‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 77 sur 113 · ACTES · texte numérisé non relu

ACTES

en la rage qui estoit sur ceux-là. Hors ceste cause ils eussent grandement favorisé aux Nazariens que j’ay dit, comme à ceux qui estoyent vaillans et hardis protecteurs de la Loy. Maintenant comme si leur contagion infectoit tout le monde, ils chargent Paul comme par grand déshonneur, qu’il est de leur compagnie.

Joinct qu’ils calomnient Paul fort impudemment. Car nul ne le tenoit pour suspect de cela. Hs jettent donc sur luy autant malicieusement qu'impudemment un blasme, comme tiré du bruit d’un quarrefour, et forgé sans quelque couleur.

Mais voylà comment les hypocrites se fourrent sans se soucier non plus que:

des bestes, pensans que toutes choses leur sont licites, moyennant qu’ils se couvrent de quelque fard de zèle.

6 Qui a aussi attenté de violer mesme, etc. Ceste aceusation estoit bien légère, et presque du tout frivole devant un Gouverneur Romain, lequel eust désiré que le temple eust esté rasé par le pied. Mais pource qu’il n’y avoit rien plus propre pour esmouvoir les tumultes et bruits que la profanation du temple, il fait finement d’accuser Paul de cela, comme s'il disoit qu’il n’a point tenu à Paul que la cité n’ait esté en trouble, et qu’il avoit esté comme le flambeau pour allumer un feu qui eust apporté beaucoup de maux, si on ny eust remédié de bonne heure. Et quant et quant il mesle Pautre poinct, que pource que Paul avoit violé la religion, le jugement de ce faict appartenoit proprement aux Juifs. Et sur cela il se plaind du Capitaine Lysias, qu’il leur à osté leur droict par force. II tasche donc de faire que le Gouverneur leur rende ce que le Capitaine leur avoit osté. Et ceci aussi n’est point sans astuce, que Tertulle tasche à ce que foy ne soit adjoustée à Lysias, qui s’estoit porté envers Paul plus humainement que les Sacrificateurs n’eussent voulu : et qu’il le rend suspect obliquement, pource qu’il n'ose pas lPaccuser et blasmer apertement. Mais on pourroit demander, s'ils ont peu espérer du Gouverneur, qu’il leur ottroyast une chose si grande : veu que pour lors il n’y avoit que les Magistrats Romains qui cognussent des causes

criminelles? Je respon qu'ils font semblant Ge se monsirer humains, comme ayans délibéré de traitter Paul plus doucement qu'il ne méritoit. Car combien qu’ils ne condamnassent point un homme à mort, toutesfois quelque léger chastiment leur estoit permis, comme de batre de verges. Cependant Tertulle ne laisse point de demander devant le Gouverneur, qu'il soit mis à mort.

8 Après inquisition faite, etc. Voyci une requeste bien raisonnable, que le Gouverneur ne juge point, sinon que le faict soit bien cognu : et qu’il ne condamne point Paul, que premièrement il ne soit deuement convaincu. Mais comment osent-ils plaider sous ceste condition, comme ainsi soit qu'ils ont une si mauvaise conscience? Je respon à cela, qu’ils ont eu des tesmoins forgez à leur

Car. XXIV.

poste, et qu’ils ne s'offrent point de prouver, sinon à leur fantasie et appétit, combien qu’il y avoit une autre fin. Car ils espéroyent bien que le Gouverneur Félix seroit facilement persuadé par telles belles protestations de paroles, à délivrer Paul entre leurs mains comme desjà condamné, pour en faire à leur plaisir. En somme, tant plus qu’ils se seront orgueilleusement eslevez, et se seront magnifiez en grande audace, tant mieux aussi pensent-ils par ce moyen obtenir la victoire, d'autant que tout accès sera fermé à l’accusé pour maintenir sa cause, et alléguer ses défenses. Voylà comment les calomniateurs ont accoustumé de procéder, c'est qu'ils se vantent asseuréement, qu’ils ne mettent rien en avant que chose bien prouvée, afin d’esblouir les veux aux juges:

10 Mais Paul après que le grand Gouverneur luy eut fait signe qu'il parlast, respondit, Scachant qu'il y a ja plusieurs ans que tu es juge de ceste nalion, je respor pour moy-mesme de meilleur courage :

A1 Feu que tu peux cognoistre qu'il n'y a que douze jours que je suis monté

pour adorer en Jérusalem.

12 El ne mont point trouvé au temple disputant avec aucun, ou faisant amas de peuple, ni és synagogques, ni en la ville.

13 Et ne peuvent prouver les choses desquelles ils m'accusent.

14 Or je te confesse bien ce poinct, que selon la voye qu'ils appellent secte, je sers ainsi au Dieu de mes pères, croyant à toutes les choses qui sont escri-

tes en la Loy et és Prophètes.

15 Ayant espérance en Dieu, que la résurrection des morts, tant des justes que des injustes, adviendra, laquelle aussi ceux-ci mesmes attendent.

