SUR LA PREMIÈRE ÉPISTRE DE SAINCT PAUL AUX CORINTHIENS
Ceste épistre est fort utile en beaucoup de manières. Car elle contient plusieurs bonnes matières et points de doctrine, lesquels seront déduits ci-après par ordre : et lors on verra mieux combien la cognoissance en est nécessaire. Combien que mesmes on en pourra juger à plus près par le récit de l’argument, en la déduction duquel je n’estudieray à estre brief : tellement toutesfois que je comprendray toute la substance de lEpistre, et n’omettray un seul des principaux articles. Il est assez notoire que Corinthe estoit une ville riche et de renom au pays d’Achaïe. Lucius Mummius la ruina, non pour autre cause, sinon que la commodité de la situation du lieu luy estoit suspecte. Maïs ceux qui veinrent depuis, eurent une mesme raison de la réédifier que Mummius avoit eu de la destruire. Et la bonne assiete du lieu feit qu’elle fut remise sus en peu de temps. Car d'autant que d’un costé elle joingnoit à la mer Egée : et de l’autre, à la mer Ionique : et que c’estoit le passage pour aller d’Attique en Péloponnèse, il y avoit grande commodité, tant pour y apporter marchandises, que pour en emporter. Après que S. Paul eust là presché un an et demi, comme S. Luc le raconte aux Actes, à la fin estant contraint par la malice des Juifs, il en partit, et navigea en Syrie. En l’absence de Paul s’y fourrèrent aucuns fauxapostres : non pas, selon mon avis, qu'ils troublassent apertement l’Eglise par meschante doctrine, ou que de propos délibéré ils corrompissent la pure doctrine : mais iceux se plaisans en leur beau parler, ou plustost estans enflez d’une sotte parade de langage, mesprisoyent la simplicité de Paul, et mesme l'Evangile : et puis par leur ambition estoyent cause que diverses factions se faisoyent en l'Eglise : et finalement ne se soucians guères comment tout allast, pourveu qu'ils fussent prisez, cherchoyent plustost d'acquérir bruit, que d'avancer le règne de Christ, ou le salut du peuple. D'autre part aussi pource qu’en la ville de Corinthe régnoyent les vices dont les villes marchandes ont accoustumé d’estre entachées, asçavoir dissolution, arrogance, vanité, délices, convoitise insatiable, ambition, l'Eglise mesme s’en sentoit tellement, que la discipline y estoit fort abbastardie. D’avantage, la pureté de la doctrine y commençoit à décheoir : de sorte que le principal poinct de la religion, asçavoir la résurrection des morts, estoit révoqué en doute. Et toutesfois, les choses estans ainsi Corrompues de tous costez, ils ne laissoyent point de se flatter, comme si tout eust esté en bon ordre. Voilà les ruses ordinaires de Satan : s’il ne peut fermer l’entrée à la doctrine, il se glisse secrètement pour l’assaillir : si par ses mensonges il ne la peut supprimer qu’elle ne viene au-dessus, il mine comme par dessous terre pour la faire tomber: s’il ne peut du tout aliéner d’icelle les cœurs des hommes, il tasche de les en eslongner, et les abbastardir petit à petit. Or ce n’est pas sans raison que j'estime que ces garnemens qui avoyent troublé l'Eglise de Corinthe, n’estoyent point ennemis ouvers de la vérité. Nous voyons que sainct Paul n’espargne nulle part les fausses doctrines. Les Episires aux Galatiens, aux Colossiens, aux Philippiens, à Timothée sont briefves : et toutesfois en icelles il ne se contente point de manier et picquer les faux-apostres : mais quant et quant il exprime en quelles choses ils nuisoyent à l'Eglise. Et il ba raison d’ainsi faire : car ce n’est pas assez d’advertir les fidèles de quelles gens ils se doyvent retirer, si ôn … ne leur monstre aussi le mal dont il faut qu'ils se donnent garde. Pourtant, jen”
