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bitieux, qui prenoyent l'Evangile pour se faire valoir, il ne laisse pas toutesfois de se resjouir de ce que la gloire de Christ est avancée par ceste occasion. Il faut noter la raison qui est yci mise, Qu'il ne se peut faire que celuy qui faict vertus par lenom de Christ, parle mal de luy, et que pour ceste cause il faut conter cela pour autant de gain. Car il s'ensuit de là que si les disciples n’eussent esté plus addonnez à leur propre gloire, que songneux d'avancer celle de leur Maistre, ils n’eussent pas esté mal contens la voyans croistre et augmenter d’un autre Costé.
Cependant toutesfois Jésus-Christ, en disant qu’il faut tenir pour amis ceux qui ne sont pas apertement ennemis, n’entend pas de commander qu’on lasche la bride aux gens téméraires, afin que sans en dire mot. on les souffre s’ingérer d’un costé et d'autre à leur plaisir, et troubler tout l’ordre de l'Eglise : car il est besoin de réprimer une telle licence, selon que nostre vocation nous en présentera les moyens. Seulement il dit que ceux qui par leur importunité empeschent que le royaume de Dieu ne soit avancé par tous moyens, font mal. Toutesfois il n’avouë pas tellement pour siens ceux qui sont entre deux, c’est-à-dire ceux qui ne [uy sont ni amis, ni ennemis, qu’il les tiene de son troupeau : mais il entend que d’autant qu'ils ne nuisent pas, ils proufitent et aident. Car c’est une sentence receué pour un proverbe, par laquelle nous sommes admonestez de ne point esmouvoir débat, jusques à ce que nous soyons irritez et contraints.
51 Luc. Quand les jours de son eslévation s'accomplissoyent. n’y à que sainct Luc qui récite ceste histoire, laquelle toutesfois est fort utile pour plusieurs raisons. Car premièrement la magnanimité et constance admirable de Jésus-Christ à mespriser la mort nous est yei descrite.
En après, il est monstré combien grandes et mortelles sont les inimitiez qui procèdent de diversité dereligion. Pour le troisième, comme la nature des hommes est transportée d’une merveilleuse ardeur à impatience. D’avantage, comme il est bien facile de mesprendre en voulant imiter les saincts personnages. Pour le der-
nier, l’exemple de Christ nous est proposé, par lequel nous sommes enseignez de nous accoustumer à douceur. Au reste, la mort de Christ est nommée Eslévation : non pas seulement pource qu’il à lors esté eslevé et comme retranché du milieu des hommes : mais pource que sortant de ceste povre prison de la chair, il est monté en haut. Z{ dressa sa face.
Par ce mot sainct Luc exprime comment Christ ayant la mort devant les yeux, a surmonté la crainte d’icelle, et a marché avant pour s’en acquitter : toutesfois il monstre quant et quant qu’il a combatu, afin qu’estant victorieux par-dessus ceste frayeur naturelle, il se peust vaillamment et courageusement présenter à la mort.
Car s’il n’y eust eu aucun espovantement ne difficulté, et s’il eust esté sans combat et souci, quel besoin estoit-il qu’il prinst sa résolution, et (par manière de dire) s’obstinast en soy-mesme? Mais pource qu'il n’estoit pas stupide ou despourveu de sentiment, ni aussi transporté d'une audace estourdie, il a bien falu qu'il ait eu appréhension de ceste mort cruelle et bien amère, ou plustost de ce merveilleux et tant horrible torment qu’il devoit sentir en soustenant le sévère jugement de Dieu : et tant s’en faut que cela obscurcisse ou diminue en rien sa gloire, que
plustost c’est un tesmoignage excellent /
de son amour infinie envers nous : d’autant que laissant en arrière son regard particulier, pour s’assujetir du tout à
nostre Salut, par le milieu des frayeurs
et espovantemens il a marché à la mort, de laquelle il sçavoit bien le jour estre prochain.
52 Et envoya des messagers, etc. W
est vray-semblable que Christ avoit lors « grande Compagnie à sa suite. Car quand il a envoyé ces messagers, ce n’estoit pas pour faire apprester quelque grand ban=« quet magnifique, ou pour choisir quelque»
palais ou logis honorable : mais seulement pour dire qu’une grande bande de gens arrivoit pour loger. Cependant les“ messagers se VOyans rejettez et rEpOus-« sez, Us attendent leur Maistre. Et en cecil nous voyons ce que j'ay noté en second"
lieu, Que quand les hommes sont diffé-
rens en la doctrine de la religion, facile-\
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Las Clin —
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
ment ils s’enflamment de haine les uns contre les autres. Car c’estoit un signe de bien grande haine, de refuser logis et des vivres à gens affamez et lassez. Mais voylà, les Samaritains estoyent si fort envenimez contre la religion des Juifs, qu’ils estiment indignes de toute humanité ceux qui la suyvent. Peut-estre aussi pource qu'ils sçavoyent que, leur temple estoit en détestation aux Juifs comme profane, et qu’on les tenoit pour gens ayans une façon de service de Dieu bas- tarde et corrompue, que se voyans ainsi desdaignez, cela leur picquoit le cœur.
Mais pource que la superstition qu’ils avoyent accoustumée de long temps, estoit tant et plus enracinée en eux, ils ont combatu d’un zèle faux et pervers, pour la maintenir jusques au bout. Finalement, le différent est si fort accreu, et s’est enflammé jusques-là, que ç’a esté comme un feu pour consumer ensemble toutes les deux nations. Car Josèphe tesmoigne que ç’a esté le flambeau de la guerre Judaïque. Au reste, combien qu'il fust aisé à Christ d'éviter ceste haine, il aime mieux toutesfois rondement s’avouer des Juifs, ‘que de faire un renoncement oblique, afin d’estre receu et logé.
