‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 39 sur 113 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

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m'avez escrites plenes de douceur et humanité. Mais laissant pour maintenant le regard particulier de ma personne, et l'amour que me portez, j'insisteray sur l’autre poinct. joint que je puis à bien bon droict applicquer à vostre personne le propos qui s’addressoit à celuy auquel j’avoye premièrement dédié ce livre. Or ce n’est pas mon but de magnifier yci vos vertus excellentes, pour lesquelles vous estes venu en grand crédit et authorité envers le Roy de Poloigne, plustost je préten de coucher le propos par manière d’exhortation, de laquelle la somme reviendra là, que comme du commencement vous avez en grande alaigreté de cœur embrassé la pure doctrine de l'Evangile, comme aussi vous avez jusques à présent monstré une merveilleuse magnanimité à maintenir le vray service de Dieu, vous monstriez la mesme constance à poursuyvre en ceste saincte course jusques à la fin. Vray est que ça esté une grande vertu à vous, quand sçachant bien qu’il n’y avoit rien plus mal venu, ne mesme plus odieux envers beaucoup de gens, que de faire franchement : profession de la pure religion, et s’en monstrer zélateur, néantmoiïns si tost que la claire lumière de la vérité de l'Evangile de Christ vous a esté présentée, vous n’avez point fait de difficulté d’encourir la male grâce et haine de tous ceux-là, en vous rangeant du parti dicelle. Aussi ce n’est pas une chose qui mérite petite louange, de ce que vous n'avez cessé de vous employer et faire tout devoir, pour entretenir et mesme accroistre et avancer ces premiers commencemens de l'Eglise de Poloigne : combien que telle diligence n’estant guères agréable communéement, vous engendrast beaucoup de haine envers aucuns des grans du royaume. Mais pource qu’il vous reste encore des dificultez qui ne sont pas moindres, il est besoin que de plus en plus vous preniez bon courage pour les surmonter, jusqu'à ce que vous Soyez parvenu au but de vostre course. Et ce tant plus attentivement vous convient-il faire, d'autant qu’il se trouve plusieurs Princes, lesquels combien qu’ils voyent l’estat de l'Eglise estre vileinement corrompu et renversé, n’osent toutesfois essayer aucun remède pour y pourveoir : pource que quand il est question de mettre les corruptions hors de leur possession ancienne de laquelle elles ont jouy paisiblement, ils craignent que la nouveauté et le changement ne mette en danger et eux et leur pays : et ceste appréhension les retarde et empesche de faire leur devoir. Les autres estiment que c’est folie de mettre la main aux maladies, lesquelles (comme ils disent) sont incurables. D’autres aussi par une malignité je ne sçay quelle, refusent et ont en horreur toute réformation. Mais ce seroïit une chose superflue de m'amuser à vous faire un long récit des empeschemens que vous avez tout à l’entour de vous, veu que vous-mesmes les cognoissez fort bien. Toutesfois quelques assaux que Satan vous présente, et quelques combats qu’il vous livre, si ne faut-il que jamais vous-vous lassiez de ceste saincte condition de guerroyer laquelle vous avez promis de suyvre sous l’enseigne de Christ. Et combien que de vousmesmes vous-vous y employez fort volontairement, j'espère toutesfois que vous ne prendrez point mal à gré, et ce ne vous sera chose inutile, que l’heureuse course de vostre prompte affection soit aidée et avancée par ceste exhortation que Dieu vous présente comme par ma main. Toutes fois et quantes qu’il semble en ce monde que les choses aillent en confus, et pesle-mesle, il est impossible de trouver meileur appuy ne plus certain, pour establir et confermer les consciences, que quand en nous proposant devantles yeux le règne de Christ, tel qu’on le peut veoir maintenant en ce monde, nous considérons de quelle sorte et nature il a-esté dés le commencement, et quel a esté lestat et la condition d’iceluy. Or quand on parle du règne de Christ, nous avons deux choses principalement à regarder, asçavoir la doctrine de PEvangile, par laquelle Christ assemble son Eglise, et par laquelle aussi il la gouverne layant assemblée. En après, la compagnie des fidèles, lesquels estans conjoints ensemble par la directe foy de l'Evangile, sont vrayement estimez le peuple de Christ. De tous les deux S. Luc és actes des Apostres nous dépeint expresséement un pourtrait naïf : ce qu’il vaut mieux que chacun cognoisse en lisant tout le

