COMMENTAIRES DE FRANÇOIS DE RABUTIN
Les deux armées séjoiirnerent aux deux Givetz six Jours entiers, et le septiesme eo deslogèrent* Celle du Roy suyvit le chemin deçà Meuse, et celle de M. de Nevers, pourladif» ficulté des chemins , ce soir campa en une vallée à deux lieues près de Disnan, au dessus de laquelle estoit un petit chasteau appelle Valvin, qui fut trouvé ouvert , où ce soir il coucha en la basse court. Le lendemain , jour de dimanche , toutes les deux armées arrivèrent à l*entour des villes et chasteau de Disnan et Bovines. Soudain que celle du Roy fut près de Bovines , fut assise et afutée Tartillerie au plus haut d'un cavin, dedans lequel passe le graiid chemin qui monte en la plaine au dessus, et ladite ville furieusement canonnéejusques àtrois heures après midy, qu'estant la bresche faite à un portail et dedans une tour, fut donné quant et quant Tassault, et emportée avec petite résistance, estant seulement défendue par ceux de la ville mesme, ausquels en print mal , et en fut fait d'une première furie grand carnage. Aucuns d'iceux , se pensans sauver, se jetterent à la mercy de Teau, toutefois pour cela ne se peurent exempter de mort, estans tuez la plus grande part, à coups d'harquebuses , en se plongeans dans le profond de Teauë ; les autres , encore que ils eussent traversé ceste rivière, et prins prisonniers par les François, furent depuis penduz et estranglez pour avoir témérairement résisté et tenu fort contre la puissance du Boy. Ynay est qu'en recognoissance de la bonne guerre que les Espagnols avoient faite aux François à la prinse de Therouenne, le Roy pardonna et sauva la vie à certain nombre d'eux qui s'estoient retirez dans la grosse tour qui est au dessus de ladite ville; et, usant de son humanité accoustumée, feit sauver les filles et petits enfans, et leur donna pour les conduire un herauld d'armes et un trompette.
Ce matin que M. de Nevers arriva auprès du chasteau de Disnan , voulant luy-mesme , avec le sieur de Jametz , de plus près l'aller recognoistre; fut occis d'une harquebusade à croc, tout joignant de sa personne , le cheval dudit sieur de Jametz ; luy estant par cela donné advertlssement que tels grands princes et chefs d'armées ne se doivent si hazardeusement exposer à tels périls. Pour ce jour toutefois ne fut commencé la batterie ) à cause qu'on n'avoit amené l'artillerie assez à temps , et seulement tout le reste du jour furent tirez plusieurs coups de canon pour commencer à rompre les défenses et aucuns gabions qui estoient sur le portail , et à une petite tour ronde assise au dessus de la ville, qui nous endommageoit fort en nostre quartier. Et toute
eeste nuict fut mb extrême diligence à ftire les approches et tranchées , non sans grand danger, pour les innumerables coup» d'artillerie et harquebusades à croc qui furent tirées du chasteau, sans meurtre et perte d'autres personnes que des misérables vastadours.
Le lendemain au poinct du jour, ce chasteas fat salué de trente grosses pièces d'artillerie, quinze de nostre costé et autant de œluy do Boy, de l'autre part de la rivière , qui donnoieot le long du creux et dedans le chasteau , dont fat percée à jour la muraillede bricquelaplushaiilte. On battoit aussi en flanc une grosse tour ronde au coing d'un corps de logis qui regardoltdeveis septentrion. Du costé de M. de Nevers, on battint une autre grosse tour ronde assise au bout de ce mesme logis , tenant au boulevert du portail ; et continua sans cesse , le Jour et la nuict , ce merveilleux tonnerre, jusquesau mardy environ les trois heures après midy , que furent fracassées et démoties ces deux tours , et bresche faite ao bout du dessus de ce logis, longue environ dii pas, toutefois encore malaisée è y monter pour ce que le canon ne pouvoit prendre au pied de la muraille, estant roche vive; aussi il y falkiît gravir le hault d'une picque, et estoit la montée encore glissante et peu ferme soubz les pieds, à raison de la terre et du ciment qui découlott cootinuellement dessus. Ce nonobstant , dès Theore mesme , fut résolu de donner l'assault , et amena M. l'Admirai les compagnies françoises ordonnées pour ce faire , jusques aux pieds de la bresche ; les priant et admonestant, avec honnestes et gracieuses remonstrances , de se souvenir de la grandeur de la nation françoise , et du dermr auquel estoient obligez pour la foy et asseurance que le Roy avoit en eux. Ces propos finis , quelques capitaines, suyvis de leurs plus valHaos soldats , s'acheminèrent et advancerent pour y monter, et fut le capitaine Maugeron des p^^ miers : parquoy les ennemis, le pensans sui^v de près, et que les François, la teste bai^, s'yroient eux-mesmes enfourner là dedans, doonerent feu à une traînée qu'ils avoient appareille d'entrée ; laquelle estainte , si noz soldats , poorsuyvans leur entreprise, ainsi que ceux qui estoient dedans , ont depuis confessé , eussent fait effort d*y entrer, les ennemis ne pouvoient pin tenir qu'ils ne les eussent emportez, estant desjà tant rompuz et endommagez des abiitis et frobsemens de la muraille que fieiisoit l'artillerie un* ber sur eux , qu'ils ne pouvoient plus dorer Mii^ si aucuns feirent bien leur devoir, il y en ei< d'autres qui s'y portèrent froidement, qui ont laissé une fort mauvaise opinion d'eux. Le capitaine Sarragosse ; porteur d'enseigne coroDelle;
OOMMBNTÂJBBS BB FBAUÇOIS BB EABUTIN. [1554]
y alla fort bravement, et Ait Meaaé : aussi feirent les cqiitaiDes Gourdes, La Molle et Le Fort, doqnel le portenseigne , nommé Le Basque , y fat tué et renversé du hault en bas , et son enseigne relevée par trois fois , estans tousjonrs abbotoz ceux qui la relevoient , tant qu'elle demeura au poing d*ua soldat gascon appelle Foogasset.
