TT PE
besoin d'entendre ceci, que mesmes environ le temps de la mort de Christ, avec Pinfirmité de la chair, la gloire de sa Divinité s’est quant'et quant monstrée en luy. Mon temps est près, etc. Combien qu’il célébrast la Pasque comme il appartenoit, selon le commandement de la Loy, toutesfois il semble qu'il allègue expresséement ceste cause pour s’excuser, afin qu'il ne semble qu’il y procède par une affectation de nouveauté. [1 dit donc qu’il ha occasion de s’avancer, sans s’accommoder à la coustume receue par un usage commun : pource qu'il est appelé à un sacrifice plus grand. Cependant toutesfois (comme nous avons dit) il ne change rien à la cérémonie. Au reste, il répète tant de fois que le temps de sa mort est pro- Chain, afin qu'ils sçachent que volontairement il va avant pour obéir à ce que le Père avoit déterminé. Et quant à ce qu’il a conjoint la figure du sacrifice avec le vray sacrifice, par cela il a exhorté les fidèles à faire comparaison des figures anciennes avec ce qu’il accomplissoit à la vérité. Car ceste comparaison est bien propre pour esclarcir le fruit et la vertu de sa mort : car la Pasque n’a pas esté commandée aux Juifs, seulement afin de leur rafraischir la mémoire de la délivrance ancienne, mais aussi afin qu’ils en espérassent une autre à-venir par Christ, voire et plus excellente que la première.
À cela se rapporte ce que dit sainct Paul, A Corint.,V, 7,Que Christ nostre Pasque a esté immolé.
19 Et les disciples feirent comme Jésus leur avoit ordonné, etc. En ce que les disciples obéissent avec promptitude de courage, il faut noter leur saincte docilité. e ceste doute leur pouvoit venir en l’entendement, Quand ils auroyent suyvi un homme incognu, asçavoir-mon s'ils obtiendroyent du père de famille ce qu'ils requéroyent par le commandement de leur Maistre : mesmement sçachans qu’il estoit communéement non- seulement mesprisé, mais aussi hay. Or ils ne s’enquièrent point scrupuleusement de l’issue, mais obéissent paisiblement à ce qui leur est commandé. Et c’est la règle qu’il nous faut tenir, si nous voulons que Dieu approuve nostre foy, qu’estans contens de
son seul commandement, nous cheminions où il nous appelle : et qu’espérans l'issue qu’il promet, nous ne soyons point en trop grand souci.
20 Quand donc le vespre fut venu, il se meit à table,.etc. Non pas pour manger la Pasque, ce qu’il faloit faire estant debout, Exod. XII, 41 : comme les gens qui ont à faire chemin en diligence ont
accoustumé de prendreleur repas hastivement, tout chaussez, et ayans leur baston en la main : mais j’enten qu'après avoir observé la cérémonie solennelle, il s’est assis pour souper. Et pourtant les Evangélistes disent, Quand le vespre fut venu:
pource qu’au premier vespre.ils tuoyent l'agneau, et mangeoyent la chair d’iceluy rostie.
MATTH. XXVI
21 Et comme ils mangeoyent, il dit, Je vous di en vérité, que l’un de vous me trahira.
22 Dont ils furent fort contristez : el chacun d'eux commenca & luy dire, Seigneur, est-ce moy ? |
23 Mais luy respondant, dit, Celuy qui à mis sa main au plat pour tremper avecques Mm0y, me trahira.
24 Certes le Fils de l’homme Sen va, ainsi qu'il est escrit de luy, mais malheur à cest homme-là par qui le Fils de l’homme est trahi. Il eust esté bon à cest homme de n'estre point nay.
25 Et Judas qui le tra- “ hissoit, respondant dit, Maistre, est-ce moy? Il luy dit, Tu l'as dit.
MARC XIV
18 El comme üs estoyent assis à table, et mangeoyent, Jésus dit, Je vous di en vérité, qu'un de vous qui mange avecques moy, me trahira.
19 Lors ils se prindrent à se contrister, et luy dirent l’un apres l'autre, Est-ce moy? El l’autre, Est-ce moy?
20 Æt luy respondant, leur dit, C'est un des Douxe qui trempe avec moy au plat.