16 Et pourlant aussi je mets peine à ce que j'aye tousjours la conscience sans offense envers Dieu el envers les hommes.

17 Or après plusieurs années passées je suis venu pour faire aumosnes et

oblations en ma nation.

18 En quoy faisant ils m'ont trouvé purifié au temple!, non point avec troupe,

ni avec tumulte.

19 Et ce furent aucuns Juifs d'Asie,

20 Lesquels devoyent comparoir devant toy, et m'accuser s'ils avoyent quel-

que Éhose à l'encontre de moy :

21 Ou que ceux-ci mesmes disent, s'ils ont trouvé en moy chose inique quand

j'ay esté présenté au Conseil,

22 Sinon quant à cesle seule voix, que j'ay criée estant entr'eux : Aujourd'huy je suis accusé par vous pour la résurrection des morts.

1) Ou, aucuns Juifs d'Asie m'ont trouvé purifié, ele. Lesquels devoyent, etc.

10 Mais Paul après que le grand |la défense de S. Paul, ne consiste point Gouverneur, etc. Le principal poinct de | en la qualité, c’est-à-dire asçavoir si ce

Cnar. XXIV.

qu’on dit qu’il a fait est bon ou mauvais :

mais il nie le crime qui luy estoit imposé. Non pas qu’il eust honte de l'Evangile, ou qu'il fuyst la croix : mais pource que lieu ne luy estoit donné pour lors de faire plus pleine confession de sa foy.

Laissant donc la cause de l'Evangile, à laquelle son accusateur navoit point touché, il respond simplement aux calomnies et fausses accusations qui luy avoyent esté mises en avant. Mais avant que venir là, i! fait ceste préface, qu’il défendra sa cause devant Félix de meilleur courage, d'autant qu’il a long temps tenu le gouvernement de Judée : asçavoir pource que paraventure quelque nouveau Gouverneur eust esté estonné d’une accusation si énorme, comme n'estant bien encore instruit. El ne loue point les vertus du Gouverneur, mais il dit qu’il est joyeux de ce qu’il est exercé de long usage pour juger plus paisiblement. Et ceste facon de se défendre est franche et faite en rondeur, quand le défenseur oppose le faict aux paroles de ses accusateurs. Toutesfois il semble bien que sainct Paul fait une mauvaise conséquence, Que Félix peut bien cognoistre le temps auquel il est venu, pource qu'il y a long temps qu’il est Gouverneur. Je respon que ceci est dit, pource qu'il est bien convenable que le Gouverneur se porte en plus grande modération : comme sil disoit, D'autant que desjà il y a long temps que tu es accoustumé à leurs mœurs et façons de faire, je n’ay point si grand peur que tu sois circonvenu par eux. Car l'ignorance rend volontiers les juges trop faciles à croire, et les pousse à s’avancer plus qu'il ne faut.

A1 Pour adorer en Jérusalem. Premièrement il est bien certain qu’il estoit venu en Jérusalem pour d’autres causes:

et ci-après il confessera que la principale cause estoit pour y apporter des aumosnes, pour subvenir à la nécessité et indigence des frères. Mais ceci est bien facile à excuser, que pource qu'il n’a point eu besoin de rendre conte de sa venue, il luy a suffi qu’en passant il se purgeast de ce qu’on l’accusoit d’avoir violé la religion.

Et pourtant combien qu'en entreprenant

SUR LES ACTES

le voyage il eust autre but, si est-ce que tousjours cela demeure vray, qu’il n’est point venu d’autre affection que pour faire profession du service de Dieu, et mesme approuver la saincteté du temple en adorant là. Il y a une autre question où il y a plus de difficulté, asçavoir comment il dit qu’il est venu pour adorer en Jérusalem, veu que la dévotion du temple estoit desjà abolie, et toute différence de temple estoit ostée. À ceci aussi je respon, que combien qu’il ne déclaire son intention, néantmoins il ne controuve rien de faux. Car l’adoration au temple n’estoit point défendue aux fidèles de Jésus-Christ, moyennant qu’ils n’attachassent aucune saincteté au lieu, mais qu’ils levassent les mains pures librement et sans aucune différence des lieux. Quand S. Paul est venu en Jérusalem, il luy a esté licite d'entrer au temple, pour testifier de sa religion, et là user des cérémonies du service Divin, comme on avoit accoustumé, d'autant qu’il estoit pur de superstition, pourveu qu'il n’entreprinst point des satisfactions pour les péchez, lesquelles fussent contraires à l'Evangile.

La religion donc ne la point poussé à venir en Jérusalem selon les ordonnances de la Loy, comme si le Sanctuaire eust esté ja face de Dieu, ainsi qu’il avoit esté anciennement sous la Lôy : tant y a toutesfois qu’il n’a point desdaigné ladoration externe, laquelle fust un tesmoignage de sa piété devant les hommes.

