‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 28 sur 99 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

À Nous qui sommes forts, devons supporter les infirmitez des foibles : et non

point complaire à nous-mesmes.

2 Parquoy qu'un chacun de nous complaise à son prochain en bien pour édi-

Jication.

3 Car aussi Christ n'a point voulu complaire à soy-mesme, mais ainsi qu'il est escrit, Les injures de ceux qui te disent injures, sont cheutes sur moy.

1) Ps. LXIX, 9.

4 Nous qui sommes forts. Afin que ceux qui avoyent plus proufité en la cognoissance de Dieu que les autres, ne lrouvassent estrange et desraisonnable

qu’on les chargeast d'avantage, il mons-

tre à quel usage ils doyvent rapporter ceste force qu'ils ont plus que les autres :

c’est asçavoir, à soustenir les foibles ;

afin qu’ils ne vienent à cheoir tout à plat, ou bien se troubler et aescourager aucunement. Car comme ceux ausquels Dieu a donné sçavoir plus excellent et abondant, il les destine à enseigner les simples et ignorans: ainsi ceux qu’il Corrobore et fortifie, il leur recommande les foibles et infirmes : asçavoir, qu’ils employenit leur force et vertu à les soustenir. Et ainsi faut-il que toutes grâces soyent communiquées entre les membres de Christ. Selon donc qu’un chacun est plus confermé en Christ, tant plus est-il tenu de supporter les infirmes. Quant à ce qu’il dit qu’il ne faut point que le Chrestien se plaise à soy-mesme, il veut dire qu'en ce qu’il fait il ne doit point avoir ce but de satisfaire à soy-mesme, comme ont accoustumé ceux qui se contentans de leur propre jugement, tout à leur aise mesprisent les autres, et ne s’en soucient point. Or de faict, ceste admonition est fort convenable à la matière qu’il traitte présentement. Car il n’y à rien qui nous empesche ou retarde plus de nous accommoder à supporter les autres, sinon que chacun est addonné à soy-mesme plus qu’il ne faut : tellement que remettant en arrière tout le soin qu’il devoit avoir des autres, il suit seulement son avis et ses affections.

2 Parquoy qu’un chacun de nous, etc.

Ji nous enseigne vyci que nous sommes obligez aux autres : et que pourtant nostre devoir est de nous employer envers eux, et les contenter, et que sans aucune exception nous-nous devons accommoder aux frères, quand nous le pouvons faire selon la parole de Dieu pour leur édification. Il y a donc en ceci deux maximes. La première, Que ne nous reposans pas sur nostre jugement propre, et n’acquiesçans point à nos Cupiditez, nous devons en tous endroits mettre peine et nous employer à contenter les frères. L'autre, Que quand nous-nous voulons accommoder à nos prochains, nous devons regarder en Dieu tellement que nous ayons pour nostre but leur édification. Car les hommes pour la plus grand’ part sont de telle sorte, qu’on ne peut s’entretenir avec eux, sinon qu’on complaise à leur fol appétit, Et qui veut

Car. XV.

acquérir la grâce de plusieurs, il ne sera point tant question de procurer leur salut, que d'obtempérer à leur folie: et ne faudra point regarder que C’est qui leur est expédient, mais que c’est qu’ils désirent à leur ruine. Ainsi donc il ne faut point tascher de complaire à ceux-là, ausquels rien n’aggrée que mal.

3 Car aussi Christ ne s'est point pleu. Si c’est raison que le’ serviteur ne refuse rien à quoy son seigneur s’assujetisse, ce seroit une chose fort absurde, de nous vouloir exempter d’une nécessité à laquelle Christ (lequel nous repommons nostre Roy et Seigneur) s’est soumis : c’est asçavoir, de supporter l’infirmité des autres. Car iceluy, mettant en arrière le regard de soy-mesme, s’est entièrement employé à cela. Car c’est à sa personne que convient vrayement tout ce que le Prophète chante au Pseaume LXIX, v. 9. Or entre autres choses, ce poinct aussi y.est, Que le zèle de la maison de Dieu Va rongé: et que les blasmes de ceux qui diffamoyent Dieu, sont tombez sur luy. En quoy il signifie qu'il brüloit d’une si ardente amour de la gloire de Dieu, qu’il estoit saisi d’un si grand désir d'avancer le royaume d'iceluy, que s’estant oublié soy-mesme, il estoit comme tout englouti de ceste seule pensée : qu’il s’estoit tellement consacré au Seigneur, que le cœur Huy fendoit toutes fois et quantes qu’il voyoit le nom sacré d’iceluy estre mesprisé et blasphémé par les meschans.

Combien que ceste seconde partie qui parle des opprobres et blasmes de Dieu, se peut bien entendre en deux sortes : ou qw’il n’a point esté moins esmeu des outrages .

qu’on faisoit à Dieu, que si luy-mesme les eust portez sur soy : où qu’il n’a point esté moins marri de veoir faire injure à Dieu, que si luy-mesme leust faite. Et de faict, si Christ règne en nous (comme il faut nécessairement qu’il règne en tous ses.

fidèles) nous aurons aussi en nos cœurs ce sentiment, Que tout ce qui dérogue à la gloire de Dieu, nous tormentera autant comme s’il venoit Ge nous. Vienent donc maintenant et respondent à ceci, ceux desquels le comble des souhaits est

| de parvenir à grans honneurs entre les :

Car. XV. SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS. 249

gens, qui outragent en toutes manières le | sang. Ce n’est point certes un chose seuhom de Dieu, foullent Christ aux pieds, | re, d’estre tant honoré et avancé par ceux deschirent par pièces avec grand opprobre | desquels Christ est non-seulement mes-

son Evangile, et le persécutent à feu et à | prisé, mais aussi cruellement traitté.

4 Car toutes les choses qui ont esté par avant escrites, ont esté escrites pour nostre doctrine : afin que par patience et consolation des Escritures, nous

ayons espérance.

5 Or le Dieu de patience et de consolation vous doint sentir une mesme

chose entre vous! selon Jésus-Christ.

6 Afin que d'un courage el d'une bouche vous glorifiez Dieu, qui est le Père

de nostre Seigneur Jésus-Christ.

1) Ou, penser, ou avoir pareille affection entre vous. 2 Cor., I, 10. Philip., I, 16.

k Car toutes les choses. C'est l’application de lexemple, afin qu’il ne semblast à quelqu'un que c’estoit aller chercher les choses bien loin, que de nous exhorter à ensuyvre l'exemple de Christ.

Mais c’est bien au contraire, dit-il : car il »y a rien és Escritures qui ne serve à nostre instruction, et à la conduite de nostre vie. Or voyci un passage excellent, par lequel entant que nous sommes enseignez que rien n’est contenu és Oracles de Dieu, c’est-à-dire és saincts Livres, qui soit inutile et sans fruit, nous sommes aussi advertis en lisant la saincte Escriture, de proufiter en la crainte de Dieu et saincteté de vie. Toutes les choses donc que l’Escriture enseigne, travaillons à les apprendre. Car ce seroit faire injure au sainct Esprit, si nous pensions qu'il eust enseigné quelque chose, laquelle nous n’ayons point besoin de sçavoir. En après, sçachons que tout ce qui est là enseigné, tend à nous avancer et faire proufiter en la crainte de Dieu.