24 Et certes le Fils de l'homme s'en va, comme il est escrit de luy: mais mal-heur à l’homme par qui le Fils de l'homme est: trahi. Il eust esté bon à cest homme-là s'il n'eust point esté nay.
LUC XXII
15 Adonc leur dit, J'ay grandement désire de manger cest agneau de Pasque avec vous devant que je souffre.
16 Car je vous di que je n'en mangeray plus, jusques à ce qu'il soit accompli au royaume de Dieu...
Et un peu après
21 Toutesfois voyci, la main de celuy quiime trahit, est avecques moy à la table. |
22 Et certes le Fils de l’homme S'en va, selon qu'il est déterminé : toutesfois mal-heur sur l'homme par qui il est trahi.
23 Lors üs commencérent à -s’'entredemander l’un à l'autre, Ascavoirmon qui seroit celuy d'entr'eux qui feroit cela.
24 Matth. Je vous di envérité que l'un de vousmetrahira. Afin derendrela desloyauté de Judas plus détestable, Christ augmente lindignité du faict par. ceste circonstance, qu’il machinoït dele trahir, combien qu'il fust assis en ceste saincte table avec luy. Car, si quelque estranger eust fait cela, la chose eust esté aucunement à supporter : mais C’estoit un monstre merveilleusement. estrange, que lun de ses familiers et domestiques entreprinst telle chose : et qui plus est, qu'ayant desjà fait un complot mal-heureux, il se
présentast en ce sainct banquet sous couleur d'amitié. Pour ceste cause sainct Luc met ceste exception, Toutesfois, voyci, La main de celuy qui mé trahit est avec moy. Et combien que sainct Luc ne récite ce mot sinon après que la Cène est achevée, nous ne pouvons pas toutesfois de là recueillir certainement l’ordre du temps, auquel souventesfois. les Evangélistes ne s’arrestent :point, comme nous sçavons. Toutesfois je ne nie pas qu’il ne soit vray-semblable que Judas ait esté présent quand Christ distribuoit aux
siens les signes de son corps et de son sang.
22 Et chacun d'eux commencaà luy dire, Seigneur, etc. Je ne pense pas que les disciples ayent esté en un tremblement, comme ceux qui sont saisis de Crainte se tourmentent en eux-mesmes Sans occasion : mais ayans en horreur d’ouir parler d’un tel forfait, ils désirent d’estre purgez de tout souspecon d’iceluy. C’est bien un signe de révérence, qu’estans touchez obliquement, ils ne répliquent point contre leur Maistre: par Courroux et despit, mais chacun d'eux le recognoist pour son Juge : comme aussi c’est le principal qu’il nous faut chercher, que nous soyons absous par sa bouche :
toutesfois estans asseurez de leurs bonnes consciences, ils veulent déclarer franchement combien ils sont loin d’un tel forfait. Christ par.sa response ne les met point hors de doute, et ne touche point apertement la personne de. Judas, mais seulement conferme ce qu’il avoit dit un peu auparavant, Que l'un de ses familiers, assis à table avec luy est traistre. Or combieñ que cela ait esté dur, d’estre ainsi laissez en suspens et perplex pour un temps, afin qu'ils s’exerceassent à bien poiser la grandeur de ce forfait exécrable, il s’en est encore puis après ensuyvi une autre utilité, quand ils ont cognu par cela que la Prophétie du Pseaume XLI, v. 9, estoit accomplie, Celuy qui mangeoit. en ami avec moy, à levé son talon. conffésmoy. D’avantage, sous la personne de Judas il a voulu qu’en tous aages les siens fussent advertis de n’estre point descouragez, ou de ne défaillir pour les traistres. domestiques. Car il faut que ce qu’il a expérimenté, luy qui est le Chef de toute l'Eglise, adviene aussi à nous qui sommes ses membres.
