‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 78 sur 113 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

A Festus donc entré en la province, monta trois jours après de Césarée en

Jérusalem.

2 Et le souverain Sacrificaleur, et les premiers d’entre les Juifs comparurent devant luy contre Paul, et le privyent,

3 Demandans faveur à l'encontre de luy, afin qu'il l'appelast en Jérusadem, dressans leurs embusches pour le tuer par le chemin.

4 A quoy Festus respondit, que Paul seroit bien gardé en Césarée, et QUE

de Kad il iroit là.

5 Que ceux donc (dit-il) d'entre vous qui le peuvent faire, descendent en- Are : et S'il y à quelque crime en cest homme, qu'ils l’'accusent. À 6 Et après avoir demeuré entr'eux plus de dix jours, ü descendit à Césarée : et le lendemain s'assit au siége judicial, et commanda que Paul fust amené. 1 Lequel estant la venu, les Juifs qui estoyent descendus de Jérusalem l'environnérent, luy imposans plusieurs et griefs crimes, lesquels ils ne pouvoyent

prouver :

8 Respondant Paul qu'il n’avoit en rien failli, ne contre la Loy des Juifs,

ne contre le temple, ne contre César.

1) Ou, n’avoir demeuré entr’eux que dix jours, il descendit, ete.

A Festus donc entré en la province.

Yci est récité le second plaidoyer, auquel Paul à esté en aussi grand danger comme au premier. D'autant qu’il avoit esté laissé emprisonné, Festus pouvoit penser par cela, qu'il y avoit quelque perplexité en * Ja cause, et par ce moyen concevoir desjà

en son esprit quelque mauvaise opinion de Juy, avant mesme que d'entrer en cognoissance, Mais il y avoit plus grand danger d’un autre endroit. Nous sçavons bien que ceux qui entrent en quelque nouveau gouvernement, ont accoustumé d’ottroyer à ceux qui sont sous leur

Cuar. XXV.

charge à leur bien venue beaucoup de choses pour acquérir grâce envers eux.

On pouvoit par ce moyen facilement croire, que la mort de Paul seroit une entrée bien favorable pour gaigner Ja bonne grâce. La foy donc de cest homme de Dieu est assaillie d’une nouvelle tentation : comme si la promesse de Dieu eust esté vaine, sur laquelle il s’estoit jusqu’à présent reposé. Mais d'autant plus clairement se démonstre la grâce de Dieu à le délivrer, quand contre toute espérance il est comme tiré hors de la gueule de la mort. Les Juifs prévienent le Gouverneur par leurs calomnies : toutesfois ils ne débatent point encore du genre du tourment qu'il doit endurer :

mais seulement ils font requeste qu’ils ne soyent point tirez en autre jurisdiction et hors là ville de Jérusalem pour plaider, qui sembloit en apparence estre bien équitable : ils le demandent d’une façon ambitieuse, et en font requeste bien instante, comme pour un grand bénéfice. Comment donc se fait cela qu'ils ne le peuvent obtenir, sinon pour autant que Dieu retient le cœur de Festus, en sorte qu’il leur refuse tout à plat ce que depuis il.a esté prest de leur accorder?

Or comme le Seigneur par une bride secrète de sa providence a lors tenu le cœur d'iceluy lié : ainsi quand Dieu luy à permis le vouloir, il luy a lié les mains, à celle fin qu’il ne luy fust libre d’exécuter ce qu’il eust bien voulu faire. Advisons maintenant que ceste asseurance nous soustiene au milieu des dangers, et quant et quant qu’elle nous solicite à invoquer la bonté de Dieu, et rende nos esprits paisibles : veu que le Seigneur rompant une si forte conspiration, en mettant sa main au devant, a monstré un tesmoignage perpétuel de sa force et puissance à maintenir les sieps.