Et combien qu’il parle du vieil Testament, toutesfois autant en faut-il dire mesmes des eserits des Apostres. Car si Esprit de Christ est en tont et par tout semblable à soy-mesme, il n’y a point de doute qu’aujourd’huy par les Apostres il a compassé sa doctrine à l'édification des siens, comme il avoit fait anciennement par les Prophètes. Au reste, par ce passage sont fort bien réfutez et convaineus ces esprits fantastiques, qui crient à plene bouche que le vieil Testament est aboli, et n'appartient aucunement aux

Chrestiens. Car en quelle contenance oseront-ils destourner les Chrestiens des choses lesquelles S. Paul testifie avoir esté ordonnées de Dieu à leur salut?

Quant à ce qu’il adjouste, {fin que par patience et consolation des Escritures nous ayons espérance : il ne comprend pas tous les points de Putilité et proufit qu’on doit recueillir de la parole de Dieu, mais touche seulement en brief la principale fin. Car voylà sur quoy principalement insistent les Escritures, asçavoir à nous eslever à l'espérance de la vie éternelle, et faire continuer en la méditation d’icelle, en nous duisant à patience, et confermant par consolations. Le mot Grec lequel nous avons traduit Consolation, signifie aucunefois Exhortation : auquel sens je ne le trouve pas mauvais yci, sinon d’autant que le mot de Consolation convient mieux avec Patience : pource que la dernière procède de l’autre. Car lors nous sommes disposez à porter patiemment les adversitez, quand Dieu les addoucit, et comme destrempe de quelque consolation. Car la patience des fidèles n’est point ceste stupidité endureie que les Philosophes commandent!: mais une douceur par laquelle nous-nous assujettissons volontairement à ce qui plaist à Dieu nous faire, d’autant que le goust de sa bonté et de son amour paternelle nous rend toutes choses douces. [celle patience nourrit en nous et soustient espérance, à ce qu’elle ne défaille.

5 Or le Dieu de patience. Dieu est

4) Voyez l’Institution, chapitre XXT, set, 28, 24, 25,

ainsi nommé par les effets, lesquels sainct Paul a ci-devant attribuez à l'Escriture, pour une trèsbonne raison, mais toutesfois diverse. C’est certes Dieu seul qui est autheur de patience et consolation, d’autant que par son Esprit il fait descouler en n0s cœurs l’une et l’autre : toutesfois pour ce faire il se sert de sa Parole comme d’un instrument. Car il nous enseigne premièrement quelle est la vraye patience et consolation : puis après il inspire et plante en nos cœurs icelle doctrine. Au reste, l’Aposire après avoir admonesté les Romains de leur devoir, et exhorté à s’y employer, se tourne maintenant à prière, pouree qu'il sçavoit bien que ce sera sans proufit qu’on traittera qu devoir d’un chacun, sinon que Dieu face au dedans par son Esprit ce qu’il a enseigné par la bouche de l’homme. Or le sommaire de sa requeste est, que Dieu réduise leurs cœurs à un vray accord, et les face vrayement consentir ensemble.

l monstre aussi quant et quant, quel est

Car. XV.

le lien de ceste union, quand il veut qu’ils consentent selon Christ. Car c’est un maudit accord et mal-heureux consentement, que celuy qui est fait hors Dieu.

Or il est hors Dieu, quand il tend à nous destourner, ou eslongner de sa vérité. Et afin de nous faire avoir en plus grande recommandation ce consentement en Christ, il monstre combien il nous est fort nécessaire : veu que Dieu n’est point vrayement glorifié par nous, sinon que les cœurs de nous tous consentent à sa louange, et que mesme les langues s’addonnent à les chanter d’un bon accord.

Il ne faut point done qu'aucun viene dire qu’il donnera gloire à Dieu à sa façon.

Car Dieu estime tant l’union de ses serviteurs, qu’il ne veut point que sa gloire soit meslée avec discordes et contentions.

Ceste seule considération devoit bien suffire pour réprimer cest appétit enragé de débatre et opiniastrer, auquel les esprits de plusieurs sont aujourd’huy par trop addonnez.

1 A raison de quoy recevez l'un l'autre, comme aussi Christ nous a receus

à la gloire de Dieu.

8 Or je di que Jésus-Christ a esté ministre de la Circoncision, pour la vérêté de Dieu, afin de confermer les promesses faites aux Pères.

9 Et que les Gentils honorent Dieu pour «a miséricorde : comme il est escrüt, Pour cesle cause, je te donneray louange entre les Gentils, et chanteray à ton

Nom !.

10 Et derechef il dit, Gentils, esjouissez-vous avec son peuple?.

Â1 £t derechef, Toutes gens louez le Seigneur :

ensemble.

et vous tous peuples louez-le

12 Et derechef Isaïe dit, Il y aura une racine de Jessé, et un qui S’eslèvera pour gouverner les Gentils. Les Gentils auront espérance en luy".

1) Ps. XVIII, 50. 2) Ps. LXVII,5. Deut., XXXII, 43.

A raison de quoy. I retourne encore à son exhortation, pour laquelle confermer il retient tousjours l'exemple de Christ. Car iceluy n’en a pas aimé et comme embrassé un ou deux seulement, mais nous tous ensemble : et en ce faisant, nous a tellement conjoints, que nous-nous devons entretenir les uns avec les autres, si nous voulons estre tousjours gardez entre ses bras, et sous sa protection. C'est donc ci le moyen par lequel nous confermerons nosire voca-

3) Ps. CXVIX,1. . 4) Is., XI, 10.

tion, asçavoir quand nous ne nous Séparerons point de ceux avec lesquels.le Seigneur nous a conjoints et-liez. Ce mot, À la gloire de Dieu, se peut rapporter ou à nous seulement, ou à Christ, ou à luy et nous ensemble: et le dernier me vient mieux à gré, en ce sens, Comme Christ a servi magnifiquement et excellemment à la gloire de son Père, en nous recevant tous en grâce, qui avions besoin de miséricorde : ainsi il faut que nous aussi pour avancer la gloire du

Cuar. XV.

mesme Dieu, confermions et ratifions ceste conjonction que nous avons les uns. avec les autres en Christ.

8 Or je dique Jésus-Christ. I monstre maintenant comment Christ nous a tous aimez et comme embrassez : en quoy il ne laisse aucune différence entre les Juifs et les Gentils, sinon qu’il a esté en premier lieu promis, et comme spécialement destiné au peuple des Juifs, avant que d’estre présenté aux Gentils. Au reste, en ce qui estoit la source de toutes leurs contentions, il monstre qu’il n’y à aucune différence entre les deux :

d'autant que Christ a recueilli les uns et les autres d’une misérable dissipation :

et estans recueillis, les a amenez au Royaume de son Père, afin qu'ils fussent faits un troupeau en une bergerie, et sous la conduite d’un Pasteur. Et de . Là, il donne à entendre que c'est bien raison qu'ils demeurent unis et de bon accord ensemble, et que les uns ne mesprisent point les autres, veu que Christ n’a eu les uns ne les autres en mespris ou desdain. Ainsi donc, il parle en premier lieu des juifs, et dit que Christ leur a esté envoyé pour accomplir la vérité de Dieu, faisant le contenu des promesses données aux Peres. Or ce n’est pas petit honneur, que pour servir à leur salut, Christ le dominateur du ciel et de la terre, a prins chair. Car tant plus il s’est humilié et abbaissé pour l’amour d’eux, tant plus leur a-il fait grand honneur.