24 Certes le Fils de l'homme s'en va, ainsi qu'il est escrit, etc: Yci Christ vient au-devant du scandale, qui autrement eust peu bien fort esbranler les cœurs des fidèles. Car que pouvoit-on trouver plus absurde que ceci, Que le Fils de Dieu estant laschement trahi par son propre disciple, fust abandonné à la rage de ses ennemis, pour estre tiré à une mort ignominieuse ? Mais Jésus pro-
nonce que tout ceci n’advient point que par la volonté de Dieu. Il prouve aussi par tesmoignage de l’Escriture, que telle estoit l'ordonnance d’iceluy pource qu’il a jadis révélé par la bouche de son Prophète ce qu’il en avoit déterminé.
Nous entendons maintenant à quoy prétend Christ par ces paroles : c’est asçavoir, afin que les disciples sçaclians que tout ce qui se fait est gouverné :parla providence de-Dieu, ne pensent point que sa vie ou sa mort $oit pourmenée à Paventure. Au reste, lutilité de ceste doctrine s’estend bien plus loin, ‘pource que lors le fruit de la mort de Christ est deuement ratifié en nous, quand on voit manifestement qu’il n’a point esté tiré à la mort au plaisir des hommes, et par cas fortuit : mais que par une ordonnance éternelle de Dieu, ce sacrifice avoit ésté destiné pour l’expiation des péchez du monde. Car d’où nous vient la réconciliation, sinon: d'autant que Christ à appaisé le Père par son obéissance ? Parquoy, proposons-nous tousjours la providence de Dieu, à laquelle il a falu nécessairement que Judas et tous les meschans ayent obey, combien que ce fust contre leur vouloir, et qu’ils eussent bien un autre but. Que ceci donc:.demeure bien ferme et arresté, Que Christ a souffert, pource qu'il plaisoit à Dieu d’avoir une telle expiation. Cependant toutesfois Christ nie qu'il y ‘ait rien pour absoudre Judas, sous couleur de dire qu’il na rien fait, sinon ce que Dieu avoit déterminé : ét que tousjours il demeure coulpable. Car combien que Dieu par son jugement droit ait ordonné pour le pris de nostre rédemption la mort de son Fils, ce néantmoins Judas en trahissant Christ, s’est acquis une juste damnation, pource qu’il estoit plein de desloyauté et avarice. Brief, ce que Dieu à voulu que le monde fust racheté, n’empesche point que: Judas ne soit un malheureux et détestable traistre. Et par ceci nous voyons, combien que les hommes ne puissent rien faire, sinon ce qui est déterminé de Dieu, que toutesfois cela ne les absout pas de condamnation, quand ils sont transportez d’une affection perverse à mal-faire. Car combien
que Dieu par une bride qu'ils n’apperçoyvent point, les tourne à une fin qui leur est incognue, toutesfois is ne pensent à rien moins que d’obéir à ses ordonnances. Il est vray que ces deux choses ne semblent pas esire guères bien accordantes, selon la raison humaine, Que Dieu modère tellement par sa providence ce qui se fait en ce monde, que rien n’advient que par sa volonté et commandement : et que toutesfois il damne les réprouvez, par lesquels il à exécuté ce qu'il vouloit. Mais nous voyons comment Christ accorde bien yci lun avec l’autre, frapant de malédiction Judas, combien que ce qu’il a machiné contre .Dieu fust déterminé de Dieu
non pas que Ja trahison de Judas doyve ‘proprement estre nommée œuvre de Dieu, mais pource que Dieu à tellement tourné la desloyauté de Judas, qu’il la fait servir à accomplir son conseil. Je sçay bien comment aucuns expositeurs se desveloppent de ce passage : ils confessent que par le moyen de Judas a esté accompli ce qui estoit eserit : mais c’est (disent-ils) par ce que Dieu a révélé és Prophètes ce qu’il avoit préveu : ainsi pour adoucir ceste doctrine qui leur semble un peu trop rule, ils mettent le mot de Prescience de Dieu, là où il y avoit Décret, ou Ordonnance : comme si Dieu ne faisoit que regarder de loin les choses qui sont à advenir, et ne les disposoit pas luy-mesme à son plaisir.