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livre, que de s’en arrester à mon dire, ou d’autre quelconque. Car jà soit que dés le premier commencement du monde le Fils de Dieu ait tousjours régné, toutesfois depuis qu’estant manifesté en Chair il a fait publier son Evangile, lors il a commencé à dresser son siége royal beaucoup plus magnifique que jamais, dont encores aujourd’huy il se monstre haut eslevé à l’advenant. Si là nous dressons nos yeux, ils seront repeus non point d’une peincture vaine (ce que Vergile dit de son Eneas) mais d’une bonne et ferme cognoissance des choses esquelles il nous faut chercher la vie. Et pour retourner à mon premier propos, on trouvera yci une trèsbonne retraitte pour asseurer les consciences, et où elles pourront consister paisibles entre ces orages et tempestes bruyantes, desquelles le monde est aujourd’huy agité. Brief, ceste seule méditation fera que ce qui à esté anciennement dit par Ennius, et bien à la vérité, de la plus grand’part des hommes (comme on le cognoist par trop d'expériences) ne nous adviendra jamais : asçavoir que prudence et sagesse est mise dehors, et n’ha plus lieu, toutes fois et quantes qu’on procède par violence. Car si l’accord des flutes à eu si grande efficace envers les Lacédémoniens, lors mesme que la bataille estoit embrasée, qu'il addoucissoit la fureur et hardiesse excessive qui estoit naturelle à ce peuple belliqueux, et modéroit limpétuosité laquelle en tels affaires se monstre excessive, mesme és esprits qui autrement sont d’un naturel doux et débonnaire : combien mieux et avec plus grande efficace fera cela par l’armonie et mélodie céleste du sainct Esprit, ke règne de Christ, lequel non-seulement apprivoise les bestes farouches et cruelles, mais aussi de loups, lions, et ours en fait des agneaux, lequel convertit les lances en des faux et change les espées et harnois en instrumens de labourage? Comme ainsi soit done, Ô Prince trèsexcellent, que je vous présente une modération telle que requiert la nécessité des temps, j’ay bonne espérance que de vostre grâce et débonnaireté vous ne prendrez point mal à gré mon service en cest endroit, comme de faict vous sentirez que c’est un moyen pour nous confermer bien utile et propre, que d’avoir les yeux dressez à ce commencement de l'Eglise, tel que S. Luc yci le descrit : auquel d’un costé reluit et la vertu admirable de Dieu, sous l’ignominie de la croix, et une constance incroyable des serviteurs de Dieu, pressez d’un merveilleux fardeau de grandes incommoditez et fascheries : et d'autre costé se monstre le fruict de toutes les deux, en l'avancement de l’Evangile plus grand que jamais on n’eust sceu croire ne penser. Mais laissant pour maintenant les autres poincts, lesquels il vaut mieux qu’on comprene par la lecture mesme de l’histoire de $. Luc, je toutheray seulement *# qui concerne spécialement les Princes terriens, et les grans gouverneurs des royaumes et pays : asçavoir, que veu que lors que la toute puissance du monde estoit contraire, et que tous ceux qui gouvernoyent employoyent toutes leurs forces à esteindre l'Evangile, de povres gens en petit nombre, estans de basse condition et mesprisez, n’ayans armes, ni autres semblables moyens humains, s’appuyans sur la seule force de la vérité de Dieu, et la vertu de l'Esprit, ont travaillé si courageusement à espandre d’un costé et d'autre la semence de la foy de Christ, et ne se sont espargnez pour travail ou danger quelconque : et nonobstant tous les combats qui se sont présentez ont persisté fermes, jusqu'à ce que finalement ils demeurassent victorieux. Les Princes et gouverneurs Chrestiens qui ont prééminence entre les peuples, puis que Dieu leur a mis le glaive en la main, pour maintenir et défendre le règne de son Fils, mont point d’excuse, s'ils ne se monstrent pour le moins aussi courageux et constans à s'acquitter d’une commission tant honorable. Au reste, quant à la fidélité et dextérité d'interpréter que j'ay eu en ce livre, ce m’est pas à moy d’en parler. Tant y a que j'espère que ce mien labeur sera utile en commun à toute l'Eglise. Mais quant à vous, Prince trèsexcellent, il m’est besoin de recommencer encore derechef à vous prier, et mesme requérir et supplier instamment, que vous avisiez et en vostre particulier à vous ranger et adonner du tout à la domination de Christ, comme vous avez desjà de long temps commencé biem

