LEA
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
fait en son corps. Et pourtant à bon droict la portion de grâce que chacun a réservée pour S0y, est yci comparée à une provision qui ne seroit pas suffisante pour plusieurs. Par ainsi ce qui est mis incontinent après, 4Ulez, et en achetez pour vous-mesmes : n’est pas une admonition, mais plustost une manière de reproche, en ce sens, Par ci-devant il y a eu assez de temps pour acheter, lequel il ne faloit pas laisser escouler : car lors on trouvoit de l’huile à vendre, et maintepant il n’est plus possible d’en recouvrer.
Combien que cependant les Papistes font sottement de conclure d’yci que paf nos vertus ou industrie nous acquérons Île don de persévérance. Car le mot D’acheter, n’est pas yci mis pour signifier quelque pris que les hommes donnent de leur costé: comme il appert elairement par le
MATTH. XXV
31 Or quand le Fils de l'homme viendra avec sa gloire, et tous les saincis Anges avec luy, adonc il
se serra sur le thrône de sa gloire :
32 Et seront assemblées devant luy toutes nations, et les séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs.
33 Et mettra les brebis à sa dextre, à la senestre.
34 Alors dira le Roy à ceux qui seront à sa dextre, Venez les bénits de mon Père, possédez l'héri- ritage du Royaume qui vous a esté appresté dés la
fondation du monde.
35 Car j'ay eu faim, el vous m'avez donné à manger : j'ay eu soi, et vous m'avez donné à boire: j'estoye estranger, el vous m'avez recueilli :
36 J’estoye nud, el vous m'avez vestu: j'estoye malade, et vous m'avez visité : j’estoye en prison, et
vous estles venus à moy.
passage du Prophète Isaïe, chap. LV, v. 4, où le Seigneur nous conviant à acheter, ne requiert aucune récompense, mais dit qu’il ba vin et miel en abondance pour le distribuer gratuitement. Il n’y à donc point d'autre moyen d'acheter que cestuy-ci, que nous recevions par foy ce qui nous est offert. Pour la fin, il s'ensuit que la porte du Royaume céleste ser@ Jermée à tous ceux qui auront esté mal prouvoyans à leurs affaires, d'autant qu'ils auront défaill au milieu de Ja course. Car il ne faut pas yci esplucher scrupuleusement, comment C’est que Christ dit que les folles vierges sont allées pour acheter de Phuile : veu qu'il n'entend autre chose, sinon que tous ceux qui ne seront prests sur le poinct qu’on les appellera, seront forclos de l'entrée du Royaume des cieux.
MARC. LUG XXI.
37 Or estoit-il de jour enseignant au Temple : et sortant demeuroil la nuict en la montagne qui est appelée des Oliviers.
38 Et de grand malin, tout l peuple venoit à luy, pour louir au Temple.
et les bouts
31 Adonc les justes luy respondront, disans, Seigneur, quand l’avons-nous veu avoir faim, el Pavons repeu? ou avoir soif, et l'avons donné à
boire ?
38 Et quand t'avons-nous veu estranger, et lavons recueilli? ou nud, et l’avons vestu?
39 Ou quand l'avons-nous veu malade, ou en pri-
son, et sommes venus & toy?
40 Et le Roy respondant leur dira, Je vous di en
vérité, qu'entant que l'avez fait à l'un de ces plus petis de mes frères qui sont yci, vous me l'avez fait. 41 Lors il dira aussi à ceux qui seront à la senestre, Maudits, départez-vous de moy au feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges. 32 Car j'ay eu faim, et vous ne m'avez point donné à manger : j'ay eu soif, et vous ne m'avez
point donné à boire.
43 J’estoye estranger, el vous ne m'avez point recueilli : nud, et vous ne m'avez point vestu : malade
et en prison, el ne m'avez point visité.
4% Lors aussi ceux-là luy respondront, disans, Seigneur, quand l’'avons-nous veu avoir faim, ou soif, où estranger, où nud, ou malade, ou en prison, el nous ne l'avons point fait service ?
15 Lors il leur respondra, disant, En vérité, je vous di, qu'entant que vous ne l'avez fait à l'un de ces plus pelis, vous ne me l'avez point fail aussi.
46 ÆT ceux-ci iront en torment éternel, mais les
justes iront en vie éternelle.
Christ poursuit tousjours vyci une mesme doctrine : et ce qu'au paravant il a descrit sous paraboles, maintenant il le déduit clairement et sans figures. Le sommaire est, que les fidèles pour s’accourager à l'exercice de vivre sainctement et honnestement, doyvent regarder des yeux de la foy à la vie céleste, laquelle estant maintenant cachée sera finalement manifestée au dernier advénement de Christ.
Car en disant qu'adonc il se serra sur le thrône de sa gloire, quand il viendra avec les Anges, il met ceste dernière révélation à l’opposite des agitations et troubles confus qui sont en ceste condition de guerroyer commune aux fidèles en ce monde: comme s’il eust dit, Qu'il nest pas venu ci-bas pour dresser incontinent son Royaume : et que pourtant les disciples ont besoin d'espérance et de patience, afin que le long retardement ne leur face perdre courage. Dont nous recueillons que derechef ceci a esté adjousté, afin que les disciples ostans ceste fausse imagination d’une félicité présente et soudaine, teinssent leurs esprits en suspens jusqu'au second advénement de Christ: et que cependant ils ne défailissent, et ne perdissent courage pour Pabsence diceluy. Voylà pourquoy il dit que lors il portera le nom de Aoy.
Car combien qu’il ait commencé son règne en ce monde, et que maintenant estant assis à la dextre du Père, il gouverne d’un empire souverain le ciel et la terre, toutesfois encores n’est pas dressé devant les veux des hommes ce thrône duquel sa majesté Divine au dernier jour reluira bien autrement etlus à plein que maintenant. Car lors sa gloire, laquelle à présent nous goustons seulement par foy, aura son plein et entier effet. Ainsi donc Christ aujourd’huy est assis en son thrône céleste, entânt qu’il est nécessaire qu’il règne pour réprimer ses adversaires et maintenir son Eglise : mais lors il montera publiquement en son siège judicial, afin d’establir un ordre parfait au ciel et en terre, afin de renverser sous ses pieds tous ses ennemis, afin de recueillir ses fidèles en la participation de la vie éternelle et bien-heureuse : brief, lors il apparoistra par effect à quelle fin le Père luy a donné le Royaume. Il dit qu’il viendra avec sa gloire, pource que tandis qu’il a conversé en ce monde homme mortel, il estoitmesprisé et comme caché sous Ja forme contemptible d’un serviteur. Or il appelle gloire siene, laquelle autre part il attribue à son Père, en mesme sens. Car il entend simplement ia gloire Divine qui pour lors reluisoit au Père seulement,
mn de CPP, GE AT
SUR L'HARMONIE EÉVANGÉLIQUE.
pource qu’en Christ elle estoit cachée et ne se monstroit
32 Matth. £t seront assemblées devant luy toutes nations, ete. Il eslève etmagnifie son Royaume par titres pleins d'honneur et excellence, afin que les disciples apprenent d'espérer une autre félicité qu'ils navoyent imaginé en leurs esprits. Car ils se contentoyent pourveu que leur nation eust délivrance des misères qui l’oppressoyent lors, afin qu’on cognust apertement que Dieu n’avoit pas en vain fait alliance avec Abraham et sa semence. Or Christ estend bien plus loin le fruit de la rédemption par luy apportée, d'autant qu'il sera Juge de tout le monde. En après, pour inciter les fidèles à vivre sainctement, il dit qu’elle ne sera pas indifféremment commune à bons et mauvais: pource qu’il apportera avec soy le salaire qui est gardé aux uns et aux autres. En somme, il veut dire que lors l’estat de son Royaume sera dressé comme il faut qu'il demeure, quand les justes auront receu la couronne de gloire, et les réeprouvez le payement qu’ils ont mérité.