54 Et quand ses disciples, ascavoir Jaques et Jehan, veirent cela. Paraventure que le pays les a fait aviser d’avoir envie de foudroyer incontinent contre ces infidèles. Car c’estoit là où jadis Elie avoit destruit par le feu du ciel les gendarmes que le Roy avoit envoyez pour le prendre, 2 Rois, chapitre I, 40. Il leur veint donc en pensée que les Samaritains, lesquels mesprisoyent si vileinement le Fils de Dieu, devoyent bien estre consumez par un semblable moyen. Or nous voyons yci où nous mène une fole et inconsidérée imitation des saincts Pères.
Jaques et Jehan s’arment de l'exemple d'Elie : mais ils ne regardent pas combien il s’en faut qu'ils ressemblent à Elie : ils n’examinent pas bien le vice de leur zèle excessif : ils ne pensent point à la vocation de Dieu. Les Samaritains (comme il est dit au quatrième chapitre deS. Jehan) couvroyent leur idolätrie d’une aussi belle couleur. Mais les uns et les autres failloyent, pource que sans jugement ils es-
toyent plustost singes, que non pas imi- (tateurs des saincts Pères. Au reste, combien qu’il soit incertain si les Apostres pensent avoir ceste puissance en leur main, ou bien s'ils demandent à Christ qu’il la leur donne, toutesfois il me semble plus vray-semblable de dire, qu’estans enflez d’une folle confiance, ils se tienent asseurez de pouvoir exécuter la vengence contre les Samaritains, pourveu que Christ en soit d'avis.
59 Vous ne scavez de quel esprit vous estes. Par ceste response Christ a non-seulement réprimé l’impétuosité excessive de ces deux disciples, mais aussi nous à baillé une règle à tous, que nousnous donnions garde de trop complaire à nostre zèle. Car quiconque entreprend quelque chose, il faut qu’il sçache bien en soy-mesme qu'il ha l'Esprit de Dieu pour son autheur et conducteur, et qu'il est poussé d’un droit et pur mouvement diceluy. On en verra plusieurs qui sont poussez dun zèle ardent : mais si la prudence de PEsprit n’y est quant et quant, ce ne sont que bouillons, qui s’en iront à la fin en escume. Souvent aussi il advient que parmi le zèle il y a des affections estourdies de la chair meslées : et que ceux qui semblent vaillans zélateurs de la gloire de Dieu, sont aveuglez d’une affection particulière de la chair. Et pourtant si l'Esprit de Dieu ne préside en nostre zèle, il ne nous servira de rien pour excuse, d’alléguer que nous n’avons rien entreprins que par bon zèle. Mais le sainct Esprit nous fournira prudence, pour ne rien faire contre nostre devoir, et outre nostre vocation : et fera en somme que nous n’attenterons rien que par bon avis et bien à poinct. En après, il mettra en nos cœurs une droite affection, ostant toute coruption de la chair, afin que nous ne désirions rien, sinon ce que Dieu nous suggérera. Christ aussi reprend les disciples, de ce qu’estans bien loin de lesprit et affection d’Elie, ils s’ingéroyent témérairement de faire ce qu’il avoit fait.
Car Elie avoit exécuté le jugement de Dieu, estant poussé par le sainct Esprit :
mais les disciples s’avancent de vouloir faire vengence, non pas par le commandement de Dieu, mais par une affection
charnelle. Et pourtant les exemples des | et excuse, si le mesme Esprit qu qui les : a Saincts ne nous servent point de défense | conduits n’habite en nous.
MATTH. XIX
3 Lors les Pharisiens veindrent à luy, le tentans, et luy disans, Est-il loisible à l'homme , de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit ?
4 Lequel respondant leur dit, N'avez-vous point leu que lé Créateur dés le’ commencement les Jeit maslé et Temetle 1?
D Et qu'il dit, Pour ceste cause l'homme délaissera père el mére, el se adjoindra à sa Jemme : et deux Seront une chair?.
6 Par ainsi ils ne sont plus deux, mais sont une Chair:
donc ce que Dieu à conjoint, que l'homme ne le’ desjoigne.
1 Il luy dirent, Pourquoy donc Moyse a-il commandé de bailler la letre de divorce, el la répudier*?
8 Il leur dit, C’est que Moyse, pour la dureté de vostre Cœur, vous & permis de répudier vos femmes : mais du commencement il n’estoit pas ainsi.
9 Or je vous di, que quiconque répudiera Sa femme, sinon pour paillardise, el se mariera à une autre, il commet adullière : et qui se sera marié à celle qui est répudiée, il commet adultère.
MARC X
2 Adonc les Pharisiens veindrent, et l'interroquèrent le tentans, Est-il loisible à l'homme de délaisser sa femme? |
3 Luy respondant, leur dit, Qu'est-ce que Moyse vous a commandé ?
4 is dirent, Moyse a permis d’escrire la letre de divorce, el de la délaisser.
5 Et Jésus respondant leur dit, Il vous a escrit ce commandement pour la dureté de vostre cœur
6 Mais du commencement de la création Dieu les feit masle et femelle :
7 Pour ceste cause l’homme délaissera son père et sa mère, et S'adjoindra à sa femme :
8 Et deux seront une chair :
parquoy ils ne Sont plus deux, mais une chair.
9 Donc, ce que Dieu à con- Joint, que l’homme ne le desjoigne point.
10 Derechef les disciples l'interroguérent de cela mesme en la maison.
AU ET il leur dit, Ou délaissera sa eme et se Mmariera à une autre, il commet adullère contr’ellé. cts
12 Pareillement si la femme délaisse son mari, et se marie a un autre, elle Cormiet aduttère.
LUC
1) Gen., 1,27. 2) Gen.,Il, 24 8) Deut., XXIV, 1.