SUR LA re ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 273 puis croire qu’en ceste Epistre tant longue il ait voulu omettre une chose sur laquelle il insiste si diligemment és autres qui sont beaucoup plus briefves. Et d'avantage, il raconte beaucoup de vices des Corinthiens, et mesmes aucuns qui sont en apparence légers, tellement qu’il semble n'avoir rien voulu oublier de tout ce qui estoit à reprendre en eux. En outre, il s’arreste beaucoup au reste à disputer à l'encontre de ces habiles docteurs, et plaisans harangueurs. Il taxe leur ambition: il les reprend de ce qu’ils desguisoyent l'Evangile, en faisans une philosophie humaine : il monstre qu’ils sont destituez de lefficace de l'Esprit, pource que s’amusans à parer leur langage, ils s’arrestoyent à la letre morte. Cependant il n’est mention d’un seul poinct de fausse doctrine. Pourtant je résous que c’estoyent gens qui ne changeoyent rien ouvertement de la substance de l'Evangile : mais pource qu’ils brusloyent d’un appétit désordonné de se monstrer, j'estime que pour estre en admiration au milieu de l'Eglise, ils avoyent inventé quelque nouvelle façon d’enseigner, qui n’estoit point accordante avec la simplicité de Christ. Et de faict, il faut qu’ainsi en adviene à tous ceux qui ne se sont point encore despouillez pour venir à l’œuvre du Seigneur bien à délivre. Car c’est le premier degré DOI servir à Jésus-Christ, de nous oublier nous-mesmes, cherchans seulement la gloire du Seigneur, et le salut des hommes. En après, jamais homme ne sera propre à enseigner, S'il n’est premièrement luy-mesme abbreuvé de la vertu de l'Evangile, de sorte qu’il parle plus d'affection de cœur, que de bouche. Parquoy, ceux qui ne sont pas régénérez par l'Esprit de Dieu, d’autant qu’ils n’ont point senti au dedans la vertu de l'Evangile, et ne sçavent qu'emporte ce mot, Qu'il nous faut estre nouvelles créatures : ils ont une prédication morte, en lieu qu’elle devoit estre vive et avec efficace : et pour jouer leur personnage, ils desguisent l'Evangile en le fardant, de sorte qu'ils en font une philosophie mondaine. Or il n’estoit pas fort malaisé à ceux desquels nous parlons, de faire cela en Corinthe. Car les marchans volontiers font cas de quelque belle apparence externe : et comme ils repaissent les autres de choses vaines, aussi non-seulement ils s’en laissent abuser, mais sont quasi biensaises de l’estre. D’avantage, pour ce qu’ils ont les oreilles délicates, ils ne peuvent souffrir d’estre rudement tansez, et quand ils rencontrent quelques docteurs doucets qui les traittent gracieusement, eux aussi sçauront bien de leur costé rendre la pareille, en flattant et mignardant ces bons maistres. Je confesse bien que cela se fait par tout: mais encore est-il plus commun és villes riches et marchandes. Sainct Paul, combien qu’il fust au reste personnage excellent, et rempli de vertus admira-
- bles, n’avoit point toutesfois toute ceste parade par dehors, il n’estoit point enflé de brave style pour acquérir la grâce du monde. En somme, comme il estoit au dedans . rempli d’une vraye vertu de l'Esprit, aussi n’avoit-il rien d’ostentation : il ne sçavoit point flatter : il ne luy chaloïit aucunement de complaire aux hommes : il n’avoit autre chose en recommandation, sinon de s’abbaisser et luy et les autres, afin que Christ régnast. Les Corinthiens désiroyent plustost quelque doctrine subtile que proufitable, et pourtant l'Evangile ne leur sentoit rien : ils demandoyent d’ouir quelque chose de nouveau, et pourtant Christ ne leur sembloit plus estre de saison: ou bien s’ils n’estoyent point encore tombez en ces vices, desjà toutesfois ils y enclinovent d’eux-mesmes. Et par ce moyen il estoit facile aux faux-apostres de trouver là entrée pour corrompre la doctrine de Christ. Je di corrompre : çar c’est Ja corrompre quand on desguise de quelques couleurs la simplicité nayfve d’icelle : quand pour luy donner lustre on la farde en sorte qu’elle ressemble à une philosophie mondaine. Ainsi donc pour complaire au goust des Corinthiens, et les servir à - leur appétit, ils addoucissoyent leur prédication comme de quelque sausse qui faisoit perdre la vraye saveur de l'Evangile. Nous entendons desjà quel a esté le motif de sainet Paul, quand il s’est mis à escrire ceste Epistre. Maintenant je comprendray la somme de l’argument, en notant briefvement les principaux points des choses qui sont yci traittées.