Au reste, la séparation des boucs d'avec les agneaux, laquelle est différée jusqu’à ce jour-là, signifie que maintenant les meschans sont meslez avec les bons et saincts, en sorte qu'ils vivent tous ensemble au troupeau de Dieu. Et semble, que ceste comparaison soit prinse d’Ezéchiel, au XXXIVe chap., v. 21, où le Seigneur se plaind de la mauvaistie et outrage des boucs, lesquels heurtent de leurs cornes les povres foibles brebis, et gastent la pasture, et troublent leau : et dit nomméement qu’il en fera la vengence.
Ainsi donc ce propos de Christ tend à ce que les fidèles ne trouvent leur condition par trop fascheuse, si maintenantils sont contraints de converser avec les boues, et mesmes s'ils reçoyvent d’eux beaucoup d’ennuis et des assaux bien durs et estranges. En après, afin qu'ils se Gonnent garde aussi d’estre infectez des vices diceux par la conversation: et pour le troisième, afin qu'ils sçachent qu’en vivant sainetement et innocemment, ils ne perdent pas leur peine, pourtant que finalement on verra la différence entre les uns et les autres,
34 Venez, les bénits de mon Pére, etc. H faut avoir mémoire de l'intention de Christ quelle elle est. Car il veut que ses disciples se contentent maintenant de Pespérance, afin qu’en patience et tranquillité d'esprit ils attendent la jouissance du Royaume céleste: en après, il veut qu'ils s'efforcent à bon escient d'avancer au droit chemin, sans se fascher ou desgouster aucunement. [l regarde à ce dernier membre, quand il ne promet l’héritage des cieux sinon à ceux qui par bonnes œuvres aspirent au but de sa vocation céleste. Mais avant que venir à parler du loyer des bonnes œuvres, il monstre comme en passant, que le commencement du salut descoule d’une source plus haute.
Car en les appelant, Bénits de son Père, il donne à entendre queleur salut procède de l'amour gratuite de Dieu. Car entre les Hébrieux, Bénit de Dieu, vaut autant à dire comme Aimé ou favorisé de Dieu.
Joint que non-seulement les fidèles ont usé de ceste manière de parler, pour magnifier la grâce de Dieu envers les hommes: mais des gens mesmes qui estoyent abastardis de la vraye religion, ont toutesfois encores retenu ce principe.
Entre, bénit de Dieu, disoit Laban au serviteur d'Abraham, Gen. XXIV, 31. Nous voyons que nature leur mettoit en Ja bouche ce terme, par lequel ils rapportassent à Dieu la louange de tous biens. Parquoy il n’y a point de doute que Christ, faisant yci une description du salut des fidèles, n’ait voulu commencer par l'amour gratuite de Dieu: par laquelle ceux qui en ceste vie ayans la conduite du S. Esprit aspirent à justice, ont esté prédestinez à la vie. À cela mesme doit aussi estre rapporté ce qu’il dit un peu après, Que le Royaume, en possession duquel ils seront establis au dernier jour, leur a esté préparé dés le commencement du monde. Car combien que quelqu'un pourroit incontinent répliquer, que ce loyer a esté gardé pour leurs mérites à-venir: si est-ce toutesfois que qui poisera bien les mots sans opiniastreté, confessera qu’ils tendent tacitement à magnifer la grâce de Dieu. D’avantage, Christ n'appelle pas simplement les fidèles à posséder ce Royaume, comme y esfans parvenus par leurs mérites, mais
63% exprime nomméement qu'illeurest donné en qualité d’héritiers. I faut toutesfoisnoter aussi l’autre fin à laquelle le Seigneur a regardé. Car combien que la vie des fidèles ne soit autre chose qu’un povre et fascheux exil, tellement qu’à peine la terre les soustient: combien qu’ils ahannent sous une povreté bien dure, sous opprobres et autres afflictions: toutesfois atin que d’un cœur alaigre et vaillant ils surmontent tous ces empeschemens, le Seigneur déclare qu'ils ont autre part un Royaume appresté. Or c’est une singulière exhortation à patience, quand les hommes sont bien persuadez qu’ils ne courent point en vain. Afin donc que l’orgueil des meschans, auquel ils s’esgayent maintenant, n’abbate nos cœurs: afin ‘aussi que nos misères et poyretez ne débilitent nostre espérance, ayons tousjours en nostre mémoire l'héritage qui nous attend au ciel: pource qu'il ne déperd point de quelque événement incertain, mais nous est préparé de Dieu avant que fussions nais: Je di à un chacun des éleus, pource que Christ parle yci aux bénits du Père. Au reste, quant à ce qui a esté yei dit, que ce Royaume aesté appresté dés la fondation du monde: et en un autre lieu, que c’est devant la création du ciel et de la terre, Eph., E, 4:
cela n’emporte point d’absurdité ou contrariété. Car Christ ne veut pas yci signifier préciséement quelque certain temps auquel l’héritage de la vie éternelle ait esté destiné pour les enfans de Dieu:
mais seulement il nous rappelle au soin paternel, duquel Dieu nous à embrassez devani que fussions nais: et conferme la certitude de nostre espérance par cela, que les esmotions du monde confuses et plenes de troubles ne peuvent aucune-ment porter dommage ne préjudice à nostre vie qui est là haut.
35 Car j ay eu faim, et vous m'avez donné à manger, etc. Si Christ traittoit yei de la cause de nostre salut, les Papistes auroyent raison de conclure sur ce passage, que par bonnes œuvres nous méritons la vie éternelle. Mais veu qu’il n’a regardé à autre chose que d’exhorter les siens à lexercice de bien et sainctement vivre, il n’y à nul propos de vouloir
tirer de ses paroles, que c’est que valent les mérites des œuvres. Quant à ce qu'ils insistent sur ce mot Car, Comme s’il emportoit la raison ou cause de ce qui précède, ce nest pas une preuve assez ferme. Car nous sçavons que quand lEscriture promet la vie éternelle aux justes, elle ne touche pas tousjours la cause et le fondement de salut, mais plustost l’ordre et la procédure que Dieu y tient.
Combien que nous avons encores à ceci une autre solution plus claire. Car nous ne nions pas qué les bonnes œuvres ne ayent promesse de loyer: mais c’est un lover gratuit, veu qu’il dépend de ladoption. Sainct Paul se glorifie que la couronne de justice luy a esté gardée, 2 Tim., IV, 8. Mais d’où luy venoit ceste asseurance, sinon d'autant qu’il estoit membre de Christ, qui est lhéritier unique du Royaume céleste? Il dit franchement que le juste Juge luy rendra ceste couronne.