Et il prend cela comme une maxime du tout arrestée et indubitable. Parquoy, c’est d'autant plus grand merveille, comment il y à une si grande impudence ! en certains cerveaux fantastiques , qu'ils osent bien enclorre en la chair, et restraindre à ce présent monde toutes les promesses du vieil Testament. Afin que les Gentils ne s’atiribuent aucune excellence par-dessus les Juifs, sainct Paul dit en’ termes exprès, que le salut que Christ a apporté, appartient proprement et spécialement aux Juifs par l'alliance, d'autant qu'à sa venue il à accompli “ que le Père avoit anciennement promis à Abraham, et ainsi a esté Ministre de.ce peuple-là. Dont s’ensuit que l’ancienne al-

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS

liance en substance estoit ‘spirituelle, combien qu’elle fust conjointe avec figures terriennes. Car l’accomplissement duquel traitte sainct Paul, il le faut nécessairement rapporter au salut éternel.

Mais afin qu'aucun ne peust en cela user de cavillation, disant que.quand l'alliance a esté establie en la main d'Abraham, et comme mise en garde par devers luy, le salut à esté promis seulemenf à son lignage qui viendroit long temps après, il approprie expresséement les promesses à la personne des Pères. Parquoy, ou la vertu de Christ consistera en biens corporels, ou il faut dire nécessairement que l'alliance contractée avec Abraham, s’estendoit plus avant qu’à la chair.

9 Æt que les Gentils honorent Dieu.

C’est l’autre membre, à la probation duquel il s’arreste plus, d'autant qu’il estoit douteux. Le premier tesmoignage qu'il allègue est prins du Pseaume XVIIE, qui est récité au chapitre XXII du 2e livre de Samuel : où sans doute aucune est contenue une prophétie touchant le règne de Christ. Or sainct Paul prouve par ce tesmoignage la vocation des Gentils , pource qu'il est là promis que la confession de la gloire de Dieu sera ouye entre les Gentils. Car nous ne pouvons pas vrayement annoncer la gloire de Dieu, sinon entre ceux qui oyent et reçoyvent ses louanges quand elles sont chantées par nous. Et pourtant, à ce que le nom de Dieu soit célébré entre les Gentils, il faut que la cognoissance leur soit donnée, et qu’ils soyent unis et incorporez au peuple de Dieu. Car c’est une maxime qu’on peut veoir par tout és Escritures, que les louanges de Dieu ne peuvent estre annoncées, sinon en la congrégation des fidèles, qui ont les aureilles faites et préparées pour ouir telle mélodie.

10 Gentils, esjouissez-vous, etc. Quant à ce qw on interprète communéement ce verset, comme estant prins du Cantique de Moyse, je ne le trouve pas convenable.

Car là Moyse veut plustost espovanter les adversaires d'Israël par la grandeur d’iceluy, que les convier à se resjouir d'une resjouissance commune avec luy.

Mon avis donc est, que ce passage est

Voyez l'Institution, chapitre XI, sections 4, 2, etc., et le livre contre la doctrine de Servet, au dernier article.

plustost prins du Pseaume LXVIF, v.5, Où il y à, Que les nations s’esjouissent et chantent de liesse, pource que tu juges les peuples en équité, et addresses les nations en Ja terre. Et quant à ce que sainCt Paul a adjousté du sien, Avec le peuple de Dieu : il l'a fait pour plus familière déclaration. Car pour certain là le Prophète conjoint les Gentils avec Israël, et convie également les uns et les autres à une resjouissance commune, laquelle ne peut estre sans la cognoissance de Dieu.

A1 Toutes gens louez le Seigneur.

Ce passage aussi ne convient pas mal au propos de l’Apostre. Car comment loue- royent Dieu Ceux qui ne cognoissent

point sa grandeur P Ils ne le pourroyent non plus faire que d’invoquer son nom à eux incognu. C’est donc une prophétie fort propre pour prouver la vocation des Gentils. Ce qui appert encore mieux par la raison qui esi là adjoustée. Car il commande de rendre grâces à Dieu pour sa vérité et miséricorde, Ps. CXVIE, v. 4.

A9 Et derechef Isaïe dit, etc. Ceste prophétie est claire et notable sur toutes autres. Car là le Prophète, les choses estans presque désespérées, console le petit résidu des fidèles, disant que la maison de David estant comme un tronc sec et sans vigueur, néantmoins il en sortira un sourgeon, et de ceste racine mesprisée

… Cri. :XV:

fléurira un rameau, lequel restablira le peuple de Dieu en sa gloire et magnificence ancienne. Ce surgeon, c’est Christ le Rédempteur du monde : comme il appert par la description qui est là mise. Il adjouste puis après, Qu'il sera eslevé haut, et dressé pour enseigne aux Gentils, afin qu'il leur soit en salut. Vray est que les mots qui sont yci mis, diffèrent quelque peu de la vérité Hébraïque.

Car en lieu que nous lisons yci, Se lèvera : le texte Hébrieu ha, Estre mis pour signe : Ce qui vaut autant, asçavoir, Estre haut eslevé, et en veue, comme une enseigne. Semblablement en lieu du mot Avoir espérance, l'Hébrieu ha, Chercher : mais selon l’usage tout commun de l’Escriture, Chercher Dieu n’est autre chose qu’espérer en luy. Or en ceste prophétié la vocation des Gentils est deux fois confermée : premièrement en ce qui est dit que Christ leur sera dressé pour enseigne, lequel toutesfois règne seulement entre les fidèles : en après aussi quand il est adjousté, qu'iceux Gentils auront leur espérance en Christ : ce qui ne se fait point sans la prédication de Ja Parole, et illumination de l'Esprit. Le Cantique de Siméon accorde avec ceste prophétie d’Isaïe. Au reste, quand il est yci parlé de l'espérance en Christ, nous avons en cela un tesmoignage de sa Divinité.

13 Le Dieu d'espérance donc vous remplisse de toute joye et paix en croyant : &fin que vous abondiez en espérance par la puissance du sainct Esprit.

44 Or mes frères, je suis aussi moy-mesme asseuré de vous, que vous aussi estes pleins de bonté!, remplis de toute cognoissance, et pouvez mesmes admo-

nester l'un l'autre.

15 Mais, freres, j ay usé aucunement de hardiesse en vous escrivant, comme vous rafraichissant la mémoire, à cause de la grâce qui m'a esté donnée de

Dieu,

AG Afin que je soye ministre de Jésus-Christ envers les Gentils, consacrant l'Evangile de Dieu, à celle fin que l'oblation des Gentils soit agréable, estant

sanctifiée par le sainct Esprit.