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Il commence par action de grâces, en s’esjouissant de leur avancée en l’Evangile : lequel propos emporte une manière d’exhorter, qu’ils poursuyvent jusques à la fin, comme ils ont commencé. Et par ce moyen il les addoucit d'entrée, afin de les avoir plus dociles : mais incontinent après il vient à user de répréhension un peu rude, récitant les partialitez qui régnoyent en leur Eglise. Et pour remédier à un tel mal, il tasche de les destourner d’arrogance, et ranger à humilité. Il met donc bas toute la sagesse du monde, afin d” eslever la seule prédication de la croix. Il humilie aussi les personnes, les avisant de bien regarder quelles gens principalement le Seigneur a adoptez en son troupeau.
Au second chapitre il amène pour exemple sa prédication, laquelle, selon le jugement humain, estant basse et contemptible, avoit néantmoins esté accompagnée et anoblie de la vertu de l'Esprit. Et cependant il déduit plus au long ce propos, qu'en l'Evangile est contenu une sagesse céleste et cachée, laquelle toute la vivacité de Pesprit humain, tant aigu soit-il ne peut comprendre : laquelle tout le sens de la chair ne peut gouster : laquelle ne peut estre persuadée par raisons humaines, et n’ha que faire de fard de paroles, ou desguisement aucun : mais par la seule révélation de l'Esprit vient à entrer en l’entendement humain, et est seellée dedans les cœurs. Finalement il conclud que non-seulement la prédication de l'Evangile est bien eslongnée de la prudence de la chair, et consiste en l’humilité de la croix, mais aussi qu’on ne peut par le jugement de la chair comprendre quelle elle est. Ce qu'il fait pour les retirer de Ja vaine présomption et confiance de leur propre sens, auquel ils s’'abusoyent, voulans par iceluy juger de toutes choses.
Le commencement du troisième chapitre contient V’amplification de ceste dernière sentence à la personne des Corinthiens. Car sainct Paul se plaind qu’à peine les avoit-il trouvez capables d'apprendre les premiers rudimens de l'Evangile, pource qu’ils estoyent encore charnels. Ainsi il donne à entendre que le mespris et desgoust de la parole qu ‘ils avoyent conceu, procédoit de leur ignorance, et non pas de défaut qui fust en la parole. Et quant et quant il les admoneste couvertement qu'ils ont mestier d’un entendement nouveau pour commencer à bien juger. Après, il monstre en quelle estime on doit avoir les ministres de l'Evangile : c’est que l’honneur qu'on leur porte ne dérogue en rien à la gloife de Dieu : d'autant qu’il est le seul Seigneur, et qu’ils sont tous ses serviteurs : qu’ils ne sont tous qu'instrumens, et que luy seul donne vertu et puissance : que de luy procède l’accomplissement total. Il déclare aussi à quel but ils doyvent tous prétendre, asçavoir d’édifier l'Eglise. Et à ce propos il definit la vraye et droite manière de bien édifier : asçavoir que Christ seul soit le fondement, et que tout le reste de l’édificè soit correspondant au fondement. Aussi ayant dit, comme en passant, qu’il s’est porté en bon maistre masson, il admoneste les autres de faire que la fin de leur besongne accorde avec le commencement. Il exhorte aussi les Corinthiens de ne souffrir point que par aucun desguisement ou corruption de doctrine leurs âmes soyent profanées, veu qu’elles sont temples de Dieu. Auquel lieu derechef il met sous les pieds toute la fierté et brave de la sagesse mondaine, afin que la seule cognoïssance de Christ tiene le dessus entre les fidèles. di,
Au commencement du quatrième chapitre il descrit quel est l'office d’un vray Apostre : el pource que leur jugement corrompu les empeschoïit de le recognoïstre tel, il dit qu’il ne s’y veut tenir, et appelle au jour du Seigneur. D’avantage, pource qu ‘ls l’avoyent en mespris à cause 1 en apparence externe ils ne voyoyent en sa personne que povreté et abjection, 5 monstre que cela luy doit plustost tourner à honneur qu'autrement. Après il met en avant des signes évidens, par lesquels on pouvoit aiséement juger qu’il n'avoit eu esgard à sa gloire ni à son ventre: mais s’estoit du tout appliqué à fidèlement procurer l'affaire de Christ. Pour conclusion, il touche qu e} honneur luy devoyent les Corinthiens. En la fin il leur reconimande Timothée jusqu’à sa venue : ensemble il leur fait à sçavoir qu’on recognoistra à sa
SUR LA Ire ÉPISTRE AUX CORINTHIENS. 279 venue combien il fait peu de conte de ceste vaine ostentation de laquelle les fauxapostres se bravoyent pour acquérir la grâce des hommes.
