‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 39 sur 58 · MARC. LUC XVII · texte numérisé non relu

MARC. LUC XVII

à Et si sept Jois le jour il a péché envers toy, el que sept fois le jour il retourne à toy, disant, Je me repen : tu luy remeltras.

luy en présenta un qui luy devoit dix mille talens.

25 Et d'autant qu'iceluy n'avoit de quoy payer, son seigneur commanda que luy et sa femme. et ses enfans, et tout ce qu'il avoit-fust vendu, et que la

debte fust payée.

26 Parquoy ce serviteur se jettant en terre, le supplioit, disant, Seigneur use de patience envers

moy, et je te payeray tout.

27 Adonc le seigneur de ce serviteur esmeu de compassion, le lascha, et luy quitta la debte.

28 Mais quand ce serviteur fut parti, il trouva un de ses compagnons en service, qui luy devoit cent deniers : lequel il saisit, et l’estrangloit, disant, Paye

ce que tu me dois.

29 Et son compagnon se jettant à ses pieds, le prioit, disant, Use de patience envers moy, et je te

payeray tout.

30 Mais il n’en voulut rien faire : ains s’en alla,

el le meit en prison JU & tant qu il eust pa yé la

debte.

34 loyans ses autres compagnons ce qui avoit esté faict, ils Jur ent fort marris:'el s’en véindrent, et déclarèrent à leur seigneur tout ce qui avoit esté

fait.

32 Lors son seigneur l'appela à soy, €

et tuy dit,

Meschant bite «4 Pay quitté toute cèsté debte,

pource que Lu n'en as prié:

33 Ne te faloit-il pas aussi avoir pitié de ton compagnon serviteur, ainsi que j'avoye eu pitié de

34 Adonc son seigneur courroucé, le bailla aux sergens, jusques & ce qu il luy eust payé tout ce qui

luy estoit deu.

35 Ainsi aussi vous Jera mon Père céleste, si vous ne pardonnez de cœur chacun à son frère ses

fautes.

21 Seigneur, jusques à combien, etc.

Pierre a fait ceste objection suyvant le sens commun de la chair. C’est une chose naturelle à tous, qu’ils veulent qu’on leur pardonne. Et pourtant, si quelques fois on ne ‘pardonne pas soudain à un homme, il dira qu’on le traitte à la rigueur, ét inhumainément. Mais il s’en faut beaucoup que Ceux qui veulent qu’on use de douceur envers eux, se monstrent aussi traittables envers les autres. Et pourtant, après que le Seigneur eut exhorté ses disciples à douceur, Pierre s ’avisa de faire cé doute, Que sera-ce si nous Sommes ainsi faciles” à pardonner, sinon que nostre douceur et’ débonnaireté inciterà lès autres à mal-faire, et nous offénser ? Ainsi donc il demande s’il faut pardonner sôuvent à ceux qui retombent par plusieurs fois à pécher. Car comme ainsi soit que le nombre de Sept, est prins pour un grand nombre, ce mot Sepé fois vaut autant comme s’il eust dit, Jusques à quand, Seigneur, veux-tu qu’on prene à merci ceux qui offensent? Car ce seroit une chose absurde et peu proufitable, qu'ils nous trouvent tousjours si aisez à appaiser. Mais tant s’en faut que Christ ait esgard à ceste objection pour lascher quelque chose de son dire, que mesmes il'dit notamment et expresséement que sans fin ne terme on doit tousjours pardonner.

Car il n’a pas voulu prescrire un certain

nombre, mais plustost nous commander que jamais nous ne nous lassions/ Sainét Luc est aucunement différent de sainct Matthieu, pource qu’il récite simplement le commandement de Christ, que nous soyons prests de pardonner sept fois le jour. Toutesfois le sens est tout clair, que nous SOyons prompts et faciles à pardonner : non point une fois ou deux, mais toutes fois et quantes que le pécheur se repentira. Il y a seulement cela de différence, qu’en sainct Matthieu le Seigneur reprénant Pierre de ce qu’ il pese trop ceste doctrine, use d’une açon parler hyperbolique, en mettant un RS bre si haut que par iceluy on peut assez entendre la substance du propos. Car quand Pierre demandoït s’il pardonneroit jusqu’à sept fois, ce n 'estoit pas qu ‘il eust envie de venir jusques:là : mais il pénsbit

alléguer une grande absurdité à Christ,

afin de le destouYnet" dé son ‘opirion, comme j'ay n’aguèrés touché, Ainsi done, celuy qui sera prést dé "pärdonner sépt fois, ne fera point de difficulté non plus de se monstrér aisé à appaiser jusqu'à la septantième offense. Awvéste, lès pdroles de sainct Luc engendrent une dutré quéstion, pource que Christ ne comniindé"de pardonner, sinon quand le péchéur se r'etournant à nous, donnera signes de repentance. Car il: semble par: ce moyen qu'il commande anx siens de” tenir Jeur

