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‘que commençant j'aye pensé y pouvoir atteindre : Mais j'ay pris peine de tellement modérer et compasser mon style, qu’on peut appercevoir que Je me Suis proposé ce moyen-là comme mon patron pour me régler dessus, et en approcher le plus près que je pourroye. Quant à sçavoir combien J'y ay avancé, pource que ce n est pas à moy d'en juger, j'en laisse le jugement à vous et à ceux qui vous T'essemblent. Au reste, touchant ce que j’ay choisi sur toutes autres ceste Epistre de S. Paul pour faire l’essay de cela, je voy bien que mon entreprise sera sujette à la répréhension de beaucoup de gens. Car veu que tant de personnages excellens en sçavoir ont par ci-devant employé leur labeur en lexplication d’icelle, il semble bien avis qu'il ne reste plus aux autres aucun moyen d'apporter rien de meilleur . Et de faict, je confesse, combien que je pensasse bien que ma peine ne seroit pas du tout sans fruit, que toutesfois du commencement j'ay esté arresté par cesle | considération, que je craignoye d’estre noté de témérité, si après tant d'ouvriers lexcellens je mettoye la main à Cest ouvrage. Ï} y a sur ceste Epistre plusieurs Commentaires tant des anciens que de ceux de ce temps. Et aussi à la vérité ils ne pouvoyent pas mieux employer leur Jabeur qu’en cest endroit : veu que qui- \conque l’entendra, il ha comme une ouverture et entrée à l'intelligence de toute V'Escriture. Je me déporte de parler des anciens ausquels la crainte de Dieu, le scavoif; Hi Sainéteté dé vie, et finalement l'aagé à atquis une telle authorité, que nous ne devons rien mespriser de ce qui est procédé d’eux. Et mesmes aussi de ceux qui vivent encore aujourd’huy, il n’est jà besoin que je les nomme tous lun après l’autre. Touchant de ceux qui y ont le plus travaillé, je diray ce qu'il m'en semble. M. Philippe Mélanchthon, selon lexcellente doctrine, industrie, et dextérité qu'il ha en toutes sciences, a beaucoup esclarci les matières traittées en icelle, par-dessus les autres, lesquels devant luy en avoyent mis quelque chose en lumière. Mais pource que son but à esté (comme il appert) de traitter seulement les points les plus notables : cependant qu'il s’afreste du tout à cela, de propos délibéré il laisse passer beaücoup de choses, lesquelles pourfoyent au cunement donner peine à Ceux qui ne sont pas des plus grans esprits: Après ést venu Bullinger, lequel aussi à bon droict a acquis grande louange + caf avec Ja doctrine il à eu aussi une facilité, laquelle Va rendu fort agréable, Finalemeñt Bucer, mettant ses labeurs en lumière, a (par manière de tiré) fait l'ouvrage accompli. Car ce personnage-là (comme vous sçavez) outre le profond sçavoir et Ta grande cognoissance qu'il hà de plusieurs choses, outre la subtilité d'esprit, ét ce qu'il à beaucoup leu, et plusieurs autres et diverses vertus, esquelles il wy'en a quasi pas un aujoOurd’huy qui le passe, et bien peu qui soyent à Comparer à luy, au contraire il en surmonte plasieurs : ha ceste louange qui luy est propré et particulière, qué nul autre de nostré temps ne s’est employé à lintérprétation de l'Éscrituré avec plus grande diligence. Comaie donc je confesse que ce Seroit ane émulation perverse et par trop exorbitante, de vouloir tascher à emportéf Je pris par-dessus tels personnages : ainsi jamais il ne me veint en Pentendemenit dé léttr vouloir oster le plus petit poinet de leur louange. Que la grâce ét attliorité, Ja quelle ils ont méritée par le jugement commun de tottes gens de bien, letf dé:
Imeure sauve ét en son entier : cependant toutésfois, ce poinct me sera accordé,
comme jespère, qu'il n’y eut jamais rien de si accompli entre lés hommes, que l’industrie des successeurs ne trouvast tousjours à s’émployer, où pour polir la chose, où pour l’agencer, où pour lesclarcir. Touchant ma personné, je f’en 68 ren dire, sinon qu’il n’a $emblé que ce mien labeur ne séroit point inütile, lequel il n'y avoit aucune autre raison qui m’eust indüit à entreprendre, que le bién publie de PEglise. D’avantage aussi, j’ay pensé que la façon diverse dé procéder, Que je me Suis yci proposée, seroit Suflisante pour me purger de tout blasme où S0üspeçon d'émulation : qui estoit la chose que j'avoye plus à craindre: Car M. Philippé Mélanchihon est parvenu à ce qu’il prétendoit, âsçavoir d’esclarcir les points les
plus nécessaires. Et si s’estant arresté à ces principaux points, il a laissé beaucoup d’autres choses qui ne sont pas à mespriser, il n’a pas voulu empescher les autres
de s'amuser à les esplucher aussi. Bucer est trop long, pour estre leu à la baste %*<°2° par éeux qui sont distraits d’autres occupations : el trop haut pour estre facilement entendu des petis, et de ceux qui ne considèrent pas de si près les choses. Car incontinent qu’il se prend à traitter une matière, quelle que ce soit, la fertilité in-. croyable d’esprit qu’il ha, luy fournit tant de choses en main, qu'il ne peut s’estanñcher et faire fin. Comme ainsi soit donc que l’un n’a pas traitté tous les points, ,
et l’autre lés a déduits trop amplement pour estre leu én peu de temps, il m’a esté
avis qu'il ne pourroit point sembler que mon entreprinse tirast aucunement sur quelque émulation. Toutesfois j’ay esté quelque temps en doute, s’il seroit meilleur
qué j'allasse séuléement comme grappetant après céux-là, et les autres, pour ramasser les choses par eux omises, esquellés il me sembloït que je pourroye aider
aux gens de moyen esprit : où bien de dressér un Commentaire continuel, auquel
il faudroit nécessairement réitérer beaucoup de choses qui auroyent “désjà esté
dictes par iceux tous, ou à tout le moins par quelqu'un d’entr’eux. Mais pource que.
