‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 2 sur 58 · SUR SES COMMENTAIRES · texte numérisé non relu

SUR SES COMMENTAIRES

MMiUttc dît qadqae part dans ses Commentaires : « i'ai tonte ma vie haï les esariptnres, aymant mieux

• passer toute mie nuit la enirasse sur le dos que non

• pas escrire. » II faut donc lui savoir beaucoup de gré de nous avoir laissé des mémoires ; il a dô pour cda surmonter une profonde répugnance; le besoin qu'il avait de se mettre en avant , son extrême désir de parkT de lui, mêlé au désir d'être utile aux hommes qui suivaient la carrière des armes , peuvent saùs noos expliquer cette curieuse violence faite par Montluc à son propre caractère. Son but particulier a été de raconter les événements auxquels il a pris une grande part, les combats où il a figuré en première ligne. Si qudqu^un lui reproche de s'être chargé lui-même de sa propre histoire, il répondra «pi'cn « écrivant la venté et en rendant l'honneur à ■ Diea, ce n*est pas mal fait. » Il ne craint pas qu'on iaœnsed'inexactitude : « le tesmoignagede plusieurs

• qm sont encore en vie, dit-il, fera foy de ce que

• j*ay escrit. Nul aussi, ajoute Montluc, ne pou voit B mieux re|ff esenter le dessein, entreprinse et exécu-

• tioD, on les faits survenus en iceUes, que moy-

• meane, qui ne dérobe rien de Tlionneur d'autruy . « Le pins grand capitaine qui ayt jamais esté, qui

est César, m'en a montré le chemin, ayant luimeaneescrit ses Commentaires, escrivant la nuit ce qu*il execntoit le jour. J'ay donc voulu dresser les micas, mal polis, comme sortant de la main d'un soMat, et encore d'un Gascon , qui s'est toujours

plus soucié de bien faire que de bien dire Ce

n'est pas un livre pour les gens de sçavoir : ils ont assez d^historîens ; mais bien pour un soldat capitaine : et peut estre qu'un lieutenant du Roy y pourra trouver dequoy apprendre ; pour le moins , puis-jedire, que j'ai escrit la vérité , ayant aussi bonne mémoire à présent que j'eus jamais, me res- Mm venant et des lieux et des noms, combien que je n'eusse jamais rien escrit. Je ne pensois pas en cest aage me mesler d'un tel métier : si c'est bien ou mal , je m'en remets à ceux qui me feront cest honoeor de lire ce livre , qui est proprement le dis- " cours de ma vie. » Montluc avait an moins soixante et dix ans lorsqu'il dictait ces lignes ; c'était le plus ^Muxcapitaiiie de France. '

La vie de Montluc {\) se déroule à travers ses Commentaires; et cette grande biog|:aphie semblerait rendre inutile ici toute notice sur le guerrier célèbre qui vécut et combattit sous cinq règnes; mais, malgré tonte leur clarté, les Commentaires offrent çà et là une certaine confusion. Il sera plus convensd)le et plus intéressant d'indiquer d'abord d'une façon à la fois nette et générale ce que fut Mon^c.

Montluc a négligé de nous apprendre la date positive de sa naissance. Nous sommes réduits à la placer vaguement entre l'année 4500 et iSM. Biaise de Montluc était l'alné de six enfans , dont l'unique espoir de fortune était le partage d'un revenu de mille francs. Tout gentilhomme qu'il était, il lui fallut faire son chemin degré par degré comme le plus pauvre soldat du royaume. Il fut nourry dans la maison du duc Antoine de Lorraine, fils de René II, vainqueur de Charles-le-Téméraire à Nancy. Mis hors de page , il entra en qualité d'archer dans la compagnie du duc Antoine, qui avait pour lieutenant le fameux Bayard. Il lui prit bientôt oavie d'aller en Italie, « sur le bruit qui couroit des beaux » fkits qu'on y faisoit ordinairement. « Ayant fait un voyage en Gascogne, il reçut de son père quelque peu d'argent et un cheval d'Espagne; puis il passa les monts et arriva à Milan : il avait alors dix-sept ans. Le jeune Montluc fut pourvu d'une place d'archer dans la compagnie de Lescun , un de ses oncles, devenu depuis maréchal de France. La guerre, qui venait de se réveiller entre François I*' et Charles-Quint, dura vingt-deux mois; notre jeune archer eut sept chevaux tués sous lui. La terrible lutte entre le roi de France et l'empereur inspirait à Montluc , cinquante ans plus tard , de remarquables réflexions. En parlant de cette guerre, qui précipita au tombeau un monde de braves et vailUins françoiSy l'auteur des Commentaires s'écrie : « Dieu fit naître » ces deux grands princes ennemis jurez et envieux » de la grandeur l'un de l'autre ; oe qui a cousté la

(I) La famille de Montinc était une branche de celle d'Artagoan-Montesqnioa , une des plus grandes familles de la Guyenne.

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