Mais d’où luy vient ce loyer sinon d’autant qu'il a esté adopté gratuitement, et a receu le don de justice, duquel nous sommes tous desnuez? Il faut done entendre ces deux points, Que les fidèles sont appelez à la possession du Royaume céleste pour le regard des bonnes œuvres: non pas que par la justice des œuvres ils l’ayent mérité, ou qu’ils l’ayent acquis estans poussez de leur propre mouvement : mais pource que Dieu justifie ceux qu’il a au paravant éleus, Rom., VIII, 29. En après, que combien que par la conduite du sainct Esprit, ils aspirent à justice, et avancent en cest exercice, toutesfois pource que jamais ils n’accomplissent entièrement la Loy de Dieu, il ne leur est deu aucun loyer: mais que le Loyer est nommé ce que Dieu leur donve d’un don gratuit. Au reste, Christ ne met pas vei tous les points esquels consiste la vie saincte et honneste : mais touche seulement pour exemple quelques devoirs de charité, par lesquels nous donnons à cognoistre que nous avons la
crainte de Dieu. Car combien que le ser-
vice de Dieu doyve estre préféré à la charité et amour des hommes, et que pourtant la foy et l’invocation soit plus que les aumônes: toutesfois Ce n’est pas sans cause que Christ met en avant les tes-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
moignages et enseignes de vraye justice qui apparoissent mieux. Si quelqu'un ne Se souciant point de Dieu estoit seulement charitable envers les hommes, une telle miséricorde ne luy serviroit de rien pour appaiser Dieu qui cependant auroit esté frustré de son droict. Ainsi donc, Christ ne veut point establir la somme de justice en aumônes, mais seulement par les signes les plus évidens il monstre que c’est que de vivre justement et sainctement: comme de faict les fidèles prouvent par vrais exercices et œuvres, qu’ils servent Dieu, et n’en font pas seulement profession de bouche. Parquoy il s’en- Suit bien que les fantastiques, qui sous couleur de ce passage se retirent d’ouir la prédication de la Parole, d’user de la saincte Cène, et autres exercices spirituels, renversent le vray sens d’iceluy, car aussi grande raison auroyent-ils de réjétter, et foy, et patience en la croix, et prières, ét chasteté. Mais Christ ne pense à rien moins que de restraindre à une partie de la seconde Table, la règle de bien vivre contenue en deux Tables. Les moines et Semblables brouillons ont eu aussi peu de raison de imaginer qu'il y a Six œuvres de miséricorde, sous couleur que Christ n’en récite pas d'avantage.
Voire, comme S'il n’estoit pas notoire mesme aux petis enfans, qu'en nommant quelques espèces seulement, il louë en général tous devoirs de charité, selon la figure commune nommée Synecdoche.
Car consoler ceux qui sont tristes, se- Courir Ceux qui sont injustement oppressez, aider de conseil aux simples, délivrer les foibles de la gueule des loups, est miséricorde et charité bien autant à louer comme vestir ceux qui sont nuds, et repaistré ceux qui ont faim. Au reste, combien que Christ nous recommandant charité, n’exclue pas les choses qui concernent le service de Dieu, toutesfois il donne à entendre à ses disciples, que ce sera une vraye et certaine preuve de saincteté de vie, quand ils s’exerceront en charité, Suivant lé passage du Prophète ‘ Osée, chapitre VE, 6. Je veux miséricorde et non pas sacrifice : asçavoir d’autant que les hypocrites estans avariceux et cruels, et troïpeurs, el ravisseurs, et présomp-
tueux, contrefont toutesfois les saincts par une vaine apparence de cérémonies.
Dont aussi nous recueillons, que si nous voulons que nostré vie soit approuvée par le grand Juge, il ne faut pas nous esgarer après nos inventions : mais plustost convient regarder que c’est qu'il requiert principalement de nous. Car tous ceux qui s’eslongnent de ses commandemens, quoy qu'ils se tormentent et travaillent après les œuvres forgées à leur poste, finalement toutesfois orront que il leur sera dit au dernier jour, Qui a requis ces choses de vos mains? Isaïe, 1, 42.
37 Adonc les justes lui respondront, disans , Seigneur, quand, etc.’ Christ introduit les justes doutans, lesquels toutesfois sçavent bien qu’il advouë comme fait à sa personne, la charité qu’on exerce envers les hommes. Mais pource que cela n’est point encores du tout si bien imprimé en leurs esprits comme il le faloit, il le leur représente au vif, tout ainsi que si la chose se faisoit devant leurs yeux. Car d’où vient que nous sommes si tardifs et lasches à bien faire à nos prochains, Sinon que nos cœurs n’ont point ceste promesse bien engravée, que Dieu nous récompensera avec usure de ce que maintenant nous donnons aux povres P Ceste admiration donc que Christ exprime yci, tend à ce que nous apprenions d’eslever nos esprits par-dessus toute l’appréhension de la chair, toutes fois et quantes que les frères afiligez et souffreteux requièrent aide et secours de nous:
de peur que le regard d’un homme contemptible ne nous desgoûte ou retarde de luy bien faire.
40 Et le Roy respondant leur dira, Je vous di en vérité, etc. Comme Christ a monstré n’aguères sous une figure et couverture de paroles, que nostre sens ne peut pas encore comprendre en quelle estime il ha les œuvres de charité :'ainsi maintenant il déclare apertement que il tiendra pour fait à sa personne tout ce que nous aurons eslargi aux siens: Or il faut bien que nous soyons plus que lasches et sans courage, si ceste sentence de Christ ne tire de nos entrailles une affection de miséricorde, quand il dit que nous le mesprisons ou luy assistons en la
personne de ceux qui ont besoin de nostre | hension de ladvénement de Christ, veu
aide.} Par quoy, toutes fois et quantes que nous-nous sentons paresseux à aider aux povres, yeux le Fils de Dieu, auquel ce seroit un sacrilége exécrable de refuser quelque chose. Il monstre aussi par ces mots, que lors il recognoist et ha pour agréables les bien-faits, quand nous les faisons gratuitement sans aucune attente de récompense. Et de faict, puis qu’il commande de bien faire à ceux qui ont faim, sont nuds, estrangers, et prisonniers, desquels on ne peut rien espérer de récompense:
| il faut nécessairement que nous regardions à luy, lequel de sa pure volonté
s’oblige à nous, et veut allouer en ses contes Ce qui pouvoit sembler autrement
estre perdu} Au reste, il recommande vci
expresséement les fidèles seuls : non pas que il vueille qu’on ne tiene conte entièrement des autres : mais pource que selon qu’un chacun approche de plus près à Dieu, d'autant nous doit-il estre en plus grande recommandation. Car combien qu'il y ait un lien de société commun entre tous les enfans d'Adam, toutes fois il y à encores une conjonction plus saincte entre les enfans de Dieu. Ainsi done, pource qu’il faut préférer les domestiques de la foy aux estrangers, Christ nomme ceux-là spécialement. Or combien que son but ait esté d'accourager les riches et ceux qui abondent en biens, à soulager la povreté des frères : toutes fois il revient d’yci une grande consolation aux souffreteux et indigens, que combien que devant le monde ils soyent en opprobre et mespris , le Fils de Dieu toutesfois ne laisse pas de les tenir aussi chers que ses propres membres. Et à la vérité, en les nommant ses Frères, il leur fait un honneur inestimable.