Combien que les Pharisiens tendent | cause de démesler la question qu’engendes filets pour surprendre Christ, et vié- Se la liberté de répudier les femmes, et nent à l’abborder frauduleuséement, tou- | aussi de donner certainé 10Y touchant le tesfois leur malicé nous tourne à grand het et sacré lien de mariage, Jéquél doit proufit : comme le Seigneur sçait bien | demeurer ferme et indissolable. Or le convertir à l'utilité des siens tout ce que | moyen de la’ surprinse estoit, qu'il leur leS malins complotent pour renverser la | sembloit avis qu’en ‘quelque sorte qu'il saine doctrine. Car ceste occasion à ésté respondist, sa response seroit tousjours
CC ter
; SUR L’HARMONIE ÉVAN GÉLIQUE
odieuse. Ils demandent s’il est loisible au art de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit. Si Christ dit que non, ils erieront qu'il fait meschamment d'abolir la Loy : s’il dit qu’ouy, ils allègueront qu’il est plustost macquereau que Prophète de Dieu, en laschant ainsi la bride à l'affection perverse des maris. Voylà comme ils avoyent fait leur conte en eux-mesmes : mais le Fils de Dieu, qui Sçait bien surprendre les sages en leur finesse, les a bien trompez en condamnant fort et ferme les répudiations illicites : et toutesfois monstrant quant et quant qu’il né dit rien qui ne soit bien accordant avecque la Loy. Car il comprend la décision de tout le propos én deux points, Que l’ordre de la création doit servir de l0y pour enseigner le mari d'entretenir toute ‘sa vie la foy de mariage : et que les ‘divorcés ont ésté permis, non pas pource que ce fust chose bonne et licite, mais pource qu'on avoit affaire à un peuple rebelle et indocile.
4 N’avez-vous point leu que le Créateur. Christ ne respond pas en termes exprès à l'interrogation qu'on luy avoit faite, mais il ne laisse pas pourtant de satisfaire à la question proposée. Comme si aujourd’huy quelqu'un estant interrogué sur la Messe, venoit à exposer et déduire fidèlement le mystère de la saincte Cène: et puis conclure finalement que tous ceux-là sont sacriléges et faussaires, qui osent adjouster ou rongner quelque chose de la pure institution du Seigneur :
ilrenverseroit tout évidemment ceste maur dite invention du sacrifice de la Messe.
Or Christ prend ceci pour une maxime, Que Dieu dés lécommencement à mis en- Semblefle masle et la femelle, afin que les deux feissent l’homme tout entier: et pourtant quiconque répudie sa femme, fait tout ainsi comme s’il arrachoit la moitié de soy-mesme. Or nous sçavons que pature ne peut porter qu'un homme deschire son corps en pièces. Il met encores après un autre argument, lequel est prins du plus-petit au plus grand : asçavoir, Le lien de mariage est plus sainct que celuy par lequel les enfans sont obligez à leurs pères ‘ét mères : or est-il ainsi que l’affection et raison naturelle UE les en-
ff:
fans aux pères et mères par un lien inviolable :
coup moins |é mari pourra renoncer Sa
il s'ensuit doncques qué beau-
femme. Et de là il faut conclure que le
mari qui se sépare d’avecques sa femme;
rompt le lien duquel Dieu estoit authéur.
Au reste, le sens de ces mots est, Que Dieu le Créateur du genre humain, a fait le masle et la femelle, afin que chacun se contentant d’une seule femme, n’en demande point d'avantage. Caril insiste nomméement sur lé nombre de deux: Comme aussi le Prophète Malachie, chap. ‘FF, Ÿ. 10, quand il blasme la polygamie, c’està-dire, l'abus de ceux qui ont plus d’une femme, amène la mesme raison, Que Dieu, auquel y avoit Esprit plus abôndant, tellement qu'ilestoit en sa liberté de créer plusieurs hommes, n’en a toutesfois fait qu’un: asçavoir tel que Christ le descrit yci. Ainsi donc l’ordre de la création est suffisant pour ‘prouver la conjonction inviolablé d’un homme seul avec une femme seule. Si on dit que par ce moyen il ne seroit donc pas permis, après la mort de la première femme, d’en prendre une autre: la response est facile.
Que non-seulement la mort abolit le lien de mariage, mais aussi que Dieu Substitue la seconde femme au lieu de la première, comme si ce n’estoit tousjours qu'une mesme femme.
5 Pour ceste cause l'homme délaissera père et mère, etc. On ne sçauroit dire si Moyse attribue ces paroles à Adam ou à Dieu. Mais en quelque sorte qu'on le prene, c’est tout un quant à ce passage.
Car Christ s’est contenté d’alléguer ce que Dieu en avoit déterminé, encores que ce fust par la bouche d'Adam. Au reste, il n’est pas yci simplement commandé à celuy qui prend femme, d'abandonner son père: car autrement Dieu se contrediroit soy-mesme, en abolissant par le mariage le devoir qu’il commande aux enfans de rendre à père et à mère: mais en faisant comparaison des deux ensemble, la femme doit estre préférée au père et à la mère.
Or est-il ainsi que si quelqu'un renonceoit son père, et rejettoit le joug auquel il ést attaché, il n’y a celuy qui né fust estonné d’un tel monstre: beaucoup moins donc:
| ques doit-il estre permis de desfaire es
mariages. Deux seront une chair. Par ceci est condamnée tant la polygamie, comme l'abus de répudier les femmes.
Car si le Seigneur a consacré la conjonction de deux, quand il y en a trois ou quatre, c’estun meslinge faux et pervers.
Mais Christ, comme j’ay touché un peu devant, applique autrement ceci à son propos: asçavoir que quiconque se sépare de-sa femme, c’est comme sil se mettoit en pièces : pource que le sainet mariage est de telle vertu, que l’homme et la femme sont tellement conjoints, que les deux ne sont plus qu'un. Car il ne faut pas penser que Christ ait voulu ramener la vileine, salle et mal heureuse Spéculation de Platon: mais il a parlé avec révérence de l’ordre establi de Dieu.
