‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 36 sur 58 · MATTH. MARC. LUC XV · texte numérisé non relu

MATTH. MARC. LUC XV

A1 1 dit aussi, Quelqu'un avoit deux fils :

12 Dont le plus jeune dit à son père, Mon père, donne-mioy la part du bien qui m ‘appartient: Ainsi ùl leur partit les biens. ai Lab

13 Æt peu de jours apres, quand le plus jeune Jils eut tout assemblé, il S'en alla dehors en pays lointain : et là dissipa son bien en ‘vivant prodigälement.

14 Après qu'il eut tout despendu, une forte Jami-

ne adveint en ce pays-là : dont il commença d avoir nécessilé.

15 AUS , s’ en aua, el se meil avec un des ci-

ETEZ

16 Et désiroit de remplir son ventre des escosses que les pourceaux mangeoyent : et} persoïne ne 14 donnoit.

17 Dont estant revenu à so y-mesme, il dit, Combien y a-il de mercenaires en la maison de mon père, qui ont force pain, et je meur de faim?

18 Je partiray dycis et men iray à mon père, el

{luy diray, Mon Père, j'ay péché contre le ciel, el devant 1oy :

49 Et ne suis plus digne d’estre appelé ion fs : Jay-moy comme un de tes mercenaires.

20 Ainsi donc il partit, et veint à son père. Luy

{estant encore loin, Son père le veit, et fut mew de compassion, el accourut, et se Jetta à son col, et te béisa.

24 Et le fils luy dit, Mon père, j'ay péché c contre le ciel et devant toy : et ne sus og digne desire appelé ton fils:

x 22 Lors le père dit à ses séotrdi Qu'on tire hors la plus belle robbe, et le vestes : et lu donnez un anneau en Sa Man, ‘et des’ souliers en ses pieds : L

23 Et arhenez le veau gras, ét le lez, 44 faisons | bonne chère en le mangeant.

2% Car mon fils que voyci estoit mort, et il est retourné à vie : il estoit perdu, mais il est retrouvé. Et commencèrent à faire bonne chère. D veu 4

1) Ou, mais.

Ceste parabole n’est autre chose qu’une | puis après en son ordre) combien est confirmation’ de la doctrine que nous ve-| grandé la malignité et pérversité de ceux nons de veoir. En la première partie d’i-] qui murmurent contre sŸ miséricorde. celle, il est monstré combien Dieu est en- | Sous la personne d’un jeune homme proclin et prompt à nous pardonner nos pé-| digue, lequel par desbauche et despense chez. En l’autre, (laquelle nous traitterons | excessive estant venu en extrême povreté,

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

retourne pour demander pardon à son père, auquel il avoit esté désobéissant et rebelle, Christ descrit tous pécheurs, lesquels ayans desplaisir de leur folie, re-

courent à la grâce de Dieu. Aussi en la!

personne de ce bon père, qui non-seulement pardonne à son fils les grandes offenses qu’il a commises, mais va mesme au-devant de luy pour le recevoir, il nous propose l'affection de Dieu, lequel ne se contente pas de pardonner les fautes à ceux qui l'en requièrent, mais les prévient par sa bonté et miséricorde paternelle. Espluchons maintenant chacun poinct l’un après l’autre.

