CHAPITRE XVI
À Je vous recommande nostre sœur Phébé, laquelle est servante de l'Eglise
de Cenchrée :
2 À fin que la receviez au Seig gneur, comme il appartient aux Saincts, et que luy assistiez en toute chose qu'elle aura besoin de vous : car elle à assisté
à plusieurs, et aussi à moy-mesme !.
3 Saluez Prisque et Aquile mes coadjuteurs en Jésus-Christ,
k Qui ont submis leur col pour ma vie : ausquels je ne rend point grâces moy seul, mais aussi toutes les Eglises des Gentils.
ù Saluez aussi l'Eglise qui est en leur maison. Saluez Epénète mon aimé, qui est les prémices? de l'Eglise d’Achaïe en Christ.
6 Saluez Marie, laquelle a fort travaillé envers nous.
1 Saluez Andronique et Junie mes cousins, et qui ont esté prisonniers avec moy, lesquels sont notables entre les Apostres, el qui mesmes ont esté devant
moy en Christ.
8 Saluez Amplia mon bien-aimé en nostre Seigneur. 9 Saluez Urbain nostre coadjuteur en Christ, et Stachys mon bien-aimé. 10 Saluez Apelles approuvé en Christ. Saluez ceux de chez Aristobule.
11 Saluez Hérodion mon cousin. Saluez ceux
nostre Seigneur.
de chez Narcisse, qui sont en
42 Saluez Triphène et Tryphose, lesquelles travaillent en nostre Seigneur. Saluez Perside ma bien-aimée, laquelle a grandement travaillé en nostre Sei-
gneur.
13 Saluez Roux éleu au Seigneur, el sa mère, et la miene. 1% Saluez Asyncrite, Phlégon, Hermas, Patrobas, Hermès, et les frères qui
sont avec eux.
15 Saluez Philologue, et Julie, Nérée et sa sœur, et Olympe, et tous les
Saincts qui sont avec eux.
16 Saluez -saluent*.
1) Ou, esté hostesse de plusieurs et mesme de moys à Pierre, V, 14.
À Je vous recommande. La plus grande partie de ce chapitre ne contient autre chose que salutations, esquelles d'autant qu’il n’y à nulle difficulté, ce seroit une chose superflué de s’y arrester longuement. De moy, je toucheray seulement les points qui requièrent d’estre aucunement esclarcis par exposition. En premier lieu, il recommande Phébé, à laquelle il donnoit ceste Epistre à porter.
Or il la louë premièrement par l'office, d'autant qu’elle exerceoit un ministère trèshonneste et trèssainct en l'Eglise de Dieu. Puis après il amène une autre cause pourquoy ils la doyvent recevoir, et luy faire tous les plaisirs qu’ils pourxont : asçavoir, d'autant qu’elle s’estoit
2) Ou, le premier fruit.
l’un l’autre par un sainct baiser. Les Eglises de Christ vous
3) 1 Cor., XVI, 20,2 Cor., XIII, 18,
tousjours employée pour tous fidèles.
Pour autant-done qu’elle estoit servante de l'Eglise de Cenchrée, à ceste cause il veut qu’elle soit receuë au Seigneur. Et quand il adjouste, Comme il appartient, etc., il donne à entendre que c’eust esté une chose mal séante aux serviteurs de Christ, s’ils ne luy eussent fait honneur, et usé d'humanité envers elle. Et certes il faut aimer tous les membres de Christ :
|mais principalement porter révérence,
aimer et honorer ceux qui ont estat publice en l'Eglise. En après, comme elle avoit tousjours esté serviable envers tous, aussi commande-il maintenant qu’on luy aide et assiste en tous ses affaires.
Car le devoir d'humanité requiert qu’on
n’abandonne point en nécessité celuy qui de sa nature est enclin à faire plaisir, s’il advient qu’il ait besoin de l’aide d’autruy. Et afin qu’il les incite mieux à ce faire, il se met aussi du nombre de ceux ausquels elle a assisté. Au reste, il monstre ailleurs (asçavoir 4 Tim., V, 10) quel a esté le service ou administration de laquelle il parle yci. Car tout ainsi que les povres estoyent sustentez des deniers publiques de l'Eglise : aussi il y avoit gens ordonnez expressément du public, pour les penser, et avoir soin d'eux. On élisoit volontiers à cela des vefves, lesquelles estans délivrées de toutes charges domestiques, et n’ayans ment d’enfans, désiroyent de se consacrer et dédier totalement à Dieu és choses concernantes l'exercice de charité.
