COMMBNTAIBGS DB FRANÇOIS DE BAB0TIN
passasmes devant Bapanlme , où fusmes saluez d'infinis coups de canon : toutefois nostre armée n'y séjourna longuement, pour Tincommodité que nous avions d'y pouvoir recouvrer eauê , et escarmoucherent seulement noz chevaux légers quelque temps devant cette place , pendant que toute l'armée devalloit pour camper ce soir le long de ceste petite rivière , au dessoubs de Miraumont, d'où partismes le lendemain, tenans le chemin à main droite , le long de la lisière de la comté d'Artois , où peusmes veoir èi l'œil le merveilleux degast que l'armée du prince de La Roche-sur-Yon y avoit fait , plusieurs beaux chasteaux et villages encore fumans , les bleds et fruicts de la terre abandonnez et mis à perdition; qui sont les misères et calamitez que les guerres et dissensions entre les grands princes apportent au pauvre peuple. Ce soir, cinquième d'aousty campasmes à Paz en Artois , où quelque cavidierie de la garnison d'Arras , suyvant le pays couvert, et les bois qui sont entre deux, entreprint de voiler quelques butins sur nostre queue ; laquelle , rencontrée par nostre cavallerie angtoise et escossoise, fut desfaite, et la pluspart de leurs soldats mis à pied , et autres amenez prisonniers, dont fut recompensée la perte de Givetz. Le degast fut poursuivy et continué jusques auprès de Tabbaye de Gercamp , où commence la comté de Sainct Paul. Là sejournasmes deux jours pour beaucoup de raisons , principalement ponrce qu^on avoit délibéré et résolu d'assiéger le chasteau de Ranty. M. de Yandosme partit de ce lieu avec gendarmerie , cavallerie et bon nombre de gens de pied, avec quelque artillerie, pour aller devant le sommer , aussi pour scavoir s'il y auroit gens dedans celuy de Foquemberge , qu'il déliberoit forcer avec tous les autres petits forts de Tenviron, pour cause aussi de faire amener plus grand nombre d'artillerie , estant là nostre partie esventée et démontée, et beaucoup de pouidres et munitions consumées devant les villes et chasteaux qu'on avoit prins.
Le huictieme d'aoust, au départir de Fervan, près cesteabbaye de Gercamp , traversasmes toute la comté de Sainct Paul , laissans Dorlan et Hedin à main gauche , et Teroenne à la droite ; et , le Jour ensuy vaut , vinsmes camper à Fruges, où , dès ce soir , fut de rechef sommé le chasteau de Ranty, et response faite par le chef qui estoit leans qu'il ne le rendroit jamais , s'asseurant du secours qu'en bref l'Empereur luy ameneroit. Lequel estant asseuré de la venue du Roy en ce lieu, et du vouloir qu'il avoit de luy donner un merveilleux assault , tant pource que ce fort est grandement préjudiciable au
comté de Boulonnois, que pour essayer s'il sehf zarderoit de le combattre et chasser hors de son pays, estoitparti d'Arras, où avoit fait la revcaé et monstre de toutes ses forces, avec lesqndls s'estoit approché de nous jusques à TerocDDele vendredy au soir. Mais le Roy , cognoisaaQt s délibération estre d'aller occuper l'autre eostéde la rivière , lieu fort, à raison de la tongucur et largeur des bois quis'estendent bien avant dedms ces pays , desquels luy pourroit venir tout secours , tant de vivres , soldats , que toutes autres munitions , et que , s'estant là fortifié à nostre présence, pourroit ordinairement secourir etrnforcer ce chasteau de gens et de vivres, et detoos costez eoupper et empescher les nostres, ad^, pour le plus seur , que M. le connestable a^ef l'avantgarde passeroit cette part, et sefortifi^ roit de tranchées, afin d'obvier et prévenir i toutes surprises , et pour eoupper le chemin sa secours qui pourroit estre envoyé pour se jetter là-dedans ; et furent faits ponts de batteaux sur ce petit ruisseau, à ce que plus facilement les deux camps se peussent secourir Tan l'autre, et estoit toute la cavallerie legerecampée à Foqnenberge ; dont estoit tellement ce chasteau eoTeloppé , qu'un seul honmie n'y eust flceu eatia sans estre descouvert Ce neantmotns, pov mieux acertener l'Empereur de ce siège , on fit affûter sur le hault de la montagne , du costé de Montereul, quatre coulevrines pour commencer à battre les défenses, pendant qu'on fedsoit anscer la grosse artillerie prinse et amenée des vito de dessus la rivière de Somme , qa'on amena os peu tard , et l'eusmes nous seulement le samedy au soir, auquel à toute diligence etsolicitode furent fidtes les approches pour la mettre le ksdemain en batterie , non sans y estre tirées infinies harqnebusades , dont y fût blessé le capitaine Yauguedemars, l'un des plus andens et expérimentez capitaines des vieilles enseignes.
Il est vraysemblable que l'Empereur lors 0toit en grand doute et peusement, pour se veoir hors de tout moyen et espoir de pouvoir faiit entrer un seul homme dedans ce chasteau, «asà qu'il cognoissoit avoir affaire à un roy très^pin»' sant et magnanime , qui n'avoit entrq>ris telle besongne sans estre certain et bien asseuré de ses forces; mais à la fin le regret et honte qu'il avoit de laisser ainsi destruire et miner sod ^ et devant ses yeux prendre et forcer ceste ptot^se meslerent tellement ensemble, que, se disant enuemy de sa peur, résolut tenter ftrtia^ et faire tous ses efforts , quoy qii^ en past ad* venir , pour la secourir et garder. Pourtant ce Jour mesme vint camper une tienê (rtadenos^t neantmoins que pour cela nostre tftilfcrieie