‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 72 sur 113 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

À Hommes frères et pères, escoutez-moy en la défense dont j'use mainte-

nant envers vous.

2 Et quand ils ouirent qu’il parloit à eux en langage Hébraïque, tant plus

Jeirent-ils de silence. Adonc il dit,

3 Je suis homme Juif, nay en Tarse de Cilice, mais nourri en ceste ville és pieds de Gamaliel, estant instruit en la perfection de la Loy des Pères, estant zélateur de Dieu, comme aussi vous estes tous aujourd'huy :

& Qui ay persécuté ceste doctrine jusqu'à la mort, liant et mettant és pri-

sons tant hommes que femmes,

5 Comme mesme le souverain Sacrificateur m'est tesmoin, et tous Les Anciens : desquels aussi ayant receu letres adressantes aux frères, j'alloye à Damas, pour amener liez en Jérusalem ceux qui estoyent là, afin qu'ils fus-

sent punis.

Combien que par le commencement de ceste harangue on puisse conjecturer à quel but tendoit sainct Paul : nonobstant pource qu’on Juy à rompu propos, on ne sçauroit pas bien affermer ce qu’il avoit à dire. C’est bien ci la somme de ceste partie qui est récitée, que comme ainsi soit qu’il eust esté bien et fidèlement instruit en la doctrine de la Loy, qu’il a aussi servi Dieu sainctement et religieusement de-

vant le monde. En après, qu’il a esté ennemi de l'Evangile de Jésus-Christ, en sorte que les Sacrificateurs l’ont estimé des plus fervens défenseurs de la Loy.

Pour le troisième, qu’il ne s’est point jetté à la volée à une nouvelle secte :

mais qu'ayant esté donté par oracle céleste, et vaincu, il s’est rangé au service et obéissance du Seigneur Jésus. Quartement, qu'il n’a point légèrement receu

Cuar. XXI.

choses incognues : mais qu’un fidèle précepteur luy à esté divinement ordonné, duquel il apprinst diligemment toutes choses requises. Finalement, qu’estant retourné en Jérusalem, combien qu’il désirast de proufiter aux gens de sa nation, toutesfois Dieu ne luy permit pas.

Par ce moyen qu’il a porté loin la doctrine de salut jusques aux nations estranges, non point témérairement, ne pour haine qu’il eust contre sa nation, mais par ordonnance expresse de Dieu.

À Hommes frères et pères, etc: C'est merveilles comment il porte encore si grand honneur à ceux qui estoyent ennemis désespérez de l'Evangile. Car ils avoyent rompu tout lien de conjonction fraternelle, et s’estoyent despouillez de tous titres honorables, en opprimant la gloire de Dieu. Mais pource que Paul parle icy comme si C’estoit un homme vulgaire d’entre le peuple , il parle ainsi amiablement à tout le corps, sans feintise, et donne des titres honorables aux chefs. Et de faict, jà soit qu’ils fussent indignes de tout honneur quant à eux, toutesfois pour

“autant que leur rejection n’estoit encore ouvertement manifestée à tous, la grâce de ladoption divine méritoit bien que Paul avec révérence la recognust en eux.

Ainsi donc quand il les appelle péres et frères, il ne regarde pas tant ce qu'ils ont mérité, qu’au degré et honneur auquel Dieu les avoit ver: Et il a tellement dressé toute sa harangue, qu’il tasche de leur satisfaire en toute douceur et humilité, toutesfois librement et sans aucuneé flatterie. Ainsi apprenons à honorer tellement les hommes, que nous réservions à Dieu son droict entier. Par ceci nous pouvons cognoistre combien est détestable le grand orgueil du Pape, lequel s’estant constitué de soy-mesme souverain Evesque sans aucun commandement de Dieu, et sans le consentement de l’'Eglise, non-seulement il s’attribue tous les tres de dignité et honneur, mais aussi une tyrannie, par laquelle il met au bas le Seigneur Jésus, comme si Dieu en eslevant les hommes , leur résignoit son droict et s'abbaissoit à terre pour les mettre en son lieu.