12 Disputans avec aucun. S. Paul n’a point eu besoin de nier aucune de ces choses, s’il les eust faites : car il pouvoit bien défendre qu’il avoit droitement fait.

Il avoit esté un des Scribes, lesquels disputoyent ordinairement. Et aussi il ne leur estoit défendu ne par la Loy, ne par aucune coustume, de s’assembler par compagnies ou bandes pour enseigner. Et qui plus est, les synagogues estoyent ordonnées en divers lieux de la ville à ceste fin, esquelles ils feissent leurs assemblées. Joint qu’il sçavoit bien que cela avoit esté fait tant par Jésus-Christ que par les Apostres. Il pouvoit aussi recharger sur les adversaires ce qu’ils luy avoyent objecté pour crime, veu qu’eux-mesmes avoyent ceste coustume ordinaire de s’as-

sembler. Mais pource qu’il n’ha autre but pour le présent, sinon de repousser les calomnies de ses ennemis, et de monstrer évidemment que ses adversaires ont eu grand tort de se jetter ainsi à la volée sur luy avec tel bruit: il ne dispute point du droict, mais du faict tant seulement.

Et sur tout il insiste à monstrer et descouvrir que c’est une calomnie frivole, quand ils l’ont accusé comme autheur de trouble et sédition. Pourtant il conclud qu’il a esté faussement et à tort accusé, d'autant que ses parties adverses ne pourront jamais prouver les choses qu’ils avoyent amenées en jugement. Or cela estoit suffisant pour le faire absoudre, de veoir qu’on chargeoiït vileinement par - mensonge un homme, auquel il n’y avoit souspeçon du monde tant peu qu'on eust sceu dire. |

14 Or je te confesse bien ce poinct.

Pource qu'ils avoyent reproché à Paul qu’il estoit sans religion, et qu’il avoit violé le temple : maintenant il se purge de-ces deux crimes, à celle fin que Félix entende que ses adversaires n’estoyent poussez que de haine et malveillance. Car encore que la religion que des adversaires objectent, soit fausse et mal reiglée, si est-ce que le zèle d’icelle trouve quelque faveur souventesfois envers les gens qui ne regarüent pas les choses d’assez près. Parquoy il estoit bien à craindre que Félix non-seulement ne pardonnast au zèle des Sacrificateurs, mais aussi leur ottroyast ce qu'ils requéroyent, s’il eust eu quelque mauvais souspeçon de sainc£ Paul. Et pourtant sainct Paul respond à ceste partie de Paccusation : voire en telle sorte, qu’il ne touche point à la foy de l'Evangile : car (comme j'ay dit) il n’estoit point encore temps d’en faire confession alors. Mais que veut dire ceci, qu’il confesse qu’il sert à Dieu selon la voye qu'ils appellent Secte? X y en a aucuns qui pensent que ceci soit adjousté comme par forme de concession, pource que les adversaires de S, Paul tiroyent faussement en mauvaise part ce qui devoit estre attribué à bon jugement et droit chois: comme si sainct Paul eust dit, Bien est vray que la forme de religion que j'ay suyvie, est appelée secte, mais

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c’est à tort. Mais comme ainsi soit quece nom d’Hérésie que nous traduisons secte, ne fust point infàme alors, ni.entre les Juifs ni entre les Gentils, il n’est point vray-semblable que S. Paul se défende et excuse devant un homme profane d’une chose laquelle par tout on estimoit louable plustost que vicieuse. Si on parle entre les Chrestiens, l'Esprit de Dieuweut qu’on ait en détestation les hérétiques et faiseurs de sectes: et enseigne qu'il se faut bien garder des sectes et hérésies, dautant qu’elles apportent une dissipation pernicieuse à l’Eglise. Ainsi, done ce n’est point une chose à endurer entre le peuple de Dieu, le salut, duquel gist en Punité de la foy. Maïs pouree que les Juifs se glorifioyent pour: lors. ouvertement de leurs sectes, C'eust -esté une chose superflue d'amener ceste excuse, de laquelle il à esté n’aguères parlé.…EÆt pourtant il reste, ou qu’il.entende qu'il est Pharisien, ou qu’il appelle hérésie. ou secte la religion Judaïque,.ou bien la profession de l'Evangile (sans toutesfois le noter de quelque mauvaise note) d'autant qu’elles estoyent distinctes de l'usage et coustume de toutes autres nations.