41 Maudits, départez-vous de moy au feu éternel, etc. I vient maintenant aux réprouvez, lesquels s’enyvrent si bien de leur prospérité caduque et transitoire, qu’il leur semble avis que tousjours ils seront à leur aise. Il dénonce donc qu’il viendra Juge contr’eux, et qu'il leur fera bien oublier les mignardises esquelles maintenant ils se baignent : non pas que maintenant ils soyent effrayez de l’appré-
proposons-nous devant les |
qu'il leur semble qu'ils ont marché fait avec la mort, et s’endurcissent en une maudite asseurance : mais C’est afin que les fidèles estans advertis de lhorrible ruine d’iceux, n’ayent point envie de leur condition présente. Car comme les promesses nous sont nécessaires pour nous inciter et accourager à l'exercice de bien vivre : aussi sont d'autre part les menaces, pour nous entretenir en solicitude et crainte. Nous sommes donc yci enseignez
combien c’est une chose désirable d’estre.
conjoints avec. le Fils de Dieu : d'autant que perdition éternelle, et le torment de feu est préparé à tous ceux lesquels il rejettera de sa compagnie au dernier jour. Or il commandera lors aux meschans qu’ils départent de devant sa face, pource que plusieurs hypocrites sont aujourd’hui meslez avec les justes, comme s'ils avoyent de bien près accointance avec Christ. Au reste, nous avons dif autre part, que sous le mot de Feu, par métaphore et similitude est descrite et entendue une punition si horrible, que nostre sens ne la peut comprendre. Et pourtant c’est une chose superflue de disputer subtilement de la matière ou de la forme de ce feu, comme font les Sophistes. Car si cela avoit lieu, autant en faudroit-il demander touchant le ver, lequel Isaïe conjoint avec le feu, chapitre LXVI, v. 24. Joint que le mesme Prophète monstre assez clairement en un autre lieu, qu’en ces manières de parler il y a métaphore et similitude. Car il compare PEsprit de Dieu a un soufflet duquel on allume le feu, et y mesle quant et quant le soulphre : Isaïe, XXX, 33. Parquoy sous ces mots il nous faut entendre la vengence de Dieu qui viendra sur les réprouvez : laquelle estant plus griefve que tous les torments du monde, nous doit plustost donner crainte qu’envie de la cognoistre. Cependantil faut noter l'éternité de ce feu, comme de la gloire qui a esté un peu devant promise aux fidèles. Qui est préparé au diable et à ses anges.
Christ à l’opposite de sa personne met yci le diable comme le chef de tous réprouvez. Car combien que tous diables
| soyent anges apostats, si est-ce que plu-
sieurs passages de l’Escriture attribuent la principauté à un, lequel assemble sous soy en perdition tous les réprouvez comme en un Corps : tout ainsi que les fidèles s’assemblent à la vie sous Christ, et sous iceluy mesme croissent, jusqu’à ce qu’estans parvenus à la perfection , ils soyent par luy entièrement conjoints à Dieu. Or Christ dit que la géhenne est préparée au diable, afin que les iniques ne pensent point en pouvoir eschapper : veu qu’ils oyent qu'ils sont enveloppez et enserrez en une mesme punition avec le diable, duquel il est tout certain que dés long temps il est destiné et adjugé à la géhenne sans aucun espoir de délivrance. Au reste, combien que par les 4nges du diable, aucuns entendent les hommes meschans :
toutes fois il y a plus grande apparence que Christ parle seulement des diables.
Et ainsi ces mots emportent tacitement une manière de reproche, que les hommes appelez à l’espérance de salut par l'Evangile, ont mieux aimé périr avec Satan : et rejettans l’autheur de salut, se sont volontairement précipitez en ceste malheureuse condition. Non pas qu’ils ne
soyent destinez à perdition aussi bien
que le diable : mais pource que la cause de leur ruine se monstre clairement en leur péché et forfait, quand ils rejettent
MATTH. XXVI
À Et adveint quand Jésus eut achevé tous ces propos, il dit à ses disciples.
2 Vous scavez que dedans deux jours la solennité de Pasque se Jait, et que le Fils de l'homme sera trahi pour estre crucifié.
3 Lors s’assemblèrent les principaux Sacrificateurs, et les Scribes, et les Anciens du peuple en la sale du principal Sacrificateur, qui estoit nommé Caïphe :
. El teindrent conseil d'empoi- | gner Jésus par cautèle, et de le!
meitre à mort ’.
1) Jean, XI, #7,
1 Or deux jours après estoil la feste de Pasque, et des pains sans levain : et les principaux
le lépreux, et estoit assis à ta- | ble, il y arriva une femme qui
5 Mais ils disoyent, Non point avoit une boiste d'oignement durant la feste, de peur qu'il ne|d’aspic liquide précieux‘: el
4) Ou, de vray aspic précieux,
la grâce de la vocation de Dieu. Ainsi donc, combien que les réprouvez soyent desjà devant leur naissance destinez à mort par un secret jugement de Dieu, toutesfois cependant que la vie leur est présentée, ils ne sont point estimez héritiers de la mort, ou compagnons de Satan : mais leur perdition qui estoit cachée, se descouvre et vient en évidence par leur incrédulité.
44 Lors aussi ceux-là lui respondront, disans, Seigneur, quand, etc.
La mesme description et comme représentation dont Christ avoit usé auparavant, est encores yci réitérée : afin que les réprouvez sçachent que ces vaines couvertures desquelles maintenant ils s’abusent, ne leur serviront rien au dernier jour. Car d'où leur vient cest orgueil si cruel contre les povres, sinon d'autant qu’il leur semble avis qu’ils ne seront point punis pour les avoir mesprisez? Le Seigneur donc afin deleur oster telles flatteries, les advertit qu’ils sentiront quelque jour (mais ce sera trop tard) ce que maintenant ils ne daignent pas considérer:
asçavoir que ceux qui semblent à ceste heure tant contemptibles, ne sont pas moins précieux envers Christ, que ses propres membres.
LUC XXII
1 Or la feste des pains sans levain,
MARC XIV
Sacrificateurs et Scribes cher-| qu'on appelchoyent comment ils le pour-|le Pasque, royent empoigner par cautèle, | approchoit.
el le mettre &« mort. 2. Et. les à Et disoyent, Non point du- | principaux rant la feste, de peur qu'il ne| Sacrifica- \se face tumulte entre le peu-| teurs,et ausple. si les Scribes 3 Et comme il estoit en Bé- | cherchoyent thanie en la maison de Simon | comment
ils le pourroyent mettre à mort car ils Crai-
se face esmeute entre le peuple.
6 Æt comme Jésus estoit en Béthanie en la maison de Simon le lépreux,
7 Une femme estoit venue à luy, ayant une boiste d'oignement de grand pris, et l'avoil respandu sur la teste d'iceluy estant assis.
8 Æt ses disciples voyans cela furent despitez, disans, À quoy sert ce dégast?
9 Car cest oignement pouvoil estre vendu beaucoup, et estre donné aux povres.
10 Et Jésus cognoissant cela, leur dit, Pourquoy donnez-vous fascherie à ceste femme ? car elle
- a fait un bon acle envers moy :
A1 Pourtant que vous avez tousjours les povres avec vous: mais vous ne me aurez point tousjours.
42 Car ce quelle a espandu cest oignement sur mon corps, elle l'a fait pour me ensevelir.
13 Je vous di en vérité, qu’en quelque lieu que sera presché cest Evangile en tout le monde, cela aussi qu'elle a fait sera récité en mémoire d'elle.
rompit la boiste, et l'espandit| gnoyent le
sur le chef d’iceluy.
4 Dont aucuns furent despilez en eux-mesmes, et disoyent, À quoy sert ce dégast d'oignement ?
5 Car ilpouvoit estre vendu plus de trois cens deniers, et estre donné aux povres. Ainsi ils frémissoyent à l'encontre d'elle. É
6 Mais Jésus dit, Laissezla : pourquoy luy donnez-vous fascherie? elle a fait un bon acle envers moy.
7 Car vous avez tlousjours les povres avec vous : et toutes les fois que vous voudrez vous leur pouvez bien faire :
mais vous ne m'avez point lousjours.