1) Ou, preud’hommie,

13 Le Dieu d'espérance donc. Encore maintenant il conclud son propos comme ci-dessus, par une prière, en laquelle tout ce qu'il leur avoit enseigné, il re-

2) Ou, vaquant au sacrifice de l'Evangile:

quiert que le Seigneur le leur donne.

Dont appert que le Seigneur ne compasse point à nos forces où à la puissance de nostre franc arbitre ses commandemens :

Caar. XV. SUR L'ÉPISTRE semblablement que quand il nous commande les choses qui sont de nostre devoir, ce n’est pas afin qu’en la confiance de nostre vertu nous nous mettions en train de luy obéir : mais qu’il commande des choses esquelles l’aide de sa grâce est nécessaire, afin de nous aiguillonner et inciter à l'exercice de prier. Quand il nomme le Dieu d'espérance, il ha esgard au verset prochain précédent : comme s’il disoit, Ce Dieu done auquel nous espérons tous d’un accord, vous remplisse de joye, c’est-à-dire d’alaigreté de conscience : d'avantage , aussi d'union et concorde : et ce, en croyant. Car à ce que nostre paix soit approuvée de Dieu, et luy plaise, il faut que nous soyons conjoints ensemble, et unis par la foy pure et non feinte. La façon de parler qui est au texte Grec, selon que quelque fois on la prend, pourroit aussi signifier A croire :.et le sens sera, qu'ils employent et facent servir leur paix à croire.

Car lors nous sommes deuement disposez à la foy, quand estans paisibles et unis de cœurs, nous-nous soumettons au Seigneur, pour porter obéissance à sa Parole. Toutesfois il est plus convenable de dire qu’il conjoint la foy avec paix et joye, pource qu’elle est le lien de tout Sainct et raisonnable accord, et le fondement de la joye säincte. Combien qu’on pourroit aussi entendre la paix, laquelle un chacun ha au dedans avec Dieu : mais le fil du texte nous mène plustost à la . première exposition. Il adjouste d’avanlage, Afin que vous abondiez en espérance : pource que par ce moyen aussi l'espérance est confermée et augmentée en nous. Ce mot Par la puissance du sainct Esprit, est mis pour démonstrer que foutes ces choses sont dons procédans de la libéralité de Dieu : et ce mot Puissance, emporte sôn poids, pour louer ceste vertu tant admirable par laquelle l'Esprit met en nous foy, espérance, joye et paix.

14 Or mes frères je suis moy-mesme asseuré. C’est une anticipation, ou une manière de concession, tendant à appaiser et contenter les Romains, si d’aventure il leur eust esté avis que tant d’admonitions et si <ongneuses que saint

AUX ROMAINS. 253 Paul leur à faites, estoyent pour les Laxer, CE que par ainsi il leur faisoit tort. Il s'excuse done de ce qu'il avoit prins la hardiesse de faire office de docteur et exhortateur envers eux : et dit qu'il l’a fait, non pas qu’il se desfiast de leur prudence ou débonnaireté, ou persévérance, mais pource que son devoir ly contraignoit. Car par ce moyen il repousse de SOy tout Souspeçon et blasme de témérité : laquelle consiste principalement en cela, quand un homme s'ingère en l'office d'autruy, ou se mesle de choses qui ne convienent pas à sa personne. En quoy on peut veoir la singulière modestie de ce Sainct cœur, qui n’a rien mieux aimé que d'estre tenu pour rien, moyennant que la doctrine laquelle il preschoïit fust en authorité. Il y avoit és Romains beaucoup d’orgueil et arrogance : le nom de la ville rendoit enflez, mesmes les plus petis du commun populaire, tellement qu’à peine eussent-ils porté qu’un homme estranger, voire mesme barbare et Juif, eust fait office dé Docteur envers eux pour les enseigner. Saïnct Paul ne veut pas combatre en son nom privé à l’encontre d’une telle fierté, toutesfois il la donte par douces paroles, en protestant qu'il s’est entremis de ce faire, suyvant le devoir de son office d’Apostre. Estes pleins de bonté, remplis de toute cognoissance. I y a deux grâces principalement requises er celuy qui admoneste :

asçavoir une humanité, qui Juy face avoir urie inclination et promptitude de courage à aider de son conseil les frères, et luy donne une douceur au visage et en sa façon de parler. Secondement, dextérité de conseil ou prudence, laquelle luy donne authorité, afin de pouvoir proufiter aux auditeurs, ausquels il addresse son propos. Car il n’y a chose plus contraire aux admonitions fraternelles, que malveillance et arrogance, qui fait que nous mesprisons fièrement Ceux que nous voyons faillir, et aimons mieux nous mocquer d’eux, que les corriger. Semblablement, si ou és paroles, ou au visage on apperçoit de l’amertume et rudesse, cela ostera aux admonitions leur fruit.

Cependant, encore qu’un homme ait tant ceste affection d'humanité, qu’aussi la

douceur, il ne sera point toutesfois propre à admonester les autres, s’il n’est doué aussi de prudence et expérience en affaires. Il attribue doncques aux Romains l’une et l’autre vertu, leur rendant tesmoignage qu’ils sont suffisans pour s’exhorter les uns les autres sans aide d’autruy. Car il confesse qu’ils abondent et en débonnaireté et en cognoissance ou expérience : dont s’ensuit qu’ils sont propres à faire exhortations.

15 Jay usé aucunement de hardiesse.

S’ensuit l’excuse, à laquelle déclarer, afin qu’il soit plus modeste, il dit par manière de concession, qu’il à fait hardiment de s’estre entremis d’une chose qu’ils pouvoyent faire eux-mesmes. Mais il adjouste qu’il a prins ceste hardiesse, suyvant la nécessité de sa charge, d’autant qu'il est ministre de l'Evangile vers les Gentils :

et que pourtant il ne les a peu oublier, veu qu’ils estoyent du nombre des Gentils. Toutesfois il se démet et abbaisse tellement, que cependant il exalte l’excellence de son office. Car en alléguant {a grâce de Dieu, par laquelle il avoit esté eslevé en tel degré d'honneur, il ne souffre point que ce qu'il fait suyvant son office d’Apostre, soit en mespris. D’avantage, il ne dit pas qu’il ait fait ce qui appartient à un Docteur, mais seulement à un qui admoneste et remonstre, duquel l'office est de réduire en mémoire à ceux ausquels il a parlé, les choses qui autrement ne leur sont pas incognues ou du tout nouvelles.

16 Consacrant l'Evangile. Je l'aime mieux ainsi que comme Erasme avoit au commencement traduit, Administrant. Car il n’y a rien plus certain que sainct Paul à voulu faire yei une allusion aux sacrifices et sainctes cérémonies du service de Dieu que le Sacrificateur faisoit.

