NOTICB SUB BLAIS£ DE MONTLUC
» vie à deux cens mil personnes, et la ruine d'un » million de familles : et enfin ny Tun ny Fautre n'en » ont rapporté qu'un repentir d'estre cause de tant » de misère. >»
Revenu de cette campagne , dont la résultat avait été la perte du Milanais, le jeune Montluc , en récompense de sa bonne conduite en Italie, obtint une place dliomme d'armes dans la compagnie de Lèsent V. A cette époque les Espagnols menaçaient de vouloir reprendre Fontarabie ; la compagnie on figurait Montluc fut une de celles qu*on envoya à Bayonne pour résister à Tentreprise de l'empereur. Montluc avait toujours eu envie de « se jetter parmi les gens de pied » pour être à même de se signaler plutôt par des actions d'éclat; on lui octroya une enseigne de gens de pied,'et il fut content. Il ne tarda pas à trouver une occasion de montrer son intelligence et sa bravoure ; il fit une belle retraite qu'on lira dans les Commentaires , et le seigneur de Lautrao lui dit ces mots en gascon : Monihu^ moii|am< , JM uoiuiblideray jamais Ion service qu'abes fait au rei , tt m'en s<mvUra tant que jou vivray. C'était la première fols que Montluc conmiandait; il fut fait capitaine , quoique à peine âgé de vingt ans. Dans le récit de cette affaire, l'auteur des Commentaires observe qu'alors il n'y avait point encore d'arquebnsiers. « Que plust à Dieu, dit le vieux guerrier, que ce » malheureux instrument (Varquebuse) n'eust jamais » esté inventé; je n'en porterois les marques, les- » quelles enoore aujourd'huy me rendent languis- Il sant , et tant ^ braves et vaillans hommes ne fus- « sent morts de la main , le plus souvent, des plus
• poltronset plus lasches, qui n'oseroient regarder au » visage eduy que de loing ils renversent de leurs
• malheureuses balles par terre : mais ce sont des » artifices du diable pour nous faire entretuer. » Ces nobles plaintes contre les inventions meurtrières qui réduisent à rien la valeur personnelle de l'homme, forent plus d'ime fois prononcées dans le x vi« siède ; rhérolsme s'affligeait de ces combinaisons aveugles , pmr lesquelles la main la plus obscure peut emporter un grand homme; l'emploi de la poudre à canon dans la guerre était devenue une des tristesses de Bayard.
Entré en Itallie sans aucune solde, le jeune Montluc avait combattu ^ Pavie avec les Enfants Perdus; il fut fait prisonnier, et bientôt remis en liberté, « car » ils voyerent bien, dit-il, qu'ils n'auroyent pas » grand finances de moy. n Au sujet de la prise de François I^**, Montluo observe qu'un roi ne de^Tait fias se trouver lui-même à la bataille , vu que « bien » souvent sa prise mène après la ruyne de son estât.» Il insinue que si Charles-Quint avait attaqué la France après la bataille de Pavie, le royaume aurait pu périr, a Toutefois , dit Montluc , Dieu regarda le « sien (le royaume de François P'}, d'un œil de pitié, » et leconserva ; car les victorieux perdirent le sens, » esblouis de leiu* victoire, d Le jeune vaincu de Pavie reprit pauvrement le chemin de France ; il raconte que lui et ses compagnons ne mangèrent , jusqu'à Embrun que raves et (rousous de choux » ciyts sur des charbons.
Montlhuc suivit Lantrec dans son expédition en Italie (4527) ; blessé au siège du château de Yigève , il ne put assister à la prise de Pavie; au siège de Campistrano, il a le bras percé et meurtri par deux coups d'arquebuse. Transporté dans lacitéd'Ascoly,. il est sur le point de subir l'amputation du bras , et tout à coup il s'y refuse. U demeure deux mois et demi couché sur les reins ; « tellement , dit-il, que » tout le grand os qui est le long de l'eschine me » perça la peau, qui est la plus grande douleur que » je pense que Ton puisse souffrir en ce monde. • Malgré son mal , Montluc s'en alla joindre les drapeaux de la France devant Naples , monté sur un petit mulet qu'il avait. Il reçut une baronnie de douze cents ducats de rente , appelée la tour de la Nonciade: mais la perte du royaume de Naples lui enleva ce domaine, dont on avait payé ses exploits. Montluc parut dans ce dernier combat avec le bras en écharpe, et on avait dit de loi : « Celni-ià » fera toujours bien partout où il se trouvera. » Le jeune capitaine revint en France anssi peu avancé pour la fortune, qne le premier jour qu'il était sorti du pays ; il portait le bras en écharpe, ayant plus de trente aunes de taffetas sur lui, « souhaitant la mort » mille fois plus que la vie. d II resta trois ans chez son père sans qu'il pût guérir ses blessures.