Parquoy que le mari et la femme vivent tellement ensemble que l’un soulage et ait soin de l’autre comme si c’estoit la moitié de sa personne. Que le mari domine comme chef de la femme et non pas comme tyran : que la femme de son costé s'assujetisse avec modestie à luy servir, complaire et obéir.
6 Donc ce que Dieu a conjoint, que l’homme ne le desjoigne. Par ceste sentence Christ réprime la légèreté des maris, afin qu’ils ne rompent ce lien sacré en répudiant leurs femmes. Et comme il dit qu’il n’est pas en la puissance du mari de rompre le mariage: ainsi par mesme moyen il fait défense à tous autres d’approuver et authorizer les répudiations illicites. Car le Magistrat abuse de sa puissance, en laschant la bride au mari qui laisse sa femme. Toutesfois Christ a proprement regardé à ce qu’un chacun de son costé entretiene sainctement la foy promise, et que ceux qui par paillardise ou autre meschante affection sont tentez de répudier leurs femmes, se retienent et répriment, en pensant ainsi, Qui es-tu, toy qui te donnes congé de rompre ce que Dieu a conjoint ? Au reste, nous pourrons bien estendre ceste doctrine encores plus loin. Les Papistes nous forgeans l'Eglise séparée de Christ son Chef, nous laissent un corps mutilé et imparfait. En la saincte Cène nostre Seigneur Jésus-Christ a con-
-joint le pain avecques le vin: mais ils n’ont pas laissé pourtant d’oster à tout le
peuple l'usage du calice. Nous pourrons à l'encontre de ces corruptions diaboliques opposer ceci, Que l’homme ne sépare point ce que Dieu a conjoint.
7 Pourquoy donc Moyse a-il commandé, etc. etc. Is avoyent songé ceste calomnie, pour l'avoir toute preste, si Christ (comme il y avoit grande apparence) eust seulement requis quelque cause légitime en matière de répudiation de femmes. Car il semble que tout ce que Dieu permet en sa Loy, duquel la seule volonté est la règle pour discerner le bien et le mal, soit loisible. Mais Christ use d’une response fort propre, pour se desvelopper de leur fausse calomnie, disant que Moyse n’a pas approuvé cela comme loisible, mais leur a accordé à cause de leur obstination. Il conferme son opinion par une bonne raison, disant que du commencement il n'estoit pas ainsi.
Car il prend pour un poinet résolu et arresté, que quand Dieu a ordonné le mariage, il a establi une loy perpétuelle, qui devoit avoir lieu jusques à la fin du monde. Et si l'institution du mariage doit estre tenue pour une loy inviolable, il s’ensuit que tout ce qui en desvoye n’est point de la pure nature d’iceluy, mais du vice et de la corruption des hommes.
Toutesfois on demande, Si Moyse devoit permettre une chose qui de soy-mesme estoit mauvaise et vicieuse. Je respon qu’à parler proprement, il ne l’a pas permis :
mais d'autant qu'il ne l’a pas défendu estroitement, il est dit qu'il la permis.
Car il n’a point fait de loy touchant les répudiations, pour les approuver et authorizer: mais voyant q\'il n’estoit possible de restraindre autrement la malice des hommes, il a usé du remède qui estoit le plus tolérable: asçavoir que pour le moins l’homme rendist tesmoignage de la chasteté et honesteté de sa femme. Car laloy n’estoit faite qu’en faveur des femmes, de peur qu’elles ne fussent déshonorées pour avoir esté rejettées de leurs maris à tort et sans raison. Dont nous recueillons que ceste loy a plustost esté une punition sur les maris, qu’une dispense ou permission pour éroistre leur meschante concupiscence. D’avantage, il y a grande différence entre la police ou
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
ordre externe, et le gouvernement spirituel. Le Seigneur a comprins briefvement en dix paroles tout ce qui est licite et bon à faire. Maintenant pource qu’il se peut faire que beaucoup de choses ne sont point reprises par le jugement des hommes, desquelles chacun se sentira argué et convaincu dedans sa conscience, ce n’est pas de merveilles si les loix politiques dissimulent telle chose. Prenons un exemple familier : Les loix nous donnent plus grande liberté de plaider, que la règle de charité ne porte. Pourquoy cela?
Pource qu’on ne peut pas faire droict à un chacun, si la porte n’est ouverte à tous pour pouvoir demander. Cependant la 10y intérieure de Dieu prononce qu’il faut suyyre ce que charité requiert. Il ne faut pas toutesfois que les Magistrats prenent sur cela excuse de leur lascheté, quand ils ne seront songneux de corriger les vices, ou qu’ils laisseront à faire les choses qui sont du devoir de leur office. Mais aussi que les particuliers de leur costé regardent, qu'en voulant couvrir leurs vices par les loix, ils n’augmentent leur faute au double. Car yei le Seigneur reprend obliquement les Juifs, de ce qu'ils ne se contentoyent point que leur desbauchement fust toléré, sinon que quant et quant ils prinsent Dieu pour autheur et garent en leur iniquité. Or s’il ne faut pas tousjours ni en tous endroits prendre és loix politiques la règle de bien et sainctement vivre, beaucoup moins se faudra-il en cela arrester à la coustume.
