‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 34 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

À Paul appelé pour estre Apostre de Jésus-Christ, par la volonté de Dieu :

et Sosthènes nostre frère :

2 À l'Eglise de Dieu qui est en Corinthe, aux sanctifiez par Jésus-Christ, qui estes appelez à estre saincts, avec tous ceux qui invoquent le nom de nostre Seigneur Jésus-Christ, en tout lieu, le leur et le nostre!,

3 Grâce vous soit, et paix par Dieu nostre Père, et de par le Seigneur Jésus-

Christ.

1) Ou, Le Seigneur (di-je) et d'eux et de nous.

À Paul appelé. S. Paul quasi en toutes ses Epistres tasche d'entrée d'acquérir authorité et grâce à sa doctrine. Authorité, par la charge que Dieu luy avoit imposée, d'autant qu’il est Apostre de Christ, envoyé de Dieu. Grâce, par ce qu’il testifie sa dilection envers ceux ausquels il rescrit. Car cestuy-là aura plus facilement audience et crédit envers nous, lequel nous pensons nous porter faveur sans feintise, et fidèlement procurer nostre salut. En ceste salutation doncques il s’attribue authorité, quand il se nomme Apostre de Christ : et mesme, 4ppelé de Dieu: c’est-à-dire, ordonné par la volonté d’iceluy. Or ces deux choses sont requises , à ce que quelqu'un soit ouy en l’Eglise, et ait lieu d'enseigner. Car il faut

estre appelé de Dieu à ceste charge, et en l’exécutant s’y porter fidèlement. Yci Paul s’attribue l’un et l’autre : car le nom d’Apostre contient cela, qu'un homme soit ambassadeur de Christ en bonne conscience, et qu'il annonce la pure doctrine de l'Evangile. Mais pource que personne ne se doit usurper cest honneur, s’il n’est appelé, il adjouste qu'il ne s’y est point ingéré témérairement, ains qu’il y a esté constitué, ordonné et establi de Dieu. Quand donc nous voulons sçavoir lesquels nous devons tenir pour ministres de Christ, apprenons de conjoindre ces deux choses, La vocation, et La fidélité à exercer l'office. Car comme personne ne se peut droitement attribuer le titre et dignité de Ministre , sinon qu’il soit ap-

pelé : aussi il ne sufñiroit point à un homme d’avoir esté ainsi appelé, sinon qu'il s’acquitte aussi de sa charge. Car le Seigneur n’élit point des Ministres pour estre des idoles muetes, ou pour exercer une tyrannie sous ombre de leur vocation, ou afin qu'ils ayent leur plaisir pour loy: mais il leur limite quant et quant quels ils doyvent estre, et les astreint à ses loix : brief, il les élit au ministère : c’est-à-dire, qu’en premier lieu ils ne soyent point oiseux : après, qu’ils ne passent point les bornes de leur office.

Parquoy, tout ainsi que l’Apostolat dépend de la vocation, aussi il faut que celuy qui veut estre réputé Apostre, se monstre tel par effet : voire mesme, quiconque veut qu’on luy adjouste foy, ou qu’on donne audience à sa doctrine. Car puis que sainct Paul s’appuye sur ces rai- Sons pour avoir son authorité, cestuy-là sera plus qu’effronté qui voudra sans icelles estre quelque chose. Mais il faut noter que ce n’est point assez qu'un homme allègue tant le titre de vocation, que sa fidélité à exercer l’office, s’il ne prouve par effet l’un et l’autre. Car il advient souvent qu’il n’y a gens qui s’énorgueillissent plus arrogamment des titres, que ceux qui sont destituez de la vérité:

comme au temps passé les faux prophètes d’une présomption bautaine se glorifioyent d’estre envoyez de Dieu. Et aujourd’huy, qu'est-ce qu’entonnent à plene bouche les Romanisques , sinon ces gros mots, Ordination de Dieu, La saircte et sacrée succession depuis le temps mesme des Apostres? Mais puis après il appert qu’ils sont vuides de toutes ces choses, desquelles il s’eslèvent si fièrement. Il n’est donc poiñt yci question de vanterie, mais de monstrer la vérité. Et d'autant que c’est une chose commune aux bons et aux meschans, d’usurper le nom, il faut venir à l’examen, pour discerner qui c’est qui s'appelle Apostre à la vérité ou faussement. Quant à sainct Paul, Dieu a donné tesmoignage de sa vocation par plusieurs oracles et révélations, et depuis Va confermée par miracles. Sa fidélité doit estre estimée en ce qu’il annonçoit Ja pure doctrine de Christ. Au reste, tou-

chant les deux manières de vocation: |!

Cuar. I.

asçavoir, de Dieu, et de l'Eglise: voyez nostre Institution. {postre.Combien que suyvant l’étymologie, ce nom ait signification générale, et qu'aucunesfois aussi il se prene généralement pour tous Ministres : toutesfois il ha une autre signification spéciale, selon laquelle il compète à

ceux qui estoyent ordonnez par le com-.

mandement du Seigneur à publier l’Evanvangile par tout le monde. Or il estoit

bien requis que Paul fust réputé de ce

nombre pour deux causes : asçavoir, d’autant qu’on leur Géféroit beauceup plus qu'aux autres Ministres de l'Evangile : et aussi pource qu'eux seuls avoyent proprement ceste puissance d'enseigner toutes Eglises. Par la volonté de Dieu.

Comme ainsi soit que l’Apostre ait volontiers accoustumé d’avouer tenir de Dieu tout ce qui est de bon, toutesfois principalement il le fait en son Apostolat, afin de destourner toute suspicion d’arrogance. Et certes, tout ainsi que la vocation à salut est gratuite, aussi est celle de la charge d’Aposire, comme enseigne nostre Seigneur par ces paroles, Vous ne m'avez pas éleu, mais je vous ay éleus, Jehan, XV, v. 16. Néantmoïins , S. Paul donne aussi tacitement à entendre que tous ceux-là combatent contre l'ordonnance de Dieu, lesquels s'efforcent de renverser son Apostolat, ou y contrarient en aucune manière. Car il ne faut pas penser que sainct Paul se vueille yci vanter, et que sans autre raison il prene plaisir à alléguer ces titres d'honneur : mais il le fait de propos délibéré pour maintenir son Apostolat contre les murmures et détractions des malins. Car veu que les Corinthiens devoyent tenir son authorité pour suffisamment approuvée, c’estoit une chose superflue à luy d’alléguer la volonté de Dieu, n’eust esté que les meschans s’estoyent efforcez d'abbatre où abbaisser par moyens obliques le degré d'honneur qu’il avoit receu de Dieu. Æ£ Sosthènes frère. C'est ce Sosthènes-là qui estoit Prince de la synagogue des Juifs, laquelle estoit en Corinthe: duquel sainct Luc fait mention au XVII chap., v. 17, des Actes. Or il adjouste le nom d’iceluy : pour ce qu'à bon droict les Corinthiens le devoyent avoir en révérence,

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