‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 18 sur 99 · LET · texte numérisé non relu

LET

sa propre justice, de recourir au port dele pot bent Ds

la bonté de Dieu, et mesmes à Jésus- Christ en propre personne. Voylà quelle a esté la fin et le but du ministère de Moyse. Or maintenant, pource qu’on ne trouve en Moyse des promesses de V’Evangile, sinon par quelques. endroits, comme semées avec le reste, voire et

ce Pie

icelles un peu obscurément couchées : et au contraire, on rencontre à chacun coup les commandemens et les récompenses ordonnées aux observateurs de la Loy :

à bon droict à Moyse est attribuée proprement et, spécialement la charge d’enseigner quelle est la vraye justice des œuvres : en après de monstrer quelle récompense s’ensuyvra de l’observation d’icelle, et quelle vengence de la trans-

gression. Ainsi suyvant ceste considéra-

tion, il est fait Comparaison entre Moyse | et “Christ, en sainct Jehan, chapitre E, v. 47, là où il est dit que la Loy a esté -donnée par Moyse, mais la grâce et la

vérité est accomplie par Christ. Et toutes |

fois et quantes quele mot de Loy se prend

ainsi estroittement, il faut entendre .que

tacitement Moyse est opposé à Christ : et pourtant il faut alors regarder que c’est que content la “te en SO: estant .Sépaest yci dit de la dusiice de la Loy, il le faut rapporter fon pas à toute Ja charge de Moyse, mais à ceste partie qui luy a esté commise comme particulièrement et spécialement. Je vien maintenantaux mots du passage. Car Moyse descrit la justice, laquelle, etc. Sainct Paul dit, Escrit, mais il prend le verbe simple pour le composé Descrire. Or le passage est prins du Lévitique, chapitre XVII, -Y. 5, où le Seigneur promet la vie éternelle à ceux qui auront gardé sa Loy.

Car on voit bien que sainct Paul mesme l'a prins ainsi, et non point de la vie temporelle seulement, comme veulent dire aucuns. Sur cela sainct Paul argumente en ceste manière, Comme ainsi soit que nul nobtiene la justice que la Loy prescrit, sinon qu’il ait accompli toutes les parties d’icelle, et que tous les hommes ont tousiours esté fort eslongnez de ceste perfection : ce sera en vain quand un homme pensera parvenir à salut par ce chemin. Israël donc s’est abusé, et a mal fait, d'espérer de pouvoir obtenir la justice de la Loy, de laquelle nous sommes tous forclos. Regardons, je vous prie, comment il prend son argument sur la promesse, et d’icelle conclud, qu’elle ne nous proufte de rien, asçavoir à cause de la condition impossible qui est adjoustée

Car. X.

quant et quant. Que c’est donc bien une subtilité frivole, d’alléguer les promesses de la Loy pour establir la justice des œuvres! Car avec icelles nous ne pouvons attendre que certaine malédiction, tant s’en faut que de là nous procède salut:

Et d’autant plus est sotte ét lourde la stupidité des Papistes, quand il leur semble que pour prouver les mérites, c’est assez de prendre les promesses toutes nues et Simples. Dieu, disent- ils, n'a pas en vain promis la vie à ceux qui le serviront : mais cependant ils ne considèrent pas que ce qu’il l’a promise, Cest afin de donner à chacun frayeur de la mort par le sentiment de ses transgressions : et qu’ainsi les hommes, leur défaut et povreté les contraignant, . APDEIDRSeNE (le jen à Christ.

. 1 Mais la justice qui est par la pa dil ainsi. Ce passage est tel, qu'il pourroit beaucoup tormenter le lecteur, et ce pour deux raisons. Car il semble avis que S. Paul l'ait destourné, et appliqué à son propos mal proprement, et aussi que les mots soyent changez en un sens estrange. Mais quant aux mots, nous en parlerons puis après : avisons premièrement à l’application. Car le passage est du Deutéronome, chap. XXX, v. 42, où (comme en l’autre passage que nous venons de veoir) Movse parle de la doctrine de la Loy : mais sainct Paul le tire aux promesses de l'Evangile. La difficulté se pourra fort. bien résoudre en ceste sorte.

Moyse en ce passage-là monstre la facilité et le, chemin aisé qu’il y a pour parvenir à la vie, d'autant que la volonté de Dieu n’est plus maintenant cachée aux Juifs, ni eslongnée d’eux, mais qu'ils l'ont devant leurs veux. S'il n’estoit là parlé que de la Loy seule,, l'argument seroit frivole : veu que la Loy de Dieu estant devant les yeux des hommes, ne leur est non plus facile à faire que Si elle estoit bien loin. Il faut donc dire qu il ne parle pas de la Loy seulement, mais en général de toute la doctrine ‘de Dieu, laquelle!

comprend aussi en S0Y l'Evangile. Car la parole de la Loy de soy n’est jamais en, nostre cœur, non pas mesme là moindre syllabe d’icelle jusques à ce qu’elle y soit plantée et engravée par la foy de l'Evan- |

RE Fa

Car. X.

gile. D’avantage : mesme après la régénération, on ne dira pas, à proprement parler, que la parole de la Loy soit en nostre cœur ; pource qu'elle requiert une perfection,. de. laquelle les fidèles mesmes sont loin. Mais la parole de l'Evangile ba son siége au Cœur, encore qu ’elle ne remplisse pas Je cœur. Car elle nous, présente quant et quant pardon. de nostre imperfection et, défaut. Et de faict, c’est une chose toute certaine, que Moyse en ce chapitre-là (comme aussi au IVe) regarde à eslever magnifiquement et remonstrer,au peuple, l'amour singulière que Dieu luy portoit, entant qu les. avoit prins ‘en sa discipline, et vouloit estre leur Maistre.

