‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 73 sur 113 · LS · texte numérisé non relu

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Crar. XXII.

vice et obéissance de Jésus-Christ, à ce qu'aussi tost qu'ils seront chassez hors d’un lieu, ils soyent incontinent prests d’aller ailleurs : et qu’ils ne perdent point courage, ou désistent de faire leur devoir pour l’ingratitude et vilein desdain qu’ils trouveront en plusieurs.

19 Et je di, Seigneur, ls scavent bien que je mettoye en prison, et fouetloye par les synagogues ceux qui, elc.

Par ce mot Paul testifie qu’il n’avoit point perdu l’entendement, et n’estoit point un homme transporté de perplexité, qu’il ne veist bien vrayement que c’estoit une révélation de Dieu. Car il est certain qu’il a recognu le Fils de Dieu, lequel il appelle Seigneur. Or Paul réplique qu’à grand’peine se pourra-il faire qu’ils ne soyent grandement esmeus d'un tel spectacle, quand ils le verront si tost changé : et de cela il recueille qu’il ne sera point inutile. Voylà ce qu'il pensoit : mais Jésus-Christ luy respond court, qu’il luy à ordonné une autre charge : et luy oste ceste espérance qu’il avoit en vain conceue des Juifs. On demande sur ceci, asçavoir s’il a esté licite à Paul d’objecter ces raisons au Seigneur Jésus. Car c’est autant comme s'il débatoit, que ce que le Fils de Dieu avoit dit ne devoir advenir, estoit toutesfois probable. Je respon à cela, que Dieu permet bien à ses fidèles de descharger familièrement leurs affections en son sein: et principalement quand ils ne demandent sinon que leur foy soit confermée. Si quelqu'un estoit sage en Soymesme, ou qu’il refusast par rébellion de faire ce que Dieu luy ordonne, il sera à bon droict condamné comme arrogant et orgueilleux. Mais Dieu donne un privilége particulier à ses fidèles, qu’ils proposent avec modestie et humilité ce qui les pourroit retirer ou retarder de l'affection d’obéir : afin qu’estans mieux à délivre, ils se remettent du tout à Dieu. Comme nous voyons que quand Paul entend que le bon plaisir du Seigneur est tel, il ne réplique plus, et n'entre plus en contestation : mais se contentant de ceste seule objection, et se déportant d’icelle, il se prépare soudain à faire le voyage, lequel il sembloit fuir auparavant. Cependant, en ce que les Juifs ne sont point esmeus

Cuar. YXIL

de tant de miracles, se monstre leur obsti-

nation indontable. Lequel reproche leur estant fait, pour certain les à poussez à une rage.

22 Ostle de la terre un tel homme.

Sainet Luc récite yci avec quel bruit et tempeste le propos de Paul a esté rompu.

Car non-seulement ils eslèvent contre luy des cris furieux, mais aussi ils demandent qu'il soit mis à mort. En quoy on peut aussi cognoistre, combien lorgueil est phrénétique. Les Juifs se plaisoyent si fort, que non-seulement ils mesprisoyent tous hommes du monde au pris d'eux, mais combatoyent plus asprement pour leur dignité que pour la Loy mesme : comme si toute la religion consistoit en ce poinct, que la lignée d’Abraham fust excellente par-dessus tous

les autres hommes du monde. Ainsi maintenant ils sont transportez d’une furie contre sainct Paul, pource qu’il avoit dit qu'il avoit esté envoyé Apostre aux Gentils. Comme si Dieu en usant de libéralité s'obligeoit à souffrir le mespris de sa majesté en des meschans et ingrats, lesquels il avoit ornez de grâces excellentes par-dessus tous autres. Et ne se faut esbahir si pour lors il y a eu une telle bravade et insolence és Juifs, veu que combien qu’ils soyent aujourd’huy du tout accablez et accoustumez à outrages extrêmes, néantmoins ils ne laissent d’estre enflez d’un orgueil servile. Mais voylà quels sont les fruits de leur réprobation, jusques à ce que selon la prophétie de S. Paul, Dieu recueille le résidu d’iceux, Rom., XI, 5.

23 Et comme ils crioyent à haute voix, et secoucyent leurs vestemens, et

jettoyent la poudre en l'air,

24 Le Capitaine commanda qu'il fust mené en la forteresse, et ordonna qu'il Just examiné par le fouet, afin qu'il sceust pour quelle cause ils cr uen ainsi

contre luy.

25 Quand donc ils l'eurent garroté de courroyes, Paul dit au Centenier qui estoit près de luy, Fous est-il licite de fouetter un bourgeois de Rome, et non

condamné ?

26 Ce qu'ayant entendu le Centenier, il s’en alla au Capitaine pour l'adver-

lir, disant, Regarde ce que tu as à faire :

Rome.

car cest homme est bourgeois de

27 Et le Capitaine veint à luy, et luy dit, Di-moy, es-tu bourgeois de Rome?

Et il dit, Ouy.

98 Le Capitaine respondit, Jay acquis ceste bourgeoisie à grand somme d'argent. Et Paul dit, Et moy, je le suis de nativité.

29 Parquoy incontinent ceux qui le devoyent examiner, se retirérent de luy : et le Capitaine aussi eut crainte, quand il eut cognu qu à estoit bour geois de Rome, et qu'il l'avoit lié.

30 Et le lendemain voulant scavoir pour certain pour quelle cause il estoit accusé des Juifs, le deslia des liens, et commanda que les principaux Sacrificateurs s'assemblassent et tout le Conseil : et amena Paul, et le présenta de-

vant CUT.