9 Or je vous di que quiconque répudiera sa femme, etc. Sainct Marc récite que ceci fut dit aux disciples à part, après qu'ils furent retournez en la maison:
sainct Matthieu couche simplement le propos, laissant ceste circonstance, comme souvent les Evangélistes laissent quelque chose entre deux, pource qu’il leur suffit de faire un recueil sommaire des points principaux. Il n’y a doncques point de différence, sinon que l’un déduit la chose plus distinctement que ne fait l’autre. La substance est, Combien que la Loy ne punisse point les divorces discordans de la première institution de Dieu, que toutesfois cestuy-là est adultère, qui rejettant sa femme, en prend une autre. Car il
n’est pas en la puissance de l’homme de rompre la foy et promesse de mariage, laquelle Dieu veut estre ferme et inviolable. Et pourtant, toute femme qui oste le droict du lict appartenant à la femme légitime, est une paillarde. Il y a une exception qui est adjoustée, pource que la femme par paillardise se retranche de son mari, tout ainsi comme un membre pourri: et par ce moyen elle fait qu’il demeure en liberté. Ceux qui vont songer d’autres causes, à bon droict doyvent estre rejettez, pource qu'ils veulent estre plus sages que le Maistre céleste. Il semble à aucuns que la ladrerie de la femme soit cause suffisante au mari pour la répudier, pource que c’est un mal pour infecter non-seulement le mari, mais aussi les enfans. Quant à moy, comme je conseille au mari fidèle de ne toucher point à la femme ladresse, ainsi je ne luy peux accorder ceste liberté de la répudier. Si on allègue contre ceci, que ceux qui ne peuvént vivre sans femme, ont besoin de remède, afin qu'ils ne bruslent: je di que ce n’est pas remède ce qu'on va chercher outre la parole de Dieu. F'adjouste quant et quant que ceux qui se laisseront, estans en tel affaire, conduire par le Seigneur, ne seront jamais destituez du don de continence, pource qu’ils suyvent le moyen qu’il a ordonné. L’un se faschera de sa femme, tellement qu’il ne prendra point à gré d’avoir sa compagnie: faudra-il que pour se metire à son aise, il prene une autre femme? L'autre aura sa femme qui sera tombée en paralysie, ou apoplexie, ou en quelque autre maladie incurable, faudra-il que sous couleur d’incontinence, le mari la rejette ? Nous sçavons au contraire, que ceux qui cheminent en leurs voyes, ne sont jamais destituez de l’aide du sainct Esprit. Pour éviter fornication, dit sainct Paul, 1 Cor.
VII, 2, qu'un Chacun ait sa femme.
Quand un homme a fait cela, encores qu’il ne luy succède pas comme il pensoit, il a toutesfois fait son devoir. Et pourtant s’il ha quelque défaut, Dieu y remédiera par sa grace, Qui voudra passer outre, et essayer autre moyen, il ne fera que tenter Dieu. Quant à ce que sainct Paul note une autre cause, (4 Corint., VII, 42, et 145)
gçavoir que quand lun des deux mariez est rejetté par sa partie infidèle en haïné de la religion, que lors le frère ou la sœur fidèle ne sont point liez : Cela n’est point répugnant à l’intention de Christ : car il ne parlé point là d’une juste cause dé répudiätion, mais seulement il traitte, asçavoir ‘Si la femme demeure encores liée aù mari incrédule, après qu’estant rejettée par luy én haîne dé Dieu, 'ellé ne peut autrement sè réconcilier qu’en renonceant Dieu. Et pourtant ül ne se faut pas esbàhir si Sainct Paul accorde plustost de se séparer d’un ‘homme mortel, que de renoncer Dieu. Mais’ semble que l’exception que Christ met yci soit superflue.
Car si la femmé adultère mérite punition de mort, quel besoin est-il de parler de la répudier? La response est, Que pource ‘que c’estoit au mari de poursuyvre en jugement le forfait de sa femme, pour oster toute vilenie de sa maison, quelle qu’en soit l'issue, depuis que le mari a Convain- Cu Sa femme de paillardise, Christ le délivre du lien dé mariage. Peut-estre aussi, comme lors les choses estoyent fort corrompues et abastardies, que ceste meschanceté régnoit entre le peuple, sans qu’il y eust punition notable. Comme aujourd'huy, pource que les Magistrats par leur nonchalance laschent la bride au mal, ou pour le moins le dissimulent, cela est cause que Îles maris sont contraints de réjetter leurs fémmes convainèues de vilenie, d'autant qu’on ne punit point les adultères. "Au reste, il’ faut noter que les deux parties ont semblable liberté ou privilége en ceci, comme aussi il y à égale et mutuellé promesse de loyauté et fidélité l’un à Pautre. Car combien qu’és autres Choses le mari ait avantagé, toutesfois quant à l’usagé du lict là femme ha semblable droict que luy : car il n’est pas maistre de son corps. Et pourtant, quand il aura rompu le mariage en Commettant
MATTH, XIX
adulière, la femme se trouve en liberté.
Et qui sera marié à celle qui est répudiée, il commet 'atlultère. Césté partie a esté fort mal prinse par plusieurs éxpositeurs : car ilS ont’ pensé que généralement et sans exception le’mari et la fémmé ‘faisans divorce, deûüssent demeurer sans se remarier : et qué pourtant le mari avant réjetté sa femme’adultère, ils n’avoyent plus puissance ne Pun' ne Vautre de chércher parti ailleurs. Voire, comme si la liberté dé répudiation né consistoit eh autre chose qu’à coucher À pare dé Ta femme : comme si Christ aussi ne per’ mettoit pas tout évidemment de faire en ce cas ce que les Juifs ävoyent accoustumé dé faire indifféremment à leur plaisir. Ainsi doncques l'erreur Commis en ce passage, aesté lourd et bien grossier.
Car quand Christ tient pour adultère Céluy qui aura espousé la femme répudiée,
il est certain que cela se doit restraindre aux divorces illicites et frivolés. Et pour ceste cause S. Paul commande (en la première aux Corinthiens, septième Chapitre, v. 11) à celles qui auront ainsi esté délaissées qu’elles demeurent sans se remarier, où qu’elles se réconcilient : à leurs maris : asçavoir pource que le mariage n’est point aboli pour noise ou débat quelconque qui surviené. Et cela se peut recueillir de Ssainct Marc, où il est nomméement exprimé, Si la femme délaisse son mari : non pas qu’il fust en la liberté des femmes de baïller à leurs maris le libelle de refus, sinon ainsi que les Juifs s’estoyent abastardis, en prenant les façons de faire deS pays estranges.