Et depuis qu’elles estoyent receues à ceste charge, elles estoyent comme attachées et obligées, ne plus ne moins que celuy qui se loë, cesse d’estre son maistre, et en sa liberté. Et pourtant le S Apostre en sa re Tim., V, 44, dit, que celles lesquelles ayans une fois entreprins ceste charge, y renonçoyent, puis après rompoyent leur foy. Or pour autant qu’il faloit qu’elles demeurassent en leur viduité, il défend d’en élire qui ayent moins de soixante ans : et ce pource qu’il prévoyoit qu'il y auroit danger : voire que ce seroit une chose pernicieuse de vouer de vivre hors mariage au-dessous de ceste aage-là. Ceste charge trèssaincte et grandement utile en lPEglise, ainsi que les choses sont allées en décadence, et tousjours de mal en pis, a esté malheureusement convertie en l’ordre oisif des Nonnains : lequel jà soit qu'il fust vicieux, et contraire à la parole de Dieu dés son premier commencement, toutesfois il est si fort reculé maintenant de sa première source, qu’il n’y à point moins de différence qu'entre un lieu consacré à chasteté, et un bordeau.
3 Saluez Prisque.et Aquile. Les tesmoignages qu'il rend à aucuns, tendent
en.partie, à
norez, la preud’hommie soit honorée aussi : et Afin que ceux .qui peuvent et
désirent plus proufiter que les autres,
nul empesche- |
.|les en remercient :
ce que quand ceux qui sont. sens de bien .et preud’hommes sont ho-
Crar. XVI.
|ayent authorité : en partie aussi, à ce qu'eux-mesmes persévèrent au mesme train de vie qu’ils ont mené auparavant, et qu’ils ne perdent point Courage au milieu de la course saincte qu’ils ont commencée, ou que leur saincte ardeur ne viene à diminuer. L’honneur qu’il attribue à Prisque et Aquile est bien singulier, et principalement en une femme. En quoy reluit mieux la modestie de ce sainct personnage Paul, qui ne desdaigne point d’avoir une femme pour compagne en l'œuvre du Seigneur, et n’ha point de honte de le confesser. Or c’estoit la femme de cest Aquile, laquelle S. Luc au :
XVIII des Actes, v. 2, appelle Priscille.
4 Ausquels je ne rend point, etc.
D'autant que Prisque et Aquile n’ayoyent
| point espargné leur vie pour sauver celle
de S. Paul, il tesmoigne que pour son regard particulier 1! leur en rend grâces, et ne veut pas estre ingrat : touLesfois il adjouste, que Toutes les Eglises de Christ atin d'inciter aussi les Romains par cest exemple. Or c’est à bon droict que tous les Gentils ont tenu si chère et précieuse la vie d’un homme, comme de faict c’estoit un thrésor inestimable. Et pourtant, ce n’est pas de
| merveille si toutes les Eglises des Gentils
se sont senties obligées à ceux qui s’estoyent employez pour la conserver. Ce qu'il adjouste de L'Eglise qui est en leur maison, est bien digne d’estre noté.
Car il ne pouvoit pas parler plus honorablement de leur famille, qu’en luy donnant le titre d’Eglise. Car de traduire Congrégation, comme a fait Erasme, je ne le puis approuver : d'autant qu’on voit tout évidemment que S, Paul a par honneur usé à ce propos de ce sacré nom d’Eglise.
5 Qui est les prémices. En ceste facon de parler il y a une allusion aux cérémonies de la Loy. Car pource que par Ja foy les hommes sont sanctifiez à Dieu, ceux qui tienent le premier lieu en ceste oblation, sont à bon droict appelez les prémices. Au reste, selon qu’un chaçun a esté premier quant au temps appelé à la foy, S. Paul aussi luy défère Ja prérogative d'honneur. Mais cela ha lieu, quand la fin est de mesme le commencement. |
Car. XVI.