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heureusement : et puis qu’à l’endroit de tant de nobles personnages, lesquels et la grandeur de race et l'excellence des vertus rend honorables, vous soyez non-seulement une bonne aide, mais aussi vaillant port’enseigne à avancer le règne de Christ. C’est un singulier privilége d'honneur que Dieu a fait au royaume de Poloigne, de ce que la plus grand’part de la noblesse, quittant les superstitions d’impiété, qui sont autant de corruptions et pollutions du service de Dieu, s’est trouvée d’un bon accord à désirer la droite forme de vraye religion, et un ordre d’Eglise dressé comme il faut. Et on sçait bien qu’en tel affaire vostre crédit et authorité leur à esté un grand support et avancement : mais et vous et eux avez encore tant de combats préparez, qu'il n’est pas question de laisser besongne, et vous reposer comme gend’armes qui ont leur congé. Car premièrement, encore qu’il ne vienne point d’ennemi d’ailleurs pour vous fascher, vous aurez assez d'affaire à remédier aux maux et empeschemens qui s’eslèveront entre vous. Desjà vous avez expérimenté combien de ruses Satan ha en main pour dresser des embusches, afin de rompre et gaster le sainct accord qui doit estre entre les frères, et auquel consiste la prospérité de l’estat de l'Eglise. Mais cela monstre qu’il advient entre vous comme il a accoustumé d’en prendre quasi par tout: c’est que les choses estans troublées, beaucoup d’estourdis s’ingèrent : lesquels voyans petit nombre de gens, et iceux foibles, estre poursuyvis et tormentez par la grande multitude, et que ceux-là ont grand’peine à défendre la vérité laquelle est comme estouffée de grosses nuées de calomnies, se fourrent dedans plus aiséement, y venans comme par-dessous terre. Et c’est une astuce par laquelle ce fin ouvrier et père de toute tromperie et malice, machine de ruiner PEglise, non-seulement en rompant et deschirant par pièces l'unité de la foy, mais aussi en chargeant d’un faux blasme le nom de Christ: pource qu’il semble que les assemblées des fidèles, parmi lesquelles ces meschans garnemens se meslent, sont comme des retraictes de toutes ordures. À ce propos, cependant que cest esprit estourdi de Stancarus espand ses resveries et erreurs entre vous, estant poussé à cela de son ambition de laquelle il brusle, de là est sortie une contention qui menace aucunement l'Eglise de dissipation : et avez esté exposez aux blasmes et calomnies de beaucoup de gens, pource qu’on a pensé que sa secte s’estendoit bien avant, et qu’il eust beaucoup de disciples. Et puis voylà d'autre costé un certain médecin, George Brandata, encore pire que Stancarus, selon qu'il est abbruvé d’un erreur beaucoup plus détestable, et nourrit en son cœur plus de venin caché. Ce qui fait que d’autant plus est à reprendre la facilité de ceux, envers lesquels l’impiété de Servet a si soudain trouvé tant de faveur. Car combien que je tien pour certain qu'ils ne tiennent rien des sacriléges et erreurs malheureux de la doctrine de Servet, si devoyent-ils bien estre plus avisez que ce regnard-là ne s’insinuast en leur familiarité. Or pource que jamais le monde ne sera net de telles pestes, et jamais Satan ne cessera de mettre en bataille telles gens qui sont de ses meilleurs supposts pour troubler les commencemens de l'Evangile, il vous faut persévérer à tenir bon au contraire. Et pour obvier à plus grans maux, il vous faut mettre et establir une vraye et droite forme de bon gouvernement, qui est la seure garde d’une saincte paix. Car comme il est certain que la pureté de doctrine est l’âme de l'Eglise, ainsi on peut à bon droict accomparer la discipline aux nerfs, desquels le corps estant tout ensemble lié et joint, se maintient en sa fermeté. De lPautre part aussi, la malice et obstination d’une autre sorte d’ennemis vous doit croistre le cœur, et aiguiser vostre bonne affection : j’enten les trompettes de l’Antechrist Romain, lesquels pour desguiser les matières et décevoir les simples entonnent à pleine bouche sans cesse, et font retentir à haute voix le nom d'Eglise. Quant à l’Eglise, nous ne débatons point contr’eux que tous enfans de Dieu ne doyvent avoir en révérence l’authorité d’icelle : le discord est en ce, qu'eux sous un faux semblant de luy faire honneur couvrent leur tyrannie desbordée ‘du nom d’Eglise qui est seulement en ombre: mais quant à nous, sans feintise et