bien souvent ils ne s'accordent pas ensemble, et que cela donne beaucoup de RE
aux Lecteurs qui ne sont pas tant subtils, d'autant qu’ils sont en doute à l’opinion + duquel ils se doyvent plustost arrester : j’ay pensé que ce mien labeur aussi seroit
bien employé, et serviroit beaucoup, quand en monstrant quelle est Ja meilleure /! interprétation, je relèveroye de la peine de juger ceux qui d’eux-mesmes n’ont pas
le jugement assez ferme : veu mesnement que mon intention estoit de comprendre ( | le tout en telle briefveté, que les lecteurs ne perdroyent guères de temps en lisan{ ep 27° 2w mes livres ce qui a esté dit par les autres. En somme, j’ay mis peine que personne ne
peust se plaindre justement qu'il y ait yci beaucoup de choses superfues. Quant
à Vutilité, je n’en di rien, laquelle toutesfois paraventure les gens qui ne se feront
point malins et ingrats confesseront, en ayant fait lecture, avoir yci trouvé plus grande, que je n’oseroye (en gardant la règle de modestie) promettre par paroles.
Au reste, quant à ce que quelque fois je suis de contraire opinion aux autres, ou | pour le moins il y quelque diversité entre nous, en cela il est bien raisonnable #%"2 qu’on m'excuse. Vray est que la parole de Dieu nous doit estre en telle révérence,
que le moins qu’il se pourra faire, nous la ‘desjoingnions par diversité d'interpré- PEN SA re er à tations : çar cela dérogue je ne sçay comment à la majesté d’icelle, principa lement’! ji vita |? si on le fait autrement qu'avec grand esgard, et en ÿ usant de grande sobriété. Et de faict, si c’est une chose illicite de contaminer rien de tout ce qui est dédié à Dieu, certes cestuy-là ne sera aucunement supportable, qui avec ses mains sue (c’est-à-dire d’une façon profane) ou n’estant point bien préparé, viendra à manier | et traitter la chose de toutes la plus sacrée qui soit au monde. Et pourtant, c os | une audace qui emporte sacrilége de tirer çà et là les Escritures sans discrétion # aucune, et s’en jouer à plaisir, comme d’une chose qui n’est faite que | pOur passetemps : ce que plusieurs ont fait long temps y a. Mais c’est une chose qu’on à tousjours peu appercevoir, que ceux-là mesmes qui avoyent zèle de la crainte de Dieu, et Heron e et SAÈSÉ à traitter les il se de sbré ont pas en” ar 1 he Lure go libéral té env envers ses serviteurs, “de faire que chac un d'eux à part eust une télé
gence plene, parfaite” et “accomplie de tous points : et n'y a point de doute qu’en
cela il n'ait eu esgard à nous entrétenir, premièrement en humilité, et puis AUSSI Dia AR N ARE en un désir et exercice de communication fraternelle. À ceste cause, puis qu'ainsi ‘’"4" FRA |: est qu il ne nous faut pas ‘attendre de veoir en ceste vie présente (ce qui autrement
seroit bien à désirer, qu’en l'intelligence et exposition des passages de PEscriture)
il y ait entre nous en tout et partout un accord entier, il faut mettre peine quand
nous laisserons l’opinion de ceux qui ont escrit devant nous, que nous le facions,
non point estans incitez de quelque fol appétit de dire quelque chose de nouveau,
ou poussez de quelque envie de mettre une note sur les autres, non point estans
esmeus d'aucune haine, ou chatouillez d’ambition, mais seulement estans contraints
par nécessité, et ne cherchans que de proufiter aux autres : en après aussi, que cela se face en l'exposition de l’Escriture : mais quant aux points de doctrine et articles de la religion, esquels principalement le Seigneur a voulu que les siens
* +! fussent d’un accord, qu’on ne s’y donne pas si grande liberté. Que j’aye tasché de ? J D)
‘faire l’un et l’autre, les lecteurs le cognoistront aiséement. Mais pource qu’il ne me seroit pas séant de dire et prononcer ce qu’il me semble de moy-mesme je suis bien content d’en laisser la censure à vous : au jugement duquel puis que tous autres non sans cause défèrent beaucoup, je doy de mon costé déférer sans exception : asçavoir d'autant que je vous cognoy de plus près par conversation familière, laquelle en lieu qu’elle a accoustumé de diminuer aucunement la réputation des autres, augmente grandement envers moy la vostre, qui autrement est excellente et honorable enver toutes gens de sçavoir. À Dieu. De Strasbourg ce X VIII d'Octobre, M. D. XXXIX. 1573!