SUR L’HARMONTE ÉVANGÉLIQUE.

cœur contre les pervers, et leur refuser pardon. Je respon qu’il y a deux manières de pardonner les péchez. Siquelqu'un n'a fait tort où injuré, et que de mon costé Ostant toute affection de vengence je ne laïsse point de J’aimer, etque mesmes je mette peine de luy rendre plaisir pour le tort qu’il mé tient, cela s'appelle luy pardonner, encores que je le tiene tousjours en mauvaise estime, comme il mérite. Car quand Dieu nous commande de bien vouloir à no$ ennemis, ce n’est pas à dire que pourtant il requière que nous approuvions en eux des choses lesquelles sont par luy condamnées : mais seulement il veut que nous ayons les cœurs purs de toute haine. En ceste manière de pardonnér non-séulement il ne faut pas attendre que céluy qui à péché nous viene cheréher le premier pour nous appaiser, que mesmes'hou$ dévons aimer ceux qui de propos délibéré nous provoquent et irritent, qui rejettent toute amitié et réconciliation, et'assémblent tous les jours de nouvelles offenses Sur les anciennes. La seconde espèce de pardonner est, quand nous recevons nostre frère à merci, tellement qué nous avons bonne’ estime de luv, et tenons pour cértain que la mémoire de’sôn péché est effacée devant Dieu. Et c’est'ce que j’ay dit auparavant, que Christ'ne traitté pas yei seulement des offenses qui s’addressent contre nôs pérsonnes, mais de toutes sortes

dé péchez. Car il veut que par une affec- :

tion dé miséricorde nous relevions et redressions ceux qui sont cheus et ont

failli. Et c’est uné doctrine fort néces-:

saire , pourée que de nature nous sommes quasi ‘tous ‘pat trop chagrins, ét sous couleur dé sévérité Satan nous pousse à tenir uné rigueur extrême, en sûrte que les povres pécheurs ausquels on refuse pardon, vienent à estre engloutis de tristesse et désespoir. Mais on demande yci derechef, si on doit croire un homme si tost qu’il aura de bouche monstré signe de repéntance. Car Si On y va ainsi, il faudra nécessairement que nous ‘hous laissions tromper à nostre escient. Car où sera l'usage 'de discrétion, Si jusques à la centième fojs nous-nous voulons laisser abuser à tous venans? Je respôn pre-

mièrement qu’il est yci parlé des fautes ordinaires, esquelles les plus ‘parfaits mesmes Ont besoin d’estre supportez, et qu'on leur pardonne. Veu donc qu'en uné'si grdnde infirmité de la chair nous avOns à passer par un chemin si glissant, entre tant d'embüsches et mauvaises ren= contres, que seroit-ce si à Ja seconde ou troisième faute’ on nous ostoit toute es:

pérance d'obtenir pardon ? Pour le second, il faut adjouster que Christ ne veut point yei oster tout jugement aux fidèles, pour faire qu’ils: croyent légèrement au premier mot qu'on leur dira : mais que seulement il veut qu’ils soyent humains et pitoyables, pour téndre la main aux repentans, pourveu qu'il apparoisse que ce soyent gens se desplaisans vrayemént en leurs péchez et sans féintise, Car la repentance est une chose saincte ét sacrée, et pourtant i] faut qu’il y ait un bon examen avant que de croire. Mais quand le pécheur aura donné quelque tesmoignage apparent de'convérsion, Christ veut qu’on le reçoyve à réconciliation, dé peur que se voyant repoussé il ne perde courage, et viene à défaillir. Pour le troisièmé, il faut noter que quand quélqu’un s’est rendu suspect par son inconstancé et légèreté, s’il vient à nous demander pardôn: nous luy pouvons accorder, en sorte qué pour l'advenir nous prendrons garde ‘de plus près à ses mœurs, afin qu’il ne tourne en mocquerié nostre patiencé et douceur qui procède de l'Esprit de Christ. Car il nous faut regarder que l'intention du Séigneür est, que par nostré douceur nous aidions à ceux qui sont tombez, ‘à'Se relever. Et de faict, il nous faut ensuyvre là bonté du Père ‘céleste; lequel'@é loi va au-dévant des povres pécheurs pour les inviter à salut. D’avantage, veu que repéntance est une œuvre admirable du sainèt Esprit, et 1x création de l’homme nouveau, si nous la mesprisons, c’est faire tort à Dieu.

23 Le Royaume des cieux est comparé à un Roy. Pource qu il est difficile de ous faire fléchir A Miséricorde, ét que Sur tout quand'il faut Supporter beau coup ‘dé vices de nos’ frères; aiséemént nous venons à nous fascher : lé Seigneur confermé ceste doctrine par une parabole

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