Et dé faict, ce n’est pas un petit honneur que Dieu fait à ceux lesquels il élit pour prémices. Aussi, la longueur mesme du temps apporte une plus grande et abondante approbation de la foy, quand on voit que ceux qui ont les premiers commencé, ne perdent point courage, et ne se lassent de continuer leur bonne course. Il monstre derechef, comment il n’est point ingrat en faisant mention de la peine que Marie à prins pour luy. Et n'ya point de doute qu’il n’adjouste ces louanges, afin que ceux qu'il loue soyent en plus grande recommandation aux Romains.
7 Saluez Andronique. Combien que sainct Paul n'ait pas accoustumé de faire grand cas du lignage et autres semblables choses qui attouchent la chair, toutesfois pource que le parentage qu’avoyent avec luy Junie et Andronique, pouvoit aucunement servir pour les rendre plus cognus , il n’oublie pas mesme ceste louange. Le second titre est de plus grand poids, quand il les nomme ses Compagnons de prison. Car entre les honneurs et triomphes de ceux qui bataillent sous lPenseigne de Christ, les liens et la prison ne tienent pas le dernier lieu. Quand pour le troisième titre, il les nomme Apostres, il ne prend pas ce mot en sa signification propre et accoustumée, mais il l’estend plus loin à tous ceux qui n’enseignent point seulement une Eglise, mais s’employent à publier l'Evangileen tous lieux. Ceux doncquiplantoyent et dressoyent les Eglises , en portant çà et là la doctrine dé l'Evangile, il appelle telles gens généralement Apostres. Je di en ce pässage : car ailleurs il restreint ce titre à cest ordre excellent par-dessus les autres, lequel Christ dressa premièrement en ses douze disciples. Autrement, ce seroit une chose absurde que telle excellence entre peu de gens fust attribuée à ceux-ci. Au reste, pource qu'ils avoyent embrassé par foy l'Evangile devant S. Paul , il ne fait point de difficulté de les préférer à soy-mesme pour ce regard.
414 Ceux de chez Narcisse. C'eust esté une chose mal séante et par trop desrai-
SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS
sonnable, qu'en un catalogue si long S. Pierre fust mis en oubli, si pour lors il estoit à Rome : et toutesfois il faut bien qu’il y fust, qui en voudra croire les Romanisques. Mais si ainsi est, qu’il n’y à rien meilleur en choses douteuses que de suyyre ce qui est de conjecture probable,
jamais homme ayant quelque moyen ju-
gement ne pourra estre persuadé que ce qu'ils disent soit vray. Car S. Paul n’eust jamais oublié d'en faire mention. Au reste, il y à un poinct bien digne d’estre noté, c’est que nous n’oyons yei pas un de ces noms magnifiques et honorables au monde, dont on puisse recueillir qu’il y ait eu gens d’estat et d'apparence lesquels fussent Chrestiens. Car tous ceux que S. Paul récite yci, estoyent gens de petite estoffe, et quasi incognus à Rome.
Quant à Narcisse, duquel il fait mention, je pense que c’estoit le Liberte ! de Claude l'Empereur, un homme renommé de plusieurs forfaits, et actes détestables. Et d'autant plus est admirable la bonté de Dieu, laquelle est entrée jusques dedans ceste maison infâme et confite en toute dissolution et meschanceté. Non pas que Narcisse lui-mesme ait esté converti à Christ : mais cela seul a esté bien grand’chose qu’une telle maison quasi semblable aux enfers, fust visitée de la grâce de Christ. Or comme ainsi soit que de ceux qui vivoyent sous ce vilein macquereau, pilleur insatiable, et homme corrompu et desbauché jusques au bout, il y en a eu qui ont purement servi à Christ, il ne faut pas que les serviteurs aujourd’huy attendent leurs maistres , mais que chacun en son endroit s'efforce et face son devoir de suyvre Christ. Mais qui plus est, l’exception adjoustée par S. Paul monstre que ceste maison-là estoit divisée, tellement qu’il y avoit seulement quelque peu de personnes fidèles.