Il se propose donc yei comme Prestre ou Sacriticateur au ministère de l'Evangile, lequel offre en sacrifice le peuple qu’il

Cuar. XV.

acquiert à Dieu, et en ceste sorte serve aux sacrez mystères de ?Evangile. Et de faict, ceste est la prestrise ou sacrificature d’un Pasteur Chrestien, de sacrifier (par manière de dire) les hommes à Dieu, * en les assujettissant et réduisant à l’obéissance de l'Evangile : et non pas de réconcilier les hommes à Dieu en offrant Christ, comme les Papistes se sont hardiment et présomptueusement vantez jusques à présent. Cependant toutesfois, il ne faut pas penser qu’il nomme yci simplement Sacrilicateurs, les Pasteurs de l'Eglise, afin que ce titre leur soit pérpétuel : mais sainct Paul voulant louer et magnifier la dignité et efficace du ministère, par occasion a usé de ceste métaphore ou similitude. Que donc les annonciateurs de l'Evangile se proposent ‘ce but en leur office, d’offrir à Dieu les âmes purifiées par foy. Quant à ce qu'Erasme a depuis corrigé sa première translation, et a mis Sacrifiant PEvangile, ceste facon de parler non-seulement est impropre, mais aussi obscurcit le sens, Car plustost l'Evangile est comme Je glaive, par lequel le ministre immole les hommes en sacrifices à Dieu. Après cela lApostre adjouste, que tels sacrifices sont agréables à Dieu : ce qui sert non-seulement , à la louange du ministère, mais aussi à une grande consolation de ceux qui se présentent pour estre consacrez. Au res te, comme les sacrilices anciens estoyent dédiez à Dieu par sanctifications externes et lavemens, ainsi ces sacrifices-ci sont consacrez au Seigneur par l'Esprit de saincteté, par la vertu duquel besongnant au dedans, ils sont séparez de ce monde.

Car combien que la pureté de l'âme procède de la foy de la Parole, toutesfois pource que la voix de l’homme d’ellemesme est morte et sans efficace, l’oflice de purger compète vrayement et propre:

ment à l'Esprit.

AT J'ay donc de quoy me glorifier en Jésus-Christ és choses qui appartie-

nent à Dieu.

18 Car je n'oseroye rien dire que Christ n'ait fail par moy, pour amener les Gentils à obéissance, en parole et en œuvre, 49 Avec vertu de signes el miracles, en la puissance de l'Esprit de Dieu,

Car. XV.

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

tellement que depuis Jérusalem et à l'environ jusqu'en l'Illyrie j'ay accompli!

l'Evangile de Christ.

20 M'efforcant ainsi d'annoncer l'Evangile ; non point où il avoit esté fait mention de Christ, afin que je n'édifiasse point sur le fondement d'autruy :

21 Ains selon qu'il est escrit: Ceux ausquels il n'a point esté annoncé de luy, le verront : et ceux qui n’en ont rien ouy, l'entendront?.

1) Ou, fait abonder. 2) Is., LIT, 15.

17 Jay donc de quoy me glorifier.

Après qu'il a loué sa vocation en général, afin que les Romains sceussent que vrayement et indubitablement il estoit Apostre de Christ, il adjouste maintenant les titres et marques par lesquelles il veut prouver qu’il a non-seulement receu, mais aussi excellemment fait valoir l'office d'Apostre, qui luy avoit esté enjoint par l’ordonnance de Dieu. Il fait aussi quant et quant mention de sa fidélité laquelle il avoit monstrée en l’exercice de ceste charge. Car ce seroit peu de chose d’estre ordonnez en estat, si nous ne respondons à nostre vocation, et nous acquittons du devoir d’icelle. Cependant, il ne fait point ceci par une affection d’avoir gloire : mais pource qu’il

ne faloit rien omettre de ce qui pouvoit

donner grâce et authorité à sa doctrine entre les Romains. Il se glorifie donc en Dieu, et non pas en soy-mesme. Car il ne tend à autre but, sinon à ce que toute la louange en reviene entièrement à Dieu.

Au reste, quant à ce qu’il parle seulement par une négative : vray est que c’est bien un signe de modestie: mais quant et quant cela sert à authorizer, et rendre plus croyable ce qu’il veut affermer : comme s’il disoit, La simple vérité me fournit si grande matière de me glorifier, qu'il ne m'est point besoin d’aller chercher des louanges fausses et emprun-

tées : je me contente de celles qui sont

vrayes. Paraventure aussi qu'il a voulu prévenir les mauyais bruits lesquels il sçavoit que ses malveillans publiovent par-ci par-là: ainsi il proteste qu’il ne parlera que de choses toutes cognues et certaines.

18 Pour amener les Gentils à obéissance. Ce mot monstre quel est le but de PApostre : asçavoir, de donner authorité à son ministère entre les Romains, afin que sa doctrine ne soit sans fruit.

not.

Ainsi donc, il prouve par les signes, que Dieu par la présence de sa vertu a rendu tesmoignage à sa prédication, et par manière de dire, seellé son Apostolat, en sorte qu’il ne faut plus que personne doute qu’il nait esté ordonné et envoyé par le Seigneur. Les signes sont, la Parole, l'œuvre, et les miracles. Dont appert que ce mot d'OE£uvre, S’estend plus loin que les Miracles. Finalement il conclud, En la puissance de l'Esprit : en quoy il signifie que ces choses n’ont peu estre faites que par la vertu et conduite de l'Esprit. En somme, il afferme que tant par doctrine que par œuvre il a esté accompagné d’une vertu et efficace à prescher Christ, en laquelle apparoïissoit une admirable puissance de Dieu: et que d’avantage il y a eu aussi les miracles qui estoyent comme seaux pour plus certaine cognoissance de cela. Il met en premier lieu la Parole et lOEuvre : puis après il en exprime une espèce, asçavoir la puissance de faire miracles. Ainsi se prend le mot d'O£uvre en S. Luc aussi, où il dit que Christ avoit esté puissant en parole et en œuvre, chap. XXIV, v.19. Et en S. Jehan, V, 36, où Christ luy-mesme renvoye les Juifs à ses œuvres, pour prendre en icelles tesmoignage de sa Divinité. Et yci, l'Aposire ne nomme, pas simplement les Miracles, mais il use de deux termes. Or, en lieu de ce qu’il dit yci V’ertu de signes et de miracles :

S. Pierre aux Actes, chap. If, v. 22, met, Puissance, merveilles, et signes. Et de faict, ce sont tesmoignages de la puissance de Dieu pour resveiller les hommes, afin qu’estans estonnez du sentiment de la puissance de Dieu, ils l’ayent en admiration, et quant et quant l’adorent. Et ne sont pas sans signification, mais nous resveillent pour nous faire entendre quelque chose de Dieu. Voyei un passage excellent touchant l'usage des

miracles : asçavoir, qu’ils tendent à ranger les hommes à une crainte et obéissance de Dieu. A ce propos nous lisons en S. Marc, XVI, 20, que le Scigneur confermoit la doctrine par signes qui s’ensuyvoyent. Et S. Luc au livre des Actes, XIV, 3, récite que par miracles le Seigneur rendoit tesmoignage à la Parole de sa grâce. C’est donc à dire, que les miracles qui tendent à acquérir gloire aux créatures, non pas à Dieu : à authorizer les mensonges, non pas la parole de Dieu, sont miracles du diable. Ce qu’il adjouste en troisième lieu, Æn la puissance de l'Esprit de Dieu, je le rapporte à tous les deux précédens.