2 Or quand ils ouirent , etc. I est

SUR LES ACTES

bien vray que ceci advient coustumièrement, que quand il y a diversité de langages meslez ensemble, nous oyons plus volontiers parler ceux qui sont de nostre langue naturelle. Mais les Juifs ont eu une autre cause particulière : asçavoir qu'ils avoyent conceu ceste opinion de S. Paul, qu’il s’estoit constitué ennemi juré de sa nation, en sorte que le langage Hébraïque mesme luy estoit en haine, ou bien que c’estoit quelque coureur et vagabond, lequel n’avoit pas mesmes apprins à parler le langage de la nation de laquelle il se disoit estre issu. Maintenant après qu’ils l’ont ouy parler le langage du pays, ils ont espéré quelque meilleure chose. Au reste, on ne pourroit pas bonnement dire si S. Paul a parlé en langage Syriaque ou Hébrieu. Car nous sçavons qu'après la captivité, les Juifs ont eu un langage corrompu et bastard, veu qu'ils avoyent tiré beaucoup de choses des Chaldéens et Syriens. De moy, je pense bien qu’il a usé du langage receu par tout, puis qu’il adressoit son propos tant au peuple qu'aux anciens.

3 Je suis homme Juif, etc. Comme lors il y avoit une confusion en toutes choses entre les Juifs, aussi il y avoit beaucoup de gens avolez et vagabons qui se disoyent estre Juifs, et nonobstant ne l’estoyent pas : et faisoyent cela pour couvrir leurs meschancetez. À celle fin donc que sainet Paul oste un tel souspecon de soy, il commence par le lieu de sa nativité. Outreplus, il monstre qu'il est cognu en la ville de Jérusalem , d'autant qu'il y à esté nourri dés son enfance. Nonobstant il semble que non-seulement ce dernier ait esté dit pour les rendre tant plus certains, mais aussi pource que cela estoit bien nécessaire d’estre Cognu, asçavoir comment il avoit esté bien instruit.

Entre les hommes ïil n’y en a point qui soyent plus audacieux et hardis à faire des troubles, que ceux qui sont ignorans : et lors le gouvernement de l'Eglise estoit tellement” renversé , que la religion estoit non-seulement sujete à sectes et bandes, mais aussi misérablement deschirée. Sainct Paul donc monstre qui a esté son précepteur : afin qu’on ne pensast que n'ayant nullement esté

instruit, il eust renoncé à la religion Judaique : comme il en advient à plusieurs, que par faute d'instruction ils mettent en oubli leur nature, et s’abastardissent.

Mais sainct Paul raconte principalement qu’il a esté deuement enseigné en la Loy, afin que les Juifs entendent qu’il n’esmeut point des tumultes et bruits par ignorance. Quant à ce Gamaliel, on doute si c’est celuy duquel mention a esté faite cidessus , chapitre V, v. 34. Au reste, les disciples sont assis aux pieds de leurs précepteurs, comme il est icy dit, d’autant que n’ayans encore ferme jugement, ils doyvent apporter une telle docilité et modestie, qu'ils assujetissent tous leurs sens à leurs précepteurs, et qu’ils dépendent de la bouche d’iceux. Ainsi est-il dit de Marie sœur de Marthe, qu’elle estoit assise aux pieds de Christ, quand elle l’escoutoit, lorsqu'il enseignoit, Luc, X, 39. Que si une telle révérence est bien deue aux précepteurs terriens, combien plus est-il convenable que nous soyons assis bas aux pieds de Jésus-Christ, afin que nous-nous rendions dociles à luy parlant du thrône céleste? Aussi ceste façon de parler admoneste les enfans et adolescens de leur office : asçavoir qu'ils ne soyent point rebelles, et qu’estans enflez dune sotte confiance ils ne s’eslèvent à encontre de leurs maistres, mais que d’un esprit paisible et plein de mansuétude, ils souffrent estre enseignez d'eux.

Esiant instruit en la perfection de la Loy des Pères, etc. Le translateur ancien a rendu ainsi de mot à mot, /nstruit selon la vérité de la Loy paternelle. Cependant le mot Grec signifie plustost une façon exquise ou perfection que vérité. Toutesfois on demande que signifie ceste manière exquise ou perfection, veu qu'il n’y avoit qu'une seule et pareille forme de la Loy pour tous. De ma part, il me semble qu’il veut discerner l’instruction et façon d'enseigner plus pure de laquelle il avoit esté instruit, d’avec l’instruction commune, qui estoit lors fort