Au cinquième chapitre il les tanse de ce qu’ils souffroyent un mariage incestueux du beau-fils avec sa Imarasire, sans en dire mot: et leur monstre qu’une telle énormité doit bien suflire pour les bumilier et abbatre de honte, en lieu de s’enorgueillir comme ils faisoyent. De là il passe à une doctrine générale, Qu'il faut punir tels forfaits par excommunication, afin de réprimer la licence de mal-faire, et de peur que le mal contagieux qui est en un personnage ne viene à s’espandre sur beaucoup d’autres.
Le sixième chapitre ha Geux principales parties. En la première il les reprend aigrement pour les procès desquels ils se mangeoyent l’un l’autre devant les infidèles au grand déshonneur de l'Evangile. En l’autre, il taxe le desbordement de paillardise qui estoit venu jusques-là, que paillarder estoit quasi tenu pour une chose licite. Et commence ce propos par une grande menace laquelle puis après il conferme par raisons.
Le septième contient une dispute touchant virginité, mariage et l’estat de continence, appelé Célibat. Comme il est à présumer par ce que dit sainct Paul, une opinion superstitieuse s’estoit eslevée entre les Corinthiens, que virginité estoit une vertu excellente, et quasi Angélique : tellement qu'ils avoyent le mariage en mespris, comme chose profane. Pour oster cest erreur, il advertit un chacun de regarder ce qui luy est donné, et de ne se parforcer point en cest endroit outre son pouvoir, d'autant que tous n’ont pas une mesme vocation. Ainsi il monstre qui sont ceux qui peuvent s'abstenir et passer de mariage, et à quelle fin doit tendre telle abstinence : au contraire, quelles gens sont tenus de se marier, et quelle est la vraye règle du mariage Chrestien.
Au huitième chapitre il leur défend de communiquer aux sacrifices profanes et pollus des idolâtres, ou faire quelque chose en cest endroit, dont les consciences infirmes soyent blessées. Et d'autant que pour se couvrir ils amenoyent ceste excuse, qu'ils ne s’accouployent point avec les infidèles en quelque meschante et fausse opinion, veu qu'en leur esprit ils recognoissoyent un seul Dieu, et tenoyent les idoles pour inventions vaines : pour leur oster ceste excuse, il dit qu’un chacun doit avoir esgard aux frères, et qu’il y en a beaucoup d’infirmes, desquels la foy peut estre esbranlée par telle simulation.
Au neufième chapitre, afin qu'il ne semblast point estre desraisonnable en assujetissant les autres à une règle qu’il n’observoit pas, il monstre qu'il ne requiert rien plus d’eux que ce qu’il a fait luy-mesme. Car il leur réduit en mémoire comme de . peur d’offenser personne il s’est volontairement abstenu de la liberté qui luy estoit permise du Seigneur : comment és choses indifférentes, afin de s’accommoder à tous, il s’est, par manière de dire, transfiguré en plusieurs sortes, Et c’est afin qu'ils apprenent de luy, qu’il ne faut pas qu’un chacun soit si fort addonné à soymesme, que cependant il ne mette peine de s’accommoder aux frères en édification.
Or pource que les Corinthiens se plaisoyent fort en eux-mesmes (comme il a esté dit ci-dessus) au commencement du dixième chapitre, amenant l'exemple des Juifs, il les admoneste qu'ils ne s’abusent point en une vaine asseurance. Car s'ils s’eslèvent en orgueil pour les choses externes, et les dons de Dieu, il monstre que les Juifs ont bien eu autant de matière de se glorifier, et toutesfois que tout cela ne leur à rien proufité, quand ils ont abusé des biens que Dieu leur avoit faits. Après . Jes avoir espovantez par ceste remonstrance, il retourne incontinent au propos qu'il avoit ci-dessus commencé : et monstre combien c’est une chose mal séante et -estrange que ceux qui communiquent à la Cène du Seigneur, soyent participans de
la table des diables : et que cela est une orde pollution, et qui n’est point à supporter. Finalement il conclud qu’il faut tellement nous conduire en toutes nos œuvres, que nous ne soyons en scandale à personne.
