CHAPITRE X
À Frères, la bonne affection de mon cœur, et la prière que je fay à Dieu
pour Israël, est qu'ils soyent sauvez.
2 Car je leur porte tesmoignage qu'ils ont le zèle de Dieu, mais non point
selon science.
3 Car ne cognoissans point la Justice de Dieu, et voulans establir leur propre justice, ils ne se sont point soumis à la justice de Dieu. k Car Christ est la Jin de la Loy en justice à tout croyant".
1) Gal., III, 2.
1 Nous voyons par ceûi quelle sollicitude à eu ce sainct personnage d’obvier aux scandales. Car afin d'addoucir tout ce qu’il y Avoit d’aigreur à déduire ce poinct dé la rejection des Juifs, il proteste en- Core (comme il avoit fait au paravant) de sa bonne affection envers eux, et la prouve par l’effét, asçavoir d'autant qu’il avoit leur salut en recommandation devant le Seigneur. Car ceste affection ne peut pro- Céder que d’une vraÿe charité. Combien qu’il peut bien estre paraventure qu’il y à encores eu une autre causé qui l’a Con-
traint de rendre tesmoignage de son|
amour envers la nation de laquelle il estoit issu. Car sa doctrine n’eust jamais esté receue des Juifs, s'ils eussent pensé qu'il en eust voulu à eux de propos délibéré : ét son révoltement eust esté suspect aux Gentils aussi : pource qu’ils eussent pensé qu'en haine des hommes, asçavoir des Juifs, il fust apostat de la Loy, comme nous avons touché au chapitre précédent."
2 Car je leur porte tesmoignage, etc.
Ceci Servoit bien pour approbation de son amour. Car Cestoit une justé cause pour laquelle il devoit plustost avoir compassion d'eux, que, les -hayr, quand il voyoit qu'ils failloyent seulement par ignorance, et non pas d’une certaine malice : voire voyant mesme que c’estoit
LA
quelque manière d'affection de Dieu, de laquelle ils estoyent poussez à persécuter le règne de Christ. Au reste, apprenons d’yci où c’est que nos. bonnes intentions nous transportent, si nous leur obéissons. L'opinion commune est,.que c'est une trèshbonne excuse et bien suffisante, quand celuy qu’on rédargue allègue qu'il ne l’a point fait en mauvaise intention.
Et C’est'une couverture qui arreste aujourd’huy infinies personnes, à ce qu’ils ne s’addounent à s’enquérir de la vérité de Dieu. Car il leur semble que toutes les fautes qu’ils auront commises sans malice délibérée, et par ignorance, ou mesmes à la bonne intention, . seront excusées.
Toutesfois il. n’y a celuy de nous qui vueille excuser les Juifs de ce qu’ils ont crucifié Christ, poursuyvi d’une cruauté inhamaine les Apostres, et tasché de destruire et esteindre l'Evangile: jà soit qu’ils ayent la mesme défense et excuse, en laquelle nous nous gloritions. tout à nostre aise et asseuréement. Laissons donc là toutes ces tergiversations frivoles de. nostre bonne intention, et y renonçons. Si nous cherchons Dieu sans feintise, suyvons le chemin. par lequel seul on parvient à luy. Car il vaut migux tenir le chemin mesme en.clochant seulement, que non pas de courir vaillamment estans hors du chemin, comme dit saint
Augustin. Si nous voulons estre religieux, qu’il nous souviene que ce que dit Lactance est vray, asçavoir qu’il n’y à point d'autre vraye religion, sinon celle qui est conjointe avec la parole de Dieu. D’autre part toutesfois, quand nous voyons périr ceux qui à la bonne intention s’esgarent et fourvoyent en ténèbres, pensons que nous sommes bien dignes de mille morts, si ayans esté illuminez de Dieu, nous sortons à nostre escient hors du chemin qu’il nous prescrit.
3 Car ne cognoissans point, elc.
Voylà comment ils ont fourvoyé par un zèle inconsidéré : asçavoir d'autant qu’ils ont voulu establir leur propre justice, laquelle folle confiance procède de faute de cognoistre la justice de Dieu. Or notons yci l’antithèse entre la justice de Dieu et celle des hommes. Premièrement nous voyons que ces deux manières de justice sont opposées l’une à l’autre, comme choses contraires, et qui ne peuvent -subsister ensemble. Dont s’ensuit que la justice de Dieu est mise bas et renversée, sitost que les hommes establissent la leur propre. En après, afin que ces membres opposites se rencontrent vis-à-vis l’un de l'autre, et qu’il y ait une correspondance, il n’y à point de doute que la justice de Dieu est nommée celle qui est don de Dieu : comme au contraire la justice des hommes est appelée celle qu'ils prenent en eux-mesmes, ou se font à croire qu’ils apportent devant Dieu. Ainsi done, celuy qui veut estre justifié en soy-mesme, ne se soumet à la justice de Dieu, pource que le commencement d’obtenir la justice de Dieu, est que l’homme renonce à sa propre justice. Car quel besoin est-il de chercher justice ailleurs, sinon d'autant que nostre povreté et indigence nous y contraint? Au reste, nous avons dit en un autre endroit, comment c’est que les hommes par la foy vienent à estre revestus de la justice de Dieu : asçavoir d’autant que la justice de Christ leur est imputée. Cependant sainct Paul diffame ÿéi en termes bien rudes cest orgueil duquel sont enflez les hypocrites, quoy qu’on le couvre d’un beau fard de zèle.