Mais le sainet Esprit démesle bien autrement ceste difficulté : car pour raison de ce que Christ a esté livré, il ne dit pas seulement qu'il estoit ainsi escrit, mais aussi qu’il estoit ainsi arresté. Car là où S. Matthieu et S. Marc allèguent l'Escriture, S. Luc nous mène droit au décret céleste, disant : Selon qu'il est déterminé : Comme aussi au livre des Actes il est monstré que Christ à esté livré non-seulement par la prescience de Dieu, mais aussi par son Conseil diffini et prévoyance, Actes, If, 23. Et un peu après il dit que Hérode et Pilate avec les autres meschans, ont fait les choses qui avoyent devant esté déterminées par la main et le conseil de Dieu, Actes, IV, 27, 28. Dont il appert que ceux qui cherchent des
eschappatoires en ce mot de simple prescience de Dieu, ne vienent pas au poinct, et embrouillent ceste doctrine, comme gens ignorans et mal exercez. ZL eust esté bon. Par ce mot nous est monstré combien est horrible la vengence préparée sur les iniques, ausquels :
il vaudroit mieux de n’estre jamais nais :
et toutesfois ceste vie, quelque caduque qu’elle soit, et remplie de calamitez sans nombre, est un don singulier de Dieu.
Aussi derechef nous recueillons par cela, combien est détestable leur impiété, laquelle non-seulement esteint les précieux dons de Dieu, et les convertit en ruine, mais fait aussi qu'il vaudroit mieux qu’ils n’eussent jamais gousté la bonté de Dieu. Toutesfois ce mot est bien digne d’estre noté, Qu'il eust esté bon à cest komme-là, car combien que la condition de Judas luy soit tant et plus misérable et mal-heureuse, toutesfois il à esté bon à Dieu de l'avoir créé : lequel destinant les réprouvez au jour de leur perdition, démonstre aussi par ce moyen sa gloire magnifique, comme dit Salomon, Proverb. XVI, 4. Ainsi voylà comment ce secret gouvernement Où admiaistration de Dieu, laquelle préside sur toutes les délibérations, entreprises et œuvres des hommes, est trouvée exempte de tout blasme et mauvais souspeçon, comme j'ay n’aguères touché.
25 Æt Judas qui le trahissoit, respondant dit, Maistre, etc. Combien que souvent nous voyons que ceux qui se sentent coulpables: de mal, tremblent, toutesfois avec la crainte et les tourmens secrets qui les poingnent, il y a une stupidité meslée, en sorte que d’une grande audace ils vienent à nier tout à plat : mais finalement ils ne font rien autre chose par leur impudence, que descouvrir la meschanceté qui est cachée.
en eux. Ainsi Judas, combien que sa mauvaise conscience l’estraignit et teinst enserré, ne peut toutesfois se taire, tant ce bourreau de dedans le tourmente, en laccablant cependant de crainte et destresse. Au reste, Christ par sa response touchant obliquement son audace plene de stupidité, le solicite à poiser la grandeur du mal qu’il vouloit couvrir : mais
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
desjà son esprit estant saisi d’une rage | exemple, que les meschans en s’excusant
diabolique, n’a peu concevoir un tel sentiment. Cependant apprenons par cest
MATTH. XXVI
MARC XIV
fièrement, ne font autre chose qu’attirer sur leur teste un jugement plus soudain.
26 Æl comme ils mangeoyent, Jésus print du pain:
et après qu'il eut rendu gràces, il le rompit, et le donna (0 ses disciples : et dit, Prenez, mangez, ceci est mon corps.
21 Et ayant pris la cou-
pe, et rendu grâces, il leur donna, disant, Beuvez-en tous :
28 Car ceci est mon sang du Nouveau testament, lequel est espandu pour plusieurs en rémission des péchez.
29 Et je vous di, que de ceste heure je ne boiray de ce fruit de vigne, jusques à ce jour-là que je le boiray nouveau avec VOUS AU royaume de mon Père.
30 Et quand ils eurent dit le cantique, ils s'en allèrent en la montagne des Oliviers.
22 Et comme ils mangeoyent, Jésus print du pain : et après avoir rendu grâces, le rompit : puis leur en donna, et dit, Prenez, mangez, CeCi est mon COT PS.