5 Que ceux donc (dit-il) d’entre vous qui le peuvent faire, etc. I y a de mot à mot selon le Grec, Qui sont puissans, ou ont le pouvoir : mais on peut bien veoir qu’il entend ceux qui auront la commodité de ce faire. Or on peut facilement conjecturer, qu'ils ont allégué l’incommodité et fascherie que ce leur seroit d'aller là, et la despense qu’il faudroit

SUR LES ACTES

faire, et qu'ils ont fait requeste que le

| Gouverneur ne donnast point sans cause

la peine d’un tel voyage à tant de grans personnages, entre lesquels il se pouvoit bien faire qu'il y avoit aucuns aagez :

plustost qu'il commandast que Paul fust amené avec quelque petite garde, ce qui se pourroit faire aisément. Afin donc qu’ils ne se plaignent point d’estre grevez, il leur relasche ceste nécessité, et leur donne liberté d’en choisir de leur bande ceux qu’ils voudront. Cependant toutesfois il monstre bien qu’il n’adjouste point de foy à leurs accusations : et promet faire office d’un juge entier, et qu'il ne fera rien sinon après avoir bien cognu la vérité de la cause. Quant à la sentence suyvante, il y à diverse lecture mesme entre les Grecs. Car aucuns livres ont, comme l’ancien translateur la rendu, Après n'avoir demeuré entr'eux que huit ou dix jours. Si on veut recevoir ceste lecture, le sens sera, que le Gouverneur est venu bien tost après à Césarée, de peur que les Juifs ne le pressassent de plus grande importunité, prenans occasion sur sa longue demeure et retardation de la procédure contre Paul.

L'autre lecture qui est la plus receue entre les Grecs, aura un autre sens, Que combien qu’il deust estre en Jérusalem assez long temps pour cognoistre de la cause : nonobstant il n’a point obtempéré aux prières de ces gens-là qui vouloyent que Paul fust là amené. Dont on peut prendre conjecture vray - semblable, que desjà il estoit adverti @e leurs embusches.

1 Luy imposans plusieurs et griefs crimes. La rondeur et intégrité de S.

Paul avoit esté cognue et renommée, tant qu’il avoit vescu sous la Loy. Estant depuis converti à Christ, il avoit esté un patron singulier d’innocence et de toute honnesteté : nous voyons toutesfois Comment on luy impose de grans crimes et des calomnies estranges. Mais c’est une condition presque perpétuelle aux serviteurs de Christ : et d'autant plus faut-il qu'ils ayent bon courage, à ce qu’ils cheminent constamment par bonne renommée et par diffame, et qu’il ne leur soit point nouveau, quand on dira mal

d’eux après qu’ils auront bien fait. Cependant il faut qu’ils mettent peine, que non-seulement ils ayent devant Dieu une bonne conscience, mais aussi qu’ils soyent munis devant les hommes d’une droite défense, quand on leur donne lieu etmoyen de ce faire. Car S. Paul ne laisse point passer l’occasion : mais bien prudemment oppose la défense de son innocence aux fausses accusations. Outreplus, nous devons noter que les meschans ne seront jamais si bien réprimez, qu’ils ne mesdisent des bons, et les blasment impudemment, Car ils ressemblent au diable, de l'esprit duquel ils sont menez.

Quand donc il nous est commandé de fermer la bouche aux meschans, nous ne le devons pas prendre en ce sens, que celuy qui se portera droitement sera exempt de toute fausse détraction : mais seulement que nosire vie responde pour nous, et efface toutes les macules des faux blasmes. Suyvant cela nous voyons que combien que les adversaires de $.

Paul eussent le juge favorable, néantmoins leur détraction fausse n’a de rien

Car. XXV.

servi, quand il maintenoit et monstroit son innocence par ses faits. Et toutesfois il est bien vray-semblable qu'ils n’ont point eu faute de faux tesmoins, et qu'ils n’ont point esté paresseux à les suborper : mais pource que le Seigneur donne une puissance et force invincible à son serviteur, en sorte que par la lueur de sa preud’hommie il fait escarter leurs calomnies par lesquelles ils taschoyent d'obscurcir la vérité, ils demeurent confus, et se départent de jugement avec note d’infamie comme calomniateurs. Au surplus, on peut bien cognoistre par la défense de S. Paul, de quelles calomnies les Juifs l’ont principalement assailli. Le premier crime qu’ils luy imposoyent, C’estoit l’impiété envers Dieu, qu’il destruiz :

soit la Loy, et polluoit le temple. Le second, la rébellion contre l'Empereür ét PEmpire Romain, d'autant qu’il esmouvoit des troubles par tout. Pour réfuter Pun et l’autre il a esté aidé d’une grâce singulière de Dieu, lequel fait reluire innocence des siens’ comme l’aube du jour.