Veu qu’il a confessé ci-dessus qu’il. estoit Pharisien, il n’y. aura nul inconvénient, si nous disons qu’il. répète inaintenant le mesme: veu mesme qu’incontinent après mention est faite de la résurrection des morts. Toutesfois, pource que ce premier article contient seulement confession touchant de service du Dieu des Pères: de, ma part, il. me semble que plustost est dénotée en général la religion Judaïque ou la foy Chrestienne qui en procédoit. S: Paul estoit bourgeois de Rome : toutesfois comme: il estoit sorti des Juifs, il confesse qu'il demeure en la religion Jaquelle.il avoit apprise de ses pères. Et à ceci appartient ce mot dinsi: car il démonstre une chose ioute cognue, asçavoir la forme du service Divin auquel les Juifs estoyent adonnez. Il fait mention expresse du Dieudes Pères: pource qu’il r’estoit licite à un homme Romain de venir à la doctrine de la Loy, s’il n'eust esté Juif de race. II taxe aussi ses adversares, par lesquels il est si crucilement assailli comme ainsi

Cuar. XXIV.

soit toutesfois qu'ils consentent d’un costé et d’autre au service d’un mesme Dieu. De moy, dit-il, je sers à Dieu selon la façon enseignée par nos prédécesseurs, aussi bien-qu'ils font. Et à ceci n’est point contraire ce qu'il avoit laissé les cérémonies de la Loy, et se contentoit du service spirituel de Dieu. Car c’estoit assez à S. Paul de se purger de la tache d’impiété, laquelle luy estoit faussement mise sus. Parquoy les Papistes se monstrent bien sots, qui imaginent que l’exemple de sainct Paul soit pour approuver toute ancienneté. Nous servons au Dieu de nos Pères avec sainet Paul, disent-ils, comme la coustume nous a esté donnée de main en main. Voire, comme s’il sufiisoit (au jugement mesme des Papistes) aux Turcs et aux Juifs de mettre au devant le mesme bouclier contre la foy de Jésus-Christ, Or tant y a que le sainct Apostre n’avoit rien moins délibéré que de fonder simplement la religion sur l’authorité des ancestres, et de maintenir sa piété par. une défense qui devoit estre commune à toutes les superstitions des Gentils. Seulement il a voulu fermer la bouche à ses adversaires, Cependant il prenoit ceci pour tout résolu, que les Pères desquels estoit venue la religion Judaïque, avoyent bien et deuement servi Dieu : en sorte que les Juifs non abastardis se pouvoyent glorifier à bon droict que le Dieu de leurs Pères, auquel ils servoyent, estoit seul Créateur du-ciel et de la terre: et que les dieux des autres pations de tout le reste du monde, n’estoyent que vaines inventions. Croyant à toutes les choses. C’est une briefve exposition de la sentence précédente. Car pource qu'il n’avoit pas affermé simplement qu'il servoit Dieu, mais avoit adjousté lemot Ainsi, maintenant il déclaire comment il sert à Dieu. Dont il appert qu’il se garde songneusement de s’envelopper és superstitions controuvées qui régnoyent entre les Juifs. Comme si quelqu'un d’entre nous respondoit aujourd'huy aux Papistes, qu'il sert au Dieu duquel ils font profession, comme nous sommes enseignez par la Loy et l'Evangile. De ceci apprenons que Dieu n’est point deuement servi comme il appar-

SUR LES ACTES

tient, à ce que nostre service luy soit agréable, si la foy n'y est, laquelle estle fondement de piété. Car pour prouver qu'il est serviteur, il n’allègue point les cérémonies simplement, mais il met expresséement, Qu'il croit. Or ce passage contient une doctrine fort utile et grandement nécessaire, que c’est le seul fondement de la vraye foy Chrestienne, quand nous-nous sonmettons en toute obéissance à la saincte Escriture, et recevons en vraye humilité la doctrine d’icelle. Au reste, S. Paul fait yci une division de l’Escriture, mettant d’un costé la Loy, et d'autre part les Prophètes, afin qw’il monstre plus clairement qu'il n’ha rien de divers du consentement universel de toute l'Eglise,

45 Ayant espérance en Dieu. I nous faut bien noter la continuation de ce propos. Car après qu’il a protesté qu’il croyoit à l'Escriture, maintenant il adjouste l’espérance de la résurrection, afin qu'on cognoisse qu'il ne l’a point conceue par raison ou sens de la chair, ou par les folles fantasies des hommes, ains par la parole de Dieu. Par ce moyen la révérence de la parole de Dieu va devant, afin que lauthorité d’icelle nous tiene astraints : et elle est le commencement de la foy : puis après vient la cognoissance des choses que Dieu nous y à manifestées, conjointe avec une certaine et ferme espérance. Quant à ce qu’ilse conjoint avec .

eux, cela se rapporte à la meilleure part:

combien qu'il n’y a point de doute qu’il ne tasche par ce moyen de les tirer hors de leurs creux, pour les amener en lumière devant Félix, comme on pourra derechef facilement cognoistre par la fin de sa défense. Au surplus, la résurrection générale est yei maintenue contre aucuns esprits fantatisques, lesquels la restraignentaux membres de Jésus-Christ.