16 Saluez l’un l'autre en sainct baiser. El appert tout communéement par les passages de l’Escriture, que le baiser estoit un signe d'amitié bien fréquent et fort en usage entre les Juifs. Paraventure qu'entre les Romains il n’estoit pas si fort en usage: tant y a toutesfois qu’il
1) C'est-à-dire un qui ayant esté serf de Claude l'Empereur avoit esté par luy affranchi. Car les Romains nommoyen
» telles gens Libertes.
n’estoit pas du tout estrange, sinon qu’il W’estoit pas permis de baiser les femmes, qu'aux parens seulement. Toutesfois , cela est venu en usage entre les anciens, que les Chrestiens devant la communication de la Cène se baisassent les uns les autres, pour tesmoigner par ce signe lPamitié mutuelle qu’ils avoyent entr’eux : et que puis après ils contribuassent des aumônes , afin de monstrer à la vérité et par effet ce qu’ils avoyent représenté par le baiser : comme il appert par une Homilie ’ de Chrysostôme. De là est venue ceste manière de faire qui est aujourd’huy entre les Papistes , de baiser la patène, et de bailler l’offrande: desquelles lune est une pure superstition sans aucun fruit :
4) C'est-à-dire un sermon.
Cuar. XVI.
l'autre ne sert à autre chose qu’à souler l’avarice des Prestres, si toutesfois il estoit possible de la souler. Il ne me semble pas toutesfois que S. Paul. requière yei préciséement l'observation de ceste cérémonie: mais seulement il les exhorte à entretenir une amour fraternelle, laquelle il discerne d’avec les amitiez profanes de ce monde : lesquelles le plus souvent sont ou feintes et fardées, ou fondées en quelques meschancetez, ou s’entretienent par mauvais moyens , et jamais ne tendent à une droite fin. En adioustant la salutation de par les autres Eglises, il tasche entant qu’en luy est, de conjoindre tous les membres de Christ, les uns aux autres, par un lien d'amour mutuelle.
17 Or je vous prie!, frères, que preniez garde à ceux qui font dissensions et scandales? contre la doctrine que vous avez apprinse, et vous retirez
d'eux.
18 Car ceux qui sont tels, ne servent point au Seigneur Jésus-Christ, mais à leur ventre : et par douces paroles et flatteries séduisent les cœurs des
simples :
19 Car vostre obéissance est cognue de chacun. Je m'esjouy donc de vous : mnais je.vueil que vous soyez sages en bien, et simples en mal.
20 Et le Dieu de paix brisera de brief Satan dessous vos pieds. La grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous. Amen.
1) Ou, admoneste.
17 Or je vous prie,frères. I met maintenant une exhortation, de laquelle il est bien nécessaire que la mémoire soit souvent refreschie à toutes Eglises, et qu’elles en soyent resveillées : d’autant que les ministres de Satan sont tousjours après à espier les occasions pour troubler le règne de Christ. Or il y a deux moyens par lesquels ils machinent ce trouble. Car ou ils sèment des dissensions par lesquelles les esprits soyent distraits de lunion qui est en la vérité: ou ils suscitent des scandales pour destourner les cœurs de l’amour de l'Evangile. Le premier advient quand la vérité de Dieu est deschirée par nouveaux articles de doctrine, et nventez des hommes. Le second, quand par diverses ruses elle est rendue odieuse, Où contemptible. Tous ceux donc qui
font Pun ou l'autre, il veut qu'à telles
2) Ou, partialitez, ou bandes à part, et scandales.
8) 2 Jean, v. 10.
gens on prene garde, afin qu'ils ne nous déçoyvent ou surprenent à despourveu :
puis après, qu'on se relire d'eux, pource qu’ils sont dangereux et pernicieux. Et non sans cause il requiert que les fidèles soyent attentifs en cest endroit. Car il advient souvent par nostre paresse ou nonchalance , que les meschans garnemens font beaucoup de mal à l'Eglise, devant qu’on pense à y remédier et leur résister. D’avantage, ils ont souventesfois de merveilleuses finesses, pour s’insinuer à nuire, si on ne les considère avec prudence. Au reste, notons que ce pro= pos s’addresse à ceux qui estoyent enseignez en la pure doctrine de Dieu. Car c’est un meschant divorce et plein de sacrilége, de mettre division entre ceux qui sont consentans et unis en la vérité de Christ. Mais d'autre part aussi, c’est une
Cnar. XVE.
calomnie impudente, de vouloir sous couleur de paix et union, maintenir un complot à mensonges et meschantes doctrines. Il ne faut point donc que les Papistes facent des fins en prenant couverture sur ce passage, pour nous rendre odieux et jetter la rage du peuple sur nous. Car ce n'est point l'Evangile de Christ que nous combatons et voulons renverser, mais les mensonges du diable, desquels la pure doctrine de PEvangile a esté par ci-devant obseurcie. Et mesmes aussi sainct Paul démonstre clairement qw’il ne condamne pas toutes dissensions en général et sans exception, mais celles qui deschirent le consentement et accord en la droite foy. Car il y a poids en ce mot, Que vous: avez apprinse : pource qu’il a falu que les Romains , autant qu’ils fussent bien et droitement enseignez, laissassent premièrement les façons de faire de leur pays, et les traditions de leurs prédécesseurs.