Car. XXII, eslongnée du sens naïf de la Loy. Orcom- »

bien que la Loy de Dieu fust pour jors corrompue de plusieurs additions, mesme entre les meilleurs docteurs : toutesfois | pource que la religion estoit du tout corrompue entre plusieurs, sainct Paul se glorifie à bon droict qu'il à esté instruit | en la Loy Judaïque bien et diligemment, ou (qui vaut autant) exactement, à celle fin qu’on ne pensast point qu’il eust seulement passé par-dessus, comme quelque homme vulgaire d’entre le peuple. Mais pource qu’il y en aura plusieurs qui seront bien instruits, qui toutesfois seront pleins d’un mespris de Dieu, à la façon des Epicuriens, il testifie qu’il a esté zélateur de Dieu: comme s’il disoit qu’il a eu une vraye et bonne affection de la religion conjointe avec la doctrine, en telle façon qu’il ne s’est point voulu jouer des sainctes Escritures, comme il y a des hommes profanes qui de propos et malice délibérée y meslent tout ce qui leur vient à plaisir. Au reste, pource que ce zèle estoit inconsidéré, il se fait pour ce temps-là semblable aux autres Juifs. Toutesfois on pourroit bien prendre ceci en bonne part, qu’au parayant il a servi Dieu, voire d'aussi bon cœur qu'eux faisoyent pour lors.

4 Qui ay persécuté ceste doctrine.

C’est-ci le second article, qu’il a esté ennemi de la doctrine de Jésus-Christ, voire qu’il a esté plus aspre que tous les autres à la persécuter, jusques à ce qu’il en a esté retiré par la main de Dieu. Et en tesmoignage de cela, il allègue le principal Sacrificateur et les anciens. Quant à ce qu'il dit qu’il a receu des letres pour porter aux frères, cela se doit rapporter aux Juifs : comme s’il eust dit, aux gens de ma nation: mais il les vouloit addoucir par un titre plus honorable. Car sainet Paul tend à cela, qu’il veut monstrer que sa vraye et légitime origine-est de ceste nation-là: et puis, qu’il l’aime affectueusement.

6 Or adveint comme je cheminoye et approchoye de Damas, environ midi, que soudainement une grande lumière venant du ciel resplendit comme une

esclair à l'entour de moy.

Car. XXII.

SUR LES ACTES

7 Et je cheu en terre, el ouy une voix qui me dit, Saul, Saul, pourquoy me

persécutes-lu?

8 Et je respondi, Qui es-tu Seigneur? El il me dit, Je suis Jésus de Naza-

reth que tu persécutes.

9 Or ceux qui estoyent avec moy veirent bien la lumière, el furent effrayez : mais ils n'ouirent point la voix de celuy qui parloit à moy.

10 Lors je di, Seigneur,

que feray-je? Et le Seigneur me dit, Lève-toy, et

l'en va en Damas, et là te sera dit tout ce qu'il te faudra faire. 11 Et pource que je ne voyoye goutte à cause de la splendeur de ceste lumière-là, je fu mené par la main de ceux de ma compagnie, et vein à Damas.

6 Or adveint comme je cheminoye.

Pource que ceste histoire a esté amplement déclairée ci-dessus au chap. IX, je ne feray seulement que toucher en brief ce que j’ay là récité. Or ceci est particulier à ce présent passage, et y a diversité en ceci, que sainct Paul raconte ses circonstances, par lesquelles il veut prouver qu'il a,esté Divinement converti. Et ceci est le troisième membre de sa harangue. Autrement le changement de sa religion n’eust point esté sans quelque note infâme d’inconstance ou témérité.

Car il n’y a rien moins supportable que de laisser le cours qu’on aura commencé en la religion : et de n’accomplir pas la charge qu’on aura receue de ses supérieurs. À celle fin donc que la conversion de Paul ne soit suspecte à aucun, il veut monstrer par plusieurs miracles qu’ilmet en avant, que Dieu en a esté autheur.

Souventesfois on verra de nuict des esclairs et lueurs resplendissantes qui sont eugendrées des exhalations chaudes de la terre. Mais ceci a esté d’autant plus extraordinaire, qu'environ midi non-seulement est apparue une soudaine lumière resplendissante, mais aussi que Paul en a esté environné comme d’un esclair, tellement que pour la frayeur il est tomhé de son cheval en terre. L'autre miracle a esté, qu'une voix a retenti du ciel. Le troisième, que ceux qui estoyent en sa compagnie n’oyent pas si bien que luy.

D’autres encores suyvent, qu'après qu'il eut esté envoyé à Damas, il trouve que l'événement des choses est correspondant à la voix qu’il a ouye : Car Ananias veint au-devant de luy. Item, qu’il recouvre la veue.