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d'affection de cœur nous avons tellement en révérence l'Eglise, que ce nous est une extrême meschanceté quand on profane le nom sacré d’icelle. Sans faire mention des autres fidèles Ministres de la pure et saine doctrine, de ma part jay débatu ceste question desjà par ci-devant tout au long en plusieurs passages, combien c’est une chose ridicule, quand on parle de PEglise (de laquelle le Fils de Dieu est le chef, et à laquelle luy-mesme qui est la source de vie éternelle inspire vie, et fournit tousjours vigueur par son sainct Esprit) de produire un corps sans chef, et une charongne morte. Les flatteurs que le Pape ha en loage crient qu’ils ont l’Eglise de leur costé. Pour bien cognoistre si ce de quoy ils se vantent est vray ou non, il n’y à point de meilleur moyen qu’en regardant le chef. Or on voit qu'ils Pont couppé et retranché par une violence pleine de sacrilége. Car comment est-ce que Christ demeurera encore chef, quand on l’a despouillé de toute sa vertu, démis de sa domination, et desnué de sa dignité ? Le Père céleste l’a constitué chef de Eglise à ceste condition, que par la doctrine de son Evangile il gouverne tous hommes depuis le plus grand jusques au plus petit : qu’il soit seul Sacrificateur, pour nous rendre assiduellement le Père favorable, comme il a appaisé une fois lire du Père par le sacrifice de sa mort : que sa mort soit une purgation perpétuelle de nos péchez, son sang nostre seul lavement, son obéissance nostre satisfaction entière : qu’il soit seul intercesseur, en faveur duquel nos prières soyent exaucées : qu’il soit nostre protecteur et défenseur fidèle, pour nous maintenir sous sa sauvegarde : qu’en dontant et mortifiant les vices de nostre chair, il nous reforme en justice et saincteté : et que luy seul commence et parface en nous la vie bien-heureuse. De tout cela si les Papistes luy ont laissé quelque chose de reste, nous accordons qu’ils ayent l'Eglise de leur costé. Mais si ainsi est que le Pape opprimant les consciences d’une tyrannie plus que cruelle et barbare, à osté l'empire à Jésus-Christ: s’il a introduit une forme de gouvernement du {out contraire à la doctrine de l'Evangile : s’il a forgé une sacrificature nouvelle et estrange, c’est asçavoir qu’un homme mortel s’ingère de se présenter médiateur entre Dieu et les hommes : s’il a controuvé des sacrifices qui se font tous les jours, pour les metire en la place de Ja mort de Jésus-Christ : s’il a inventé mille satisfactions pour la rançon des péchez : s’il a tiré du bourbier d’enfer des lavemens composez à sa poste, pour faire tarir le sang du Fils de Dieu : s’il a substitué en la place d’iceluy un nombre infini d’advocats : s’il a deschiré en mille pièces la justice, laquelle il faloit prendre en luy seul : s’il a dressé le franc-arbitre des hommes au lieu du sainet Esprit : devons-nous maintenant douter, que le vray Jésus-Christ soit banni bien loin de la Papauté? Quand j'ay dit que les Papistes produisent une charongne morte au lieu du corps vif du Seigneur Jésus, c’est pource qu’ayans esteint la doctrine de l'Evangile, qui est la vraye âme de PEglise, et qui seule la vivifie, ils magnifient toutesfois et louent hautement je ne sçay quelle Eglise qui est seulement en ombre et par fantasie. Nous monstrons ouvertement combien la pureté de la doctrine est gastée et corrompue entr'eux, ou pour mieux dire, de quels horribles et monstrueux erreurs elle est Souillée. Quant à eux, non-seulement ils mettent en avant une ombre d’Eglise pour couvrir toutes leurs corruptions, mais aussi ils crient et se complaignent tant et plus, que nous faisons une grande injure et bien vileine à l'Eglise, de ce que nous disons qu’elle peut errer. Mais avant toutes choses il faloit examiner la doctrine, afin que par icelle on peust cognoistre l'Eglise. Ces preud’hommes et équitables estimateurs, prenans le titre d'Eglise pour se desguiser, veulent qu'il serve de préjudice pour empescher tout examen de doctrine. Et ne font point cela pour tromper. Car de quels enchantemens pourroyent-ils user pour tromper mesme des chassieux au milieu d’une si grande lumière? Mais pource qu'ils mettent en conte entre les parties de leur tyrannie ceste licence de mentir, il leur semble qu’ils ne dominent point bien à leur appétit, s'ils ne se mocquent des povres âmes, voire avec outrage. Pour n’en chercher point exemple plus loin, nous avons veu de