23 Et ayant prins la coupe, il rendit grâces, et leur en donna : et en beurent tous.
24 El leur dit, Ceci est mon sang du Nouveau testament, qui est espandu pour plusieurs.
25 En vérité je vous di, que je ne boiray plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour-là que je le boiray nouveau au royaume de
26 Et après qu'ils eurent dit le cantique, üs s’en allèrent en la montagne des Oliviers.
LUC XXII
7 Et print la coupe, et rendit grâces, et dit, Prenez-la,et la distribuez entre vous.
A8 Car je vous di que je ne boiray du fruil de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu.
49 Puis print du pain, et rendit gréces, et le rompit : et leur donna, disant, Ceci est mon corps, lequel est donné pour vous : faites ceci en mémoire de moy.
20 Semblablement aussi leur bailla {a coupe après Souper, disant, Ceste coupe est le Nouveau testament! en mon sang, qui est respandu pour VOUS.
Pource que sainet Luc récite que Christ a deux fois présenté la coupe, il nous faut aviser en premier lieu si c’est une redite, comme quelques fois les Evangélistes ont accoustumé de dire une chose deux fois :
ou bien si Christ après avoir, selon que Pacte le requéroit, gousté de la coupe, à encores réitéré ceste observation pour la seconde fois. Laquelle dernière conjecture me semble vray-semblable: car nous SÇavons que les saincts Pèrés ont observé ceste cérémonie solennelle és sacrifices, de prendre la coupe, et gouster un peu de ce qui estoit dedans. Et ainsi se doit entendre ce qui est au Pseaume CXVI, v. 43, Je prendray le hanap de salut, et invoqueray le nom du Seigneur.
Ainsi je ne doute point que Christ suyvant la coustume ancienne, n’ait prins la coupe pour en gouster en ce sainct ban-
1) Ou, Nouvelle alliance.
quet, lequel autrement n’eust pas esté bien observé et deuëment fait : ce que sainct Luc raconte nomméement avant que venir à faire mention du nouveau mystère qui estoit une institution autre que l'agneau Paschal. Cela aussi dépendoit és la coustume et façon de faire solennelle, quand il est dit qu’il rendit grâces : nomméement après avoir prins la coupe. Car je ne doute point qu'il n’eust prié dés le commencement du souper, comme jamais il ne se mettoit à table sans invoquer Dieu : mais encores maintenant derechef il à voulu faire le semblable, afin de n’omettre la cérémonie, qui (comme j'ay n’aguères monsiré) estoit conjointe avec ceste-saincte observation de prendre la coupe et en gouster.
26 Matth.Ætcomme ils mangeoyent, Jésus print du pain :et après qu'ileutren-
du grâces , etc. Je ne prenpas cesmotsen ce sens, comme si avec le souper de l’agneau Paschal, ceste institution nouvelle et beaucoup plus excellente avoit esté meslée : mais plustost j’ enten que lors estoit fini le premier banquet. Ce qui est aussi plus clairement exprimé par sainct Luce, quand il dif que Christ leur bailla La coupe après souper. Car c’eust esté une chose absurde, que de partir en diverses pièces un mesme mystère par intervalle de temps. Et pourtant je ne doute point qu’il nait baïllé tout d’un train la coupe, après avoir distribué le pain: etce que sainct Luc raconte particulièrement touchant la coupe, je lesten aussi au pain. Ainsi done Christ a prins le pain comme ils mangeoyent, afin de les appeler à la participation d’un nouveau souper, C’est asçavoir de la Cène. L'action de grâces a esté un moyen pour les préparer et faire passer à la considération du mystère. Ainsi donc le souper estant achevé, ils ont gousté le sainct’pain et vin: pource qu'auparavant Christ avoit resveillé leurs esprits endormis, afin qu'ils fussent du tout attentifs à ce mystère si haut, et la raison le Vouloit ainsi, que ce clair tesmoignage de la vie spirituelle fust discerné d'avéc l'ombre et figure ancienne.