7 El je cheu en terre. Comme Paul estoit enflé d’un orgueil Pharisaique,

aussi faloit-il qu’il fust prosterné et rué bas, avant qu’il peust ouïr la voix de Jésus-Christ. Il est bien-vray qu'il n’eust point mesprisé Dieu de propos délibéré, et n’eust osé rejetter l’oracle céleste :

toutesfois son cœur n’eust jamais esté bien disposé à l’obéissance de la foy en son esprit, s’il fust demeuré en son estat.

Il est donc abbatu d’une violence impétueuse, à celle fin qu’il apprene à s’humilier de son bon gré. Au demeurant, il y a seulement une briefve objurgation és paroles de Christ, par laquel le l’orgueil cruel de Paul soit réprimé. Cep endant de cela nous revient une At singulière, asçavoir que Christ se vestant de la personne de tous les fidèles, se plaind qu'il a enduré toutes les injures et violences qui leur ont esté faites. Or comme on ne pourroit rien imaginer qui soit plus gracieux pour adoucir l’aigreur des persécutions, que quand nous oyons que le Fils de Dieu endure non-seulement avec nous, mais aussi en nous : Aussi au COntraire les ennemis de l'Evangile cruels et sanguinaires, qui d’un orgueil stupide s’eslèvent et se dressent maintenant contre la povre Eglise, sentiront quelque fois celuy qu’ils ont poingt.

9 Or ceux qui estoyent avec moy. Il semble qu’il y ait discord és paroles de S. Luc: mais j’ay suffisamment remonstré en l’autre passage du chap. IX qu’il n’y en à point. Or S. Luc disoit là que les compagnons de Paul estonnez ouyrent bien la voix, mais qu’ils ne veirent personne. Et yei il dit qu’ils n'ouirent point la voix de celuy qui parloit à Paul, en regardant la lumière. Il n’est pas inconvénient qu’ils ayent entr’ouy quelque voix obscure : en sorte toutesfois qu’ils ne la discernoyent point comme Paul, lequel

seul le Fils de Dieu vouloit réprimer et donter par son objurgation. Ils oyent donc la voix, d’autant que le son d’icelle bat leurs aureilles, afin qu’ils sçachent que quelqu'un parle du ciel: tant y a néantmoins qu’ils n’oyent point la voix de celuy qui parle à Paul : d'autant qu'ils n’entendent pas ce que dit le Seigneur Jésus.

Ils voyent aussi une splendeur à l’entour de Paul: mais ils ne voyent personne qui se face ouir du ciel.

10 Seigneur, que feray-je? C’est la parole d’un homme abbatu et adouci.

Et c’est-ci la vraye conversion au Seigneur, quand ostans toute cruauté, nous ployons volontiers le col, et le baissons pour endurer que son joug nous soit mis, et sommes prests de recevoir tout ce qu’il nous commandera. En après, le commencement de bien faire, c’est que nous interroguions la bouche du Seigneur. Car ceux qui se forgent re-

Crar. XXII.

pentance sans la parole de Dieu, ne font que se donner de la peine pour néant. Au reste, quant à ce que Jésus- Christ ordonne Ananias pour précepteur à Paul, ce n’est point pour luy faire honte, ou qu’il desdaigne de l’enseigner : mais il veut orner et recommander par ce moyen le ministère extérieur de l'Eglise.

Et il nous a bien voulu donner une instruction commune en la personne d’un homme : afin que ne nous faschions de l’ouir parler par la langue d’un homme.

A ce mesme but tend ce qui s'ensuit incontinent après, qu'il a perdu la veue, jusques à ce que se présentant pour estre disciple, il eust monstré la docilité et humilité de sa foy. Vray est que Dieu n’aveugle pas tous ceux qu’il veut illuminer :

mais tant y a qu’il y à une reigle générale pour tous, que ceux qui veulent estre sages selon Dieu, devienent fols en euxmesmes.

12 Depuis, un certain Ananias homme craignant Dieu selon la Loy, ayant tesmoignage de tous les Juifs qui demeuroyent là, veint à moy :

13 Et estant près de moy me dit, Saul frère, recoy la veuë. Et à ceste mesme heure je regarday vers luy.

14 Et il dit, Le Dieu de nos Pères t'a préordonné pour cognoistre sa volonté, et veoir le Juste, et ouir la voix de sa bouche.