8 Elle a fait ce quelle a peu : elle a anticipé d'oindre mon corps pour ma sépulture.
9 Je vous di en vérité, que par tout le monde où sera presché cest Evangile, cela aussi qu'elle a fait sera récité en mémoire d'elle.
peuple.
Maintenant Christ conferme derechef ce que nous avons veu qu’il a prédit à ses disciples plusieurs autres fois: mais ce dernier advertissement monstre plus à clair combien volontairement il se présentoit à la mort, et il a esté nécessaire qu’ainsi fust, pource que Dieu ne pouvoit autrement estre appaisé que par un sacrifice d’obéissance. Aussi a-il voulu quant et quant obvier au scandale, de peur que les disciples défaillissent pensans qu’il fust tiré à la mort par nécessité et contrainte. Ainsi donc, ce propos de Christ a servi à deux choses. Premièrement, afin qu’il fust notoire que le Fils de Dieu venoit à la mort de sa franche volonté, pour réconcilier le monde envers le Père :
pource qu’il estoit impossible autrement que la condamnation que les hommes méritoyent par leurs péchez fust effacée, ou que justice leur fust acquise. En après, qu'il ne mouroit point comme 0p-
pressé de quelque violence, de laquelle il n’eust sceu se desvelopper : mais pource que volontairemeut il se présentoit à la mort. Îl déclare donc qu’il vient de propos délibéré en Jérusalem, afin que à il souffre mort. Car comme ainsi fust qu’il estoit en sa liberté de se retirer et se mettre en seureté jusques à ce que ce temps fust escoulé : à son escient et d’une certaine délibération il vient à se monstrer sur Ce poinct. Au reste, combien que pour lors il n’ait rien proufité aux disciples d’avoir esté advertis par Christ de lobéissance qu’il rendoit à son Père, toutesfois puis après ceste doctrine à servi de bien grande édification à leur foy.
Comme encores aujourd’'huy il nous en revient un proufit merveilleux: pource que nous voyons au vif, comme en un miroir, le sacrifice volontaire, par lequel ont esté effacées toutes les transgressions du monde: et considérans le Fils de Dieu
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
allant à la mort alaigrement, et d’un grand courage, desjà nous le contemplons victorieux sur la mort.
3 Matth. Lors s’assemblèrent les principaux Sacrificateurs et les Scribes, elc.
Sainet Matthieu wentend pas qu’ils se soyent assemblez en ces deux jours-là :
mais il entrelace ceste histoire, afin que nous sçachions que Christn'a pas esté poussé par un avis de l’homme à déterminer le jour de sa mort. Car quelles conjectures y avoit -il qui le peussent mener à le penser, veu que lentreprinse des adversaires estoit de différer en un autre temps? Ainsi donc le sens est, que par Esprit de Prophétie il a parlé de sa mort veu qu’on ne se fust jamais douté qu'elle eust ésté si prochaine. Au reste, sainct Jehan touche à quelle fin les Scribes et Sacrificateurs ont fait ceste assemblée :
asçavoir, pourece que de jour en jour le peuple accouroit à Christ en plus grande multitude, Jehan, X[f, 48. Et mesmes, lors à l’instigation de Caïphe, il fut arresté de le mettre à mort, pource que jamais on n’en viendroit à bout autrement.
Mais il leur a semblé que le temps n’estoit pas propre, jusques à ce que le jour de la feste estant passé, la plus grande multitude se fust escoulée. Et de ceci nous recueillons, combien que ces mal-heureux, comme chiens affamez abbayassent après Christ pour le mettre à mort: ou plus-
tost, combien qu'avec une rage désespé-
rée ils courussent contre luy, que toutesfois Dieu les à bridez et enserrez secrètement, en sorte que rien n’a esté fait par leur délibération, ou à leur plaisir. De tout leur pouvoir ils diffèrent à un autre temps, mais Dieu contre leur volonté avance l'heure. Et c’est une chose qui nous est bien nécessaire d'entendre, que Christ n’a point este tiré à la mort par la violence de ses ennemis, mais qu’il y a esté amené par la providence Divine:
pource que la foy et asseurance de nostre propiciation gist en Ce que nous SÇavons que Dieu a eu un sacrifice de Phostie, laquelle dés le commencement il avoit ordonnée. Et pourtant aussi il a voulu que son Fils fust immolé le propre jour de Pasques, afin que la figure ancienne quittast la place au sacrifice unique de
rédemption éternelle. Ceux qui n’avoyent autre but que d’accabler Christ, et en abolir la mémoire, ont estimé un autre temps plus commode: mais Dieu qui l’avoit ordonné hostie pour lPexpiation des péchez, a choisi un jour propre, pour faire comparaison du corps à l'ombre, en les conjoingnant ensemble. Dont aussi maintenant le fruit de la passion de Christ nous appert plus à clair.
6 Comme Jésus estoit en Béthanie, en La maison de, etc. Ce que l'Evangéliste récite maintenant, estoit advenu un peu devant que Christ veinst en Jérusalem: mais il est yei mis fort bien à propos, afin que nous sçachions quelle occasion à soudainement poussé les Sacrificateurs à avancer leur entreprinse. Ils n’osoyent pas assaillir Christ de force ouverte : de l’opprimer par ruse et surprinse, il n’estoit pas fort facile: mais quand Judas leur présente un moyen auquel ils n’avoyent point pensé, la facilité de conduire l’entreprinse leur fait prendre avis. Quant à quelque diversité que sainct Jehan ha d'avec sainct Matthieu et sainct Marc en ceste histoire, il est aisé à démesler l’absurdité pour laquelle aucuns expositeurs se sont abusez, disans que c’estoyent diverses histoires. Sainct Jehan exprime le nom de la femme qui oignit Christ, lequel les deux Evangélistes laissent. Mais il ne fait point mention de l’homme qui festoya Christ: comme ainsi soit que sainct Matthieu et sainct Marc disent notamment que lors il souppa chez Simon le Lépreux. Au reste, quant à ce que sainct Jehan dit que ceste femme oignit les pieds de Christ, et nos deux Evangélistes disent le chef: en cela il n’y a point de contradiction. Certes nous sçavons bien que les oignemens ne furent pas jettez aux pieds: mais pource qu’il en fut lors espandu plus abondamment que de coustume, sainct Jehan par une manière d'amplification, dit que les pieds de Christ en furent arrousez. Sainct Marc aussi récite que la femme rompit da boiste, et espandit tout l’oignement sur le chef d’iceluy. Parquoy cela n’accorde point mal, de dire qu’il descoula jusqu'aux pieds. Ainsi donçques, que ce poinct demeure arresté, que tous les
trois Evangeélisies récitent une mesme histoire.