Or il ne pouvoit point user de.ce propos, s’il n’eust, eu .esgard qu’à la Loy nue et 7 simple. Et à Cela ne,répugne point que Moyse presche là de réformer, la vie selon 2 Ja régle de,la Loy : car r l'Esprit ( de Trégé- “nération est conjoint ef va tousjours av ec la justice gratuite de la 10Y. Et pourtant de l’un ,il conclud l’autre observation de la Loy procède de la foy de Christ. Et n’y à point.de doute que |!

ceste sentence ne dépende de ce principelà, lequel il avoit mis.un peu au paravant au mesme, chapitre, Le Seigneur circonciga ton cœur. Ainsi il est aisé de réfuter ceux qui disent que Moyse traitte là des bonnes œuvres. Vray est que je confesse cela estre vray : mais, je nie que, ce soit une, chose absurde, de faire venir l’ob- . servation de la Loy de sa, source, c’est-à- :__ dire de la justice, dela foy.

faut maintenant chercher l'exposition des mots. Ne di point en.ton cœur, Qui montera au ciel? etc. Moyse nomme le Ciel et la Mer, comme les lieux les plus eslongnez et, de difficile accès à l’homme : mais sainct Paul comme. s’il y avoit quelque: mystère spirituel, caché sous ces mots, les tire à la mort et résurrection de Christ. Si quelqu'un veut dire. que, ceste interprétation est trop contrainte et subtile, que cestuy-là sçache que l'intention de l’Apostre n’a point esté de regarder de près à traitter comme de propos délibéré le passage de Moyse, mais seulement de l'appliquer à la déduction de la. matière qu'il traittoit présentement. Ainsi donc, il ne récite point mot après mot ce qui

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

: d'autant que |!

nostre. foy « est establie sur tous les Don

Or il nous

ART 183 est en Moyse, mais il use d’une expolition (comme disent les Rhétoriciens) c’està-dire d’un, agencement, par lequel il accommode de plus près le tesmoïignage de Moyse à son, propos. Moyse, avoit, parlé de lieux inaçcessibles.: sainct Paul exprime, des Jieux qui sont plus que tous autres eslongnez ( et cachez à nostre veuë, et lesquels néantmoins iL faut, ‘que: nostre | foy & ple. Si donc nous prenons ce- :

ci comme estant dit par amplification ou expolition, on ne pourra point dire que S. Paul ait tiré par force ou, destourné mal à propos les paroles de Moyse : mais plustost.chacun confessera que.sans faire aucunement tort au sens, il a de bien bonne grâce fait, une allusion à ces mots Ciel.et Mer., Maintenant donc déclarons simplement les paroles de sainct Paul, ‘Pource, que l’asseurance de nostre salut est bastie Sur. deux fondemens, aSçavoir ls quand nous SÇavOns, que la vie nous est" ”

né

acquise, et, que la mort est vaincue, AL,

‘Car Christ en mourant a englouti la mort, Ahloeg

et en ressuscitant à pris la vie en sa puiss ‘sance, et. disposition. Or est-il que par)” l'Evangile le bénéfice de la mort et ré-|

urrection de Christ nous est, communi-| qué. Il ne faut donc point que nous désirions rien d'avantage. Ainsi, afin qu’il apparoisse que Ja justice de la foy est abondamment suffisante à salut, il monstre qu'en icelle sont, compris: ces, deux membres, lesquels seuls, sont requis à salut. Ces mots donc, Qui est-ce qui montera.au,ciel?.emportent autant comme qui diroit, Qui est-ce qui sçait si cest héritage de la vie éternelle et céleste nous est gardé, et si nous l’aurons ? Qui est-ce qui, descendra en l'abysme?

comme qui diroit,, Qui sçait si après la mort corporelle s’ensuyvra la damnation éternelle de l’âme ? Or il monstre que. cs deux doutes sont ostez. par Ja justice de .

la ox, Car Jun tireroit Christ du ciel, l’autre le ramèneroit encore de la mort.

Car l’article de Jascension, de Christ au / ciel, doit tellement confermer nostre Toy touchant la vie éternelle, que celuy qui doute si l'héritage du ciel est préparé aux fidèles, au nom desquels et pour lesquels

AP) des ke

il est là entré, veut, par manière de dire, oster à Christ la possession des cieux, et es mettre hors. Semblablement comme

vrast, de révoquer en doute si les fidèles sont encore sujets à ceste misère, c’est rendre sa mort inutile et comme Ja renoncer. /nwtà)

8 Mais que dit-elle? Le propos négatif qu’il a récité jusques yci, prétend à oster les empeschemens de la foy. I reste donc qu’il monstre maintenant le moyen d'obtenir justice: et à ceste fin est à ceste heure adjousté le propos affirmatif. Quant

à ce qu'il entrelace une interrogation,

combien qu’il pouvoit coucher le tout ensembleet de suyte, il l’a fait pour mieux resveiller les lecteurs à estre attentifs à ce poinct. Et quant et quant il a voulu monstrer combien il y a grande différence entre la justice de la Loy et celle de l'Evangile: d'autant que la justice de la Loy se monstrant de loin, repousse tous hommes, et ne leur donne aucune entrée: mais la justice de l'Evangile se présentant de près, nous convie Taie.

rement à y participer. La parole est près. Premièrement il faut noter, qu’afin que les esprits des hommes estans enveloppez en des circuits lointains ne se fourvoyent du salut, les bornes de la Parole leur sont proposées, dedans lesquelles ils se tienent tousjours rangez. Car c’est

autant comme sil disoit qu’il faut qu’ils

se contentent de la seule parole, et advertissoit qu'en ce miroir-là ils doyvent contempler les secrets des cieux, lesquels par leur splendeur esblouyroyent les yeux, estonneroyent les oreilles, ef raviroyent mesme l'esprit en admiration.

Ainsi donc les âmes fidèles reçoyvent une singulière consolation de ce passage touchant la certitude de la Parole: asçavoir qu’elles s’arrestent et reposent sur icelle aussi asseuréement comme si elles voyoyent les choses à l’’œil et présentement. D’avantage il faut noter que Moyse

propose la Parole, afin qu’en icelle nous

ayons une asseurance de salut stable et tranquille. C’est la parole de foy. Après ce qui à esté proposé de Moyse, à bon droict sainct Paul conjoint ceci. Car la

Cuar. X.

doctrine de la Loy ne rend point la conscience paisible et tranquille, et ne luy fournit point choses qui soyent pour la contenter. Cependant toutesfois il n’exclud point les autres parties de la Parole, et non pas mesme les Commandemens de la Loy : mais il veut establir la justice en la rémission des péchez, mesmes sans l’obéissance parfaite he la Loy requiert.