19 Tellement que depuis Jérusalem.

* Il adjouste aussi un tesmoignage prins de Peffet : asçavoir, d’autant que le proufit qui s’en estoit ensuyvi de sa prédication, surmontoit toute la force et industrie de l’homme. Car qui pourroit dresser et rassembler à Christ tant d'Eglises, sinon estant aidé de la vertu de Dieu.

Depuis Jérusalem, dit-il, j’ay publié et estendu l'Evangile jusqu’en Ilyrie, et ce non pas seulement en suyvant le droit chemin, afin de despescher et avoir plustost fait : mais en visitant tout à Penviron les pays escartez au milieu. Au reste, le verbe Grec, que j’ay traduit suyvant les autres, J’ay accompli : signifie aussi parfaire et suppléer ce qui défaut. Dont aussi le nom qui en descend, signifie entre les Grecs tant Perfection, que Accomplissement ou Suppléement. Quant à moy, j'encline volontiers à l’exposer ainsi, Qu'il a espandu la prédication de l'Evangile comme en suppléant à ce que les autres avoyent fait. Car il y en avoit qui y avoyent besongné auparavant, mais luy l'a espars plus loin.

20 M'efforceant. Pource qu'il estoit nécessaire que sainct Paul, afin d'acquérir audience entre les Romains, non-seulement se monstrast estre serviteur de Christ, et Pasteur de l'Eglise Chrestienne, mais aussi qu’il se mainteinst et attribuast l’estat et office d’Apostre, il met yci la marque propre et spéciale à l’estat d’Apostre. Car l'office d’un Apostre est de semer YEvangile, où il n’a point en-

Cuar. XV.

core esté presché, suyvant ce mandement de Cbrist, Allez, preschez l'Evangile à toute créature, Marc, XVI, 45. Ce qu’il faut songneusement noter, afin que nous ne facions une règle générale de ceci, qui convient spécialement à l’estat d’Apostre. Car il ne faudra pas tourner à blasme à un homme, quand en une Eglise il sera substitué en la place de celuy qui ha le premier dressé et édifié icelle Eglise, Ainsi donc les Apostres sont ceux qui mettent comme les fondemens de l'Eglise. Les Pasteurs qui succèdent en leur place, doyvent entretenir et mesme augmenter lédifice et bastiment qui a esté dressé par iceux. Il appelle Fondement d'autruy, qui a esté mis de Ja main d’un autre. Autrement, Christ est la seule pierre sur laquelle l'Eglise est fondée, 4 Corinth., IF, 44, et Ephés., II, 20.

21 Ains selon qu'il est escrit. Ce qu’il avoit dit de Ja marque de son Apostolat , il le conferme par la prophétie d’'Isaie. Car le Prophète au chap. LI, v. 40, en parlant du règne du Messias, prédit entre autres choses qu’il faut qu’il ait son estendue par le monde universel, qu’il faut que la cognoissance de Christ soit portée aux Gentils et nations estranges, qui n’avoyent point auparavant ouy parler de luy. Or il faut que cela se face par les Apostres, ausquels ceste charge est donnée spécialement. Il-s’ensuit donc que l’Apostolat de S. Paul est tout évident, et suffisamment prouvé, entañt que ceste prophétie est accomplie en luy.

Maintenant, ce seroit mal prendre les choses, si quelqu'un vouloit appliquer cela à l'office de Pasteur. Car nous sçavons qu’és Eglises bien dressées, où de long temps la vérité de PEvangile a esté receuê, le nom de Christ y doit estre presché journellement. Ainsi donc sainct Paul à esté ambassadeur vers les peuples estranges, pour leur annoncer Christ encore incognu, à ceste condition qu’en chacun lieu la mesme doctrine retentist par Ja bouche dés Pasteurs après son département. Car il est bien certain que là le Prophète parle des premiers com= mencemens du règne de Jésus-Christ.

Cuar. XV,

SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS. 257

22 Parquoy aussi j'ay esté souventesfois empesché de venir à vous.

23 Mais maintenant veu que je n'ay plus de lieu en ces contrées yci, et que jà par plusieurs ans j ay désir de venir à vous,

24 Quand je partiray pour aller en Hespagne, je viendray vers vous. car j'espère que je vous verray en passant, et seray là conduit de par vous, après avoir eslé premièrement en partie rassasié d’avoir esté avec vous.

1) Rom., I, 11.

22 Parquoy aussi. Ce qu’il avoit dit de son Apostolat, il le fait maintenant servir encore ailleurs : asçavoir, pour s’excuser de ce qu’il n’estoit jamais venu vers eux, comnie ainsi soit qu'il fust aussi bien ordonné pour eux que pour les autres. Ainsi donc, il déclare comme en passant, qu'en semant l'Evangile depuis Judée jusqu’en l'Illyrie, il a, par manière de dire, parachevé une course que le Seigneur luy avoit enjointe, de laquelle estant maintenant venu à bout, il délibère de ne les mettre point en oubli. Et afin qu'ils ne pensassent avoir esté mesme cependant mis en oubli, il oste ce souspeçon, en déclarant que dés long temps il n’a point eu faute de désir en cest endroit. Quant à ce donc qu’il ne l’avoit plustost fait, cela estoit advenu par empeschement légitime : maintenant que sa vocation commence à luy en bailler le loisir, il leur donne espérance de les aller veoir. Au reste, quant à ce qu’aucuns concluent de ce passage, qu’il a fait un voyage en Hespagne, l’argument est bien foible. Car s’il l’avoit conceu et proposé en son esprit, il ne s'ensuit pas pourtant qu'il Pait accompli : aussi ne fait-il yei mention que d’espérance seulement, de laquelle il a bien peu estre frustré, com-

me quelquesfois ilen advient aux autres fidèles.

24 Car j'espère que je vous verray.

I touche la cause pourquoy il y avoit long temps qu’il désiroit d’aller à eux, et pourquoy maintenant il le délibère : asçavoir, afin qu'il les voye, c’est-à-dire, qu’il jouysse de leur présence, et devise avec eux, et se présente pour le regard de son office. Car sous ce mot d’advénement des Apostres en quelque lieu, est aussi signifié accroissement de l'Evangile.

Quand il dit, £t seray là conduit de par vous, il déclare par cela combien il se promet de leur bénévolence : ce que nous avons remonsiré estre un moyen bien propre pour acquérir la grâce de ceux ausquels nous avons affaire. Car tant plus que quelqu'un oit qu'on luy adjouste foy, tant plus aussi se sent-il obligé à bien faire: veu que nous estimons estre une chose vileine et inhumaine de tromper les autres de l’opinion qu’ils ont conceuë de nous. Or en ce.

qu’il adjouste {près avoir esté, il rend tesmoignage de l’amour mutuelle qu'il leur portoit, de laquelle il estoit bien requis pour l’avancement de l'Evangile, qu’ils fussent persuadez.