8 Et ses disciples voyans cela, furent despitez, etc. Cela aussi est assez ordinaire aux Evangélistes, quand une chose a esté faite par quelqu'un, de Pattribuer à plusieurs, s'ils y ont donné consentement. Sainct Jehan dit que le murmure veint de Judas, celuy qui depuis trahit Christ : sainct Matthieu et sainct Marc enveloppent avec cestuy-là tous les diseiples : asçavoir pource que pas un des autres ne eust jamais entreprins de murmurer à l’encontre, si la meschante détraction de Judas ne eust esté comme un tison pour les enflamber. Mais depuis que ce malheureux à commencé par une belle ‘couleur à condamner ceste despense comme superflue, le mal a aiséement suyvi de cestuy-là à tous les autres. Et par cest exemple nous sommes enseignez Combien est dangereuse une langue maligne etenvenimée. Car les gens mesmes qui sont de nature débonnaires, honnestes et modestes, tombent tousjours aiséement à mal juger, estans abbruvez de mauvais propos, sinon qu’ils avisent bien prudemment à eux. Que siles disciples de Christ par une folle et légère crédulité, se sont trouvez enveloppez au mesfait de Judas, que nous pourra-il advenir, si nous sommes trop faciles à ouir les murmurateurs, qui font estat de blasmer les choses les mieux faites du monde? Nous avons aussi à recueillir d’yci un autre advertissement : c’est de nous donner garde de juger d’une chose qui ne nous est pas encore assez cognue. Les disciples prenent incontinent ce qui est dit par Judas : et pource que le propos sembloit avoir quelque couleur, ils s’avancent d'en juger inconsidéréement. Mais ils devoyent s’enquérir de plus près, si le faict estoit digne de répréhension : veu mesmement que le Maistre estoit présent, au jugement duquel ils se devoyent bien arrester. Sçachons donc que ce sera une mauvaise sentence, quand nous jugerons d’un faict sans avoir la parole de Dieu devant les yeux : d'autant que (comme dit S.
Paul aux Romains, chap. XIV, 7, 8) nul de nous ne vit à SOY, et nul ne meurt à soy, mais il nous faut tous comparoistre
devant le siége judicial de Christ, où nous aurons à rendre conte, 2 Cor., V, 10.
Or combien qu’il y ait eu grande différence entre Judas et les autres, veu que malicieusement et meschamment il vouloit couvrir d’une belle couleur son larrecin, mais les autres estoyent poussez d’une sotte simplicité : nous voyons toutesfois comment leur imprudence les a eslongnez de Christ, et fait compagnons de Judas.
10 Pourquoy donnez-vous fascherie à ceste femme, etc. C’est merveille pourquoy Christ, duquel toute la vie a esté la règle et Pexemplaire de tempérance et frugalité, approuve maintenant une despense excessive, laquelle, comme il appert, approchoit de dissolution et délices superflues. Mais il faut noter la défense qu’il allègue. Car il ne dit pas simplement que la femme ait bien fait, comme s'il vouloit que tous les jours on luy feist de mesme : mais il déclare que ce qu’elle avoit fait lors, est agréable à Dieu : d'autant qu’il faloit ainsi faire pour quelque cause légitime. Combien donc que Christ n’appétast point d’user d’oignement précieux, Ceste onction toutesfois luy a esté agréable, à cause de la circonstance. Dont nous recueillons qu’il y a aucunesfois des manières de faire particulières et extraordinaires, lesquelles Dieu approuve : et qui toutesfois ne doyvent pas estre tirées en conséquence, pour en faire une règle.
Or il n’y à point de doute que Marie ne soit venue à oindre Christ, estant conduite d’une inspiration secrète du sainct Esprit : comme il est certain que toutes fois et quantes que les Saincts ont esté appelez à quelque œuvre extraordinaire, ils ont esté poussez d’un mouvement non accoustumé : afin de ne rien attenter, sinon par le gouvernement et addresse de Dieu. Il n’y à point eu de commandement qui enjoignist à Marie de faire ceste onction : et aussi il n’estoit pas besoin qu’il y eust loy faite pour une œuvre particu- .
lière. Mais pource que la vocation céleste est le seul commencement et la règle de bien faire, et que Dieu rejette tout ce que les hommes entreprenent de leur cerveau, Marie a esté gouvernée par une inspiration de l'Esprit, afin que ce devoir
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qu'elle faisoit envers Christ, fust fondé sur une fiance certaine et asseurée. Au reste, ceste response de Christ n’a pas esté seulement pour défendre la cause d’une femme, mais pour maintenir une saincte façon de se glorifier, qu'ont tous ceux qui se contentent, pourveu que Dieu approuve et eux et leurs œuvres. Souvent il adviendra que non-seulement on touchera de loin, mais mesme apertement on condamnera à tort de bons personnages, lesquels toutesfois sont bien asseurez en leurs consciences qu’ils ne font rien que suyvant le commandement de Dieu :
et on attribuera cela à orgueil, si ne se soucians point des faux jugements du monde, ils se contentent d’estre approuvez de Dieu seul. Pource que c’est une - tentation bien dure, et qu’à grand’ peine il se peut faire que nous ne soyons esbranliez voyans beaucoup de gens estre d'accord contre nous, encores que ce soit sans raison, il faut que nous ayons ce poinct de doctrine tout résolu, Que jamais un homme ne sera courageux et constant à bien faire, s’il ne dépend du seul vouloir de Dieu. Et pourtant Christ establit yci la différence Gu bien et du mal, en ce que luy seul en détermine. Car en disant que c’est un bon acte, ce que la femme a fait : lequel acte toutesfois avoit desjà esté condamné par les disciples : il réprime par ce mot la témérité des hommes, qui se laschent la bride jusques à usurper l’authorité de juger.
Et pourtant, nous aussi estans appuyez sur ce tesmoignage, apprenons de laisser passer tous les faux bruits lesquels on sèmera de nous parmi le monde, pourveu que nous sçachions que Dieu approuve ce en quoy les hommes nous blasment.
.Voylà comment en fait Isaïie, chap. L, 7, lequel se voyant opprimé par calomnies meschantes, appelle Dieu pour son garent : et sainct Paul en appelle au jour du Seigneur, 4 Cor., IV, 3. Ainsi donc, apprenons de ne regarder point plus avant au jugement des hommes, sinon à ce que par nostre exemple ils soyent édifiez en l’obéissance de Dieu : et quand le monde se seroit eslevé contre nous avec grand bruit, contentons-nous de ceste consolation, quand ce qui est tenu
pour mauvais en terre, est advoué pour bon au ciel.
A1 Pourtant que vous avez tousjours, etc. Christne défend pas ou maintient simplement ceste onction, afin que nous l’imitions : mais admoneste qu’elle plaist à Dieu pour quelque certain regard.
Ce qu’il faut bien considérer, de peur de nous abuser en forgeant à Dieu des services somptueux, comme font les Papistes. Car oyans dire que Christ a voulu estre oingt par Marie, ils ont pensé qu’il prinst plaisir à encensemens, cierges, paremens magnifiques, et semblables pompes. De là procède tout ce grand appareil qui est en leurs cérémonies : et ils ne pensent point estre bons adorateurs de Dieu, s'ils ne font des despenses excessives. Mais Christ réplique yci bien manifestement, que ce qu’il a pour lors voulu estre fait une fois, ne luy sera point agréable au temps à-venir. Car en disant qu’il y aura tousjours des povres au monde, il distingue entre le service ordinaire, duquel l'usage doit estre maintenu entre les fidèles : et l’autre extraordinaire, qui a cessé quand il est monté au ciel. Voulons-nous bien employer largent en de vrais sacrifices ? distribuonsle aux povres. Car Christ dit qu’il n’est pas avec nous pour estre servi par pompes externes. Vray est que nous sçavons bien, et sentons par lexpérience de Ja foy, qu’il est présent avec nous par sa vertu et grâce spirituelle : maïs il ne converse pas avec nous visiblement, pour recevoir de nous des honneurs terriens.
