre assez par ‘cela seul qu’il ne fait pas grande estime de la présence de Christ. Mais surtout il faut aviser que ceux qui désirent d'avoir Christ présent, soyent assemblez en son nom, et quant et quant il faut entendre ce qu'emporte ce mot. Car nous voyons comment les malins couvrent leurs conspirations de son nom sacré faussement