18 Car ceux qui sont tels. Il adjouste une marque, par laquelle il faut tousjours discerner les faux prophètes d'avec les vrais serviteurs de Christ, c’est qu'ils ne se soucient point de la gloire de Christ, mais ont seulement leur ventre en recommandation. Toutesfois pource qu'ils s’insinuent cauteleusement, et prenans apparence d'autre chose que ce qu’ils ont au cœur , cachent leur malice, il touche quant et quant quelles sont leurs ruses et subtils moyens, afin que personne n’y soit trompé: c’est que Par douces paroles ils acquièrent entrée et faveur.
Vray est que les annonciateurs de l’Evangile ont bien aussi en leur endroit une manière de douceur et gracieuseté : mais accompaignée de liberté et rondeur, en sorte qu’ils ne mignardent point les hommes par vaines louanges , et ne nourrissent point les vices par flatieries : mais ces affronteurs-là en partie allèchent et taschént de gaigner les cœurs des hommes par flatterie, en partie leur laschent la bride et les espargnent en leurs vices, afin de s’entretenir tousjours en bonne grâce. Il appelle Simples, ceux qui ne Sont guères avisez, et n’ont pas de grande diserétion pour appercevoir les tromperies,
SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS
19 Car vostre obéissance.: C’est une anticipation, par laquelle il monstre que ce qu’il les admoneste, n’est pas qu’il ait mauvaise opinion d’eux, ou qu’il s’en mesfie, mais d'autant qu’il est aisé de mesprendre en cest endroit : comme s’il disoit, Vray est que vostre obéissance ha bruit , et est louée par tout, tellement que j'ay de auoy m'’esjouir en vous. Toutesfois pource qu’il advient souvent qu'on mesprend en cest endroit par simplicité, .
je désire que vous soyez ignorans et simples quant à commettre le mal. Mais ex bien , c’est-à-dire toutesfois et quantes qu’il en est besoin pour maintenir les choses bonnes et droites, je veux que vous soyez sages et prudens à bon escient.
Nous voyons yci quelle simplicité est louée és Chrestiens. Ce que je di, afin que ceux qui tienent aujourd’huy pour grande vertu une ignorance brutale de la parole de Dieu , ne se couvrent de ce titre. Car combien qu’il approuve és Romains ce qu’ils sont obéissans et traittables, si veut-il toutesfois qu’ils usent de prudence et discrétion, afin que leur facilité de croire ne.les rende sujets à estre abusez par beaucoup de tromperies. Ainsi donc, il rend tellement tesmoignage qu’il se resjouit de ce qu’ils sont purs de malice, que toutesfois il veut qu’ils soyent avisez et prudens à se donner garde. Ce qui s'ensuit, Dieu brisera Satan : est plustost une promesse pour les fortifier et confermer, que non pas prière. Car il les exhorte à batailler hardiment et vaillamment contre Satan, promettant qu’en brief ils obtiendront victoire. Vray est qu’il a une fois esté vaincu par Christ, mais non pas tellement qu’il ne renouvelle tous les jours le combat. L’Apostre donc leur promet une dernière destruction de leur ennemi, laquelle n’apparoist pas au milieu du combat. Combien qu'il ne parle pas du dernier jour seulement, auquel Satan doit estre entièrement brisé : mais d'autant que lors Satan faisoit une confasion horrible par tout, en sorte qu'il sembloit qu'il fust deschainé , il promet que bien tost adviendra que le Seieneur l’accablera du tout , et par manière de dire, le leur donnera à fouller aux pieds. Après cela incontinent s’ensuil
Cuap. XVL.
une prière, Que la grâce de Christ soit | fruit , et ayent la jouissance de tous les avec eux : C'est-à-dire, qu'ils sentent le biens qui nous ont esté acquis par Christ.