Jésus print du pain. I est incertain si la manière de faire qui est aujourd’huy en- {re les Juifs, estoit dés lors en usage :
c'est que le père de famille rompant éléile partie d’un pain commun, la met de réserve sous la nappe, pour puis après en distribuer à un chacun de la maison sa portion. Maïs pource que ceci est une tradition humaine, n’estant fondée sur aucun commandenfent de Dieu, il ne faut point que nous-nous travaillions {trop curieusement à en chercher l’origine: et peut-estre aussi que la chose a esté inventée par la ruse de Satan, pour obscurcir le mystère de Ja Cène de Christ.
Au reste, si ceste cérémonie a dés lors esté en usage entre les Juifs, Christ a tellement suyvi la manière accoustumée, que cependant toutesfois il a amené les esprits des siens à une autre considération, changeant l'usage de ce pain à une {in diverse. Certes pour le moins il faut tenir ce poinct résolu sans contredit, que
Christ a yci institué un nouveau Sacrement, en abolissant les figures de Ja Loy.
Après qu'il eut rendu grâces. Sainct Marc et sainct Matthieu usent yei du mot de Bénir. Mais veu que sainct Luce au lieu de ce terme dit, Rendre grâces: il n’y à aucune ambiguité quant au sens.
Et veu que puis après parlans de la coupe, ils usent de ce mot, Action de grâces:
ils sont bons expositeurs du premier mot. Ce qui fait que d'autant plus est ridicule l'ignorance des Papistes, qui expriment la bénédiction par le signe de la croix, comme si Christ avoit usé de quelque exorcisme. Au reste, il faut retenir ce que j'ay n’aguères touché, que ceste action de grâces est conjointe. avec Île mystère spirituel : car Christ n’a pas seulement regardé à une facon commune de manger pour la nourriture du corps, comme il est commandé aux fidèles de rendre grâces à Dieu de ce qu’il les sustente et entretient en Ceste vie caduque :
mais il a jeté sa considération à Ce sainct acte, afin de rendre grâces à Dieu 1 pour.
le salut éternel du genre humain : car Si les viandes qui descendent au ventre nous doyvent picquer et inciter à louer la bonté paternelle de Dieu, combien plus fort nous resveille-il et enflambe à un tel exercice de piété, quand il repaist nos àmes spirituellement ? Prenez, mangez.
Afin que je ne soye yci par trop long, je toucheray seulement en brief quelle "est ceste institution du Seigneur, et que c'est qu’elle contient en soy: en après, quelle est la fin et l'usage d’icelle, entant que l’on peut recueillir des Evang élistes. Et pour la première considération qui se présente à nous, C’est que Christ ordonne la Cène, afin que les disciples communiquent : à icelle les uns avec les autrés.
Dont s'ensuit que € est une invention. diabolique, qu'un homme se séparant dela
compagnie, face la Cène tout seul à part.
Car peut-on trouver deux choses moins accordantes -que celles-ci, Que le pain.
soit distribué entre tous, et qu’un homme seul le gourmande? Combien donc que les Papistes se vantent qu'en leurs Messes ils ont la substance de la Cène du Seigneur, la chose toutesfois démonstre assez qu'autant qu'ils disent de Messes
MU
na
Air À mais pour le nostre.
ur
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
particulières, ce sont autant d’enseignes dressées par le diable, pour abatre la saincte Cène de Christ. Par les mesmes
mots nous sommes enseignez quelle est
Voblation que Christ nous recommande en la Cène. Il commande aux siens de prendre :: c’est donc luy seul qui offre.