Mais sainct Marc a voulu toucher comment le Seigneur condamne l'abus qui régnoit lors par tout : asçavoir qu'après avoir fait divorce à leur plaisir, les deux parties chérchoyent chacun mariage autre part : et pourtant il ne fait aucune men tion d’adultère.
MARC
LUC
10 Ses disciples luy disent, Si tel est l'affaire de ben) l'homme avec la femme, il n'est PU PPAN TE de se marier.
AA Mais il leur dit, Tous ne comprenent pas ceste parole, mais CEUX ausquels il est donné. sé
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
12 Car il y en a des chastrez, qui sont ainsi nais du ventre de leur mère : el’ y a des chastrez, qui sont chastrez ; par les hommes : il y a aussi des chastrez, de Se sont chastrez éux-mesmes pour le koyaume
es Cieux. Qui peut comprendre ceci, qu il le com-
prene.
Comme si la condition deust estre fascheuse ét estrange aux maris, S'il faloit qu'ils fussent tellement attachez à leurs fémmes, que tant qu’elles séroyent chastes, ils fussent contraints d’endurer et Supporter” toutes autres incommoditez plustost que de les délaïsser, les disciples ésbahis de la response de Christ, répliquént qu’il vaut donc mieux se passer de femmes, qué de sé mettre en une telle nécessité et sujétion. Mais pourquoy ne régardént-ils aussi bien de l’autre part, combien est dure la servitude que les femmes ont à porter : sinon qu’estans addonnez à eux-mesmes et à leur proufit particulier, le sens de la chair les induit à ne pénser qu'à leur aise, sans sé soucier dés autres? Cependant, en cela se monstre une merveilleuse ingratitude, que pour la crainte où ennuy de quelque incommodité, ils rejettent un don singulier de Dieu. Sélon leur avis il vaut mieux se passer de mariage, que de s’astraindre au lien de vivre tousjours avec une femme. Mais puis que Dieu à ordonné le mariage pour le bien et proufit de tout le genre humain en Commun, encores qu’il tire des Choses avec soY qui ne sont pas trop plaisantes, il ne faut pas pourtant le méspriser. Apprenohs donc de n’estre pas Si délicats et difficiles, que nous n’usions des dons de Dieu en toute révérence, en- Corés qu'il y äit en icéux des choses qui ne nous viénent pas à gré : et sur tout gardons-nous d’une telle perversité, quand il sera question de parler du sainct mariage. Car pource qu'il est accompagné de beaucoup de fascheries et ennuis, Satan s’est tousjours efforcé de le rendre odieux, afin d’én destournèr les hommes.
Et Sainet Hiérôme à monstré en cela des marques bien évidentes d’un esprit malin et pervers, quand non-seulement il chàrgetde Calomnies ce Saïnct estat ordonné de Dieu, mais va mesmes chercher tous | 5 Dlasmes qu il a peu ramasser des au |
theurs profanes, pour le descrier, et desfigurer l’honnesteté à’ iceluy. Quant à nous, qu'il nous souviene que tous les ennuis qui sont en mariage, sont choses actidentales, pourcé qu’elles procèdent du vice des hommes. En outre, considérons qu'après la corruption de nature bumaine, le mariage a commencé à servir de médeëine : : et que pourtant il ne se faut esbahir si avec la douceur il y a quelque goust d’amer meslé parmi. Mais il faut veoir comment le Seigneur repousse ceste folle fantasie. En disant que tous ne comprenent pas ceste parole, il signilie que le choix n’est pas à nous, comme Si nous délibérions d’une chose qui fust en nostre puissance. Si un homme pense qu'il luy soit bon de se passer de femme, et qu’ainsi sans faire autre examen, il S’astraigne à n’estrè point marié, il s’abuse bien. Car Dieu qui à une fois prononcé qu’il estoit bon à l’homme d’avoir la femme pour aide, fera la punition du mespris de l’ordre qu’il avoit mis :
pource que les honimes mortels s’attribuent par trop, quand ils présument de s’exémpter de la vocation céleste. Or Christ prouve que tous n’ont pas liberté de Choisir ce qu'il leur semblera bon, pource que le don de continence est ün don spécial. Car en disant que tous ne peuvent pas comprendre ceste parole, mais seulement ceux ausquels il est donné, il monstre assez Clairément que cela n’est pas donné à tous. Et voylà pour convaincre l’orgueil de ‘ceux qui ne font point difficulté de s’attribuer ce que tant évidemment Christ leur oste.
12 Car y en a des chastrez, etc. Christ met vyci trois manières de chastirez. Ceux' qui le Sont de nature, ou lesquels’ on a ‘Chastrez, le défaut qu’ils Ont les tient forclos du mariage, pource qu'ils ne sont point hommes. il dit qu'il yen a d’autres qui se sont Chastrez pour SeFvir À Dieu en WRI grande liberte : ceux qui
sont tels, il les exempte de la nécessité de se marier. Dont s'ensuit que tous autres qui ne veulent point entrer en mariage, sont sacriléges, et bataillent contre Dieu comme les Géans, d’une audace enragée. Quant à ce que les Papistes font cas de ce mot Chastrer, comme si les hommes d’eux-mesmes pouvoyent avoir à leur plaisir le don de continence, c’est un argument trop maigre et frivole. Car Christ a desjà prononcé ci-devant, que Dieu distribue ce don à qui bon luy semble : et un peu après il confermera derechef que c’est folie à un homme de choisir de vivre hors de mariage, quand il n’a point receu ce don spécial, Parquoy ceste façon de se chastrer ne dépend pas . de la volonté d’un chacun : mais le simple sens est, Qu'il y en à aucuns naturellement capables d’estre mariez, lesquels toutesfois en s’en abstenant ne tentent pas Dieu, pource qu’il leur permet de s’en passer, et leur baille un privilége par-dessus les autres. Pour le royaume des cieux. Aucuns exposent ceci bien Sottement, Pour mériter la vie éternelle :
comme si à vivre hors mariage il y avoit quelque service méritoire : comme les Papistes imaginent que c’est un estat Angélique. Mais Christ n’a pas voulu dire autre chose, sinon que les gens non mariez doyvent avoir ce but de s’employer plus alaigrement aux exercices de piété, estans desveloppez de toutes solicitudes.