21 Timothée mon coadjuteur vous salue, et Lucius, et Jason, el Sosipater
mes cousins.
22 Moy Tiers, qui ay escrit l'Epistre, vous salue en nostre Seigneur.
23 Gaius mon hoste et de toute l'Eglise, vous salue. Eraste le procureur ! de la ville vous salue, et Quart nostre frère.
24 La grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen.
25 Or à celuy qui est puissant de vous confermer selon mon Evangile, selon la prédication de Jésus-Christ, suyvant la révélation du secret qui a esté teu
de si long temps,
26 Manifesté maintenant, et notifié en toutes nations par les Escritures des Prophètes par le mandement de Dieu éternel, afin qu'il y ait obéissance de foy. 27 À Dieu, di-je, seul sage, soit gloire à tout jamais, par Jésus-Christ,
Amen ?.
Envoyée de Corinthe aux Romains par Phébé servante de l'Eglise de Cenchrée. :
1) Ou, receveur, ou thrésaurier. 2) Eph., II, 20.
21 Timothée mon coadjuteur , etc.
Les salutations lesquelles il adjouste , tendent en partie à entretenir conjonction et amitié entre les fidèles séparez les uns des autres de longue distance de lieux : en partie aussi afin que les Romains recognoissent en l'Epistre la suscription de ses frères. Non pas que S. Paul ait eu besoin du tesmoignage des autres, mais pource que le consentement des fidèles n’est pas peu de chose, ains sert beaucoup. Or la conclusion de l'Epistre (comme on peut veoir ) est par la louange de Dieu, et une action de gràces. Car il touche ce bénéfice excellent de Dieu, de ce qu’il luy a pleu illuminer les Gentils par la lumière de l'Evangile :
en quoy s’est monstrée une bonté infinie en luy, et laquelle on ne sçauroït jamais assez magnifier. Combien que ce propos de louange ha aussi quelque chose qui peut servir à dresser et establir la fiance des fidèles, afin qu’ayans les cœurs dressez à Dieu, ils attendent asseurément de luy toutes les choses qui luy sont yci attribuées : d'avantage aussi que par les hénéfices précédens receus de luy, ils conferment leur espérance pour l'advenir.
Au reste, pource qu'en amassant beaucoup de choses en une sentence, il a fait yei un grand circuit de propos, qui est aucunement confus et enveloppé, il sera
bon que nous prenions chacun membre l’un après l’autre. Premièrement, il attribue toute gloire à Dieu seul : puis après pour monstrer qu'à bon droict elle luy est deuë, il récite aucunes de ses vertus comme en passant, afin que par là on cognoisse que luy seul est digne de toute louange. 11 dit qu'il est seul sage: laquelle louange luy estant attribuée, est par mesme moyen ostée à toutes créatures : combien qu’il semble que $. Paul après avoir parlé du conseil secret de Dieu, a expresséement adjousté ce titre de louange, afin de ravir tous hommes à une révérence et admiration de la sagesse de Dieu. Car nous sçavons comment les hommes, quand ils ne trouvent point la cause des œuvres de Dieu, sont enclins à murmurer à l'encontre. En adjoustant que Dieu est puissant pour confermer les Romains : il les asseure de la persévérance finale. Et afin qu’ils se reposent et appuyent plus asseuréement en ceste puissance, il adjouste qu’elle nous a esté testifiée par l'Evangile: en laquelle facon de parler nous apperceyons que l'Evangile ne nous promet pas seulement la grâce présente, c’est-à-dire pour ceste heure, mais aussi nous apporte certitude d’une grâce qui durera à jamais. Car là Dieu ne dénonce pas qu'il nous est Père seulement pour le temps présent, mais
Caar. XVI.