9 Mais Festus voulant faire plaisir aux Juifs, respondit à Paul, et dit, Veux-tu monter en Jérusalem, et là estre jugé de ces choses devant moy?

10 Et Paul dit, J'assiste au siège judicial de César, où il me faut estre jugé. Je n'ay fait aucune injure aux Juifs, comme aussi tu le cognois trèsbien.

A1 Que si j'ay forfait où commis aucune chose digne de mort, je ne refuse point de mourir. Mais s'ü n'est rien de cela de quoy ils maccusent, nul ne me peut donner à eux. J'en appelle à César,

A2 Lors quand Festus eut parlementé avec le Conseil, il respondit, As-tu

appelé à César? tu iras à César.

9 Mais Festus voulant faire plaisir, etc. Soit que Festus eust entendu quelque chose des embusches (ce qu’on peut bien facilement penser) soit qu’il n’en sceust rien du tout, tant y a toutesfois qu'il se porte iniquement envers sainct Paul. Et nous voyons bien comment tous ceux qui ne sont menez de l'Esprit de Dieu, sont faciles à ployer à toute corruption. Car Festus ne mesprise pas ou hait S. Paul de propos délibéré :

mais il ya en luy une ambition qui le surmontée jusques-là, qu’il lexpose injustément au danger de mort, pour faire plaisir et gratifier à la partie adverse.

Car il est bien vray-semblable qu'il y avoit mesme quelque friandise et espérance de gain, qui Pinduisoit à complaire si gracieusement aux Sacrificateurs.

Néantmoins c’est merveilles comment il donne le choïs à Paul, et que plustost il ne commande d’authorité, qu’il soit mené maugré qu'il en ait. Il est aisé À récueillir qu'il a esté retenu de crainte d’enfreindre le droict de la bourgeoisie de Rome, qui estoit un crime fort odieux.

Ce nonobstant il tasche d’induire Paul cauteleusement, à ne refuser point que jugement soit fait de luy en Jérusalem.

Car il n’estoit point ignorant de ce qui

Cuar. XXV.

est advenu, asçavoir qu’un bourgeois de Rome avoit privilége d'appeler, en sorte qu'il ne luy estoit licite de passer outre.

Cependant il n’a pas tenu à luy qu'il ne l'abandonnast à de meschans brigans pour estre meurtri.

10 J'assiste au siége judicial de César. Paul voyant bien que par l’ambition du Gouverneur il estoit trahi pour estre baillé aux Juifs, il met en avant le droict et privilége de la bourgeoisie de Rome.

Il s’estoit auparavant submiis en toute modestie, s’il eust impétré ce qui estoit juste et raisonnable. Maintenant pour autant que le juge ne fait point de soymesme ce qui estoit de son devoir, la nécessité contraint ce sainct serviteur de Dieu de recourir à la défense et secours qui luy estoit baïllé par les loix. Et le Seigneur le délivre derechef par ce moyen, comme ainsi soit que, par manière de dire, il fust desjà entre les mains de ses adversaires pour estre mené à la boucherie. Or quant à ce qu’il requiert que sa cause soit débatue devant le siége judicial de César, il ne submet pas pour cela la doctrine de l'Evangile à la cognoissance d’un homme infidèle et profane : mais estant prest de rendre par tout raison de sa foy, il décline la jurisdiction en laquelle il ne faloit plus espérér raison ne droiture quelconque. Au demeurant, combien que le privilége demeurast sauf et entier aux bourgeois de Rome, tant y a toutesfois que la façon éstoit lors changée : pource que les Empereurs avoyent transféré à eux la jurisdiction du peuple, comme s'ils eussent esté les meilleurs protecteurs et défenseurs de la liberté publique. Je n'ay fait aucune injure aux Juifs. Pource que le plus souvent ceux qui ont mauvaise conscience, et qui ont peur de perdre leur cause, ont recours aux exceptions déclinatoires (comme on dit) ét taschent de trouver quelque moyen pour n’entrer point au principal : Paul destourne ceste opinion de soy. Et de faict, les Ministres de Jésus-Christ ne doyvent pas estre moins songneux de donner à cognoistre leur innocence, que de garder leur vie.