Ainsi donc pour rendre les esprits paisibles, et estabtir le salut des hommes, la parole de l'Evangile suffit, laquelle ne nous commande point d'acquérir justice par les œuvres, Mais icelle nous estant

fou: est prins pour | is HS messe, c’est-à-dire pour l'Evangile mesme, selon Ja figure appelée Métonymie, d'autant qu’il a “correspondance à la foy.

Car il faut entendre tacitement une anti-

thèse, par laquelle on discérne entre la Loy et l'Evangile : et de ceste marque de distinction nous recueillons, que comme la Loy requiert les œuvres, aussi PEvangile ne requiert autre chose, sinon que les hommes apportent la foy pour recevoir la grâce de Dieu. Ce mot, Laquelle nous preschons: a esté mis par sainct Paul, afin qu'aucun ne pensast qu’il fust discordant de Moyse. Car il donne à entendre qu’au ministère de l'Evangile il est de fort bon accord avec Moyse : veu que Moyse aussi n’a point establi nostre félicité ailleurs, qu’en la promesse gratuite de la grâce de Dieu.

9 OGE si tu confesses. C’est yèi aussi plus tost une allusion, qu’une propre et naturelle interprétation. Car il est vraysemblable que Moyse, suyvant la figure appelée Synecdoche, à prins le mot de Bouche pour Face ou Regard. Mais il n’a point esté mal séant que l’Apostre feist une allusion au mot de Bouche en ceste sorte: Puis que le Seigneur nous pro-

pose sa parole devant nostre bouche, cer-

tainement il nous appelle aussi à la confession d'icelle. Car en quelque lieu qu'est la parole du Seigneur, là elle doit fructifier. Or le fruit de la bouche, c’est confession. Au reste, quant à ce qu’il met la‘confession en premier lieu, et puis la foy : c’est une manière assez

2er 3"

Car. X. SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS. 185

commune és Escritures de mettre derrière ce qui doit précéder. Car l’ordre eust esté meilleur, si mettant premièrement la fiance du cœur, il eust couché après la confession de bouche laquelle en procède. Or cestuy-là confesse le Seigneur Jésus comme il appartient, lequel l’orne de sa vertu, le recognoissant tel qu’il a esté donné du Père, et qu'il est descrit en l'Evangile. Quant à ce qu’il n’est fait mention expresse que de la résurrection, il ne le faut pas prendre en telle sorte, comme si sa mort n’estoit pour rien contée: mais d'autant que Christ en ressus-

. citant a accompli tous les points de nos-

tre salut. Car combien qu’en sa mort la rédemption et satisfaction par laquelle nous sommes réconciliez à Dieu, a esté faite, toutesfois la victoire contre péché, contre la mort, et contre Satan a esté acquise par sa résurrection. De là mesme aussi est procédée et justice et nouyeauté de vie, et l’espérance de l’immortalité bien- heureuse. Pour ceste cause, la résurrection seule nous est proposée pour fiance de salut : non pas afin de nous destourner de la mort d’iceluy mesme Christ, mais pource qu’elle nous rend tesmoi-

gnagé du fruit et de la vertu d’icelle

et 0 À

mort: brief, la résurrection contient en soy la mort. Et de ce propos nous en avons touché quelque chose au chap. VI.

Joint aussi que sainet Paul ne requiert ! point seulement une foy historique (qu on appelle) c’est-à-dire que nous croyions l’histoire de ce que Christ est ressuscité :

mais en la résurrection comprend aussi la fin et le but d’icelle. Car il faut entendre à quelle fin c’est que Christ est ressuscité : asçavoir que le conseil de Dieu le Père en ressuscitant son Fils, a esté

.de-nous restablir tous en la vie. Car com-

bien que Christ ait eu ceste puissance de

reprendre de soy-mesme son âme, toutesfois l’Escriture attribue souvent cest œuvre à Dieu le Père.

10 Car on croit de cœur. Ce passage nous peut servir et aider à entendre la justification de la foy : car il monstre que nous obtenons justice, d'autant que nous embrassons la bonté de Dieu qui nous est présentée en l’Evangile. C’est donc par ce moyen que nous sommes faits

justes, asçavoir pource que nous croyons que Dieu nous est propice en Christ:

mais cependant notons que le siège de la À

foy n’est point aû cerveau, Mais au cœur.

Toutesfois je ne voudroye point débatre de cela, asçavoir en quelle partie du corps gist la foy: Mais pource que le mot de cœur est souvent prins pour une affection vive et non feinte, je dique la foy

est une fiance ferme et plene d’efficace freru founee cf

E és € A,

etnon pas seulement une cognoissance fnue. On confesse de bouche à salut.

On se pourroit esbahir pourquoy c’est qu'il attribue maintenant une partie de nostre salut à la foy, après avoir par cidevant tant de fois déclaré que nous sommes sauvez par la seule foy. Mais on ne doit point inférer de ceci, que la confession soit cause de nostre salut. Il a seulement voulu donner à entendre par quel moyen Dieu parfait et accomplit nostre salut, asçavoir quand par la confession il fait venir en évidence la foy qu'il a mise en nos cœurs. Et mesme il a voulu simplement toucher quelle est la vraye foy, asçavoir celle de laquelle ce fruit procède :

afin qu’en lieu d’icelle quelqu'un n’alléguast une vaine apparence de foy. Car

lle doit tellement embraser le cœur d’unt

désir de la gloire de Dieu, que la flamme s’en monstre par dehors. Et de faict, celuy qui est. justifié obtient desjà salut.

Croire done de cœur, n’est pas moins à salut que confesser de bouche. Aïnsi nous voyons qu’il a en ceste sorte distingué,

afin de rapporter à la foy la cause de la :

justification: et monstrer puis après que ‘

c'est qui est nécessaire à la consommation du salut. Car il est impossible qu'un homme croye de-cœur, qu’il ne confesse aussi de bouche. Et c’est une nécessité qui est pour démonstrer une conséquence perpétuelle, et non pour attribuer à la confession le salut. Au reste, que ceux qui se vantent aujourd’huy fièrement de jé ne sçay quelle foy imaginaire, laquelle se contentant du secret du cœur, se déporte de la confession de bouche, comme d'une chose superflue et inutile, avisent bien que c’est qu’ils respondront yci àS.