C’est donc une folle fantasie d’imaginer que ce soit vertu de vivre hors mariage :
car l’estat ne plaist point à Dieu de soymesme, non plus que le jeusne : et ne mérite point d’estre conté entre les points de l’obéissance que Dieu requiert de nous, mais doit estre rapporté à autre fin. Qui plus est, Christ a voulu nommée-
MATTH. XIX
43 Alors luy furent présentez des petis enfans, afin qu'il meist les mains sur eux, et qu'il priast: et les disciples les tansèrent.
A4 Mais Jésus leur dit, Laissez les petis
noyent.
MARC X
13 Alors on luy présenta des petis enfans, afin qu'il les touchast : mais les disciples tansoyent ceux qui les ame-
14 Ce que Jésus voyant, il se fascha, et leur dit, Laissez les pelis enfans venir à moy,
ment exprimer, qu’encores qu'un homme ne soit point entaché de paillardise, toutesfois il ne plaist pas à Dieu en vivant hors mariage, s’il le fait seulement pour son aise et tranquillité : et qu’il n’est point excusé de se marier, sinon qu’il use de ce moyen pour s’addonner en plus grande liberté à la méditation de la vie céleste.
En somme, Christ monstre qu’il ne suffit pas que les gens non mariez vivent chastement, sinon que de propos délibéré ils se passent de femmes, afin d’estre plus libres pour s’employer à meilleures choses à la gloire de Dieu. Qui peut comprendre ceci, qu’il le comprene. Par ceste conclusion Christ admoneste que l’usage de mariage n’est point à mespriser, sinon que nous vueillions nous précipiter en ruine parune témérité désespérée comme gens enragez. Car il estoit besoin qu’il arrestast les disciples, lesquels il voyoit s’aventurer sans jugement ne considération aucune. Mais l’admonition est utile à tous, pource qu’il ÿ en a bien peu, quand il est question de regarder la façon de vivre à laquelle ils se veulent arrester, qui considèrent leur portée et ce qui leur est donné, mais ils se hazardent sans esgard par tout où leur ardeur inconsidérée les transporte. Et pleust à Dieu que cest advertissement eust esté prattiqué le temps passé. Mais le monde a eu les aureilles estoupées de je ne sçay quels enchantemens de Satan : en sorte que contre nature, et quasi en despit de Dieu, ceux que Dieu appeloit au mariage ont voulu suyvre l’estat de perpétuelle virginité, comme on dit. Après est survenu le vœu qui a esté comme un licol pour tenir les povres âmes estreintes de court, afin qu’elles ne peussent jamais se relever de ceste fosse mortelle.
LUC XVIII
15 D'avantage on luy apporta aussi des petis enfans, afin qu'il les touchast.Ce que voyant les disciples, les tansèrent.
16 Mais Jésus les.appela, et dit, Laissez ve-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
enfans, et ne les empeschez point de venir à moy: car à tels est le Royaume des Cieux.
15 Et ayant mis les mains sur eux, ùl se partit de là.
Ceste histoire est fort utile, pource qw’elle enseigne que Christ receoit nonseulement ceux lesquels estans poussez d’un sainct désir et d’un mouvement de la foy se présentent volontairement à luy, mais aussi desquels l’aage ne porte pas qu'ils puissent encores sentir quel besoin ils ont de sa grâce. Il n’y a encores aucune intelligence n’usage de raison en ces petis enfans, pour pouvoir désirer sa bénédiction : toutesfois quand on les luy présente, il les receoit humainement et avec grand’ douceur, et les consacre à Dieu son Père par une cérémonie de bénédiction solennelle. Il faut noter l’intention de ceux qui luy présentoyent ces enfans : car s'ils n’eussent eu ceste persuasion imprimée en leur entendement, qu’en luy reposoit la vertu du sainct Esprit, et qu’elle luy avoit esté donnée afin qu’il Pespandit sur le peuple de Dieu, il n’y eust point eu de raison de luy présenter des enfans. Ainsi, il n’y a point de doute que ces gens demandent que les enfans soyent receus à la participation de grâce.
Et pour ceste cause par amplification sainct Luc adjouste ce mot Aussi: comme s’il eust dit, Après qu’on eust expérimenté en tant de sortes le secours qu’il faisoit aux grans, On commença espérer aussi pour les enfans, que s’il leur imposoit les mains, ils n’en retourneroyent pas sans avoir quelque don de l'Esprit. Au reste, limposition des mains (comme nous avons dit en un autre lieu) estoit entre les Juifs un * signe de bénédiction ancien et bien commun. Et pourtant ce n’est pas merveilles s’ils désirent que Christ face prière pour les enfans avec ceste cérémonie solennelle.
Cependant toutesfois, puis que c’est à celuy qui est plus excellent de bénir ses inférieurs, par cela ils monstrent qu'ils luy
et ne les empeschez point: car a tels est le Royaume de Dieu.
15 Je vous di en vérité, Quiconque ne recevera le Royaume de Dieu comme petit enfantnentrera point en iceluy.
46 Et après les avoir pris entre ses bras, mettant ses mains sur eux, il les bénit.
nir les enfans à moy, et ne les empeschez point :
car à tels est le Royaume de Dieu.
17 Je vous di en vérilé, Quiconque ne recevera le règne de Dieu, comme enfant, n'entrera point en iceluy.
attribuent lauthorité et honneur de souverain Prophète, Héb., VIE, 7.