Si sainet Paul eust dit absoluement qu'il ne respondroit point, ses ennemis eus-

SUR LES ACTES

sent fait là de grans triomphes contre luy, et au grand déshonneur de l’'Evangile luy eussent objecté qu’il avoit mauvaise conscience, et se desfioit de sa cause. Mais maintenant quand il appelle le Gouverneur mesme pour fesmoin de sa rondeur etintégrité, et ne refuse point d’estre puni, si on trouve qu’il ait fait quelque faute, il coupe la broche à toutes calomnies et fausses accusations. Il monstre done qu’il ne tasche point à eschapper par tergiversations, mais cherche une franchise de défense juste, où il puisse librement repousser l’injustice qu’on luy fait, puis que ses accusateurs ne l’ont jusqu’à ceste heure poursuyvi qu’en pure mauvaistie et par cavillations impudentes : et encore maintenant ne voulans procéder devant ceste jurisdiction, machinent de le tirer à quelque coupegorge. Et il ne dissimule point que le Gouverneur Festus se porte iniquement, en ce qu'il ha collusion avec ses accusateurs : et quant et quant il réprime le mauvais vouloir d'iceluy, luy mettant comme une bride, à ce qu’il ne soit si hardi de passer plus outre. |

11 J'en appelle à César. Après avoir protesté qu'il ne reculoit point comme cherchant des subterfuges, si d'aventure on trouvoit qu'il fust coulpable de quelque forfaict, il use librement des aides humaines. Parquoy si une telle nécessité nous advient quelque fois, il ne faut point que nous soyons tellement superstitieux ou scrupuleux, que nous ne nous aidions du secours des loix et de l’ordre politique : car il n’est pas escrit sans cause que Dieu crée les Magistrats en la louange des bons, Rom. XIIE, 3, et 1 Pier. IF, 44. Et de faict, nous voyons que S. Paul n’a pas fait conscience de plaider sous un juge incrédule. Car celuy qui est appelant, intente une nouvelle action. Sçachons donc que Dieu qui a ordonné les jugemens, permet aussi à ses fidèles l’usage légitime d’iceux. Et pourtant ceux-là exposent mal l'intention de S. Paul, lesquels pensent qu’il condamne précisément les Corinthiens de ce qu’ils implorent l’aide du Magistrat pour la défense de leur droict : comme ainsi soit qu’il reprend là un vice manifeste, as-

çavoir qu'ils ne pouvoyent endurer aucun dommage, et estans trop addonnez aux procès, exposoyent l'Evangile à plusieurs opprobres, 4 Cor. VE, 4.

12 Lors quand Festus eut parlementé. Les Gouverneurs avoyent cela de coustume qu'ils avoyent de leur bande aucuns des principaux citoyens, qui assistoyent aux jugemens, à ce que rien ne fust déterminé sans l'opinion du Con-

Car. XXV.

seil. Or il semble bien que Festus n’a point prononcé ces mots sans cholère, quand il a dit par interrogation, 4s-tu appelé à César? asçavoir d'autant qu’il estoit marri que ce moyen de gratifier aux Juifs luy estoit osté. Combien que je laisse cela sans en déterminer, pource que ce n’est pas chose de grande conséquence, et elle n’est fondée que sur conjecture.

13 Or quelques jours après le Roy AGTÉEPA et Bernice descendirent à Césa-

rée pour saluer Festus.

14 Et après avoir demeuré là plusieurs sous Festus feil mention au Roy de l'affaire de Paul, disant, Quelque homme a esté délaissé prisonnier par Félix : 15 À cause duquel moy estant en Jérusalem, les principaux Sacrificateurs et les anciens des Juifs sont comparus, requérans condamnation à l'encontre

de luy.