Paul. Car c’est une niaiserie trop évidente, de dire qu’il y a du feu, là où il n'ya ne flamme ne chaleur aucune.

Hat x.

11 Car l'Escriture dit, Quiconque croit en luy, ne sera point confus.

12 Car iln'y a point de différence du Juif ne du Grec. car le mesme Seigneur de tous, est riche vers tous ceux qui l’'invoquent.

13 Car quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé?.

1) Js., XXVIII, 16. 2) Joël, IL, 82. Act., II, 21.

11 Car l'Escriture dit, etc.

avoir touché, les causes pour lesquelles Dieu avoit. à bon. droit rejetté les Juifs, il revient maintenant à, confermer la.vocation des Gentils, qui estoit. le, second poinct de Ja question et matière qu’il traite maintenant. Pour autant. donc qu’il avoit monstré la voye par. laquelle les hommes parvienent à salut, et qu’icelle n’est pas moins commune et présentée aux Gentils qu'aux Juifs : maintenant adjoustant premièrement un terme de généralité, il l’estend apertement aux Gentils: puis après nomméement mesme il y appelle les Gentils. Et à propos.il répète encore le tesmoignage d’Isaïie qu’il avoit desjà allégué, afin que la sentence ait plus dauthorité: quant et quant aussi afin qu’on.cognoisse apertement comment les prophéties escrites de Christ accordent fort bien avec Ja Loy.

12 Car n'y a point de différence.

Si la seule fiance y est requise, en quelque lieu qu’elle se trouvera, là aussi lamour et miséricorde de Dieu se monstrera à salut. Il n’y aura donc en,ceci aucune diversité pour le peuple ou la nation.

Et il adjouste une raison fort péremptoire. Car si celuy qui est Créateur et autheur de tout le monde, est le Dieu de tous hommes, il s'ensuit qu’il se. monstrera bénin et favorable à tous ceux.qui le recognoistrônt pour Dieu, et linvoqueront. Car comme ainsi soit que sa mi-

Après |

dei séricorde est infinie , il ne.se peutfaire qu’elle ne s’espande sur tous ceux quida désirent. Le. mot de Riche. est. Yei prins en signification active pour Bien-faisant et libéral. Sur quoy il nous. faut noter, que l’opulence de nostre Père ne diminue point pour dargesse qu’il face: «etyque pour autant nous n’y perdrons rien, quoy qu’en diverses sortes et manières il:enrichisse les autres de. l'abondance ,.de sa grâce. Il ne, faut.donc point que les uns portent envie aux autres des biens qui :

leur sont faits, comme si pour cela ils.y perdoyent quelque chose de leur.costé.

Au reste, combien, que ceste raison: fust assez suflisante, toutesfois il.Ia conferme encore par le tesmoignage..du, Prophète Joël, qui par un terme exprès de généralité enclost et comprend. également tous hommes. Mais les lecteurs pourront beau coup mieux cognoistre , par la’ circonstance, que ce que dit. là, Joël convient à ce propos, tant pource que là il prophétize du règne de Christ, comme aussi pource qu'ayant en premier lieu adverii que lire de Dieu embrasée s’estendra d’une façon. horrible, néantmoins au. mi, lieu de l’ardeur d’icelle il promet salut à tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur. Dont s'ensuit que la grâce de Dieu pénètre jusqu'aux profons abysmes de la mort, pourveu que là on la désire, tellement qu’il n’est point question de la destourner des Gentils et les en frustrer.

14 Comment donc invoqueront-ils celuy auquel ils n'ont point creu? et comment croiront-ils en celuy qu’ils n’ont point ouy? et comnent orront-ils sans

GTR ?

5 Æt comment preschera-on sinon qu on soit envoyé, ainsi qu'il est escrit, O les pieds de ceux qui annoncent paix sont beaux, de ceux, di-je, qui

annoncent les choses bonnes !!

16 Mais tous n’ont pas obéy à l'Evangile. Car Isaïe dit, Seigneur qui a crew

à nostre prédication ??

17 La foy donc est par ouir : et l'ouir par la parole de Dieu.

1) Is., LH,7, Nah,, 1, 15.

2) Is,, LUI, 1. Jean, XII, 18.

Cuar. X,.

Je n’amuseray point yci long temps les lecteurs m’'arrestant à réciter, et quant et quant réfuter les opinions des autres.

Que chacun ait son jugement : mais qu’il Mme soit aussi permis de dire librement ce qu’il me semble. Ainsi done, afin qu’on entende à quoy tend ceste gradation, il faut premièrement considérer qu'il y avoit un lien et comme une conjonction mutuelle entre la vocation des Gentils, et le ministère de S. Paul, lequel il exerçoit envers iceux, tellement que de l’approbation de l’un s’ensuyvoit aussi l’approbation de l’autre. Or il faloit nécessairement que $S. Paul esclaircist et mist hors de doute la vocation des Gentils, et quant et quant rendist raison de son ministère, afin qu’il ne semblast avis que témérairement et inconsidéréement il espandist la grace de Dieu: d’autant que le pain qui estoit destiné aux enfans de Dieu, il le retiroit d'eux, et en distribuoit aux chiens. Il fait donc lun et l’autre tout ensemble. Mais encore on ne pourra point bien entendre comment c’est que le fil du propos suyt, jusqu’à ce que par ordre chacune partie d’iceluy ait esté exposée. Ceste suyte donc qu’il fait de degré en degré vaut autant comme s’il disoit :

Tant les Juifs que les Gentils, en invoquant le nom de Dieu, monstrent bien par cela qu'ils eroyent en luy : pource qu’il n’y peut avoir vraye invocation du nom de Dieu , que la droite cognoissance d'iceluy n’ait précédé, Or la foy procède de la parole de Dieu, et la parole de Dieu nest jamais preschée en aucun lieu, que ce ne Soit par une providence et ordonnance spéciale de Dieu. Là donc où il y a invocation de Dieu, la foy y est, et où la foy est, la semence .de la Parole y a précédé : et où est la prédication, là ilya vocation de Dieu. Or où il y a vocation monstrant ainsi son efficace et son fruit, là est un signe bien claïr et indubitable de l’amour de Dieu. De cela finalement il apperra qu'il ne faut point exclure du royaume de Dieu les Gentils, veu que Dieu les à appelez à la communion et participation de salut. Car comme la prédication de l'Evangile est la cause de la foy entre eux, ainsi la cause de la prédication! c’est l’'envoy de Dieu, par lequel il à voulu en

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

ceste sorte pourvoir à leur salut. Or pour esplucher le reste, venons maintenant à chacun poinct à part.