15 Car tu luy seras tesmoin envers tous hommes des choses que tu as veuës el ouyes. k

16 Et maintenant que tardes-tu? Lève-toy, et sois baptizé, et lavé de tes

péchez, en invoquant le nom du Seigneur.

12 Depuis, un certain Ananias, etc.

S. Paul vient maintenant au quatrième poinct, asçavoir que non-seulement estant estonné par miracles il s’est rangé Sous la saincte obéissance du Seigneur Jésus, mais aussi a esté bien et deuement instruit en la doctrine de l'Evangile. Jay desjà ci-dessus remonstré qu’Ananias n’est pas venu au-devant de Paul par cas fortuit, mais par la conduite de Christ.

Et quant à ce qu’il est orné de ce titre, qu’il avoit la crainte de Dieu selon la Loy, et avoit bon tesmoignage de toute la nation, par ces paroles il prévient la mauvaise opinion qu’ils pouvoyent concevoir de luy. Comme ïls avoyent les Gentils en horreur, jamais ils n’eussent receu de là aucun pour docteur: et puis

un apostat de la Loy eust esté envers eux du tout détestable. Ainsi donc il rend tesmoignage d’Ananias, qu'il a servi à Dieu selon la Loy, et que sa piété a esté cognue et prisée de tous les Juifs, tellement qu’il ne doit estre nullement suspect.

Touchant ce mot, Selon la Loy, aucuns le tirent à ce qui s’ensuit puis après, et mal à propos, asçavoir qu’il a eu bon tesmoignage selon la Loy. Car plustost la religion d’Ananias est par ceste marque discernée des superstitions des Gentils.

Combien qu’il faut noter qu'il n’est pas yei fait mention de la Loy pour establir les mérites des œuvres, qu'on viene Opposer à la grâce de Dieu: mais ceci tend seulement à purger de tout mauvais SOuSpeçon envers les Juifs la piété d’Ananias.

Cuar. XXII.

Et quant à ce qu’il ne fait que dire le mot, et ainsi rend la veue à Paul, on voit bien par cela que Dieu l’avoit envoyé, comme j'ay ci-dessus remonstré.

14 Le Dieu de nos Pères t'a préordonné. Tout ainsi qu'il n’y a rien plus propre pour nous inciter à aller à Dieu d’un cœur alaigre, que quand nous coonoissons que Dieu vient au-devant de nous par sa bonté gratuite, pour nous retirer de perdition, et nous amener au droit chemin : aussi Ananjas commence par là, disant, Le Dieu de nos Pères la préordonné pour cognoistre sa volonté.

Car par ce moyen Paul est admonesté que Dieu la regardé lors qu’il estoit vagabond, et du tout destourné de son salut. En l’appelant Le Dieu des Pères, il renouvelle la mémoire des promesses, afin que les Juifs sçachent que la vocation de S. Paul est conjointe avec icelles: et que ce n’est point se destourner de la Loy, quand on vient à Christ. Ainsi donc Paul a confermé par ces paroles ce qu’il a affermé ci-dessus en sa personne, qu’il n’a point laissé le Dieu d'Abraham, et qui desjà dés long temps avoit esté adoré et servi entre les Juifs, mais qu’il demeuroit en la religion ancienne des Pères, telle qu'il avoit apprise de la Loy. Parquoy quand il est question de la religion, apprenons à l’exemple de S. Paul à n’imaginer point quelque Dieu nouveau (comme ont fait les Papistes et Mahométistes, et comme tous hérétiques ont accoustumé de faire) mais retenons ce Dieu lequel s’est révélé anciennement aux Pères tant par la Loy que par divers oracles. Voilà quelle est lancienneté en laquelle il nous faut demeurer, non point celle de laquelle les Papistes se vantent orgueilleusement et sans cause, lesquels se sont forgé un dieu bastard, veu qu’ils se sont du tout reculez des vrais Pères.

On en peut autant dire aujourd’huy des Juifs: car comme leur religion n’est point selon la Loy et les Prophètes, il faut aussi que le Dieu qu’ils ont, soit un dieu contrefait et bastard. Car le vray Dieu qui à voulu jadis estre appelé le Dieu d'Abraham et des Pères, finalement est apparu en la personne de son Fils, en sorte que maintenant C’est son propre ti-

SUR LES ACTES

tre, d’estre appelé Père de Jésus-Christ.