16 Ausquels j ay respondu que les Romains n'ont point la coustume de livrer quelqu'un à la mort, devant que celuy qui est accusé ait ses accusateurs présens, et qu'il ait lieu de se défendre du crime.

A7 Quand donc ils furent venus yci, sans que j'usasse d'aucun délay, le jour ensuyvant séant au siége judicial, je commanday que cest homme fust amené.

18 Duquel les accusateurs estans là présens n'amenérent aucun crime tou-

chant ce que je pensoye :

19 Mais avoyent aucunes questions à l'encontre de luy touchant leur super-

stition 1, et je ne scay quel Jésus mort,

que Paul affermoit estre vivant.

20 Et moy, estant en perplexité comme je menquerroye de cela, demanday s'il vouloit aller en Jérusalem, et là estre jugé de ces choses.

21 Mais pource qu'il appela pour estre réservé à la cognoissance d' Auguste, je recommanday qu'il fust gardé jusques à tant que je l’envoyasse à César.

1) Ou, religion.

13 Or quelques jours après, etc.

Sainct Luc fait yci un long récit, afin que nous sçachions que combien que la procédure devant Festus fust entrerompue, et nait point passé outre, toutesfois les liens de Paul ont esté renommez, et cependant il a esté amené de la prison, afin qu'il feist profession de sa foy devant une grande assemblée, et traittast de l'Evangile devant tous. D’avantage, que jà soit qu’il ait esté contemptible, néantmoins il n’a point esté réputé pour meschant, à celle fin que la gloire du Seigneur Jésus ne fust diminuée par son diffame, et mesme qu’estant en prison il a parlé plus librement à publier l'Evangile, que s’il eust esté en liberté en quelque maison particulière. Le Roy Agrippa

et Bernice. I] est certain que ce Roy Agrippa estoit fils d’Agrippa l’aisné, duquel la mort vileine et détestable a esté récitée ci-dessus au chap. XIE, 23. Or comme ainsi soit que cestuy-ci après la mort de son père eust esté créé Roy de Chalcide au lieu de son oncle, il obteint depuis une Tétrarchie plus ample. Ceste Bernice, de laquelle mention est yci faite, estoit sa propre sœur, laquelle fut premièrement mariée à son oncle Hérode Roy de Chalcide, et quelque temps après la mort d’iceluy demeura vefve, mais cependant mena un train impudique et déshonneste. Car la trop grande familiarité qu’elle avoit avec son frère Agrippa, estoit suspecte. Et de faict, pour esteindre cest opprobre d’inceste, elle se maria à

Car. XXV.

Polémon Roy de Cilice. Tant y a toutesfois que s’addonnant derechef plus à paillardise et ordure qu’à pudicité, elle se sépara de son mari. il est ainsi que les historiens ne font aucune mention qu’elle eust espousé son propre frère, et Josèphe en sa vie luy assigne une jurisdiction propre à elle en !une partie de Galilée. Il est donc croyable que s’estans endurcis en leur meschanceté, ne se soucians pas de leur renommée, ils ayent habité ensemble : et que cependant toutesfois ça esté sans se marier, afin que le mariage incestueux ne descouvrist et feist trouver plus grande l’énormité de leur forfaict.

Et ne se faut point esbahir si ce Roy est descendu par honneur pour saluer le Gouverneur, veu qu’il ne régnoit que comme par emprunt, et dépendoit du bon plaisir et grâce de l'Empereur de Rome, en laquelle il faloit qu’ils s’entreteinst par le moyen du Gouverneur.