14 Mais comment invoqueront-ils.

Sainct Paul veut yci conjoindre l'invocation avec la foy, comme de faict ce sont deux choses fort conjointes l’une à l’autre. Car celuy qui invoque Dieu, se retire à luy comme au port unique de salut et (ce qui est une espèce de refuge trèsasseuré) se vient ranger comme l'enfant entre les bras du père plein de bonté et d'amour , afin d’estre maintenu par 54 protection, supporté et entretenu par sa débonnaireté et dilection, soulagé par sa libéralité, soustenu et fortifié par sa vertu. Ce que jamais homme ne pourra faire , sinon que devant il ait conceu en son cœur une telle persuasion et asseurance de l'affection paternelle de Dieu envers S0Y, qu’il se tiene certain d’obtenir tout d’icelle. Ainsi donc, il faut nécessairement que celuy qui invoque Dieu, s’asseure qu’en luy il trouvera secours qui ne faut point. Car S. Paul ne parle point d'une invocation telle quelle, mais de celle que Dieu approuve. Car les hypocrites aussi invoquent Dieu : mais ce n’est point d’une façon qui leur soit à salut, d'autant qu’ils le font sans aucun sentiment de foy. Dont appert comment tous les Scholastiques ne sçavent qu’ils disent, et que ce n’est qu’une fumée de leur doctrine, veu qu’ils se présentent à Dieu en doutant , et n’estans fontez sur aucune asseurance. Sainct Paul parie bien autrement, quand il prend ceci pour une maxime indubitable, que nous ne pouvons deuëment prier, sinon que nous soyions bien certains d’avoir bonne issue, et d'obtenir. Car il n'entend point yci une foy implicite (comme la nomment les Sophistes) mais une certitude que nos Cœurs concoyvent touchant l'amour paternelle de Dieu envers nous, quand par PEvangile il nous réconcilie à Soy, et nous adopte pour ses enfans. C’est là la fiance par laquelle seule nous avons accès à luy, comme aussi nous sommes enseignez aux Ephésiens , troisième chapitre. Au Contraire aussi il nous faut conclure et recueillir d’yci, qu’il n’y a point de vraye foy sinon celle qui produit et engendre

invocation de Dieu. Car il ne se peut faire que celuy qui a gousté la bonté de Dieu, n’aspire aussi tousjours à icelle, et n’y tende en tous ses souhaits. Comment croiront-ils , etc. Le sommaire de ceci est que nous sommes , par manière de dire, comme muets, jusques à ce que la promesse de Dieu ouvre nos bouches pour prier. Lequel.ordre aussi il démonstre par le Prophète en ces mots, Je leur diray, Vous estes mon peuple : et ils me diront, Tu es nostre Dieu. Car ce n’est point à nous de forger un Dieu tel qu'il nous plaira. Il faut donc avoir une droite cognoissance de luy telle qu’elle nous est proposée en sa parole. Mais si quelqu'un de son propre sens conçoit et imagine que Dieu est bon, ce ne sera point une foy ferme ne solide, mais une imagination incertaine, et qui incontinent s’escoule : et

pourtant à la droite cognoissance de

Dieu la Parole est requise. Au reste, quant à ce qu’il n’a fait yci mention (’autre Parole que de celle qui est preschée, c'est pource que cela est le moyen ordinaire de la dispenser et administrer que le Seigneur a ordonné. Toutesfois si quelqu'un vouloit passer plus avant, et dire par cela que Dieu ne peut autrement donner aux hommes sa Cognoissance que par l'instrument de la prédication, nous dirons que ce n’a point esté l'intention de S. Paul, lequel à seulement eu esgard à la dispensation ordinaire de Dieu, et n’a pas voulu imposer loy à la grâce d’iceluy.

15 Et comment preschera-on. I] signifie que c’est un tesmoignage et gage de l’amour de Dieu, quand il fait ce bien à quelque peuple de leur envoyer la prédication de son Evangile: et qu’il ny a annonciateur de ceste doctrine, lequel il n’ait suscité par sa providence spéciale :

et que pourtant quand l’Evangile est annoncé en quelque nation, il ne faut point douter que ce ne soit Dieu qui la visite.

Aureste, pource que $. Paul ne traite pas yci de la vocation légitime d’un chacun en particulier, ce seroit une chose superflue de parler de ceste matière plus avant.

Seulement il suilit sur ce passage que nous entendions que l'Evangile ne tombe pas des nues sur nous, comme la pluye, ou par cas fortuit : mais qu’il est apporté

Cuar. X.

par les mains des hommes, là où il plaist à Dieu l’envoyer et adresser. Ainsi qu’il est escrit. Voyci comment il faut appliquer ce tesmoignage au propos que PApostre traitte présentement. Le Seigneur voulant donner à son peuple espérance de délivrance , honore d’un titre de louange authentique la venue de ceux qui devoyent apporter une si joyeuse et heureuse nouvelle. En cela donc il a bien aussi donné à entendre qu’on ne devoit pas avoir en moindre estime le ministère des Apostres , par lequel le message de la vie éternelle est apporté. Or de là s’ensuyt qu’il procède de Dieu, veu qu’il n’y a rien désirable ne digne de louange en ce

monde, qui ne viene de la:main d’iceluy.

Au reste, nous apprenons aussi d’yci combien c’est une chose que tous les bons doyvent fort désirer et beaucoup estimer que la prédication de l'Evangile, laquelle est tant excellemment louée par la bouche du Seigneur. Car il n’y a point de doute, quand Dieu use de ceste préface magnifique touchant le pris inestimable de ce thrésor, que ce ne soit afin que les esprits de tous hommes se resveillent à le désirer ardemment. Le mot de Pieds se prend pour la venue, par une figure nommée Métonymie.