Le pauvre capitaine, au réveil delà guerre, recommença à chercher fortune. En 4S56, Charles^Quint assiégeait Marseille ; la compagnie de Montinc s'en alla renforcer la garnison de cette ville. Il s'agissait de brûler le moulin d' Auriole pour affamer le camp de l'enuemi* L'entreprise était difficile; bien des capitaines avaient reculé ; Montluc se charge de ce coup de main, et réussit pleinement. L'entreprise est racontée avec de curieux détails dans les Commentaires. Un autre s'attribue auprès du roi tout l'honneur de cette expédition. « Il sied mal de » desroberl'honneur d'«utrui,dit à cesujet Montluc ; » il n'y arien qui décourage tant un bon cœur. • La trêve de dix ans , publiée en 4537, ne put retenir Montluc dans la retraite ; « Je n'ay jamais esté en sétt jour , dit-il, ains (mais) toujours prêt au premier a sondu tabonrin. Les jours de paix m'estoyent des » années. » Ne pouvant plus faire le métier de soldat, il essaya celui de courtisan; mais le vieux capitaine nous apprend qu'il fut toute sa vie malpropre pour ce métier, qu'il est trop flrane et trop libnre. Ce futMontlucqui fit déeiderlabatailledeCérisoles;on verra dans les Commentaires ses curieuses conférences avec le roi. Il fit merveille dans cette journée, à la tête de ses arquebusiers, et son récit de la bataille est du plus haut intérêt. Ce brillant capitaine fut armé chevalier de la main d'Enghlm; toutefois sa douleur fut grande de n'avoir pas été envoyé auprès du roi pour lui porter la nouvelle de la victoire. Il se retira en Gascogne ; mais ce ne fut pas pour longtemps; il ne tarda pas à repasser en Piémont. « Je ne haîssois rien tant que ma » maison, dit-il, et quoy que j'eusse résolu, pour le » tort qui m'avoit été fait de n'aller plus en ce pays » U, si est-ce que je ne peux m'enempescber. v 11 faUut bientôt revenir en FIrtnce; Boulogne était
NOTICB fiUB BLAISB DB MONTtUG.
tombée aa pouvoir de Gharies-Quint, ligué avec
Henri VIU; c'esllà que devaientse porteries foreesdu
^ rui.Hoiitluc fut nommé à Boulogne mestredecamp.
La place ne fut rendue que sous le règne de Henri U.
MonUue parut à la cour en qualité de gentilhomme
tenant; il vit François J«r dans les derniers temps
de sa \\t\ le roi était assez vieux et pensif; il ne
b careisfioit point tous les hommes comme il sou-
« \fàL 9 Le vieux monarque adressa une seule fois la
parole à Mootluc , ce fut pour lui faire raconter la
haUDSedeCérisoles.
Le règne de Henri II fut pour Montluc une époque de gloire et de fortune. Sa renommée s'accrut àQiBefs,àLans,à Beune.La défense deSienne est une grandeet belle page de sa vie ; cette partie de ses mémotresest fort attachante. Sienne avait secoué le joug impérial et avait demandé Fappui de la France pour consener sa liberté. Montluc avait été envoyé au seoDors an Sîennois avec des troupes françaises. Après k^orieux combat de Marciano, il s'était enfenaé dm la place avec les assiégés. Montlac était malade; sa figure était pâle; enveloppé de fourrure de la tète anx pieds, il avait Tair d'un moribond. < Qne ferons^ious ? disoient les dames et les peureux
• de h vîUe, que ferons-nous si notre gouverneur « nieort? Nous siwames perdus ; tonte notre fiance, » après Dieu, est en luy ; il n'est pas possible qu'il » en eschappe. » Montluc trouva alors dans son ■nagination un incroyable expédient ; il ne voulut plos paraître embéguiné, et songea à se donner au peuple pour un homme ressuscité; il se fit bailla deschanssesde velours cramoisi apportées d'Albe , OMTcrtesde passemens d'or, découpées et bien faites, car < sa temps qu'il les avoit fait fahre, il estoit amou- »rau»il était alors en loisir de garnison, « or *a<a7ait rien à faire, il le faut donner aux da- > mes. • Il prit le pourpoint tout de môme , une chemige ai soie cramoisie avec filet d'or, puis un collet de bttfle, et se fit mettre le haussecol de ses ^nies, « qui estoïent bien dorées, n En ce temps-là, aJ0ute-t-il, « je portois gris et blanc pour l'amour
• d'anedame dequi j'estois serviteur lorsque j'avois
> le loisir, et avois encore un chapeau de soye grise, " lait à râllemande, avec un grand cordon d'argent,