Et pourtant quiconque rejette le Fils, iceluy, n’ha point le Père, lequel ne peut estre séparé de son Fils. Or Ananias remonstre que ceci est advenu par l'élection gratuite de Dieu, que la lumière de la vérité Evangélique resplendit maintenant à Paul : dont il s'ensuit qu’il n’a point obtenu cela par son industrie: ce qu’aussi l’expérience de faict a bien démonstré.

Car il n’y avoit rien plus obstiné que Paul, jusques à ce que Jésus-Christ la donté. Et si on demande la cause et origine, Ananias nous renvoye au Conseil de Dieu, auquel il à esté ordonné. Et de faict, cognoistre la volonté de Dieu, est une chose si haute et excellente, que les hommes n’y peuvent parvenir par leur propre industrie. Or ce qu’Ananias afferme de Paul, doit estre transféré à tous :

que le thrésor de la foy n’est point indifféremment desployé à tous : mais il n’y à que les éleus, ausquels il s’est offert spécialement. Au reste, on peut plus clairement cognoistre par ce qui s'ensuit puis après, quelle est ceste volonté de Dieu. Car Dieu a parlé par ses Prophètes à diverses fois et en beaucoup de sortes : et dernièrement il a entièrement manifesté sa bonne volonté, voire soy-mesme tout entier en son Fils, Hébr., 1, 4. Et veoir le Juste. Veu que quasi tous les livres Grecs consentent en ceci, que ce mot de Juste est mis au genre masculin, je m’esbahi comment Erasme a mieux aimé dire au genre neutre, Ce qui est juste. Et les lecteurs voyent que ce sens est froid et contraint. Ainsi donc je ne doute point que ce mot de Juste ne soit yci prins pour Jésus-Christ.

Et en ceste sorte le fil du texte coule joliment : car il s’ensuit incontinent après, Ouir la voix de sa bouche. Orilest bien certain que le plus grand désir que tous les saincts ont eu, c’est qu'il leur fust loisible de jouir de la présence de Jésus- Christ. De là est venue ceste confession de Siméon, Tu laisses maintenant, Ô Seigneur, ton serviteur en paix, pour autant que mes yeux ont veu ton salutaire, Luc, 11, 29. Ceste vision donc (du désir de laquelle ont esté embrasez les bons Rois et Prophètes, comme le Fils de

fn

Dieu en rend tesmoignage luy-mésme) | n’est point sans bonne raison ainsi Haut eslevée, comme un singulier et excellerit bénéfice de Dieu. Au reste, pource que la veue des yeux ne proufiteroit rien, ou bien peu (comme nous sçavons qu'elle n’a servi qu'à condamnation à plusieurs) il adjouste l'ouye de la voix. Après cela Ananias monstre la fin pour laquelle Dieu a voulu faire un si grand honneur à Paul, asçavoir afin qu’il fust tésmoin publique à son Fils. Et il le prépare ainsi, à celle fin que non-seulement il apprene pour soy en particulier, mais qu’il proufite de tant plus grande affection, pourte qu’il est ordonné pour estre docteur à toute l'Eglise.

16 El maintenant que tardes-tu? I n’y à nulle doute qu’Ananias n’ait fidèlement instruit Paul és rudimens de Ja vraye religion. Car s’il n’eust entendu la substance de la foy, il ne l’eust pas baptizé. Mais sainct Luc laissant passer plusieurs choses, ne fait que toucher la somme en brief. Puis donc que Paul entend que la rédemption promise est main-

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tenant offerte et manifestée en Jésus- Christ, Ananias dit à bon droict qu’il ne doit plus retarder à recevoir le Baptesme.

Au surplus, quand il dit, Que tardestu? il ne tanse point Paul, et ne l’accuse de tardiveté : mais il amplifie mieux la grâce de Dieu par Paddition du Baptesme.

à Nos avons veu une semblable sentence

au chapitre X, 47. Y a-il quelqu'un qui puisse empescher que ceux qui ont receu

le sainet Esprit coime nous, soyent sem-

blablement baptizez ? Et quand il adjouste, Lave Les péchez, par ceste forme de “parler il exprime la vertu et lefficace du Baptesme : comme S'il eust dit, Lave tes péchez par le Baptésme. Mais pource qu’il semble qu’en ceste façon il est plus attribué à l’élément extérieur et COTFUPtible qu’il n est raisonnable, on pourroit

demander si le Baptesme est cause de | nostre purgation. Certes veu que nos |offénses rie peuvent estre lavées que par | le sang de Jésus-Christ :

et comme il a esté une fois espandu à ceste fin, aussi par l’arrousement d’iceluy le sainct Es-

. prit nous lave tous les jours par foy :

cest honneur ne peut estre transféré au

Car. XXII.

signe de l’eau, sans faire grand Gutrage

au Seigneur Jésus et au sainct Esprit.