16 Mais tous n'ont pas obéy. Ceci n'appartient rien à la déduction de l’argument lequel sainct Paul à voulu faire en ceste gradation : et pourtant en la conclusion qui s’ensuyvra tantost, il ne répétera rien qui tombe sur ce poinct:

mais il a semblé bon à S. Paul d’entrelacer aussi ce petit mot, par une manière d’anticipation : afin que de ce qui avoit esté dit, que la Parole précède tousjours la foy en ordre, ne plus ne moins que la semence est devant le blé et l’herbe qui en sort de la terre, aucun ne veint à faire un argument réciproque, et inférer que par tout où la Parole est, la foy aussi s’en ensuit. Car par ce moyen Israël eust peu se glorifier, lequel n’avoit jamais esté destitué de la Parole. Il a done falu monstrer aussi Ceci comme en passant, Asçavoir que plusieurs sont appelez, qui toutesfois ne sont point éleus. Or il amène un passage d’Esaïe, chap. LIFE, x. 4, où le Prophète voulant déduire ceste pro-

QuarX,

phétie excellente de la mort de Christ, et de son règne, d'entrée, avec admiration parle du petit nombre des croyans, lequel en esprit luy apparoissoit tel, qu'il à esté contraint de s’escrier, Seioneur, qui à creu à nostre ouir ? c’est-àdire, à la parole laquelle nous preschons.

Car comme ainsi soit que le mot Hébrieu Schemuah, en la signification passive se prend pour parole : les Grecs et les Latins l'ont traduit L’ouir. Et vray est qu’ils ont en cela fait quelque impropriété: mais le sens n’en est point ambigu. Car nostre ouir signifie ce qu’on oit de nous, ou par nous. Maintenant nous voyons pourquoy ceste exception a esté yci entrelacée comme en passant : asçavoir afin que personne ne veinst à penser que par tout où est la prédication de la parole, la foy aussi s’en ensuyve nécessairement. Toutesfois, il touche puis après la raison, quand il adjouste, À qui est-ce que le bras du Seigneur est révélé? Car par cela il signifie qu’il ne s’ensuit point autrement aucun proufit de la Parole, sinon quand Dieu esclaire par la lumière de son Esprit: et par ce moyen voylà la différence qui est entre la voix extérieure de l’homme, et la vocation intérieure :

laquelle seule est accompagnée d’eflicace, et est propre aux éleus seulement. Dont il appert facilement comment aucuns concluent fort hors de propos, disans que tous hommes indifféremment sont éleus, pource que la doctrine de salut est universelle, et pource que Dieu convie à soy tous hommes indifféremment. Car la généralité des promesses seule et en soy ne fait point le salut commun à tous : mais plustost au contraire ceste révélation spéciale , de laquelle le Prophète fait mention, le restreint aux éleus.

A7 La foy donc est par ouyr. Par ceste conclusion nous voyons à quoy sainct Paul a regardé en mettant ainsi plusieurs choses d'ordre, et les faisant dépendre l’une de l’autre: asçavoir à monstrer que par tout où est la foy, là

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

"189 desjà au paravant Dieu a desployé un signe de son élection. D’avantage, que quand par le ministère de l'Evangile il à espandu sa bénédiction, afin d’illuminer les cœurs par foy, et par icelle aussi les duire et dresser à l’invocation de son nom, en laquelle le salut est promis à tous, il a par ce moyen déclaré et testifié qu’il recevoit les Gentils à la participation de l'héritage éternel. Or voyci un passage bien notable, touchant l’efficace de la prédication, d'autant qu’il nous monstre que d’icelle procède la foy. Bien est vray que l’Apostre a confessé n’aguères, que la prédication d’elle-mesme ne fait rien : mais quand il plaist au Seigneur de besorigner, elle est l’instrument de sa puissance. Et de faict, la voix de l'homme ne peut point par sa vertu pénétrer jusqu’à l'âme. Et ce seroit trop eslever l’homme mortel, de dire qu’il eust la vertu de nous régénérer : aussi la lumière de la foy est trop excellente pour dire que les hommes la puissent donner.

Mais si est-ce que cela n’empesche point que Dieu ne besongne avec efficace par la voix de l’homme: en sorte, que par le ministère d’iceluy il suscite et crée en nous la foy. Il nous faut aussi noter qu’il n’y a autre doctrine pour fonder et bastir la foy, sinon la doctrine de Dieu.

Car sainct Paul ne dit pas*que la foy soit engendrée par doctrine la première qu’on rencontrera, mais il restreint nomméement cela à la parole de Dieu : laquelle restriction seroit absurde si la foy pouvoit consister et estre fondée sur les déterminations des hommes. Et pourtant, il faut que toutes inventions des hommes soyent mises arrière, quand il est question de la certitude de la foy. Par mesme moyen aussi tombe bas ce phantosme Papistique de la foy qu’ils surnomment implicite, lequel sépare la foy d'avec la Parole : et beaucoup plus encore ce blasphème exécrable, Que la certitude de la role demeure en suspens, jusques à ce que l’authorité de l'Eglise la conferme.

18 Mais (je demande) ne l'ont-ils point ouy? Ains leur son est allé par toute la terre, et leurs paroles jusques aux bouts du monde".

1) Ps., XIX, #,

Cnar. X,.

19 Mais (je demande) Israël ne la-il point cognu? Moyse dit le premier, Je vous provoquera à jalousie par celuy qui n'est point mon peuple : je vous

esmouveray à ire par une gent folle”.

20 Et Isaïe prend hardiesse, el dit, J'ay esté trouvé de ceux qui ne me cherchoyent HO, el Suis manifestement apparu à ceux qui ne s Lane neen point ,

de moy *.

21 Mais quant à ple rebelle et contredisant.

1) Deut., XXXII, 21. 2) Is., LXV, à.