Et pourtant, c’est une obstination malheureuse à ceux qui luy veulent faire à croire qu’il acceptera des despenses faites à plaisir, maugré qu’il en ait, et quoy qu’il les refuse. Au reste, quant à ce qu’il dit, Qu'il y aura tousjours des povres :
de cela nous recueillons que s'il y a beaucoup de gens qui soyent en nécessité, cela n’advient point par cas fortuit :
mais que Dieu, par un certain conseil nous présente gens, envers lesquels nous puissions exercer charité. Ainsi donc le sommaire de ce passage est, Combien que le Seigneur commande que nous luy consacrions etnos personnes et tous nos biens, que toutesfois, quant à luy, il ne
requiert autre service que spirituel, lequel ue consiste en aucune despense : mais plustost que il veut que nous eslargissions aux povres ce ‘que la superstition consume: follement sous M le: du service de Dieu:
42 Elle l'a fait pour nb Christ conferme par ces paroles ce que nous avons dit, que ce précieux oignement ne luy estoit point agréable pour l'odeur, mais seulement pour le regard de sa sépulture : asçavoir pource que par ce signe il a voulu testifier que son sépulchre seroit odoriférant : comme aussi il a rendu une odeur de vie et salut par tout le monde. Et pourtant ‘Marie est louée en sainct Jehan, de ce qu’elle avoit gardé cest oignement pour le jour de la sépulture de Christ, Jehan, XIE, 7. Mais puis que la certaine et plene vérité de ceste figure atesté manifestée, et que Christ sortant du sépulchre à rempli, non pas une maison, mais tout le monde, de l'odeur vivifiante de sa mort, ce seroit un badinage de petis enfans, de ramener en usage ‘une Chose qui n'ha en soy ne raison ne fruit aucun:
13 En quelque lieu que sera presché
cest Evangile en tout le monde, etc. I prédit que Marie aura honneur en ce qu’elle a fait, d'autant que son œuvre sera louée par la doctrine de l'Evangile. Dont nous recueillons que Festime de nos œuvres ne se doit pas prendre au jugement que les hommes en font, mais au,.tesmoignage que la parole de Dieu leur rend. Quand il dit, Que la mémoire d’icelle sera honorable par tout le: monde : par’ ceste comparaison il taxe ses disciples, comme en passant : pource qu'entre les estrangers et és’ lointaines parties du monde, tous peuples d’un commun accord louëront ce faict, en la condamnation duquel les domestiques mesmes s’estoyent monstrez tant chagrins et desraisonnables. Christ aussi reprend doucement ses disciples, de ce qu’ils n’avoyent une opinion plus magnifique ‘et honorable: de son règne à-venir. Ce pendant toutesfois par ce mot il a rendu bon tesmoignage de la vocation des-Gentils, en laquelle ést fondé ‘nostre salut. Au reste, nous avons dit au chapitre XXIV én‘quelsens il faloit prendre, que l'Evangile devoit estre presché par tout le mode:
MATTH. XXVI
1% Adonc l'un des douze, qui estoit appelé Judas 1scariot, s'en alla aux principaux sacrificateurs :
15 Et leur dit, Que me voulez-vous donner, el je le vous livreray? El ils luy consignèrent trente pièces d'argent.
16 Et des lors il cherchoit cpportunité pour le livrer.
17 Or le premier jour de la feste des pains sans levain, les disciples ‘vein-
drent à Jésus, luy disans, Où veux-tu que nous l'appres-
MARC XIV
10 Adonc Judas Iscariot, un des douze, s’en alla aux principaux Sacrificateurs, afin qu'il L leur livrast.
11° Lesquels d'A ouy, s’esjouirent : et luy promirent donner argent: et ùl cherchoit comment il le pourroit livrer en temps propre.
12 Or le premier jour des pains sans levain, qu'on sacrifioit l'agneau de Pasque, ‘ses disciples luy disent, Où veux-tu que nous allions, et l’apprestions à manger Vagneau de Pasque?
13 Adonc il envoya deux de ses disciples, et leur dit, Allez en la vil-
LUC XXII
3 Mais Satan éntra en Judas surnommé Iscariot, qui estoit du nombre des douze : |
4 Lequel s’en alla, et parla avec les principaux Sacrificateurs el les Capitaines, comme il leur livreroit.
5 Dont ils furent joyeux, et accordeèrent de luy donner argent.
6 Et il le promit : et cherchoît temps propre.pour le leur livrer en l'absence de la mt tude.
7 Or le jour des pains. sans levain veint, auquel il faloit tuer Yagneau ‘de Pasque. re
8 Et Jésus envoya Pierre et Jehan, disant, Allez et nous apprestez l'agneau de Pasque, afin que nous le mangions,
«< RC CR
tions à manger l’agneau de Pasque ?
18 Et il dit, AIlez en la ville à un tel: et luy dites, Le Maistre dit, Mon temps est près, je Jeray Pasque chez toy avec mes disciples.
19 Æt les disciples feirent comme Jésus leur avoit ordonné : et préparérent l'agneau de . Pasque.
20 Quand donc le vespre fut venu, il se meil à table avec les douze.
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le, où vous rencontrerez un homme portant une cruche, suyvez-le.
1% El en quelque lieu qu'il entrera, diles au Père de famille, Le Maistre dit, Où est le logis où je mangeray l'agneau de Pasque avec mes disciples ?
15 Et il vous monstrera une grande chambre ornée el préparée : apprestez là pour nous Vagneau de Pasque.
A6 Ainsi ses disciples partirent et veindrent en la ville : et trouvèrent comme il leur avoit dit, et apprestèrent l'agneau de Pasque. |
17 Puis Le soir venu, il veint avec les douze.
9 Et üs luy dirent, Où veuxtu que nous l'apprestions ?
A0 { leur dit, Voyci, quand vous serez entrez en la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau, suyvez-le en la maison où il entrera :
11 Et dites au père de famille de la maison, Le Maistre te mande, Où est le logis où je mangeray l'agneau de Pasque avec mes disciples?
19 Et il vous monstrera une grande chambre accoustrée :
appréstez là l'agneau de Pasque.
13 Lors s'en allérent, et trouvérent selon qu'il leur avoit dit:
et apprestèrent l'agneau de Pasque.
14 Quand donc l'heure fut venue, il s'assil à table, et les douze Apostres avec luy.
Tant s’en est falu que l’admonition de Christ ait rien servi à Judas pour amolir son cœur, ou le remettre en meilleur estat, que mesme sur l’heure, sans aucun esgard, il est allé vers les adversaires pour comploter avec eux, et leur faire une promesse mal-heureuse et détestable. Certes ça esté une stupidité merveilleuse et bien estrange, de ce qu’il a pensé avoir trouvé en la despense de cest oignement une honneste excuse pour couvrir son forfaict si exécrable : en après, qu’estant adverti par les paroles de Christ, il n’a point recognu que c’estoit qu'il alloit faire. La seule mention de sépulture devoit estre pour amolir un cœur de fer, veu que de là il estoit aisé à entendre que Christ se présentoit en sacrifice pour le salut du genre humain.
Mais nous voyons yei comme en un miroir, Combien grand est laveuglement des affections meschantes, et quelle efficace ellés ont à ensorceler l'esprit de l’homme. Judas brüloit d’un désir extrême de desrober : il s’estoit par un Jong usage endurci en ceste meschanceté.