12 Dont le plus jeune dit à son pere, etc. Premièrement est yci descrit le signe d’une malheureuse arrogance en ce jeune homme, qu’il se sépare d’avec son père, et luy semble qu’il n’est pas bien, sinon qu’il puisse se desbaucher à son plaisir, et s’abandonner à toute dissolution, estant loin du gouvernement du père. Il y à d'avantage en luy une ingratitude, quand délaissant le bon vieil homme de père, non-seulement il luy refuse le devoir et service auquel il estoit tenu, mais aussi diminue le bien de la maison, et en emporte une bonne partie. Après cela pour le comble du mal s’ensuit un desbordement excessif en toute aissolution et oisiveté, par lequel il dissipe malheureusement tout ce qu’il avoit eu du père. Pour toutes ces fautes et offenses tant grandes, il avoit bien mérité de trouver puis après un père rigoureux, el qui teinst son cœur contre luy jusqu'au bout. Et il n'y a point de doute que sous ceste image nous est yci dépeinte la bonté infinie de Dieu, et sa douceur inestimable, afin qu’il n’y ait forfait si grand, ni offense tant horrible, qui nous face perdre lespérance d'obtenir pardon de luy. La dérivation ne seroit pas mal propre si quelqu'un vouloit dire qu’à ce jeune glorieux fol et desbauché, sont semblables ceux lesquels ayans grande abondance de biens en Dieu, se transportent toutesfois d’une cupidité désordonnée et malheureuse à vouloir faire partage avec luy, afin de vivre en liberté estans à part : comme si ce n’estoit pas unè chose plus souhaitable que tous les

k 67 royaumes du monde, de vivre sous la providénce et Conduite paternelle de Dieu. Mais pource que je crain qu’une telle allusion ne soit trop subtile, je me contentéray du simple sens de la lettre :

non pas que je trouve mauvais que sous une telle figure on reprene la folie ‘et bestise de ceux qui pensent bien faire leur proufit d’avoir quelque chose de propre à eux, afin d’estre riches sans le Père céleste, et estans séparez de luy : ains pource que je me tien maintenant dans mes limites, et ne veux point passer l'ôffice d’expositeur. Au reste, Christ ràconte yei ce qui advient communéement aux jeunes gens, quand ils suyvent leur propre volonté. Car pource qu’estans despourveus de conseil, ét pleins de bouillons impétueux, ils ne sont pas proprés à sé gouverner eux-mesmes : s'ils ne sont retenus de crainte ou honte, il ne se peut faire qu'ils ne s’abandonnent à tout’ ce qui léur viendra à plaisir, et qu’estans remplis de vilenies et infametez, ils ne tombent bien tost en une povreté honteuse. Après cela il descrit la ‘peine ‘en laquelle tombent le plus souvent, par un juste jugement de Dieu, ces prodigues et dissipateurs de biens : asçavoir qu'ayans tout despendu malheureusement, ils en ont bien à souffrir puis après, et meurent quasi de faim : et pource qu’ils n’ont pas sceu user honestement du bon pain qu’ils avoyent en abondance, ils sont bien aises d’avoir puis après leur soul de gland ét d’escossés : brief, qu’estans devenuscompagnons des pourceaux, ils soyent contraints de se recognoistre indignes d’estre nourris en hommes. Car aussi test une gourmandise plustost convenable à des pourceaux qu’à des hommes, de dissiper ainsi Sans raison et par excès, ce qui estoit donné pour Subvenir aux nécessitez de’ceste vié. Quant à ce qu’aucuns baillent yci une exposition subtile, que ceux qui ont refusé le bon pain blanc en la maison du Père céleste, sont puis après justement punis de léur desdain malheureux, quand estans pressez de faim, ils sont contraints de se venger sur des gousses, il est certain que c’est une doctrine vraye et utile, et qu’il ne faut pas faire difficulté d’user de ceste similitude :

mais cependant il faut tousjours aviser quelle différence il y a entre les allégories, et le vray sens naturel d’un passage.

16 Et désiroit de remplir son ventre des escosses, etc. I] signifie que la faim le pressoit de si près, qu'il mavoit pas loisir d'attendre quelques frians morceaux, Comme il avoit accoustumé : mais qu'il mangeoit d’un grand appétit les escosses. Car c'estoit une viande dont il pouvoit avoir, veu qu’il en donnoit aux pourceaux, lesquels il gouvernoiït. On récite un bon mot du roy Cyrus, lequel ayant enduré longuement faim en une fuite, recouvra puis après un peu de gros pain bis, qu'il mangea, en disant qu’il