183 Mais (je demande), D'autant que par la prédication les esprits des hommes vienent à estre illuminez de la cognoissance de Dieu, laquelle puis après produit de soy linvocation du mesme Dieu, il restoit un poinct à demander, Asçavoir si la vérité de Dieu: n’avoit point esté annoncée aux Gentils. Car d'autant que sainct Paul s’estoit incontinent tourné vers les Gentils, beaucoup de gens s’en scandalizoyent pour la nouveauté de la chose. Il demande donc, Asçavoir-mon si Dieu n’avoit jamais au paravant addressé sa voix aux Gentils, et n’avoit pas fait oflice de Docteur:envers tout le monde. Or pour prouver qu'il y a une eschole commune ouverte à tous, en laquelle Dieu veut de toutes paris rassembler à soy des disciples, il amène le eolsqien du Prophète au Pseaume XEX, v. 4, lequel de prime face ne sembie pas ie guères à propos. Car le Prophéte ne parle pas là des Apostres, mais des œuvres de Dieu muettes : esquelles il dit que la gloire de Dieu reluit si évidemment, qu’on pourroit dire qw’elles ont comme une langue pour raconter les vertus de Dieu. Ce passage de sainct Paul à esté cause que les anciens ont exposé tout le Pseaume par allégorie : en qUOY aussi ceux qui Sont venus après, les ont ensuyvis. Ainsi sans Contredit, le soleil sortant comme un époux de sa chambre secrète, leur à signifié Christ : et les cieux, les Apostres. Ceux qui ont eu plus de conscience, et se sont portez plus modestement en pe:

tion de l’Escriture, pensent que :ce Qui estoit dit proprement de l’ordre et bastiment des cieux, sainct Paul la appliqué aux Apostres par une allusion. Toutesfois, d'autant qu’en bien considérant le tout, je voy que les serviteurs de Dieu

à Israël, Ù dit, j'ay tout le jour estendu mes mains au peu-

en tous endroits ont traitté les Escritures en plus grande révérence, et ne les ont point tirées si hardiment çà et là à leur plaisir, on ne me sçauroit faire à croire que sainct Paul ait ainsi abusé de ce passage. Je pren donc son allégation au propre et naturel sens du Prophète: et l'argument sera tel, Dieu desjà dés le commencement du monde a manifesté sa Divinité aux Gentils. Et combien que ce n'ait pas esté par la prédication des hommes, néantmoins il l’a fait par le tesmoignage de ses créatures. Combien que l'Evangile pour lors ne sonnast mot entr’eux, si est-ce que tout le-bastiment.et ouvrage du ciel et de la terre parloit, et par sa voix magnifioit l’ouvrier, Il appert donc que le Seigneur, mesme du temps qu’il tenoit enclose en Israël la grèce de son alliance, n’a point toutesfois tellement caché aux Gentils sa cognoissance, que tousjours il ne leur en ait fait luire quelque estincelle. Vray.est que lors:il s’est manifesté de plus près au. peuple éleu, tellement qu'à bon droict les Juifs pouvoyent estre comparez à des: auditeurs domestiques, lesquels il enseignoit familièrement de sa bouche sacrée: toutesfois pouree qu’il parloit aussi aux Gen- : tils, comme de loin, par la voix des cieux, cela a esté un signe:et commé un:prépa.

ratif, par lequel il a monstré qu’ilvouloit quelque jour finalement se donner à cognoistre à eux aussi. Au reste, je ne sçay pourquoy le translateur Grec à mis au passage: du Pseaume un mot qui signilie Le. son: veu qu'au texte Hébrieu le mot duquel David a usé signifie Ligne:

aucunesfois en bastiment, aucunesfois en escriture. Quant à ce passage, pource qu’il est certain qu’une mesme. chose est répétée en deux façons de parler, je trouve bien vray-semblable que David

Car. X. | introduit les vieux preschans à tout le genre humain, fant par éscrit que de voix, la puissance de Dieu. Car par Île mot D'aller où Sortir : le Prophète veut donner à entendre que ceste doctrine de laquelle les cieux sont comme prescheurs et'annonciateurs, n’est point enclose dedans les bornes d’un pays, mais retentit jusqu'aux derniers bouts du monde.

19 Mais (je demande.) C'est yci une objection qu’il fait parlant en la personne des' adversaires, et laquelle est prise de la comparaison du moindre au plus "grand. Sainct Paul à conclu qu'il ne faut point forclorre les Gentils de Ja cognoïssance de Dieu : Comme ainsi Soit que Dieu dés le commencement s’est manifesté à ‘eux, combien que ç'ait esté seulement d’une façon obscure, et par moyens énveloppez : ou pour le moins leur à donné quelque goust de sa véri té. Que faudra-il donc dire d'Israël, qui avoit bien esté illuminé d’une autre luière de doctrine? Car comment se fait cela, que les gens estranges et profanes accourent à la lumière qui leur est monstrée de loin, et au contraire ce sainet ligage d'Abraham, qui l’a veue familièrement, l’a rejettée? Car il faut tousjours avoir mémoire de la distinction que Moyse met, disant, Qui est la gent si noble qui ait les dieux ainsi approchans d'elle, comme ton Dieu descend aujourd’huy ? Non sans cause donc on pouvoit demander, pourquoy fsraël, qui avoit esté instruit en la doctrine de la Loy, n’est venu à avoir Cognoissance. Aoyse dit le premier. 1] prouve par le tesmoignage de Moyse, que si Dieu préfère les Geniils aux Juifs, il n’y a point d’absurdité en cela. Le passage est prins de ce Cantique excellent, auquel (Deutéron., XXXII, 21) Dieu reprochant aux Juifs leur desloyauté envers luy, dénonce que la vengence qu’il en fera, sera qu’il les provoquera à jalousie, recevant les Gentils à son alliance, d'autant qu'eux s’estoyent révoltez et destournez après des dieux forgez par les hommes. M’ayans (dit-il) mesprisé et rejetté, vous avez transféré aux idoles mon honneur et le droict qui m'appartenoit. Mais pour me venger de cesie injure, je vous rendray

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

\ R 191 la pareille, mettant les Gentils en vostre place, et leur faisant comme uñ transport de ce que jusqu'à présent je vous avoye donné. Or cela ne se pouvoit faire sans une réjection du peuple des Juifs.