Maintenant n'ayant autre proye qui se présente, il ne fait point de difficulté de trahir mal-heureusement et livrer à
mort le Fils de Dieu, autheur de vie :
et combien que ceste saincte admonition fust pour le retirer, il ne laisse pas de rompre tous liens, et se précipiter furieusement à mal faire. Pourtant ce n’est pas sans cause que S. Luc exprime nomméement, que Satan entra en luy : non pas qu'auparavant l'Esprit de Dieu le gouvernast, veu qu'il ne pouvoit estre addonné à larrecins et rapines, qu’il ne fust serf de Satan : mais sainct Luc entend que lors il a esté entièrement livré en la possession de Satan pour chercher sa ruine, et s’y jetter en homme désespéré. Car combien que tous les jours Satan nous pousse en des offenses, combien aussi qu’il règne en nous, quandil nous transporte en plus grand desbordement de mal : il est dit toutesfois qu'il entre dedans les réprouvez, quand il saisit tous leurs sens, la crainte de Dieu estant abbatue, la lumière de raison esteinte, et tout regard d'honnesteté mis bas. Mais Dieu ne desploye point ceste vengence extrême sur d’autres gens que ceux qui sont desjà destinez à perdition.
Et pourtant, apprenons de nous amender de bonne heure, de peur qu’un endurcissement trop long n’establisse le règne
de Satan en nous. Car si nous sommes une fois abandonnez à ceste tyrannie
mal-heureuse, ce sera une rage qui aura ne cesse ne mesure aucune. Sur tout, il faut noter que la cause et source de cest aveuglement extrême en Judas, a esté avarice. Dont il appert que ce n’est pas sans Cause que Sainct Paul l'appelle racine de tous maux, 4 Timothée, VI, 10. Au reste, de faire vci une question, Asçavoir-mon si Satan est entré substanciellement en Judas : c’est une spéculation frivole. Plustost il nous faut venir à considérer quel horrible monstre c’est, que les hommes formez à l’image de Dieu, et ordonnez pour temples du S. Esprit, non-seulement soyent convertis en des estables puantes, ou en des retraits pleins d'infection, mais aussi devienent des mal-heureux domiciles de Satan.
47 Matth. Or PR reine ete. On demande premièrement, Pourquoy le jour précédent l’immolation de lagneau, est appelé Le jour des pains sans levain.
Car la Loy ne défendoiït point aux Juifs d’avoir du levain, jusques à ce qu’ils mangeassent l’agneau. Mais la solution de ceste difficulté est ajsée : asçavoir que ceste circonstance se rapporte au jour ensuyvant, comme il appert assez par sainct Marc et S. Luc. Aïnsi done,
le jour dimmoler et manger [a Pasque’
estant prochain, lequel commenceoit au soir, les disciples demandent à Christ en quel lieu il voudra manger la Pasque.
Mais de là survient une autre question plus difficile, Que Christ s’est acquitté de cèste cérémonie un jour plustost que “tont le penple ne célébroit la Pasque publique. Car sainct Jehan dit nomméement, que le jour qu'il fut crucifié, estoit aux Juifs le jour de la préparation, non pas du Sabbath, mais de la Pasque, Jehan, XIX, 14 «d'avantage, qu’ils n’entrèrent point au Prétoire, de peur qu’ils ne fussent souillez, Jehan, XVIIT, 98 :
pource que le lendemain ils devoyent manger la Pasque. Je sçay bien qu’aucuns cherchent des eschappatoires, mais qui ne sont pas suffisantes pour les démesler de ceste difficulté. Car il n’y a cavillation par laquelle ils se puissent
dass bien ceste divination :
COMMENTAIRES ec E br"
sauver, que ce poinct ne demeure tout clair, Que le jour auquel les Juifs cruciièrent Christ, ils ne célébrèrent pas la feste, en laquelle il n’eust pas esté licite de faire aucune exécution et punition publique : et que lors ils faisoyent la préparation solennelle, afin que Christ fust desjà enseveli, quand ils mangeroyent la Pasque. Or on demande maintenant , pourquoy Christ a prévenu. Car il ne faut pas penser qu’en ceci il ait rien attenté outre la forme prescrite en la Loy. Quant à ce qu'aucuns pensent que les Juifs de une grande affection qu'ils avoyent de mettre à mort Christ, ayent remis la : ef qui plus est, elle s’en va d’elle-mesme en fumée, tant elle est frivole. Je ne doute point donc que Christ n’ait gardé le droit jour ordonné par la Loy, et que les Juifs mayent suyvi une coustume de long temps receuë en usage. Premièrement, il est tout certain que Christ a esté mis à mort le jour de devant le Sabbath. Car devant que le soleil fust couché, il a esté mis hastivement en un sépulchre qui estoit près du lieu, pource qu’il faloit nécessairement laisser toute besongne, le soir dudit jour estant venu. En après, on sçait bien que par une observation ancienne, quand Pasque et les autres
jours de ‘feste se trouvoyent au vendredi,
on les remettoit au | lendemain : pource qu'il eust esté trop fascheux au peuple de laisser la besongne deux jours de suite. Les Juifs disent que ceste loy fut faite incontinent après que le peuple fut retourné de lexil de Babylone, et mesmes que ce fut par révélation denhaut : afin qu'il ne semble que de leur authorité ils ayent changé quelque chose és commandemens de Dieu. Si donc la coustume estoit lors d’assembler deux jours de feste en un (comme les Juifs) mesmes le confessent, et qu’il appert par
leurs registres et livres anciens) la conjecture est assez apparente, que Christ qui célébra la Pasque le jour de devant le Sabbath, a observé le jour ordonné par la Loy. Car nous sçavons comment il !
a prins garde songneusement à n ’omettre un seul Fpoinct de la 40y. Car comme
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ainsi soit qu'il ait voulu estre sujet à la Lo oy, pour nous délivrer du joug d’icelle, il n’est pas vray-semblable qu’il ait oublié ceste sujétion au dernier acte de sa vie. Ainsi il eust mieux aimé omettre l’usage de la cérémonie externe, que de transgresser l’ordonnance establie de Dieu, et par ce moyen s’exposer aux Calomnies des meschans. Certes les Juifs mesmes ne nieront pas que toutes fois et quantes que le Sabbath et le jour de Pasque estoyent suyvans lun lPautre, on ne laissoit la besongne qu’un jour pour tous les deux, et que cela à esté introduit par les Rabbins. Dont s'ensuit que Christ faisant autrement que ne porioit l'usage commun, n’a rien entreprins outre la Lay.
18 Allez en la ville à un tet, et luy dites, le Maistre dit, etc. Sainct Matthieu spécifie un certain personnage : les autres deux récitent que les disciples ont esté envoyez comme à un homme incognu : Car l'enseigne leur a esté baillée d'un homme portant une cruche d'eau.
Mais ceste diversité est bien aisée à accorder, d'autant que sainct Matthieu laissant le@miracle, fait seulement mention de l'homme qui fut lors recognu des disciples. Car il n’y a point de doute que quand ils sont arrivez en la maison, ils ont trouvé que c’estoit quelqu'un de leur cognoissance. Car aussi Christ lui mande d’authorité qu’il appreste le logis pour luy et les siens, en se nommant Waistre :
et l’homme de son costé obéit promptement. Au reste, combien qu'il eust peu exprimer le nom du personnage, il a mieux aimé toutesfois adresser ses disciples vers luy parmiracle : afin que quand un peu après ils le verroyent abbaissé et anéanti, leur foy néantmoins demeurast ferme, estant appuyée de ce tesmoignage. Car c’estoit une confirmation bien expresse, que quelques heures avant que d’estre mis à mort, il s'estoit monstré estre Dieu par un acte évident, afin qu’ils sceussent qu’il n’estoit point forcé par contrainte, mais que volontairement il se soumettoit. Et combien que paraventure ceci ne leur ait rien proulité sur le poinct du trouble, la mémoire toutesfois en fut utile puis après:
comme encores aujourd’huy pour surmonter le scandale de la croix, il nous est