93 Et comme ils crioyent à haute voix. Le Capitaine fait bien et prudemment en ceci, qu’il fait retirer sainct Paul de la présence du peuple: veu que sa présence irritoit de plus en plusles cœurs des Juifs, qui n’estoyent desjà que trop esmeus. Car par ce moyen il pourvoit à la vie de ce bon et sainct personnage, et

| appaise en partie la rage forcenée de ce

peuple. Mais quand il commande qu’il soit battu de fouets, voire luy de qui il n’avoit ouy certain forfaict, il semble qu’il use de grande iniquité et injustice : et toutesfois ceste iniquité n’a point esté sans couleur, d'autant qu’il estoit vray-semblable que tout le peuple n’avoit point ainsi conspiré

à la mort d’un seul homme sans bonne cause. Ceste présomption donc véhémente donnoit ouverture à un si rigoureux examen. Mais il-faut noter que c’est la coustume des gens politiques, de se monstrer juges équitables, entant qu il leur est expédient et proufitable : mais si leur proufit les appelle ailleurs, de se destourner çà et là. Cependant ce leur est assez de farder ceste perversité de quelque beau titre de prudence : d'autant qu’ils tienent ce principe général, que le monde ne peut estre gouverné sans quel que honneste apparence de justice. Mais és cas particuliers, la finesse que j’ay dité l’'empor! te, qu’ils regardent plustost à ce qui est utile, qu'à ce qui est droit et équitable.

25 Fous est-il licite de fouelter, etc.

En premier lieu il allègue son droict de bourgeoisie : puis après il se défend par le droict commun. Or combien qu’au second poinet il y eust plus d'importance (asçavoir qu'il n’estoit point licite de fouetter un homme sans cognoissance de cause) ce nonobstant cela n’eust de rien proufité, si le Centenier n’eust esté beaucoup plus esmeu de honneur de l’Empire Romain. Car il n’y avoit rien pour lors qui fust plus criminel, que d’avoir violé la liberté du peuple Romain. La loy Valérienne, et après elle Ja loy Porcienne, aussi la loy Sempronienne, et autres semblables, défendoyent que nul ne fust si osé de faire punition de corps dun bourgeois de Rome, sans expresse ordonnance du peuple. C’estoit un privilége tant sacré et inviolable, que non-seulement ils estimoyent estre un crime capital, mais aussi tel qu’il ne pouvoit estre purgé pour rien que ce fust, quand on avoit batu un bourgeois de Rome. Ainsi sainct Paul est eschappé plustost par privilége que par l'équité Commune : mais il n’a point fait de difficulté en ceste siene bonne cause, de repousser par ce bouclier de bourgeoisie, l’ouvrage qui luy estoit préparé. Au reste, il faut sçavoir qu'il s’est tellement maintenu bourgeois de Rome, qu’il en a fait foy au Capitaine :

car autrement on ne l’eust pas creu pour l'avoir dit, sinon qu’il eust eu preuve. Et aussi il ne luy a pas esté difficile d’amener tesmoins, veu qu’il estoit homme assez

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cognu. Or nous avons au Chap. XVI, v. 37, rendu la raison pourquoy il a enduré sans dire mot d’estre batu de verges à Philippes, ce que maintenant il prévient en advertissant: asçavoir d'autant qu'il ne fut point ouy au milieu du trouble du peuple. Maintenant pource qu’il ha affaire avec des gend’armes Romains, qui se portoyent pue gravement et en plus grande modération, il use de ceste occasion.

26 Cest homme-ci est bourgeois de Rome. On se pourroît bien esbahir comment celuy qui présidoit là pour faire l'examen, a esté si prompt à croire, qu’il afferme la chose comme en estant bien cértain et asseuré. Car s’il eust falu adjouster foy à ce que Paul disoit, un chacun malfaiteur pouvoit éviter la peine par une telle ruse. Mais il faut entendre comment on y procédoit, asçavoir que celuy qui se maintenoïit bourgeois de Rome, estoit puni, sinon qu'il baillast quelqu'un qui respondist pour luy comme le cognoissant, ou bien qu’il prouvast sa bourgeoisie par preuves légitimes. Car c’estoit un crime mortel, de se couvrir faussement du droict de bourgeoisie. Parquoy le Centenier en fait le rapport au Capitaine comme d’une chose douteuse:

et le Capitaine tout soudain vient pour cognoistre si ainsi est. Or combien que sainct Luc n’exprime pas par quels tesmoignages Paul-a prouvé qu'il estoit bourgeois de Rome, toutesfois il ne faut point douter que le Capitaine n’ait bien cognu Ja vérité, avant qu’il le laschast.

28 Jay acquis ceste bourgeoisie. Le Capitaine réplique ceci pour réfuter :

comme sil disoit que le droict de bourgeoisie n’est point si commun, ne si facile à obtenir. Comment se peut faire cela, dit-il, que toy qui es homme de basse condition, du pays de Cilice, ayes acquis un tel honneur, lequel n’a cousté une grand” somme d'argent? Or quant à ce que sainct Paul respond qu’il estoit bourgeois de Rome de nativité, et cependant #; n’avoit jamais veu la ville de Rome , et qui plus est, possible que son père n’en estoit jamais approché, il ne faut point que nous soyons troublez pour cela, Car ceux qui ont veu et cognu les

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histoires Romaines, sçayent qu’il y en a eu aucuns par les provinces, qui ont esté faits bourgeois, quand ayans fait quelque chose pour le bien public, ou en guerre, ou és autres affaires qui estoyent de grande importance, ils demandoyent aux Proconsuls pour récompense le droict de bourgeoisie. Ainsi il n’y a point inconvémient de dire, que tel fust de nativité bourgeois de Rome, qui estoit toutesfois natif de quelque province lointaine, et si jamais n’avoit mis le pied en Italie. Toutesfois on pourroit demander comment s'accordent ces deux choses, de dire que

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