Et aussi l'expérience monstre assez, COmment les hommes sont enclins à ceste su= perstition. Pour ceste cause il y a plusicurs bons personnages, lesquels afin de n’attacher point la foy au signe extérieur, amoindrissent par trop la vertu dun Baptesme. Mais il faut tenir moyen, en sorte que les Sacremens soyent mis en leur rang, afin que la gloire de Jésus-

Cbrist ne soit obscurcie par eux, et tou-

tesfois qu'ils ne soyent point sans leur efficace et utilité. Parquoy il faut entendre en premier lieu, qu’il rs a que De

ment ait son Rte d en nous, il besongne par la vertu secrète de son Esprit. Afnsi donc quand il est question de la rémission des péchez, il ne faut point chercher une autre autheur d’icelle que le Père céleste : aussi il n’est point question de forger une autre cause matérielle que le sang du Fils de Dieu. Mais quand on

vient à ue de la cause Re rs

y à “Piéfruttiétl inférieur, asçavoir la

prédication de l'Evangile êt le Baptesme.

Au reste, combien que Dieu seul besongne par la vertu intérieure de son Esprit, toutesfois cela n’empesche point que selon son bon plaisir il n’y applique les instrumens et moyens qu'il cognoist estre convenables. Non pas qu’il dimitiue quelt-

que chose ou de son Esprit, ou du sang de Jésus-Christ pour l'enfermer en l'E élément : mais pource qu’il veut que le signe soit une aide à nostre infirmité. Entant donc que le Baptesme aide nostre foy, à ce qu’elle recoyve la rémission des péchez far le seul sang de Jésus-Christ,

il est appelé le lavement de l’âme. Ainsi le lavement duquel sainet Luc fait mention, ne dénote point la cause, mais il se PAPDOPLE au sentiment qu'en à eu Paul,

lequel après avoir receu le Signe, a! à mieux cognu que ses péchez estoyent efacez.

Combien qu’il faut quant et quant observer qu'au Baptesme ne nous est pas proposée une figure nue, mais que quant et quant avec le signe il y a la vérité :

Car. XXII.

car Dieu ne promet rien par fallace : mais

il accomplit vrayement ce qu'il signifie . sous les figures. Néantmoins il se faut

d'autre part aussi donner garde, que la

grace de or ne Soit attachée aux Sa- | « HT Baptesme ne fat de rien, sinon

quand il plaist à à Dieu qu’elle proufite. On peut aussi par ceci soudre une autre question qu’on pourroit faire, Car comme ainsi soit que Paul eust tesmoignage de la grâce de Dieu, ses péchez lui estoyent désta pardonner. Ce n’a done point esté par le Baptesme que finalement il à esté Javé, mais il à receu une confirmation nouvelle de la grâce qu’il avoit obtenue.

En invoquant le nom du Seigneur. | ne faut point douter que par le mot du Seigneur, il n’entende Jésus-Christ : non pas qu’il n’y ait autre nom que de Christ invoqué au Baptesme : mais pource que le Père nous commande daller chercher en luy tout ce que le Baptesme nous figure. Et l'opération du S. Esprit ne tend GONE À autre but, qu’à ce qu’elle nous face participans de sa mort et résurrec-

tion. Jésus-Christ donc est constitué

SUR LES ACTES

pour estre éminent au Baptesme : mais c’est entant qu’il nous est donné du Père, et entant qu’il espand sur nous ses gràces par son Esprit. Par ce moyen l'invo:

cation dü 1 nom de Jésus-Christ contient

en soy le Père et le Fils. Parquoy Ananias

n’éntend point que le nom de Christ soit seulement proféré de voix, Mais il dénote une prière par laquelle les fidèles testifient que l’eficace du signe extérieur est seulement en Jésus- Christ. Car les Sacremens n’ont point aucune vertu de salut enclose en eux, et ne valent rien d’eux-

mesmes. Parquoy ce membre est comme

une correction de ce qui à esté dit ci.

dessus : car Ananias retirant Paul de la confiance de l’élément extérieur, le renvoye manitestement à Jésus- Christ. Il est tout notoire combien les Papistes sont loin de ceste reigle, lesquels attachent la

cause de la grâce à léurs conjurations :

et tant s’en fu qu’ils taschent d'adrèsser le povre peuple au Seigneur Jésus,

que plustost ils ensevelissent. Jésus-Christ |

par le Baptesme, et souillent son sainct nom par leurs conjurations.