Mais tout ainsi qu'en ce passage sainct Paul dit que tous hommes ressusciteront :

aussi tous indifféremment sont adjournez par le Fils de Dieu haut et clair, les uns à vie, les autres à jugement, Jehan, Vs129:

16 Et pourtant aussi je meis peine.

I n’y a point d’aiguillon plus poignant pour inciter à bien et sainctement vivre,

que la ferme espérance de la résurrection dernière, comme nous sommes bien souvent admonestez par l’Escriture. Et pourtant quand sainct Paul veut exhorter les fidèles avec efficace, il les renvoye à la mémoire de la résurrection, Philip., IT, 20. Parquoy ce n’est point sans cause qu'il dit en ce passage, qu’estant appuyé sur ceste foy, il a mis peine de vivre purement devant Dieu, et de se gouverner justement entre les hommes. Et de faict, une mauvaise conscience vaut bien mille tesmoins pour rédarguer les hommes de stupidité : en sorte qu’on peut bien pour certain recueillir, que veu qu'ils n’aspirent point à la vie éternelle, aussi ils ne la croyent pas à bon escient. Il dit qu’il a eu sa conscience sans aucune offense : c’est quand les serviteurs de Dieu s’employent à oster les scandales et destourbiers qui les empeschent de faire leur cours. Oril met deux parties de la conscience. II y à un sentiment intérieur du Cœur, qui regarde seulement à Dieu. De là vient puis après la fidélité et rondeur de laquelle nous usons envers les hommes. Finalement, quand il dit qu'il a constamment persévéré à se monstrer religieux envers Dieu, et juste envers les hommes, il signifie que ceux qui ne se lassent jamais à bien faire, sont ceux qui attendent et espèrent vrayement la dernière résurrection. Car le mot Tousjours, signifie persévérance et continuation d’un train égal.

17 Or après plusieurs années. Le sens est tel, qu’il y avoit desjà long temps qu’il n’avoit esté en Jérusalem, mais bien qu’il avoit conversé en d’autres régions lointaines , et qu'après beaucoup d'années il est maintenant venu pour apporter des aumosnes , et pour offrir à Dieu sacrifice d'action de grâces. Dont aussi on peut cognoistre leur inhumanité, et quant et quant ingratitude : entant qu’en lieu qu'il avoit mérité en toutes sortes que toute la nation luy favorisast, maintenant ils luy rendent une si vileine récompense. Or ce passage est une exposition du précédent, où mention a esté faite de ladoration.

Car c’est une chose bien certaine que S. Paul n’estoit pas venu de propos délibéré pour offrir au temple : d'autant qu’il n’a point prins conseil de ce faire, sinon

Car. XXIV,

après qu’il a esté arrivé. Mais seulement il récite ce que les Juifs ont apperceu en luy : ce qui estoit le point qui avoit plus grande importance touchant la cause présente. Et quand il dit finalement qu’il a esté trouvé au temple faisant cela, et mesme ayant usé auparavant d’une purification solennelle : puis après qu’ils ont trouvé qu’il estoit paisible, n’esmouvant aucun tumulte ne bruit : il repousse derechef ces deux crimes. Car la purification servoit de bon tesmoignage qu’il n’avoit point profané le temple: en après, puis qu’il se portoit paisiblement sans aucun amas de peuple, on ne le pouvoit souspeçonner de sédition.

19 Et ce furent aucuns Juifs d'Asie.

Le sens est clair, qu'il y a eu aucuns Juifs d'Asie qui sans cause ont esmeu ce grand bruit : et se plaind de ce qu’ils sont absens : comme s’il disoit, Vous autres qui amassez tant de crimes sur moy, vous ne pouvez pas bien affermer comment la chose va : mais vous apportez yei devant le siége judicial du grand Gouverneur un bruit que vous avez creu à la volée. Mais ceux qui sont coulpables de tout ce mal, et qui ont esté comme les soufflets pour allumer ce feu, ne comparoissent point.

Or après queS. Paul a rejetté le crime sur les autres, maintenant comme s’il reprenoit courage , il despite ses adversaires qui estoyent là présens, afin qu'ils disent franchement s'ils ont cognu quelque chose. Combien qu’en 6e passage je ne suis pas de lopinion d’Erasme et de l’ancien Translateur Latin : car ils traduisent ceci au temps présent, Devant lequel j’assiste :

et par le mot de Conseil, entendent la cour du grand Gouverneur. Ce qui me semble r’estre point de lPintention de S. Paul. Car selon mon jugement, il veut dire qu’en leur Conseil il à esté prest de rendre raison de tous les poinets : mais que lors ils n’ont rien cognu qu’ils puissent blasmer: et d'autant que pour un seul mot ils se sont effarouchez, quand il disoit qu’il estoit accusé de la résurrection des morts : qu’il n’y a autre cause pourquoy ils luy font toute ceste fascherie, Sinon pource qu’il attend la résurrection. Dont il appert que non sans cause maintenant ils forgent une nouvelle accu-

Caar. XXIV. SUR LES ACTES. 905

sation, pource que s’il y eust eu quelque | ailleurs qu’ils eurent débat touchant faute en luy, ils ne l’eussent pas teu lors. | Christ) mais l'intention de S. Luc a esté Vray est qu’il y a apparence que lors il y | seulement de monstrer comment sainct eut d’autres propos tant d’une part que | Paul s’estoit fort bien purgé des faux d'autre, et qu’ils choquèrent de plus près | blasmes que luy imposoyent ses accusa-

comme main à main (car nous verrons | teurs.