* et de plumes d'aigrette bien argentées, d Après ^*il eut revêtu son plus brillant costume, il se lava les maioB et le visage avec du vin grec , en but un pen, se regarda au miroir, et Montluc nous jure qaUne se reconnaissait pas lai-méme. 11 se croyait encore an temps où il était amoureux ; Dieu semblait lai avoir donné un autre visage. « Eh ! quoy, dit
> Montlne à un colonel qui sanglottoit de rire en,
• le îoyant, pensex-vous que je sois ce Montluc qui
* îa tans U» jours mourant par les rues? Nany , *Baay, et celuy-là est mort, et je suis un autre
* Montlne. > Le gouverneur se rendit à cheval au 1^^ de la ville, et fit entendre aux Siennois d'élovotes paroles. Rien n'est plus admirable que '^^apressement héroïque des pauvres habitants et SfBim des femmes de Sienne pour aider aux forti- ^citioBset à la défense de la ville. « 11 ne sera ja- » aiaÎB, dames sieDoises, s'écrie l'auteur des Ck>m-
• mentaires, que je n'immortalize vostre nom tant « que le livre de Montluc vivra; car, à la vérité, » vous estes dignes d'immortelles loiianges, si ja- » mais femmes le furent, d Lorsqu'à la fin on est forcé de faire partir de la ville les bouches inutiles, quel toucliantmtérêt dans la peinture de ces pauvres gens qui fuyaient vers l'ennemi ! a Ce sont des lois D delà guerre, s'écrie Montluc avec un accent plein » de tristesse; Ufaut estre très cruel souvent , pour
• veair à bout de son ennemy ; Dieu doit estre bien )i miséricordieux en nostre endroit, qui faisons tant D de maux, a II y a dans ce dernier trait une mélancolique profondeur.
Revenu à la cour de Henri II, Montluc reçut du roi le cordon de Saint-Michel, une pension de trois mille francs pris à réi>argne, trois miUe francs derente sur le domaine, deux nulle écus argent comptant, deux places de conseiller au parlement de Toulouse pour aider au mariage de sa fille. On verra dans les Commentah*e$ la dernière expédition de Montluc en Italie contre le duc d'Albe, son retour en France après le désastre de Saint-Quentin , la noble part qu'il prit aux sièges de Calais et de Thionville. Montluc avait été blessé dans son orgueil sous François II, et ne parle presque point de ce règne. Quand Charles IX arrive à la couronne, sous la régence de Catherine de Médicis , Montluc offre ses services à la reine-mère; une triste destinée jette Montluc dans les guerres civiles; il déplore lui-même ces guerres, où a contre son naturel, il lui a fallu user, non-seu- » lement de rigueur, mais de cruauté. » Les guerres de religion qui ont ensanglanté notre histoire au X VP siècle, offrent un affligeant spectacle pour la raison et l'humanité. Mais ne jugeons pas avec une aveugle sévérité les hommes dont le nom se mêle à ces horribles luttes. Ce serait une grande erreur, de croire qu'il n'y eût là qu'un mtérèt de religion ; il faut y voir une question d'un grand intérêt politique. Les prolestants de cette époque formaient comme une vaste faction ouvertement déclarée contre la royauté ; la France était menacée dans son unité politique. Des protestans rebelles répondant à un gentilhomme qui les menaçaient au nom du roi Charles, disaient : cr Quel roy? nous sonunes les »roys ; celny-là que vous dites est un petit reyot de i>m....; nous lui donnerons des verges, etluidonunerons mestier pour lui faire apprendre à gaigner sa » viecommelesautres. » Dans la Guyenne, où Montluc avait été nommé lieutenant-général, les réformés se montraient avec des dispositions effroyables. Le roi donne à Montluc le nom de Conservateur de la Guyenne, et ce fut là une triste gloire. Mais, tout en repoussant de toutes nos forces les monstrueuses rigueurs du lieutenant-général de la Guyenne, n'oublions pas que Montluc ne voyait dans les pr(> testants que les ennemis du roi. L'histoire ne doit voir dans cette horrible conduite de Monluc que régarement du patriotisme. « Si j'eusse feint la douu ceur, dit-il, nous estions perdus. »
Celte notice n'est qu'une indication générale des faits , pour mettre le lecteur à même de saisir l'ensemble de la vie de Montluc. Francliissant les derniers