25 Or maintenant, je m'en vay en Jérusalem pour ministrer! aux Saincts.

26 Car il a pleu aux Macédoniens et aux Achaïens de faire communication? aux povres d’entre les Saincts qui sont en Jérusalem.

27 Car il leur a pleu, di-je, ainsi: et aussi ils sont tenus à eux. Car si les Gentils ont esté participans de leurs biens spirituels, ils leur doyvent aussi

ministrer® quant aux charnels*.

28 Après donc que j'auray achevé cela, et que je leur auray consigné ce fruit, j'iray en Hespagne, en passant par devers vous. 29 Et scay que quund je viendray à vous, j'y viendray avec abondance de

bénédiction de l'Evangile de Christ.

1) Ou, subvenir. 2) Ou, de départir quelque chose. 3) Ou, subvenir. 4) 1 Cor., IX,11. 5) Rom., ], 18.

JEL

25 Or maintenant, je men vay. Alin qu'ils n’attendent sa venue tout incontinent, et qu’ils ne penséht qu’il les ait abusé2, S'il hé vient à eux si tost qu'ils l’attendoyent, il les advertit de l’affaire qu’il ha pour le présent, lequel l’empesche d’éntreprendre cé voyage si tost : C’est asçavoir, qu’il s’en va en Jérusalem, pour y porter les aumônes qui avoyent esté recueillies des Achaïens et Macédoniens.

Quant et quant toutesfois prenant de ceci occasion, il tombe sur la louange de ceste Communication, c’est-à-dire, Collecte et aumône, afin qu’il les incite à faire le semblable. Car combien qu’il ue demande point ouvertement, toutesfois quand il monstre que le devoir des Macédoniens ét Achaïens avoit esté d’ainsi faire, il déclare assez quel estoit aussi le devoir des Romains, qui estoyent de mesme condition, et esquels il y avoil mesme raison qu’és autres. Et qu'il ait eu ce regard, il le confesse clairement aux Corinthiens, 2e épistre, chap. IX, v. 2, Je me glorifie (dit-il) de vostre promptitude envers toutes lés Eglises, afin qu’elles soyent incitées par vostre exemple. Or ce à esté ün exeémplé d’une charité excellente, que les Grecs oyans que les frères qui estoyent en Jérusalem, avoyent nécessité, ne regardèrent point la longue distance dé pays qu'il y avoit entre deux, ains estimans pour assez prochains ceux qui leur estoyent conjoints par le lien de la foy, de leur abondance subveinrent à l'indigénce d’iceux. Au reste, il faut noter le mot de Communication duquel il usé.

Cär il est fort propre pour exprimer de quelle affection il nous convient subvenir à l’indigence des frères, asçavoir pource qu’à cause de l'union du corps, il y a une communauté et conjonction mutuelle des uns aux autres. J’ay laissé le mot Ouelque, pource que souventesfois il est superflu en la Langue Grecque, et semble eh cé passage diminuer quelque chose du poids du propos. Là où nous avons traduit, Pour ministrer, en Grec il y à proprement Ministrant : mais il m'a semblé ainsi plus convenable pour exprimer l’inténtion de sainct Paul. Car il s'excuse, disant qu'il ha un empeschement légitime qui le retarde d'aller fncoñtinent à Rome.

Cuar. XV.

27 Aussi ls sont, etc. Il n’y a personne qui ne voye bien que ce que sainct Paul dit yci, qu'ils estoÿent obligez à eux, n’est point dit tant à causé des Corinthiens, que des Romains. Car les Corinthiens ou Macédoniens n’estoÿent non plus obligez aux Juifs que les Romains.

Il adjouste la cause de cesté obligation :

asçavoir qu'ils avoyent receù l'Evangile d’eux : et prend argument de la comparaison du moindre au plus grand, duquel aussi il use ailleurs, asçavoir que la ré:

compense ne doit point sembler estre inique ou griefve à Ceux qui rétribuent choses charnelles pour les spirituelles, d'autant que les charnelles sont beaucoup plus vilés que les spirituelles. Or cela monstre le pris de l'Evangile, en ce qu'il dit, que non-seulement ils sont obligés aux Ministres d’iceluy, mais à toute là nation, de laquelle sont issus iceux Ministres. Au reste, le mot Gréc que nous avons yci traduit, Minisirer, signifie s'acquitter de soï office au gouvernement de la République, et s’employér aux charges de sa vocation, aucunesfois aussi est transféré aux choses qui concernent le service de Dieu. Et je ne doute point que S, Paul ne vueille signifier que c’est une espèce de sacrifice, quand les fidèles distribuent du leur pour soulager l’indigence des frères. Car én ce faisant, ils rendent tellement le devoir de charité aux frères, que quant et quant ils offrent à Dieu un sacrifice de bonne odeur ét agréable. Mais en ce passage il a proprement regardé à ce droict de compensation mutuelle.

28 Et que je leur auray consigne, elc. J'approuve bien ce qu’aucuns pénsent, qu'il a voulu faire yci allusion à la façon des anciens, lesquels fermoyent de leurs anneaux ou cachets cé qu'ils vouloyent estre mis en Seureté. En ceste manière S. Paul testifie Sa fidélité et son intégrité, comme s’il disoit, qu'il séra bon et fidèle gardien de l'argent qui luy :

est mis entré mains, ne plus ne moins que s’il le portoit enclos en quelque coffre et scellé. Par le mot dé Frwé, il semble qu’il vuëillé signifier lé revenu, lequel il disoit n’aguères que la Semencé de l'Evangile rapportoit aux Juifs, tout

Cnar. XV. SUR L'ÉPISTRE ainsi qu'un champ én fruétifiant nourrit éeluy qui le cultive.

29 At scay que quand, etc. On peut exposer ces parolés en deux sortes. Le Premier Sens est, qu’il trouvéra à Rome üñ fruit abondant de l'Evangile : car c’est la bénédiction de lPEvangile, quand il fructifie en bonnes œuvres. Car je n’approuve point cé qu’aucuns restraignent céci aux aumônes. Le Second sens est, Que pouf fairé sa venue vérs eux plus désirable, il dit qu’il espère qu'elle ne sera point infructueusé, d'autant qu’elle donnérà grand aécroissement à lEvangile, lequel il appelle 4bondance dé bénédiction, en lieu de dire Bénédiction abondante. Par lequel mot il signifie un heureux avancement ét accroissement.