En l’onzième chapitre il reprend quelques manières de faire dont ils usoyent és assemblées publiques, qui estoyent vicieuses et mal accordantes à l’honesteté Chrestienne : et les advertit quelle gravité et modestie doit là estre gardée, quand nous sommes en la présence de Dieu et des Anges. Mais principalement il insiste à les tanser de l'abus qu'ils commettoyent en l’administration de la Cène. Et adjouste le moyen de corriger un tel abus qui estoit survenu : asçavoir, en les ramenant à la première institution du Seigneur, Comme à la seule règle certaine et loy perpétuelle pour bien et deuëment faire un tel acte.
Or pource que plusieurs abusoyent des dons spirituels, les faisans servir à ambition, au douzième chapitre il traitte à quelle fin Dieu les donne, et quel en est le droit et pur usage, asçavoir, qu’en les rapportant mutuellement à l'édification les uns des autres, nous soyons unis tous ensemble en un corps, qui est de Christ. Il esclareit ceste doctrine en amenant la similitude du corps humain : auquel combien qu'il y ait divers membres, et facultez différentes, toutesfois il y a si bonne convenance et communion, que ce qui est donné à chacun membre en particulier, SE rapporte au proufit de {out le corps. Ainsi, il conelud que charité nous servira d’une bonne règle pour nous bien gouverner en cest endroit. aa DOUrSUÉE plus au long ceste matière au treizième chapitre, et Pesclarcit d’avantage : mais la somme en revient là, qu’il faut que tout se rapporte à charité. Et sur ce propos il prend occasion de faire un discours des louanges de charité, afin de mieux recommander lexercice d’icelle, et accourager les Corinthiens à la suyvre et s’y addonner.
Au quatorzième chapitre, il commence à déclarer plus spécialement la faute des Corinthiens quant à l'usage des dons spirituels. Et pource qu’entr’'eux l’ostentation régnoit si fort, il enseigne qu’en toutes choses il faut avoir seulement esgard à l'édification. Pour ceste raison il préfère la prophétie à toutes autres grâces, d’autant qu’elle est plus utile : en lieu que les Corinthiens estimoyent plus les Langues, seulement à cause d’une folle ostentation. Outre ce il leur enseigne le vray ordre de procéder : ensemble il les reprend d’un vice: asçavoir, de ce qu’ils prenoyent plaisir à parler Langues estranges sans aucun fruit, et cependant la doctrine et les exhortations estoyent mesprisées, lesquelles devoyent tenir le premier lieu. Après, il défend aux femmes d’enseigner publiquement, pource qu’il n’est pas honneste.
Au quinzième chapitre, il taxe rudement un erreur fort pernicieux, lequel il n’est pas vray-semblable avoir esté commun entre les Corinthiens : mais néantmoins aucuns en estoyent tellement infectez, qu’il estoit bien besoin d'y remédier apertement. Or il semble que de propos délibéré il ait différé jusques à la fin de l'Epistre à faire mention de ce poinct, pource que s’il eust commencé par là, ou qu’incontinent il fust tombé sur ce propos, ils eussent peu penser que ce blasme s’addressoit à tous en général. Il monstre donc que Particle de l'espérance de la résurrection est si nécessaire, qu’iceluy estant osté, l'Evangile s’en va quant et quant du tout ruiné. Or après qu’il l’a prouvé par fermes argumens, il adjouste aussi la façon et manière par laquelle elle sera accomplie. Somme, il traitte diligemment ce poinct, et en fait une plene déduction.
Le seizième chapitre ha deux parties. En la première, il les exhorte de subvenir à l’indigence des frères de Jérusalem, lesquels estoyent lors pressez de famine, et cruellement traittez par les meschans. Les Apostres avoyent baïllé charge à sainct Paul, de soliciter les Eglises des Gentils à leur subvenir, Parquoy il les advertit de mettre à part tout ce qu’ils ont vouloir de distribuer, afin qu’il soit incontinent porté en Jérusalem. En fin, il clost son Epistre par congratulations, et une amiable exhortation. On peut bien maintenant conclure ce que j'ay dit au commencement,
Que ceste Epistre est remplie de trèsutile doctrine : d'autant qu’elle contient diverses disputations de plusieurs excellens points.