Parquoy il s'ensuit que ce que les Papistes forgent, disans qu'ils offrent Christ en la Cène, procède d’un autheur tout contraire. Et de faict, c’est un merveilleux changement, qu’un homme mortel, quand il luy est commandé de prendre le corps de Christ, usurpe à soy l'office. de offrir: et que ainsi un sacrificateur qui s’est ordonné soy-mesme, immole à Dieu son Fils. Pour le présent je ne toucheray point que leur belle oblation qu'ils ont inventée est plene d’infinis sacriléges : il me suffit de prouver que tant $’en faut qu’elle ait rien approchant de linstitution de Christ, que plustost elle y est directement contraire, Ceci est mon corps. Je ne rejette point ce que disent aucuns, que
*1par ces mots le pain fut consacré pour
estre fait: signe. de la chair de Christ:
pourveu qu’on prene bien ce mot Consa- cré, et en un droit sens. Ainsi donc le pin qui estoit destiné pour nourrir le corps, Christ le prend et sanctifie à un
autre usage, afin qu’il commence à estre
Niande spirituelle. Et c’est ci la conversion
ou changement duquel parlent. les anc iens Docteurs de l'Eglise: mais cependant il faut entendre que le pain n’est pas consacré. par barbotemens et soufliemens, mais par la claire doctrine de foy. Et de faict, c’est une sorcélerie d’enchanteurs, d'adresser la consécration à une créature morte: pource que le pain n’est pas fait our son regard signe du corps de Christ,
“cration nest autre chose qu’un tesmoi-
nn gt en de
gnage “gage solennel, par lequel le Seigneur nous destine à un usage spirituel u un signe terrestre et corruptible: ce qui ne se peut faire, sinon que tant son commandement 7 que la promesse résonne haut et clair pour édifier nostre foy, dont derechef il appert que ce sainct mystère est vileinement profané entre les Papistes par leur barbotement et soufflement. Or si Christ consacre le pain quand il rend tesmoi-
ment en l’Escriture :
En somme Consé-.
gnage que C est son corps, il ne faut imaginer qu'il y aitchangement de substance, mais seulement il suffit d'entendre qu il est appliqué à un nouvel. usage. Au reste, si ce n’estoitque dés long temps le monde
est tellement ensorcelé par l'astuce du Lo
diable, que ce monstre de Transsubstan- < tiation ayant une fois esté introduit, il ne veut aujourd’huy recevoir en ces mots aucune lumière de vraye interprétation, ce seroit une chose superflue d’arrester d'avantage à chercher le sens. Christ prononce que le pain est son corps. Il est propos d’un Sacrement. Certes il faut
bien nécessairement confesser que le Sa- :
crement comprend le signe visible, avec lequel” est conjointe la chose signifiée, qui est la vérité diceluy. D'autré part cela aussi est assez commun, que le nom de la chose signifiée est transféré au signe. Parquoy jamais homme qui sera médiocrement exercé en lEscriture, ne niera que ces locutions sacramentales ne doyvent estre prinses par une figure qui
s'appelle Métonymie, c’est-à-dire, trans-:
mutation de nom. Je laisse Fà les figures générales lesquelles on trouve ordiraireseulement je di que toutes fois et quantes que le signe externe est nommé du nom de la chose qu'il figure et représente, il n’y a celuy
| qui n’accorde que Métonymie n'ait lieu.
Sile Baptesme est, nommé lavement de régénération: si la pierre de laquelle l’eau est descoulée pour les Pères estans au désert, est appelée Christ: si Ja colombe est nommée le. sainct Esprit, personne ne contredira que lors les signes ne prenent le nom des choses qu is Si-
ou
gnifient. Qui est cause donc que ceux qui
se disent estre touchez d’une révérence”
des paroles du Seigneur, ne peuvent souffrir qu’on applique à la Cène, ce qui est commun à tous Sacremens ? Le simple sens et litéral (comme on dit) leur plaist.
pourquoy donc ne suit-on la mesme règle en tous Sacremens? Certes s'ils ne veulent accorder que la pierre ait esté substanciellement Christ, la calomnie dont ils nous chargent n’est que pure brouil-
lerie. Si nous exposons que le pain est
appelé corps, pource qu’il est signe et!
tesmoignage du corps, ils prétendent que
pu. &
A, re CA
: Fu d
et 2 US + L pe” hs
t Ta &
Lt hi Ï
c'est corrompre toute la doctrine de l’Escriture. Or nous n’avons pas de n’aguères forgé ceste règle de parler, mais sainct Augustin la tenant des anciens
lious l’a enseignée, et elle a esté receue ‘de tous: asçavoir que les noms des cho- TR SES spirituelles sont improprement attri-
buez aux signes : et qu’ainsi on doit exposer tous les passages de lPEscriture, esquels il est parlé des Sacremens. Quand done nous mettons en avant une maxime toute commune, que faut-il fant crier et esmouvoir débats, comme si c’estoit une chose nouvelle et non accoustumée ? Mais que Jes gens opiniastres crient tant qu’ils voudront, si est-ce que toutes personnes de bon jugement et modestes accorderont qu’en ces mots de Christ il y a une façon de parler sacramentale. Or nous avons deux manières de gens qui s’eslèvent contre nous. Les Papistes embabouynez de leur transsubstantiation, hient que ce qui est monstré soit pain,
pource qu’il n’y demeure que la seule ap-
parence sans le sujet. Mais sainct Paul réfute leur resverie, disant nomméement que le pain que nous rompons, c’est la Communication du corps de Christ. D’avantage, leur imagination répugne mesmes à la nature du Sacrement, qui n’aura point entièrement tout ce qui y est requis, s’il n'y a un vray signe externe.