23 Ces choses ouyes, Félix les remeit à une autre fois, cognoissant pour certain les choses appartenantes à ceste voye, disant, Quand le Capitaine Lysias sera descendu, je cognoistray entièrement de vostre cas\,

24 Et commanda à un Centenier de garder Paul, et qu'il eust relasche, et qu’on n'empeschast personne des siens de luy servir ou de venir à luy.

25 Et quelques jours après Félix veint avec sa femme Drusille, qui estoit Juifve, et appela Paul, et l'ouïit parler de la foy qui est en Christ.

26 Æt comme il disputoit de justice, de tempérance et du Jugement ä-venir, Félix effrayé respondit, Pour maintenant va-l’en, et quand j'auray opportu-

nilé, je t'appeleray.

27 Espérant quant et quant que quelque argent luy seroit baillé de Paul pour le délivrer. Pour laquelle chose aussi souvent il le demandoit, et parloit

à luy.

28 Deux ans accomplis, Félix eut pour successeur Portius Festus : et voulant Jaire plaisir aux Juifs, laissa Paul emprisonné.

1) Ou, disant, Après que j'auray plus diligemment cognu que c’est de ceste secle, quand le Capitaine, etc.

23 Ces choses ouyes. Il appert que combien que Félix ne prononçast rien de la cause, néantmoins il a bien apperceu que ce que Paul estoit chargé, ce n’estoit point pour quelque offense qu’il eust commise, mais par la malice des Sacrificateurs. Car quand sainct Luc récite que le plaidoyer a esté remis à la venue de Lysias, quant et quant pour raison il entrelace que le Gouverneur à Cognu pour certain les choses appartenantes à ceste voye. Par lesquels mots je pense qu’il signifie, ou que Félix estoit exercé de long usage, en sorte qu'il entendoit bien la façon de faire des Sacrificateurs, et comme ils avoyent accoustumé de se gouverner, ou qu’il a bien cognu par les choses qui avoyent esté dites tant d’un costé que d'autre, combien ceste accusation estoit frivole. Et ceci est confermé par ce qu’il traitte Paul un peu plus humainement, et qu’il luy donne quelque relasche. Car il baille charge de luy à un Centenier, comme le mettant en une garde plus large.

Les autres aiment mieux lire ceci tout d’un fil en la personne de Félix, Quand Lysias sera venu qui entend mieux les

affaires, lors j'en jugeray. Mais ils se fondent sur une raison qui n’est pas guères ferme, pour en tirer ce sens contraint. Ils a.sent que le mot de Voye seul sans autre chose ne se trouve jamais prins pour la doctrine de la Loy. Aussi ne l’exposé-je pas de la Loy, ains des sectes qui estoyent entre les Juifs, desquelles les estrangers qui fréquentoyent le pays, n’estoyent pas ignorans. Certes il n’y avoit celuy qui ne sceust bien que les Pharisiens tenoyent l’immortalité des âmes. Veu donc que c’estoit une chose tout communéeméntnotoire, ce n’est pas merveille si Félix tient S. Paul pour innocent. Au reste, de prendre le mot de Voye pour cognoissance du cas, Ce seroit une exposition un péu dure.

D'autre part, je ne voy point quelle apparence il y avoit que le grand Gouverneur attribuast plus de cognoiïssance de la Loy au Capitaine qu’il n’en avoit luy-mesme.

Or son innocence est mieux cognue par ceci, qu'un homme profane a incontinent conceu telle opinion d’icelle, que comme l'exemptant du rang des prisonniers liez, il a permis qu’il fust par ses amis visité familièrement, et qu’on luy feist tous plai-

sirs. Nous pouvons bien aussi recueillir de ce passage, que les compagnons de Paul, et le résidu de l'Eglise ne l'ont point abandonné. Car à quel propos eust-on permis entrée à ses familiers, s'ils neussent esté là présens, et ne se fussent monstrez songneux , et eussent désiré de faire leur devoir ? Apprenons donc par cest exemple, que nous ne devons . point frauder les Martyrs de nostre Seigneur Jésus d'aucune sorte de soulagement, autant que nostre puissance se pourra estendre, et qu’il nous sera libre, quand ils travaillent pour l'Evangile.