17 Après il adveint que quand je fu retourné en Jérusalem, et prioye au

temple, je fu ravi en entendement :

18 Æt je le vey qui me disoil, Haste-toy et pars légèrement de Jérusalem : car ils ne receveront point le tesmoignage que tu leur donneras de moy.

19 Æt je di, Seigneur, ils scavent que je metloye en prison, et par les synagogues ceux qui croyoyent en toy.

20 Æt quand le sang d'Estiene ton présent, et consentoye à sa mort, el mettoyent à mort.

martyr fut espandu, j'y estoye aussi gardoye les vestemens dé ceux qui le

91 Etil me dit, Va-l'en : car je l'envoyeray loin aux Gentils. 99 Or ils l'escoutèrent jusques à ce mot : adonc ils eslevèrent leur voix, di-

sans,

47 Après il adveint. Le propos de Paul n’eust point encore esté achevé par cela, sinon qu’il eust esté rompu par bruits et cris enragez. Toutesfois on peut cognoiïstre facilement son intention par le texte précédent. Car il commence à traitter de son office et ministère, pour monstrer qu'il ne s’est parti d'avec les Juifs de son bon gré, comme s’il eust voulu soustraire d'eux son labeur par desdain ou malveillance, mais qu’il a esté

Oste de la terre un tel homme : car il n’est point licite qu’il vive.

tiré aux Gentils par expresse ordonnance de Dieu, contre-son espérance, et ce qw’il avoit délibéré de faire. Car il estoit venu de propos délibéré en la ville de Jérusalem, afin qu'il communiquast aux gens de sa nation la grâce qui luy estoit commise.

Mais le Seigneur luy rompant et ostant espoir du proufit qu’il pensoit faire, le chasse de là. Or il y avoit double scandale, auquel $. Paul a bien voulu obvier.

Car ils pensoyent que l'alliance de Dieu

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seroit profanée, si on admettoit indifféremment les Gentils avec eux en Eglise :

et il n’y avoit rien qui feist plus grand mal à ceste nation superbe et orgueilleuse, que d’en veoir d’autres qui leur fussent préférez, ou bien mesme mis en degré égal. En ceci donc gist la défense de sainct Paul, qu’il à esté prest de s’adonner à eux, entant qu’en luy estoit : mais il a esté puis après contraint par le commandement de Dieu d'aller aux Gentils, pour que Dieu ne vouloit pas qu’il demeurast là inutile. Quant à ce qui est yei dit, Je fu ravi hors de moy, selon Erasme il y a de mot à mot au texte Grec, Je fu en ecstase. Par cela il a bien voulu donner à entendre la certitude de l’oracle. Cela aussi est confermé par la circonstance du temps et du lieu, que le Seigneur luy apparut ainsi qu'il faisoit oraison au temple : qui a esté une bonne préparation pour ouir la voix de Dieu.

Du moyen et façon de la vision, on peut veoir ce que j'en ay touché vers la fin du chapitre VIT.

18 Car ils ne receveront point le tesmoignage. Combien que la simple volonté de Dieu nous doit abondamment suffire pour rendre obéissance, toutesfois à celle fin que Paul fust plus prompt à suyvre, Jésus-Christ luy assigne la raison pourquoy il veut qu’il sorte de Jérusalem : asçavoir pource qu’il n’y feroit aucun proufit. Or est-il ainsi qu’il n’avoit esté éleu à ceste fin qu’il fust inutile, ou qu’en enseignant il n’avançast rien. Combien que ce luy à esté une tentation fort violente, et de laquelle il est facile à croire que le cœur de ce sainct homme a esté rudement navré. Peu de temps auparavant la charge luy avoit esté donnée de publier l'Evangile, à ce que sa voix retentist par tout le monde : maintenant à grand'peine y a-il mis le premier pas, et voyci défense luy est faite : et mesme il semble que son labeur soit condamné avec une ignominie spéciale, quand son tesmoignage est rejetté en haine de sa personne. Mais il a falu que ce sainct serviteur du Seigneur ait esté ainsi humilié : afin que par son exemple tous Docteurs et Ministres de l'Evangile apprinssent de s’addonner du tout au ser-

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