Car comment serons-nous enseignez que
nos âmes sont repues de la chair de
Christ, si ce qui nous est mis devant les yeux n’est pas vray pain, mais une vaine apparence? Outre plus, que diront-ils de Pautre signe P car Christ ne dit pas, C’est-
ci mon sang: mais, Ceste coupe est, etc.
Aïnsi à le prendre comme eux, il faudroit nécessairement que non-seulement le vin fust transsubstantié en sang, mais aussi la matière de laquelle est faite la coupe. Au reste, ce qui est dit en sainet Matthieu, Je vous di que de ceste heure
je ne boiray de ce fruit de vigne:
monstre bien clairement que ce qu’il bail- Joit à boire à ses disciples estoit vin.
Ainsi nous avons en toutes sortes de quoy réfuter apertement l'ignorance et bestise des Papistes. Mais il y en a d’autres qui rejettent la figure: et puis à tourner la main, ils la reçoyvent comme
phrénétiques, qui disent et se desdisent en moins de rien. Selon ceux-là, le pain est proprement et véritablement corps:
car ils n’approuvent pas la transsubstantiation, comme aussi elle n’ha couleur ni apparence de raison. Mais quand on leur demande si Christ est pain et vin, ils respondent que le pain est appelé corps, pource que sous iceluy et avec iceluy, on reçoit le corps en la Cène. Or de leur response il est aisé à recueillir que AE) nom de corps est improprement RE au pain, qui en est le signe. ET c’est merveille, veu que telles gens ont à tous ‘ coups en la bouche que Christ à ainsi parlé pour le regard de l'union sacramen-
tale, comment Îls ne poisent mieux-ce
qu’ils disent. Car quelle est l’union sacramentale de la chose avec le signe?
N'est-ce pas d'autant que le Seigneur par la vertu intérieure de son Esprit accom-
[plit ce qu’il promet? Parquoy nous pou-"
vons bien conclure que ces derniers maistres de la letre ne sont pas moins ridicules que les Papistes. Jusques vyci j’ay monstré la simple exposition des paroles.
du Seigneur : mais maintenant il faut adjouster qu’en la Cène ne nous est pas proposé le signe vuide et vain, mais que tous ceux qui reçoyvent par foy ceste = promesse, sont vrayement faits partici-
pants de la chair et du sang du Seigneur : 7
car en vain il commanderoit aux siens de manger le pain, affermant que c'est son corps, si l'effet n’estoit vrayement adjousté avec la figure, Et de faict, il ne faut pas penser que nous soyons en débat sur ceci, Asçavoir-mon si c’est vrayement ou seulement par signification que Christ se présente à nous, afin que nous jouissions de Iuy. Car combien que nous ne voyons rien là que du pain, si est-ce toutesfois qu'il ne nous abuse point, ete ne se MOoCque point de nous, entreprenant de nourrir nos âmes de sa chair.
Ainsi donc la vraye manducation de la chair de Christ ne nous est pas seulement monstrée par signe, mais aussi nous esl, présentée à la vérité. Mais il y a
fautes desquelles il estbesoin de se don e
ya g garde : C “est de confondre la chose el signe: en après de
chercher Christ en terre, Où sous des
de
Asa ”
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
élémens terriens : pour le troisième, d’i- | tendre
maginer une autre manducation que celle
s qui p par la vertu secrète du S. Esprit te a descouler en nous la vie de Christ :
gi que nous n ’obtenons que. par la seule toy.
he,