qu’il le sera jusques en la fin: et mesme qui plus est, son adoption s’estend outre la mort, d'autant qu’elle nous mène à Phéritage éternel. Le reste est mis pour la louange de la vertu, efficace et dignité de l'Evangile. Il appelle l'Evangile, La prédication de Jésus-Christ: comme de faict, tout le sommaire et la substance «le l'Evangile consiste en la cognoissance de Christ. Et la doctrine d’iceluy, révé- {ation du secret : ce qui doit non-seulement nous rendre plus attentifs à l’escouter, mais aussi imprimer en nos cœurs une grande révérence envers icelle. Au reste il monstre combien ce secret est haut, quand il adjouste que dés le commencement du monde il a esté caché par tant de siècles. Vray est qu’il ne contient pas une sagesse qui soit enflée et brave, telle que les enfans de ce monde désirent, lesquels aussi l'ont pourtant en mespris :
mais il nous desploye ces thrésors inestimables de la sapience céleste, qui surmontent tout entendement : lesquelles si les Anges mesmes adorent en grande admiration, il n’y a certes celuy d’entre les hommes qui les puisse considérer en assez grande révérence. Et ne faut point que ceste sapience soit par nous moins estimée, pource qu’elle est cachée sous une simplicité de paroles commune et contemptible : car il à pleu au Seigneur d’abbatre ainsi l’orgueil de la chair. Or pource que cela pouvoit aucunement donner à douter , comment un mystère qui avoit esté caché par tant d'aages estoit lors si soudainement venu en évidence :
il monstre que cela n’est point advenu par une inconstance humaine, ne par cas fortuit, mais par l’ordonnance éternelle de Dieu : par lequel motaussi il coupe broche à toutes questions curieuses , lesquelles ’audace de l’esprit humain a accoustumé ile remuer. Car tout ce qui advient soudainement et outre leur attente, il leur semble, et jugent que c'est une chose conduite à l'aventure : dont souvent ils concluent faussement que les œuvres de Dieu sont absurdes, ou pour le moins S’enveloppent en beaucoup de doutes fascheux à desmesler. S. Paul donc monstre que ce qui est maintenant venu en évidence tout soudain , avoit ainsi esté dé-
SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS
terminé devant que le monde fust fait.
Mais afin qu'aucun ne mette ce poinct en doute pour arguer de nouveauté l’Evangile, et par ce moyen le diffamer, il allègue les escritures des Prophètes, esquelles estoit prédit ce que maintenant nous voyons accompli. Car tous les Prophètes ont rendu si clair et évident tesmoignage à l'Evangile, qu’il est impossible d'en trouver ailleurs meilleure confirmation. Et Dieu a par ce moyen deuëment préparé les esprits des siens , afin que la nouveauté de la chose non accoustumée pe les troublast par trop. Si quelqu'un objecte qu’il y a répugnance és paroles de S. Paul, d'autant qu’il dit que ce mystère duquel Dieu a testifié par les Prophètes, a esté caché en tous aages, S. Pierre nous donne une solution bien aisée de ceste difficulté : Asçavoir que les Prophètes en s’enquérant songneusement du salut qui nous est maintenant présenté , ont administré non point à eux, mais à nous, A Pierre , [, v. 42. Ainsi donc, Dieu en parlant lors, s’est néantmoins teu, d’autant qu’il a tenu en suspens la révélation des choses desquelles il vouloit que ses serviteurs prophétizassent lors. Combien que mesme les gens sçavans ne sont pas entièrement d'accord en quel sens $. Paul, tant en ce passage qu'aux Ephésiens, chapitre IT, v. 9, et aux Colossiens, I, v. 26, appelle l'Evangile Mystère qui a esté teu. Vray est qu’il y a plus de fermeté en l’opinion de ceux qui le rapportent à la vocation des Gentils, laquelle S. Paul luy-mesme touche nomméement aux Colossiens, 1, v. 27. Mais quant à moy, combien que je confesse que cela en soit une cause, toutesfois je ne me puis persuader que s’en soit la seule cause. Ïl me semble plus vray-semblable que S. Paul à aussi eu esgard aux autres diftérences entre le vieil et le nouveau Testament. Car combien que les Prophètes eussent anciennement enseigné toutes les choses qui ont esté exposées par Christ et ses Apostres : toutesfois ils les avoyent enseignées si obscurément , au pris de ceste nayfve clarté qui est en la lumière de l'Evangile, que ce n’est pas de merveille s’il est dit que les choses maintenant manifestées onf esté cachées. Et de
faict aussi, Malachie, IV, v. 2, ne dénonce pas sans cause que le Soleil de justice se lèvera: et encore au paravant Isaïe n’avoit pas pour néant eslevé de titres si magnifiques l'ambassade du Messias : brief, ce n’est point sans Cause que V'Evangile est nommé le Royaume de Dieu. Mais on peut mieux cognoistre par la veuë mesme de la chose, que lors proprement ont esté ouverts les thrésors de