Car de là vient l’émulation que Moyse touche, asçavoir d’aütant que de celle qui nestoit point gent, Dieu en fait sa gent, et suscite Comme de néant un nouveau peuple, qui prene posséssion de lestat duquel les Juifs ont esté déposez :

comme aussi délaissans Dieu ils $’estoyent abandonnez et prostituéz aux idoles. Au reste, si on dit qué quand Christ veint au monde, les Juifs ne s’estoyent pas destournez à ceste lourde idolâtrie externe, cela ne sert de rien pour les excuser : veu que par leurs inventions ils avoyent profané tout le service de Dieu : et mesmé ils ont finalement renié Dieu le Père qui s’estoit manifesté à eux en Christ Son Fils ‘unique: ce qui est là plus extrême hnpiété qu’on Ssçauroit dire. Cependant aussi notons que ces mots, La gent folle, et, Celuy qui n’est point peuple, emportent une mesme chose, pource que hors l’espérance de la vie éternelle, l’estre des hommes (à propre-

ment parler) n’est rien. Or le commen-

cèement et la source de vie procède de la lumière de foy : Il s'ensuit donc que l’estre spirituel vient d’une nouvelle création. En ce sens Sainct Paul, Ephésiens, If, 10, appelle les fidèles OEuvre de Dieu, depuis qu’ils sont régénérez par son Esprit, et reformez à son iniage. Aussi de ce mot Folie, nous recueillons que toute la sagesse qu'ont les hommes sans la parole de Dieu, n’est que pure vanité.

20 ÆEt Isaie prend hardiesse. Pource que ceste prophétie est aucunement plus claire, il dit d'entrée, afin de resveiller lés lecteurs à estre plus attentifs, qu'Isaie estant plein d’asseurance à ainsi parlé :

comme s’il disoit, Que le Prophète n’a point parlé en termes couvers et ambi- ‘us, mais qu'il à prononcé la vocation

éGentils en paroles claires et simples.

Or les deux membres que S. Paul a yci séparez, entrelaceant quelques mots, sont couchez tout d’une suyte au livre du Prophète, chap. LXV, v. 4, où le Seigneur prononce qu’un temps viendra qu’il con-

vertira sa grâce vers les Gentils. EL adjouste la raison incontinent après, asçavoir un ennuy de la rébellion et obstination d'Israël, laquelle avoit si long temps continué qu’il n’en pouvoit plus supporter. Il parle donc ainsi, Ceux qui auparavant ne s’enquéroyent point de moy, et ne tenoyent conte de mon nom, n'ont maintenant cherché. (Il use d’un temps passé pour le futur, afin de monstrer la certitude de la prophétie.) Ceux qui ne me cherchoyent point m'ont trouvé sans y penser ou le désirer. Je sçay bien qu’il y à aucuns Rabbins des Juifs qui renversent et pervertissent tout ce passage, comme si Dieu promettoit de faire que les Juifs se retireront et repentiront de leur révoltement. Mais c’est une chose toute claire et évidente que là il est parlé des estrangers. Car il s’ensuit incontinent au texte du passage, J’ay dit à la gent qui n’invoquoit point mon nom, Me voyci.

Sans doute donc, le Prophète dénonce qu’il adviendra, que Ceux qui auparavant estoyent estrangers de la maison de Dieu, y seront receus par une adoption nouvelle. C’est donc cela la vocation des Gentils, en laquelle toutesfois nous voyons comme en un miroir l’image et le pourtrait de la vocation de tous fidèles en général. Car il n’y en à pas un qui previene le Seigneur, mais tous sans exception sommes par sa bonté gratuite retirez du profond abysme de la mort, où il n’y à nulle cognoissance de luy, nulle affection de le servir, brief, nul sentiment de sa vérité.

91 Mais quant à Israël. Maïntenant yci est adjoustée la cause et raison pourquoy c’est que Dieu se tourne vers les Gentils, asçavoir pource qu’il voit que sa grâce est en mocquerie entre les Juifs.

Mais afin que les Lecteurs entendent mieux que ce second membre est pour toucher l’aveuglement du peuple, sainct Paul nous advertit notamment, qu’yci est reprochée au peuple éleu sa malice. V est qu’à traduire mot à mot il y auroit,»

dit à Israël: mais S. Paul a ensuyvi la manière de parler des Hébrieux, qui pre-

Crar. X.

nent souvent À, pour De. Or il dit, qu'il estend ses mains à 1sraël, d'autant que journellement il le convioit à soy par la Parole, et ne cessoit de Pattraire par toute manière de douceur et libéralité.

Car il use de ces deux moyens pour appeler les hommes, entant qu’en iceux il leur monstre sa douceur et affection débonnaire. Toutesfois en ce passage il se complaind principalement du mespris de la doctrine, lequel est d'autant plus détestable, que Dieu desploye sa solicitude paternelle d’une façon plus excellente, quand il convie les hommes à soy par la Parole.

Au reste, ceste façon de parler emporte grand poids, quand il dit qu’il estend les mains : pource que Dieu procurant nos tre salut par les Ministres de sa Parole, nous tend les mains ne plus ne moins comme si un père estant prest de recevoir mignardement en son giron son fils, estendoit mesmes ses bras vers luy, I dit, Tout le jour: afin qu’on ne s’esbahisse point s’il s’est lassé de bien-faire, veu qu'en continuant si long temps et sans cesse il n’a rien gaigné envers eux. C’est une semblable façon de parler, que celle qui est en Jérémie, chap. VIL, x. 43, et XI, 7, où il dit qu’il s’est levé de matin pour les admonester. En ce qu'il s'ensuit il use de deux mots fort propres pour signifier infidélité : pourveu que nous traduisions le premier mot par Obstiné, où Rebelle. Non pas toutesfois que je rejette entièrement l'interprétation d'Erasme et de l’ancien Translateur Latin, asçavoir, Non croyant. Mais comme ainsi soit que le Prophète accuse le peuple d’obstination, et puis après il adjouste qu’il s'esgare és voyes qui ne sont point bonnes : je ne doute point que le Translateur Grec voulant exprimer le mot Hébrieu qui estlà mis, n’ait usé de ces deux termes, appelant le peuple premièrement Désobéissant ou Rebelle, puis après Contredisant: d’autant qu’en cela s'est.

monstré la rébellion, que ce peuple par upe fierté et amertume indontable a rejetté obstinéement les saintes admonitions des Prophéties.

CHar. XI.

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

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