SUR
L'ÉVANGILE DE NOSTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SELON SAINCT MATTHIEU, SAINCT MARC, ET SAINCT LUC.
Pour lire avec proufit l’histoire de l'Evangile, il nous est bien nécessaire d’entendre premièrement qu'emporte le mot d'Evangile : car de là on pourra conclure quel à esté le motif de ces saincts tesmoins célestes, quand ils ont mis ces choses par escrit, et à quelle fin se doit rapporter tout ce qui est yei par eux récité. Car c’est une chose certaine que ces histoires n’ont point eu le titre d’Evangile d’autre part : mais qu'eux-mesmes qui en sont les autheurs, les ont ainsi nommées. Ce que sainct Marc donne assez à entendre, quand il dit (chap. 1.) Le commencement de l'Evangile de Jésus-Christ. Or il y a un lieu de S. Paul, duquel sur tous autres nous pouvons recueillir certaine et claire définition d'Evangile : c’est au premier chapitre de l’épistre aux Romains, quand il dit que l'Evangile avoit esté promis de Dieu és sainctes Escritures, par ses Prophètes, touchant son Fils qui a esté fait de la semence de David , et a esté déclairé Fils de Dieu en puissance, selon l'Esprit de sanctification , par la résurrection des morts. Premièrement il est là monstré que l'Evangile rend tesmoign age du salut manifesté, ainsi que d’aage en aage il avoit tousjours esté promis aux Pères. Sur quoy aussi nous avons à noter la différence qui est entre les promesses : d'autant que elles tenoyent l’espérance des fidèles en suspens : et ceste joyeuse nouvelle, par laquelle Dieu déclaire qu ‘il a accompli ce qu'il avoit auparavant commandé à tous fidèles d'attendre et espérer. Comme aussi un peu après l’Apostre dit qu’en l'Evangile est révélée la justice de Dieu , de laquelle avoyent tesmoigné la Loy et les Prophètes. Et pourtant en un autre passage il Pappelle une ambassade, par laquelle la réconciliation du monde avec Dieu une fois faite et accomplie par la mort de Christ, est tous les jours offerte et notifiée aux hommes. 2 Cor., V, 20. En second lieu il signifie que non-seulement Christ est le gage de tous les biens que le Seigneur à jamais promis, mais aussi que nous avons en luy une vraye et entière exhibition : comme aussi il dit autre part, 2 Cor., 1, 20, Que toutes les promesses de Dieu sont en luy Ouy. et Amen. Et de faict, ceste adoption gratuite, par laquelle nous sommes faits enfans de Dieu, comme elle procède du bon plaisir qui a esté éternellement au Père, aussi nous a esté révélée en ce que Christ, qui est le seul Fils naturel, estant vestu de nostre chair, nous a faits ses frères : et que la satisfaction par laquelle 1 nos péchez sont effacez, afin que nous ne SOYONS plus sous la malédiction et le jugement de la mort, ne peut estre trouvée sinon au sacrifice de sa mort : et que nostre justice, salut et parfaite félicité sont fondées en sa résurrection.
Ainsi donc l'Evangile est une solennelle publication du Fils de Dieu manifesté en chair, afin qu’il délivrast le monde de la perdition en laquelle il estoit, et qu’il restablist les hommes de mort à vie. Et ce n’est pas sans cause qu’il est nommé bonne ou joyeuse nouvelle, veu qu’en iceluy est contenue parfaite félicité. Car son but est de commencer yci le règne de Dieu en nous, afin que la corruption de la chair estani abolie, et nous estans renouvelez par l'Esprit, il nous conduise en la gloire céleste. À cause de quoy il est souvent appelé le Royaume des cieux : et le renouvellement de la vie bien-heureuse apportée par Christ, est quelque fois nommé le Rovaume de Dieu. Comme quand S. Marc dit (chap. XV, v. 43,) que Joseph estoit attendant le
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