14 Et après avoir demeuré là plusieurs jours. Ainsi donc, comme après quelque temps ils eussent faute de propos, ainsi que gens oisifs ont accoustumé de chercher d’un costé et d'autre de quoy deviser, Paul fut mis sur les rangs. Car sainct Luc a voulu noter cela, quand il dit que Festus estant de loisir après plusieurs jours teint propos au Roy d’un certain prisonnier. Et jà soit qu’il reprene yei la malice des Sacrificateurs, et que de son costé il monstre semblant d’une merveilleuse équité, toutesfois bien tost après en purgeant Paul il se condamne soy-mesme sans y penser, quand il confesse que Paul avoit cause d'appeler, à ce qu’il ne fust tiré en Jérusalem. Au reste, Festus en louant les Romains, monstre aux Juges ce qu'ils doyvent faire. Que si nature a mis cela en l’esprit des gens profanes, que toute grâce et faveur qui est pour opprimer les innocens, doit estre loin chassée des jugemens : les juges qui sont illuminez par la parole de Dieu, combien plus attentivement se doyvent-ils garder de toute corruption?

18 N'amenèrent aucun crime tlouchant ce que je pensoye. C’est merveilles pourquoy Festus dit qu’on n’a point proposé. crime contre Paul tel qu’il attendoit, veu qu'on Paccusoit de sédition.

Mais derechef par ceci on peut conjecturer, et mesme cognoistre apertement, que les calomnies de ses adversaires estoyent si frivoles, qu’elles ne méritoyent pas d’estre proposées en jugement, comme si quelqu'un jettoit une injure à la volée. Et pourtant il dit que le principal poinct de la cause consistoit en quelques questions de la Loy. Nous voyons donc comment il discerne entre les maléfices qui estoyent punis par les loix humaines, et le différent qui estoit entre Paul et les Juifs: non point que ce soit une chose qui doyve demeurer impunie, quand on violera la religion : ou bien qu’on doyve endurer l’orgueil et la témérité de ceux qui pervertissent le service de Dieu par leurs inventions: mais pource que ce Festus qui estoit Romain, ne se soucioit point de la Loy de Moyse: pourtant il parle si fort par desdain, quand il dit qu’ils avoyent débat entr’eux touchant leur superstition. Combien que le mot Grec qui est yci mis se prend en bonne partie aussi bien qu'en mauvaise: asçavoir pource qu’on avoit par tout receu les services des faux dieux, qu’on avoit forgez à plaisir. Néantmoins il donne assez à entendre qu’il ne se soucie pas quelle soit la religion des Juifs. Et certes il ne se faut pas esbahir de ce qu’un Payen qui n’avoit apprins qu'il falust prendre la reigle de religion et piété de la bouche de Dieu, ne peut discerner entre le pur service de Dieu et les superstitions. Et d'autant plus nous faut-il estre attentifs à ceste marque de bien discerner, qu'il n’y a point de piété sinon celle qui est fondée en la science de la foy, afin que nous ne soyons comme aveugles tastonnans en ténèbres. Joint que les Romains estoyent enyvrez de tant €e bons et heureux événemens, qu’ils pensovent estre agréables à Dieu plus que tous les autres: comme aujourd'buy les Tures, à cause de tant de victoires s’eslèvent orgueilleusement contre la doctrine du Fils de Dieu. Vray est que c’estoit une honte et vilenie bien à déplorer, qu’un homme infidèle et idolâtre estoit assis juge au milieu des Juifs, pour prononcer sentence selon son ignorance touchant les saincts oracles de Dieu et la doctrine céleste:

mais la faute dévoit estre impütée aux adversaires de S. Paul, ausquels il ne chaloit de la majesté de Dieu, pourveu qu’ils obtémpérassent à leur fureur. Toutesfois sainct Paul ne pouvoit faire autre chose, sinon se purger des calomnies qui luy estoyent iniquement imposées. Ainsi aujourd’huy combien que le nom sacré de Jésus-Christ et son Evangile soyent honteusement diffamez entre les Turcs et les Juifs par les dissensions mutuelles qui sont entre les Chrestiens : tant y à toutesfois que ce sera à grand tort, si on impute la faute à ceux qui maintienent la saincte doctrine : car ce qu’ils entrent en combat, ils le font par contrainte. Æt je ne scay quel Jésus mort. I ne faut point douter que sainct Paul n'ait traitté de la résurrection de Jésus-Christ en gravité, et d’une telle véhémence qu’il appartenoit: mais Festus, selon qu’il estoit orgucilleux, à pensé que cela ne valoit pas qu'il y àppliquast son esprit. Il est bien vray qu’il ne se mocque point ouvertement de sainct Paul: mais il monstre assez qu’il ne faisoit pas grand conte de tout ce qu'il avoit ouy de luy touchant Christ. Dont nous pouvons cognoistre combien peu de fruict apportera la prédi-