25 Félix veint avec sa femme Drusille. Nous avons desjà touché queique chose ci-dessus de l’avarice et des corruptions de Félix. Maintenant quant à Drusille sa femme, les lecteurs doyvent estre advertis qu'elle estoit fille d’Agrippa le grand, de la vileine mort duquel S. Luc a parlé ci-dessus au chapitre XIE, v. 23. Or elle avoit esté promise à Epiphanes fils du roy Antiochus. Mais comme ainsi soit que ce jeune homme eust en horreur de recevoir les cérémonies des Juifs, il refuse ce qu'il avoit promis de faire : et son frère Agrippa le jeune, duquel mention sera faite au chapitre suyvant, après la mort de son père la donna pour femme à Azi- Zus Roy des Eméséniens : de la compagnie duquel elle fut retirée par les alléchemens et flatieries de Félix. Car Félix espris de la beauté singulière d’icelle, suborna un certain Juif nommé Simon, Cyprien de nation, qui par ses macquerélages et douces paroles Pincitast à laisser son mari, et entendre à nouveau mariage. Il adveint donc par ce moyen que ceste femme lascive rompit la foy de son mariage, et contre la Loy se maria à un homme incirconcis. Au surplus, combien qu’elle.se fust polluée de ce mariage profane : toutesfois on peut facilement recueillir de ce passage, que le sentiment de la religion qu’elle avoit receu dès son enfance, n’estoit pas du tout effacé de son cœur. Car Félix ne se fust point soucié d’ouir S. Paul, et n’eust daigné ouvrir la bouche pour parler à luy, si ce n’eust esté pour l’amour de sa femme. Vray est que sainct Luc n’exprime pas éela : tant ya toutesfois qu'en nommant Drusille, il aé-

Cuar. XXIV.

monstre assez que sainct Paul a esté appelé pour l’amour d'elle, afin qu’il traittast de l'Evangile : combien que quand tels apostats vienent à cela, c’est plustost quelque curiosité qui les chatouille , qu’une droite affection d'apprendre qui les y pousse. Et l'ouït parler de la foy qui est en Christ. Ceste confession de sainct Paul rend tesmoignage, que quand auparavant il s’est teu de Jésus-Christ, ce n’a pas esté qu’il eust crainte pour sa personne, ou qu’il se retirast, ne voulant point sentir de la fascherie de la croix :

mais pource que le temps n’estoit pas encore venu, qu'on luy peust donner quelque bonne audience. Veu qu’il estoit adjourné pour comparoistre comme criminel devant le siége du Juge, il luy a falu respondre des crimes, lesquels on luy avoit mis sus : afin que puis après il fust à délivre pour faire ouverte confession de la foy de Jésus-Christ. Maintenant donc voyant qu’il y avoit entrée pour parler, il ne craint point si le Gouverneur est offensé, et ne s’estonne point du danger, pour dissimuler finement , et faire semblant qu’il n’est point Chrestien. Parquoy nous voyons bien qu’il a esté muni d’un costé d’une constance invincible, et d’autre part de prudence et jugement: et qu’il n’a jamais eu ceste intention de supprimer la lumière de l'Evangile : mais seulement il a prudemment regardé au temps. Cependant il est bon que nous observions yei le conseil admirable de Dieu, qu’il veut que quelque fois l’Evangile soit proposé aux réprouvez, non pas à ce qu'ils en facent aucunement leur proufit, mais plustost afin qu'ils soyent rendus inexcusables. Il eust beaucoup mieux valu à Félix et à sa femme Drusille, qu'ils n’eussent jamais ouy un seul mot de Jésus-Christ: car ils ne sont point demeurez impunis, d’avoir mesprisé ou rejetté avec desdain la grâce de salut qui leur a esté offerte. Il nous faut aussi noter qu’aucuns par une semence naturelle de piété qu'ils ont en eux, appétent l’Evangile : lesquels après lavoir ouy, ou ils s’en faschent, ou ne le peuvent porter.

Cependant, quelque issue que puisse avoir l'Evangile , soit qu’il vivifie les hommes , | ou qu'il les tue, si est-ce qu'ilest tous-

Cnair. XXIV.

jours une souefve et bonne odeur devant Dieu. (

26 Æt comme il disputoit de justice.

Félix s'attendoit bien d’avoir du passetemps par le devis de Paul : comme ceux qui sont convoiteux de choses nouvelles, paissent leurs aureilles volontiers de disputations subtiles. Avec ce il vouloit bien obtempérer au désir de sa femme, en une chose en laquelle il n’auroit point matière de se fascher. Or il est maintenant contraint de sentir une autre eflicace de la parole de Dieu, qu'il n’avoit <onceu en son esprit : laquelle luy oste tous passe-temps. Paul estant prisonnier dispute du jugement de Dieu. Celuy qui avoit puissance sur luy ou de le faire mourir, ou de luy sauver la vie, est tout -estonné.et saisi de frayeur : et ne trouve autre soulagement, sinon en le faisant retirer de devant s0y. Apprenons de ceci en premier lieu, quelle vertu et combien grande efficace de l'Esprit de Dieu il y avoit tant au cœur qu'en la langue de sainct Paul. Pource qu’il voit bien qu’il luy faut parler au nom du Seigneur Jésus, il:ne parle point d’un style bas et pour faire du marmiteux : mais il exécute magnifiquement l'ambassade qui luy est ordonnée : comme s’il estoit éminent en quelque haut lieu, et mettant en oubli son emprisonnement, il exerce le jugement céleste en la personne du Fils de Dieu. Et quand nous voyons que le cœur de Félix est ainsi picqué à la voix d’un homme captif, en cela se monstre bien aussi la majesté du sainct Esprit, laquelle Christ magnifie en disant, Quand l'Esprit sera venu, il jugera le monde, etc.

et.ceste grande vertu et force de la Prophétie, laquelle sainct Paul luy-mesme loue si hautement 4 Corin., XIV, 24.