13 Et les disciples les tansèrent. Si on luy eust mis sur la teste une couronne royale, ils l’eussent bien souffert : voire avec grand contentement, pource qu’ils n’entendoyent pas bien encores son droit office : mais il leur semble que c’est une chose indigne de sa personne, de s’arrester à des petis enfans. Et de faict, leur erreur n’estoit pas sans couleur. Car le souverain Prophète et Fils de Dieu, que peut-il faire avec des enfans? Mais ceci nous monstre que ceux qui estiment Christ selon leur sens charnel, en jugent autrement qu’il ne faut. Car à tous coups il advient qu’ils le despouillent des grâces qui luy sont propres : et au contraire, en luy pensant faire honneur, ils luy attribuent des choses qui ne convienent aucunement à sa personne. Voylà dont est venu ce grand amas de superstitions, lequel a présenté au monde un Christ fait à la fantasie des hommes. Et pourtant, apprenons de ne penser de luy, sinon suyvant ce qu’il nous a enseigné, et de ne luy attribuer autre qualité ou office que celuy quele Père luy a donné. Nous voyons ce qui est advenu en la Papauté. Ils ont pensé faire grand honneur à Jésus-Christ, en s’agenouillant devant un morceau de pain : et c’est une abomination puante devant Dieu. Derechef, pource qu’il leur sembloit que c’estoit une chose peu honorable à Jésus- Christ d’estre nostre Advocat, ils se sont forgez des patrons et advocats sans nombre : mais par ce moyen il à esté par eux despouillé de son honneur de Médiateur.
1% Laissez les petis enfans etne les empeschez point de venir à moy. Il déclare qu'il veut recevoir à soy les enfans :
49% et finalement les ayans pris entre ses mains, non-seulement il les, embrasse,
mais aussi les bénit, leur imposant les mains. Dont nous rec ueillons que sa gràce
s’estend aussi à ceux qui Sont en cest aage. Et ce n’est pas merveilles ; car veu que toute la postérité d'Adam est enclose sous la condamnation de mort, il faut nécessairement que tous périssent hors mis ceux lesquels le seul Rédempteur en dé-
livre. Or ce seroit une chose par trop cruelle de forclorre de. la grâce de Dieu ceux qui sont en tel aage. Parquoy non Sans Cause NOUS prenons, CE passage pour en. faire, un bouclier contre les Anabaptistes. Ils refusent aux enfans Je baptesme, pource qu ’ils ne sont pas capables du mystère qui est Jà signifié. Nous disons au contraire, veu que le Baptesme est le gage et le signe de la rémission « gratuite des péchez, et dé lPadoption à Taquelle Dieu nous receoit, qu’il ne doit point estre refusé aux.enfans, lesquels Dieu adopte ‘et laye au sang de son Fils. Quant à ce qu'ils objectent, que repentance et nouveauté de vie sont aussi là figurées : la response est facile, Que les enfans sont renouvelez par l'Esprit de Dieu, selon la mesure et capacité de leur aage, jusqu’à ce que ceste vertu Divine cachée en eux croisse par degrez, et se démonstre évidemment en son temps. D’avantage, quant à ce qu'ils, débatent que nous ne sommes point réconciliez à Dieu, et faits héritiers de adoption, autrement que par foy : nous confessons cela estre vray quant à Ceux qui sont en aage de discrétion : mais quant aux enfans, ce passage monstre que cela est faux. Certes l'imposition des. mains n’estoit pas un signe frivole et fait à plai-
ir QI
sir: et quand Christ a fait. yei prière, c’est chose toute seure qu'il n'a pas, batu l'air en vain. D’avantage, il n’a peu.offrir ces enfans à Dieu, sinon en leur donnant pureté. Et qu’a- “il prié pour eux, autre chose, sinon qu ils fussent receus, au nombre des enfans de Dieu? Dont: s'ensuit qu’ils ont esté régénérez par l'Esprit en l'espérance de salut. Brief, l’embrassement mesme a esté un tesmoignage que Jésus-Christ les avouoit de.son troupeau.
Or s'ils ont esté participans des dons. spirituels qui sont figurez par le Baptesme, il n’y a point de raison de leur refuser le signe externe. Et de faict, C’est une. audite et présomption plene de sacrilés R de chasser loin de Ja bergerie de Christ, ceux lesquels il tient en son sein, par grande douceur : et de rejetter comme estrangers à porte fermée, ceux lesquels il ne veut point qu’on empésche de approcher. Car à tels est le Royaume des cieux. Sous ce mot il comprend tant les petis enfans que ceux qui les ressemblent.
Car il n’y à point de propos en ce que. les Anabaptistes excluent yci les petis enfans, desquels ce passage doit en premier lieu estre EXPOSÉ. Mais cependant Christ prenant occasion sur le propos qu il traittoit, a voulu exhorter les siens à ensuyvre la nature des enfans, en despouillant toute malice et, présomption, Et pourtant il est adjousté en sainet Marc,et en Sainct Luc, Que nul ne peut entrer au Royaume des cieux, S'il n'est fait semblable à un petit enfant. Mais il faut tousjours noter ladmonition de, Sainct Paul, Que nous ne soyons. pas enfans de sens, mais de malice, 4 Cor., XIV, 20.
MATTH. XIX
A6 Æt. voyci quelqu’ un, s’approchant luy dit, Bon maistre, quel bien fera y- 6x éternelle?
AT, I luy dit, Pourquoy 7 APE -lu, bon? Il ny a nul bon qu'un, ASçavoir :
Dieu : que si lu veux en-
afin que j'aye la vie:
MARC X
17 Et comme. il sortoit pour se mettre en chemin, quelqu'un accourut, qui s’agenouilla devant luy, l'interroguant, Bon maistre, que feray-je pour hériter la vie éternelle? ..
18 Jésus luy.dit, Pour-, quoy m appelles-tu bon? il
LUC KVTIL D 18 £t quelque seigneur. l'interrogua, disant, Bon maistre, que feray -je. pour. hériter la vie éternelle?