.n’avoit jamais auparavant gousté de pain

savoureux. Ainsi la nécessité contraigriil ce jeune homme de prendre appétit aux escosses. La raison est adjoustée : Pource que personne ne luy donnoit. Car selon mon avis, ce mot £4, se doit résoudre en Car, ou, Pource que. Et ne faut pas rapporter cela aux escosses, veu qu’il en avoit à main : mais il faut entendre que personne n’avoit pitié de sa povreté. Car les prodigues qui ont consumé leurs biens en excès, il n’y a celuy qui pense estre tenu de leur aider : et mesme pource qu'ils ont accoustumé de dissiper tout, il semble que ce qu’on leur donne soit autant de perdu.

17 Dont estant revenu à soy-mesme, etc. Yci nous est descrit le moyen par lequel Dieu invite les hommes à repentance. S'ils estoyent sages d’euxmesmes, et se rendoyent dociles, il les attireroit plus doucement : mais pource que jamais ils ne vienent à se ranger en obéissance, sinon qu'ils soyent dontez à force de coups, il les chastie plus rudement. Ainsi donc à ce jeune homme, lequel laise et la trop grande abondance rendoit farouche et rebelle, la faim a servi d’un bon maistre pour le ranger. Ayans cest exemple devant les yeux, ne pensons point que Dieu nous traitte cruellement si quelque fois il nous presse de grandes afflictions. Car par ce moyen il nous duit et ramène à obéissance, en lieu que nous estions revesches et enyvrez de trop grand’ aise. Brief, toutes les misères que nous endurons, ce sont autant d’adver-

|tissemens prouftables, par lesquels Dieu nous convie à repentance. Maïs comme nous sommes tardifs, à grand’peine nous chastions-nous jamais, sinon que nous soyons contraints par force, et quasi accablez de maux extrêmes, Car jusqu’à ce que nous soyons angoissez de tous cos- {ez, ne voyans aucune espérance, nostre chair s’esgaye et desborde tousjours, ou pour le moins elle frétille. Dont nous recueillons que ce n’est pas merveilles si le Seigneur use souventesfois de violence, et mesme redouble les coups pour abbatre nostre rébellion, et comme on dit en commun proverbe, à mauvais nœud mauvais coin. Il faut aussi noter que l’espérance d’avoir mieux en retournant au pè-

re, a donné courage à ce jeune homme de se repentir de son mal. Car jamais la grandeur et pesanteur des peines, quelle qu'elle soit, n’amolira nostre perversité, ou fera que nos péchez nous desplaisent, jusqu’à tant que nous appercevions quelque proufit et espérance de bien. Comme donc ce jeune homme est redressé pour là confiance qu’il ha de la bénignité de sop père, et incité à chercher réconciliation avec luy : ainsi faut-il que le commencement de nostre repentance procède de la cognoissance de la miséricorde de Dieu, par laquelle nous soyons incitez à bien espérer.

20 Luy estant encores loin, son père le veit, etc. Voxyci le principal poinct et le but de la parabole, que si l'amour et affliction paternelle rompt tellement le cœur aux hommes, lesquels néantmoins de leur nature ont un appétit de vengence, et ne veulent rien lascher de leur droict qu'à force, qu’ils pardonnent bénignement à leurs enfans, et vont euxmesmes les chercher pour les retirer de leurs desbauchemens : Dieu, duquel la bonté infinie surmonte l’amour de tous les pères de ce monde, sera bien pour le moins aussi débonnaire envers nous. Et de faict, il n’est rien yci attribué au père terrien, que Dieu n’en promette autant de :

son costé. Devant qu'ils crient, dit-il, je les exauceray, Isaïe, LXV, 24. Le passage aussi de David est tout notoire, J’ay dit, je confesseray contre moy mon injustice, Ô Seigneur, et tu as pardonné l’ini-

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quité de mon péché, Pseaume XXXIH, 5.