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nostre temps les vénérables Pères de Trente, et puis de Boloigne, lesquels combien qu’ils fussent bandez et discordans entr’eux comme ennemis, ne laissoyent pas toutesfois en tous les deux lieux d’escumer à gros bouillons leurs Canons pleins de vent. Et de faict, si on veut acquiescer à leurs principes, et suyvre les belles maximes qu’ils proposent, il n’y a point de doute qu’ils ont beau de quoy triompher des deux costez. Là sont assis je ne sçay combien d'Evesques et Abbez, paraventure cent bestes cornues en tout. Quand on auroit choisi la fleur et l'élite de toute mesgnie pour la mettre là et en faire parade, ce ne seroit toutesfois autre chose, qu’une meschante conspiration contre Dieu. Mais maintenant puis que le Pape a amassé les raclures et ordures de son troupeau infâme et puant, pour les faire venir tout en un bourbier, de là incontinent apparoistra et lèvera la teste l'Eglise représentative. Et encore n’ont-ils point de honte d'appeler Concile général, sacré et légitime, ce qui ne mérite pas mesme d’estre nommé un masque de Concile, quand ce seroit mesme à petit semblant (comme disent les enfans) et pour jouer une farce, Mais quant à nous, à qui la promesse est donnée, que l’Antechrist, lequel est assis au Temple de Dieu, doit estre destruit par le souffle de la bouche du Seigneur, ne cessons de réfuter ceste impudence effrontée de paillarde, par la trèssacrée Parole, contre laquelle ils s’eslèvent si arrogamment : afin que tous cognoissent manifestement et clairement quelle différence il y a entre l’espouse chaste de Jésus-Christ, et l’infâme paillarde de Bélial : entre le sanctuaire de Dieu, et le bordeau de Satan: entre le domicile spirituel des fidèles, et une estable à pourceaux : brief, entre la vraye Eglise, et la cour Romaine. De cela il n’y a ni Euclides, ni Archimèdes qui puisse amener une démonstration plus certaine ou plus évidente, qu’on la trouvera en faisant comparaison entre l'Eglise telle que S. Luc la descrit, et la synagogue Papale."Et je ne suis point si rigoureux que je vueille examiner à la règle des Apostres, qui est Angélique et céleste, ceste horrible confusion de la Papauté, qui est toute contraire à tout ordre de nature et toute raison d'humanité. Moyennant qu’ils monstrent par devers eux quelque chose qui en approche, je ne les empesche pas de triompher, s'ils veulent. Mais veu que toutes choses y sont contraires, encore que la plus grand’part du monde ferme les yeux pour n’y veoir goutte, tant y a. pour le moins que nous pouvons dire que tout le ciel nous applaudit : et ayans cela nous pouvons non-seulement hardiment mespriser leur orgueil insensé, mais aussi le diffamer librement. Cependant nous sommes soustenus de ceste consolation qui n’est pas petite: que combien que les Papistes nous opposent fièrement le titre d’Eglise, ce nonobstant nous sçavons bien que nous n’avons la guerre que contre des gens qui sont ennemis formels de Christ. Or sur tout il est à désirer que le Roy qui desjà de long temps selon sa prudence a apperceu Îles ruses et tromperies de la cour Romaine, finalement sans plus s'amuser à ces vaines Bulles du Pape (par lesquelles il fait feste d’un Concile au povre monde : mais c’est de bien loïn) et les jettant au vent, entreprene franchement et à bon escient une bonne et entière réformation de l'Eglise. Cependant toutesfois il n’y à retardement qui doyve vous arrester que chacun de vous ne s'efforce selon sa puissance à avancer et estendre les choses qui sont si bien commencées. Qui sera l'endroit, Monseigneur et Prince magnifique, où je vous diray Adieu. Le Seigneur vous vueille tousjours gouverner par son S. Esprit, accroistre par tous moyens vostre estat et honneur, et bénir jusques à la fin vos sainctes entreprinses. À Genève le premier jour d’Aoust,

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