Car il dit que toutes telles gens sont adversaires et rebelles à la justice de
Cnar. X.
Dieu, comme ayant rejetté de dessus eux son joug.
4 Car Christ est la fin. En lieu de ce mot La fin, il me semble que le terme d’'Accomplissement ne convient pas mal à ce passage, comme aussi Erasme a mis en sa translation, Perfection. Mais pource ue l’autre lecture est receuë par le consentement commun quasi de tous, et ne convient pas mal aussi, je laisse en la liberté des lecteurs de la retenir. Pour ceste raison lApostre vient au-devant d’une objection qu’on eust peu faire au contraire. Car il pouvoit sembler avis que les Juifs avoyent suyvi le droit chemin, d'autant qu'ils s’estoyent addonnez et arrestez à la justice de la Loy. Or il faloit nécessairement qu’il réfutast ceste fausse opinion : ce qu’il fait en cest endroit. Car il monstre que cestuy-là est mauvais expositeur de la Loy, et la prend à rebours, qui cherche d’estre justifié par les œuvres d’icelle : d’autant que la Loy a esté donnée à ceste fin, qu’elle nous Conduisist et menast comme par la main à une autre justice. Et qui plus est, quoy que la Loy enseigne, quoy qu elle commande, quoy qu’elle permette, elle ha tousjours Christ pour son but : et pourtant à luy doyvent estre rapportées toutes les parties d’icelle : ce qui ne se peut faire, sinon qu’estans despouillez de toute justice, et confus par la Cognoissance de nostre péché, nous cherchions en luy seul justice gratuite. Dont s’ensuit qu’à bon droict les Juifs sont reprins d’un abus pervers de la Loy : d'autant que d’une aide ils s’en sont fait un empeschement, à faute de la bien prendre. Et mesme il appert qu’ils ont vileinement deschiré ia Loy de Dieu, veu que rejettans lâme d’icelle, ils ont seulement prins la letre et le corps mort.
Car combien que la Loy promette loyer aux observateurs de sa justice, toutesfois après avoir enveloppé tous hommes en condamnation, elle substitue une nouvelle justice en Christ, laquelle ne s’acquiert point par mérites d'œuvres : mais estant donnée gratuitement, est receue par Foy.
Ainsi la justice de la foy (comme nous avons veu au premier chapitre) ha tesmoignage de la Loy. Au reste, nous avons yci un passage notable : Asçavoir que la
Car. X.
Loy en toutes ses parties regarde à Christ :
SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS
avoir droite intelligence d’icelle, s’il ne
et pourtant jamais homme ne pourra l vise tousjours à ce but.
5 Car Moyse descrit la justice! laquelle est de la Loy, asçavoir, Que l’homme
qui fera ces choses vivra par icelles?.
6 Mais la justice qui est par la foy, dit ainsi, Ne di point en ton cœur, Qui montera au ciel? cela est ramener Christ d'enhaut*.
7 Ou, Qui descendra en l'abysme? cela est ramener Christ des morts.
8 Mais que dit-elle? La Parole est près de toy, en ta bouche et en ton cœur. C'est la Parole de foy laquelle nous preschons *.
9 Que si tu confesses le Seigneur Jésus de ta bouche, ei que tu croyes en ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
10 Car on croit de cœur pour estre justifié :
pour avoir salut.
1) Ou, escrit ainsi de la justice. 2) Lévit., XVI,
4) Deut., XXX, 14.
vs Clan a aa 5 Caf Moyse descril la justice laquelle est de la Loy, asçavoir, Que Phomme qui fera, etc. Alin qu’on cona À combien la justice de la foy et la justice des œuvres sont contraires, il les compare maintenant l’une à Pautre. Car la répugnance qui est entre deux choses contraires, se monstre mieux quand on en fait comparaison. Or il y procède non point par passages prins des Prophètes, mais par le propre tesmoignage de Moyse, seulement pour une raison : c’est asçavoir, afin que les Juifs entendissent que Moyse avoit donné la Loy, non point,pour
re
# da }n box"
les arrester à la fiance des œuvres, mais plustost. à ce. qu elle les amenast à Christ. Car encore qu’il eust allégué les Prophètes pour tesmoins de son opinion, ceste difficulté toutesfois demeuroit tousjours, Pourquoy donc c’estoit que la Loy avoit prescrit une autre forme de justice. Il résoud donc fort bien toute la difficulté, en establissant la justice de la foy, mesmes par la doctrine de la Loy. Au reste, quant à ce que S. Paul fait la Loy accordante avec la foy, et néantmoins oppose Ja justice de l’une, à la justice de l’autre,
‘il faut entendre la raison. La Loy est
prinse en deux sortes : car aucunesfois elle signifie universellement toute la doctrine que Moyse à mise par escril : aucunesfois ceste partie qui convenoit proprement et spécialement à son ministère :
asçavoir laquelle consiste en commandemens, promesses de loyer, et menaces,
nstÀ Fe an ££ de :