Char. XXV.

cation, ou rien Gu tout, sinon que V'ES=prit du Seigneur touche les cœurs au dedans. Car lesmeschans passeht par-dessus tout ce qu’on léur dit, Comme si on leur racontoit quelque fablé. Parquoyil ne faut point que nous-nous troublions aujourd’huy de la nonchalance et inadvertance orgueilleuse de plusieurs : veu que sainct Paul n’a point proufité envers Festus. Au surplus, ce passage nous peut rendre tésmoignage qu'ils ont tenu plusieurs autres propos d’une part et d’autre en la procédure de la cause, desquels saïnet Luc ne fait point de mention, Car jusqués vci il n’avoit rien touché de Jésus-Christ, et nonobstant Ceste dernière narration démonstre que Paul a disputé à bon escient contre les Juifs, de la mort et résurrection d’iceluy. Ce qui ne se pouvoit faire, qu’il ne traittast quant et quant des points principaux de l'Evangile. Je pren donc conjecture que sainét Paul a tellement procédé, qu'après avoir repoussé les fausses calomnies des Juifs, desquelles ils avoyent tasché de le charger envers lé Gouverneur, il a commencé à parler plus franchement de Jésus-Christ, conmime ayant recouvré quelque occasion.

22 Lors Agrippa dit à Festus, Je voudroye bien ouir aussi le personnage.

Demain, dit-il, tu l’orras.

23 Le lendemain donc, quand Agrippa et Bernice furent venus avec grande pompe, et qu'ils furent entrez en l'auditoire avec les Capitaines et gens d'au: thorité de la ville, Paul fut amené par le commandement de Festus.

24 Et Festus dit, Roy Agrippa, el vous tous qui estes yci avec nous, vous voyez cest homme, duquel toute la multitude des Juifs m'est venue parler tant en Jérusalem qu'yci, crians qu'il ne le faloit plus laisser vivre.

25 Mais j ay trouvé qu'il n'avoit rien fait qui fust digne de mort : néantmoins, puis qu'il à appelé à Auguste, j'ay délibéré de le luy envoyer.

26 De quoy je n'ay rien que j'escrive de certain à mon maistre!. Parquoy je le vous ay amené, et principalement à toy, Roy Agrippa, afin qu'après in-

quisition faite j aye de quoy escrire.

27 Car il me semble qu'il n'y à point de raison, d'envoyer un prisonnier

sans signifier le cas qu'on luy mel sus.

1) Ou, Seigneur.

29 Je voudroye bien ouir aussi le personnage. On peut facilement penser par ceci qu'Agrippa a esté tellement convoiteux d’ouir S. Paul, que toutesfois il a eu honte de déclairer son affection; atin que

Festus ne pensast point qu’il fust 1à venu pour autre raison que pour le saluer. Et

il se peut bien faire que non-seulément la curiosité l’a poussé à désirer d’ouir S. Paul : mais aussi pource qu'il espéroit

vu EE

Caar. XX.

SUR LES ACTES

de faire quelque proufit de ses propos. | que S. Luc ait fait mention de ceste

Tant y a toutesfois qu'on peut bien recueillir que son désir estoit bien froid, par ce qu’il a laissé couler beaucoup de jours, durant lesquels il n’a point monstré un seul signe qu’il eust un tel désir:

asçavoir pource qu’il estoit plus attentif aux commoditez terriennes, lesquelles aussi il estimoit davantage. Et n’a osé, ou ne s’est soucié d’en parler avant que Festus luy en feist ouverture le premier.