Or césté bénédiction dépéndoit en partie

AUX ROMAINS. 259 de l’administration de S. Paul, en partie de la foy des Romains. Il promet donc qu’il ne viendra point à eux en vain, pource que la grâce à luy donnée ne sera point perdue, mais bien employée, veu l’alaigreté de cœur qu’ils avoyent à recevoir l'Evangile. La première exposition est plus receuë, et aussi de ma part je la trouve meilleure, Qu'il espère à sa venue trouver ce qu’il désiroit bien fort, asçavoir que l'Evangile fleurit entr’eux, ét est honoré d’avancemens excellens, d’autant qu'ils avoyent beaucoup proufité en saincteté et toutes sortes de vertus. Car il rend la cause de son désir, d’autant qu’il espère sentir une joye non petité par leur présence, en les voyant abonder en richesses spirituelles de l'Evangile,

30 Aussi frères, je vous prie par nostre Seigneur Jésus-Christ, et par la charité de l'Esprit, que vous Combatiez avec moy, par les prières que ferez à

Dieu pour moy,

34 Afin que je soye délivré des rebelles qui sont en Judée, et que mon administration que j ay à faire en Jérusalem, soit agréable aux Saincts :

32 À celle fin que je viene à vous en joye par la volonté de Dieu, et que je me récrée avec vous. Or le Dieu de paix soit avec vous tous, Amen.

41) 2 Cor., I. 11.

30 Aussi frères, je vous prie, etc. On peut assez cognoistre par plusieurs passagés, comment S. Paul à esté fort hay de ceux de sa nation, à cause des faux rapports qu'on semoit de luy, Comme s’il éust enseigné une doctrine qui tendist à faire révolter les Juifs de celle de Moyse. Il sçavoit bien quelle efficace ont les calomnies à charger les innocens, mesmement envers ceux qui sont menez d'un zèle inconsidéré. Il y avoit outre cela ce tesmoignage de l'Esprit duquel il fait mention Actes, XX, 23, par lequel il estoit adverti de lieu en autre, que liens et tribulations l’attendoyent en Jérusalem. Parquoy, tant plus qu’il voyoit lé danger estre grand, d'autant plus estoit-il touché en soy-mesme. Voylà qui luy faisoit avoir une si grande solicitude de recommander sa personne aux prières des Eglises : et ne trouvons point estrange s’il a esté en si grand souci de sa vie, en laquelle il sçavoit le grand

danger et la perte qui y estoit pour l’Eglise. Ainsi donc, la véhémence que ceste façon de requeste emporte, quand outre le nom du Seigneur, il adjouste La charité de l'Esprit, par laquelle les Saincts se doyvent aimer, et comme embrasser les uns les autres, monstre en quel pensement et souci estoit lé cœur du S.

Apostre. Cependant toutesfois au milieu d’une telle crainte, il ne laisse pas de passer outre, et ne craint point tellement le danger, qu’il ne soit prest d’entrer dedans volontiers : mais il se munit des remèdes que Dieu luy donne. Car il requiert le secours de l'Eglise, afin qu’estant aidé des prières d’icelle, il sente de là quelque soulagement, suyvant la promesse du Seigneur : Où deux où trois seront assemblez en mon nom, je suis là au milieu d’eux : Matth., XVIIE, 20 : et au mesme Chap. v. 19, De toute chose qu’ils consentiront en la terre, ils l’obtiendront és cieux. Et afin qu’on ne pense

que ce soit une recommandation quil face par acquit, il les prie et requiert par Christ et par la dilection de PEsprit. Or il appelle Charité de l'Esprit, celle en laquelle Christ nous conjoint : d'autant qu'elle n’est point de la chair ne du monde, mais procède de l'Esprit de celuy qui est le lien de nostre union. Puis donc que c’est un si grand bénéfice de Dieu, que d’estre aidé des prières des fidèles, lequel S. Paul mesme, ce très exquis instrument de Dieu, n’a point voulu mespriser pour sa personne, quelle lascheté sera-ce à nous povres misérables et personnes de néant, de ne nous en vouloir pas aider ? Mais de prendre occasion sur ce passage et autres semblables, pour maintenir et confermer les intercessions des Saincts trespassez, c'est une impudence par trop grande. Afin que vous combatiez avec moy. Erasme n’a pas mal rendu, Afin que m’aidiez estant en peine : mais pource que la manière de parler qui est yci au texte Grec de $S.

Paul, ha plus grande signifiance et expression, j’ay mieux aimé la rendre mot à mot. Car d’un costé, par le mot de Combat, il donne à entendre de quelles difficultez il se sentoit environné et pressé : d'autre part aussi requérant qu'on luy assiste et aide en ce combat, il monstre quelle affection doyvent avoir les fidèles en leurs prières qu’ils font pour les frères, c’est asçavoir de prendre sur eux la condition d'iceux, comme s'ils estoyent eux-mesmes présentement en la mesme nécessité : finalement aussi, il monstre quel effet ont telles prières. Car qui recommande au Seigneur un des frères, cestuy-là en prenant sur soy une partie de la nécessité d’iceluy, le soulage d’autant. Et de faict, si ainsi est que nostre force consiste en l’invocation du nom de Dieu, nous ne pouvons mieux confermer les frères, qu’en invoquant sur eux le nom de Dieu.

31 Et que mon administration, etc.

Les rapporteurs et malveillans avoyent tant fait en le blasmant, qw’il se soucioit que mesme le don qui autrement venoit bien à propos en une telle nécessité, he

Cuar. XV.

fust toutesfois guères agréable sortant de sa main. Et en ceci on voit la singulière douceur et bonté du personnage, en ce qu’il ne laisse point de travailler et prendre ‘peine pour ceux desquels il ne sçait s’ils luy en sçauront gré. Or il nous faut ensuyvre ceste affection, c’est que nous ne làissions point de bien faire à ceux du cœur desquels nous ne sommes pas fort certains, asçavoir-mon s'ils estimeront qu’on leur face plaisir en cela.

Et faut aussi noter qu'il ne desdaigne point de nommer Saincts, ceux envers lesquels il craint d’estre le mal venu, et tenu pour suspect. Aussi il sçavoit bien que mesme les Saincts peuvent estre quelque fois tirez à concevoir mauvaise opinion des personnes par les faux rapports. Et combien qu’il sçache qu'en cela ils luy font tort, toutesfois il ne laisse point pourtant de parler d'eux en tout honneur. Quand il adjouste, À celle fin que je viene à vous : il signifie que ceste prière leur sera mesme utile à eux, et qu’ils ont bien intérest qu’il ne soit point tué en Judée. À cela mesme se rapporte ce mot, En joye. Car cela aussi revenoit au proufit des Romains, qu'il veinst vers eux estant joyeux et à délivre de tout ennuy, afin que tant plus alaigrement et courageusement il s’employast envers eux en sa vocation. Par le mot de Se récréer où Reposer, il monstre derechef combien il ha une ferme et certaine pérsuasion de leur amour fratérnelle envers luy. Ge mot, Par la volonté de Dieu, nous advertit combien ce nous est une chose nécessaire de vacquer à prières :

pource que c’est Dieu seul qui addresse toutes nos voyes par sa providence.

32 Or le Dieu de paix soit avec vous tous. Pource qu’il y a yei une marque de généralité Tous, je conjecture de cela, qu'il ne désire pas simplement que Dieu assiste aux Romains, et les face, prospérer, mais qu'il gouverne en particulier chacun d’eux : car j'estime que ceste épithète attribué à Dieu, quand il le nomme Dieu de paix, se rapporte à ceste présente circonstance, asçavoir que Dieu autheur de paix les tiene tous unis ensemble.

Cuar, XVI.

SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS

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