Comme donc ce père non-seulement s’appaise aux prières de son fils, mais va audevant le rencontrer en chemin, et devant qu’il ait dit un mot, l’accolle tout crasseux et bélistre qu’il est : ainsi Dieu n'attend point que le pécheur ait fait une longue harangue pour Iluy demander pardon, mais vient au-devant d’une franche volonté, si tost que le pécheur a proposé de confesser sa faute. Au reste, c’est une cavillation bien maigre à ceux qui veulent tirer de ce passage que la grâce de Dieu n’est point présentée aux pécheurs, sinon qu'ils la prévienent par leur repentance. Yci, disent-ils, nous est proposé un père enclin à pardonner, mais c’est depuis que le fils a délibéré de retourner vers luy : il s'ensuit donc que Dieu ne regarde et ne fait participant de sa grace sinon ceux qui commencent à la chercher. Il est bien vray que pour obtenir pardon, il est requis que le pécheur ait douleur en sa conscience, et qu’il se desplaise en soy-mesme : mais c’est un abus de vouloir conclure par cela, que les hommes apportent du propre mouvement de leur cœur, repentance, veu que c’est un don de Dieu. Aussi il n’y a point de raison de comparer en cest endroit l’homme mortel avec Dieu. Car un père terrien ne peut pas renouveler et changer le meschant cœur en son fils par un mouvement secret du S. Esprit, comme Dieu change les cœurs de pierre en des cœurs de chair. Brief, en ce passage il n’est pas question, asçavoir si l’homme se convertit de soy-mesme pour retourner à Dieu :

mais seulement sous la figure d’un homme est louée la douceur paternelle de Dieu, et sa bénignité à pardonner.

21 Mon père. j'ay péché contre le ciel, etc. Yci est touchée l’autre partie de repentance: asçavoir le sentiment ou cognoissance du péché, conjointe avec tristesse et honte. Car celuy qui n’est point marri d’avoir péché, et n’ha point

MATTH. MARC

son offense devant les yeux, ne viendra jamais à penser de s’amender. Il faut donc que desplaisance du péché aille tousjours devant repentance. Aussi C’est un mot qui emporte beaucoup quand il est dit que le jeune homme est revenu à soy-mesme: Comme celuy qui par Cupiditezesgarées désordonnées s’estoittransporté, et venu à s’oublier soy-mesme.

Et de faict, les bouillons de la chair sont si extravagans, que quiconque s’abandonne à iceux, il est tout esbahi qu’estant sorti hors de soy-mesme, il ne sçait plus qui il est. À ceste cause en PEscriture Dieu commande aux transgresseurs de retourner à leur cœur, Isaïe, XLVI, 8.

Après la cognoissance du péché s’ensuit aussi la confession : non pas telle que le Pape à forgée, mais par laquelle le fils appaise son père, lequel il a offensé. Car ceste humilité est totalement nécessaire pour avoir rémission des péchez. Ceste manière de parler, J'ay péché contre le ciel, et devant toy: vaut autant comme s’il disoit qu’il a offensé Dieu en la personne du père terrien. Et aussi nature nous enseigne cela, que quiconque se rebelle contre son père, s’eslève aussi contre Dieu méschamment, lequel a mis les enfans sous la sujétion et gouvernement des pères.

22 Qu'on tire Lors la plus belle robbe, etc. Combien que ce soit folie en matière de paraboles de vouloir subtilement et scrupuleusement s’arrester sur chacun moi (comme souvent il à esté dit), toutesfois nous pourrons vei dire, sans faire tort à la lettre, que le Père céleste nonseulement nous pardonne nos péchez en telle sorte qu’il ensevelit la mémoire d’iceux, mais aussi nous rend les biens et dons lesquels nous avions perdus: comme au contraire en les nous ostant, il punit nostre ingratitude, afin de nous faire honte en nous faisant sentir nostre povreté et misère.

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25 Or estoit son fils aisné és champs: lequel estant venu, el S’approchant de la maison cuit la mélodie et les danses.

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