Ainsi ce sainct et fidèle ministre de Jésus- Christ est produit en spectacle, afin que cest homme profane donne du passe-temps à son hoste : sinon qu’il y a d'avantage, que Festus veut estre muni du conseil du Roy Agrippa et des gens de sa compagnie pour faire apparoïstre de sa diligence à l'Empereur. Mais la chose a esté tournée à une autre fin par la providence secrète de Dieu. Car il ne faut point douter que le bruit n’en ait esté semé çà et là bien loin, lequel pouvoit servir grandement pour la confirmation des fidèles. Et aussi il se peut bien faire qu’aucuns des auditeurs ont esté touchez aucunement, et ont conceu quelque semence de foy, laquelle a puis après produit fruict en son temps. Mais encore que nul d’entr’eux n'ait de bon cœur et purement receu Jésus-Christ et sa Parole, tant y a néantmoins que ce n’a point esté un petit proufit, que la malice des ennemis estant par ce moyen descouverte, les ignorans ont esté appaisez, afin qu’ils ne fussent plus embrasez d’une haine si furieuse contre l'Evangile, que l'impiété a esté mise en confusion et honte : et les fidèles ayans reprins nouvelle force et vigueur, ont esté de plus en plus confermez en l’'Evangile.

23 Lelendemain doncquand Agrippa et Bernice. Le Roy Agrippa et sa sœur Bernice ne vienent pas comme humbles disciples de Jésus-Christ : mais ils entrent avec grande pompe et magnificence, qui est pour leur esblouir les yeux et estoupper les aureilles. Et est bien facile à croire qu’il y avoit avec ce magnifique appareil, un semblable orgueil de cœur conjoint.

Pourtant à ne se faut pas esbahir s'ils w’ont point esté aménez jusqu’à l’obéissance de Christ. Toutesfois il semble bien

pompe et magnificence, afin que nous entendissions que devant une grande assemblée et tesmoins exquis, asçavoir gens qui estoyent en authorité et tous d’apparence, congé et liberté a esté donné à Paul, non-seulement de plaider sa cause, comme si un homme qui est accusé proposoit ses défenses, mais aussi de publier PEvangile. Car il vient en leur présence non autrement qu’en la personne d’un docteur, pour magnifier le nom de Jésus- Christ. Ainsi de ses liens sort la vérité de Dieu : laquelle s’est un peu après espandue-en liberté et sans empeschement : et qui plus est, est parvenue jusqu'à nous.

Là où nous avons mis Pompe, il ya au texte Grec de sainct Luc le mot de Fantasie, par lequel il entend ce que nous disons communément Apparence. Mais il faut bien apporter une autre parure pour communiquer aux nopces spirituelles de Christ,

26 Afin qu'après inquisition faite. On ne sçait si le Gouverneur en déclairant yci devant toute l'assemblée, n’use point de ceste ruse pour l’induire à se désister de son appel. Car il estoit vray-semblable qu’on le pourroit aiséement amener à ce poinet, que sans plus avoir de crainte ou souspecon , il se rapportast du tout à la cognoissance du Gouverneur qu’il voyoit estre juge équitable, mesmement ayant quant et quant support et faveur envers luy par le moyen d’Agrippa. Mais de quelque affection qu’il lait fait, par sa propre bouche il se condamne d’iniquité et injustice, de n'avoir point mis en liberté un homme innocent, lequel maintenant il ha honte d’envoyer à l'Empereur sans aucunes Charges. Ceci aussi est advenu par une merveilleuse providence de Dieu, que des Juifs mesmes ont yci parlé à l'avantage de S. Paul. Possible est que Festus tasche par finesse de tirer du Roy et des gens d'apparence de la ville de Césarée que c’est qu’ils en pensent, afin que s’il fust advenu que Paul eust esté absous, il descharge sur eux toute la haine que les Juifs en conceveroyent contre luy. Car il ne vouloit point sans cause encourir l’inimitié des Sacrificateurs, desquels la plus grande

partie de Jérusalem dépendoit. Et aussi c’estoit un bon moyen descrire à l'Empereur, d’entremettre l’authorité du Roy Agrippa. Mais le Seigneur auquel appartient de gouverner les événemens des choses outre l'espérance des hommes, ha

Cuar. XXVI.

bien un autre but : asçavoir que toutes calomnies desquelles les adversaires avoyent tasché dobscurcir la chose, estans esclaircies, il fust plus libre de maintenir la saine doctrine.

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