Jtem est accompli ce qu’il dif ailleurs, Que la parole du Seigneur n’a point esté liée avec luy quand il estoit prisonnier, laquelle non-seulement il a affermée en liberté et sans crainte, mais laquelle a pénétré avec grande efficace dedans les cœurs des hommes (voire d'hommes enflez d'orgueil à cause de leur grandeur) comme si elle eust tonné et foudroyé du ciel. D’avantage, il nous faut noter que combien que les réprouvez soyent 0s-

SUR LES ACTES

tonnez du jugement de Dieu : tant y a toutesfois que pour ce seul estonnement ils ne sont point renouvelez à repentance.

Vray est que Félix est bien esmeu, oyant que Dieu sera juge du monde : mais Cependant concevant horreur et frayeur du siége judicial d’iceluy, il le fuit aussi :

en sorte qu'il y a en luy seulement une tristesse feinte, laquelle n’amène point à salut. La repentance donc requiert une crainte, laquelle viene à engendrer une haine volontaire de péché, et faire comparoisire l’homme devant la face de Dieu, tellement qu’il souffre volontiers d’estre jugé par la parole d’iceluy. Et c’est un signe qu’on a vrayement et bien proufité, quand le pécheur cherche médecine de là mesme d’où il a receu le coup. Outreplus, ce passage nous enseigne que lors les hommes sont au vif examinez par la parole de Dieu, quand icelle leur proposant les vices desquels ils sont entachez, leurs consciences sont adjournées au jugement à venir. Car sainct Paul disputant de justice et d’attrempance, a picqué vivement l’'apostume de Félix : comme ainsi soit qu’il fust homme confit en paillardise, d’une vie du tout dissolue, et abandonné à toute iniquité.

97 Espérant quant et quant que quelque argent. Combien que Félix cognust bien lintégrité et innocence de sainct Paul, en sorte qw’il avoit honte de vendre la condamnation d’iceluy aux Juifs, nonobstant comme il estoit homme avare et addonné à corruptions, il ne Pa point voulu absoudre pour néant. Pour ceste raison il fait appeler Paul souvent, afin que par ses douces paroles il luy donne espérance de pouvoir racheter sa délivrance. Car c’est ainsi que s’insinuent les juges qui aiment l’argent, quand ils veulent faire ouverture aux corruptions.

Dont nous pouvons recueillir que la crainte que Félix avoit conceue de la disputation de sainet Paul n’estoit pas ferme, mais s’est bien tost esvanourÿe :

veu que l'espérance de quelque gain lPincite et contraint de faire venir Paul à soy, lequel il avoit esté contraint de faire retirer de peur qu’il avoit. Comment estce que Félix a peu espérer quelque somme d'argent d'un homme povre et desnué ? *

Car ce gouffre ne se fust point contenté d’une petite somme. De moy, je ne fay point de doute que, comme ceux qui exposent la justice en vente, sont gens qui flairent de loin, et subtils, cestuy-ci voyant les Juifs pourechasser si diligemment à ruiner sainct Paul, n’ait senti de loin quelque chose de luy : asçavoir que ce n’estoit point un homme de petite conséquence, ains qui estoit favorisé de plusieurs. Parquoy il à tenu pour certain qu'il y avoit plusieurs de ses amis, qui contribueroyent volontiers et de bon cœur pour le délivrer.

28 Deux ans accomplis, Félix eut pour successeur. Veu que Paul sçavoit bien que ce juge mercenaire Juy seroit favorable quand on luy auroit présenté de l'argent, et comme ainsi soit qu’il ait eu assez bon loisir d’amasser quelque somme, il est vray-semblable que nonseulement il a espargné les frères, mais

Cnar. XXV.

aussi qu’il a eu en horreur telles prattiques et traffiques, par lesquelles la saincteté de l’ordre politique est vileinement pollue. Or là-dessus au lieu que les Gouverneurs estans venus au bout de leur administration et gouvernement ont accoustumé de lascher les prisonniers, lesquels ils auront cognu n’estre coulpables de crime, Félix a tenu un moyen tout contraire pour gratifier. Les Juifs s’estoyent plaints souvent de son avarice et gain déshonneste, de ses rapines et concussions, de sa cruauté, et de tout son gouvernement desbordé. L'empereur Claude ayant la teste rompue de tant de complaintes, le retiroit du pays de Judée.

Or afin qu’ils ne soyent point tant envenimez contre luy, il laisse Paul emprisonné. Ainsi pour récompense de ses maléfices il substitue un serviteur de Dieu innocent, afin d’appaiser par cela les Sacrificateurs.

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