M. TAdmiral . gênerai de toute la fanterie françoise, voyant ses soldats ainsi refiroidiz, pour leur donner cueur, commença un peu plus sévèrement à les exhorter, leur monstrant qu*en la présence du Roy, s*ils ne faisoient preuve de leur magnanimité et hardiesse , la bonne réputation qu'ils avoient par c'y devant acquise , leur touroeroit à un très-grand reproche et infamie perpétuelle. Ce disant, luy mesme , le premieri conunença de monter encore pour plus les encourager ; un grand seigneur , nommé le sieur de Montpesat [bien qu'il n'eust aucune charge en leurs bandes] , empoigna une de leurs enseignes, et bravement devant tous eux la porta jusques tout au dessus , où se meit à couvert derrière aucuns quartiers et rubies de la muraille tombée, les appellant, et leur faisant signal avec l'enseigne de le vouloir suyvre, et aller après iny. Ce neantmoins ne fat onc possible qu'ils reprinssent courage ; dont aucuns capitaines auparavant bien estimez tombèrent en fort mauvaise estimation. Et pource que la nulct s'approchoit , fut sonnée la retraite.
Ce jour, ceux de la ville de Disnan , qui est w dessoubs du chasteau sur la rivière , se vin- <lrent rendre, à la mercy et miséricorde du Boy, entre les mains de M. de Nevers , qui , oubliant leurs folles et téméraires paroles, humainement les receut, et asseura d'avoir la vie sauve , et que leur ville ne seroit point brasiée. Pour ce y fcrent envoyez les capitaines Duras et Boisse, avec leurs compagnies de fanterie firançoise. Hais Dieu, ne voulant qu'aucun péché demeure impuny, bien qu'aucune fois la punition soit différée, encore que ces compagnies y fussent logées pour leur asseurance et sauveté , ne les peuvent garantir et exempter qu'ils ne fussent saccagez. Car les Allemans nouveaux de nostre camp , cuidans que ces compagnies y fussent entrées pour seul en avoir le sac ; y devallerent à la Irolle ; et , après avoir enfoncé les portes avec badies, coignées et grosses solives , les uns y entrèrent par ceste ouverture ; les autres , qui n'eurent patience d'attendre, grimpèrent êteschdlerent les murailles , se lanceans dedans par divers endroits , où ils feirent un merveilleux mesnage; et, non encore contens, ayansesté advertis que dedans la grande église on avoit
liait retirer toutes les femmes, filles et jeunes enfons , avec aucuns citoyens , à tourbes s'amassèrent là devant, et, après avoir, par grande violence, abbatu les portes et entrées de ce temple [quelque résistance que feissent aucuns François qui estoient là dedans] , ravirent et entraînèrent maints hommes, femmes, filles et jeunes enfens; et fut, pour cette cause, suscitée une cruelle mesiée d'eux et des François qui les en vouloient dejetter, qui dora toute la nuict et jusques au lendemain matin , que le Roy y envoya expressément pour appaiser ce mutinement. Et depuis, par toute son armée feit crier, à peine de la vie, que chacun eust à rendre toutes les femmes de Disnan , comme de plusieurs fut fait , lesquelles feit nourrir, jusques à son partement delà, de ses munitions , jaçoitque nos soldats en eussent grande nécessité.
Après que les François furent retirez de l'assault, notre artillerie recommença à battre ce chasteau , et continua la batterie toute la nuict, cependant qu'on cherchoit autre moyen de l'avoir, et jEaisoit on, ainsi qu'on m'a dit, saper le pied de la muraille à l'endroit de la brèche , pour la rendre tant plus facile et aisée à monter : toutefois le jour treizième de juillet , environ les sept heures du matin , ceux de dedans s'offrirent à parlementer, et , estans receuz à cela, sortirent premièrement le seigneur de Floyon , gouverneur de ce chasteau , et un capitaine d' Allemans nommé Hamol , qui furent conduits à la tante de M. de Nevers , auquel ayant proposé leurs articles , et leur estant résolument refusé d*emmener armes, artillerie et enseignes, accorda qu'ils sortiroient aves Pespée , la dague , et quelques a^ses menues bagues. Depuis, le seigneur Ju- ]^^ capitaine des Espagnols, qui pour garder l'authorité, de laquelle ceste nation se préfère à toutes les autres au faict des armes , requeroit avec grandes remonstrances que luy et ses gens en sortissent avec les armes, ce que toutefois H. le connestable ne luy voulut onc accorder, neantmoins qu'en sa charge il s'oublia grandement; car, cependant que plusieurs princes et grands seigneurs s'arraisonnolent sur ce faict et inettoient en divers autres propos , on envoya secrettement les seigneurs de Boordillon et de Rabaudanges, pour scavoir et conclure avec les Espagnols s'ils en vouloient sortir à la condition des autres; à quoy ils consentirent très-volontiers , ne demandans qu'estre mis en liberté : par quoy, estant apportée à M. le connestable leur capitulation signée et accordée, fut monstréeauseigneur Julian, qui, àlafaçonespagnolle, fidsant grandes exclamations, disolt, comme l'un , des premiers et principaux de tous , n'y point
COafBfBNTiIBS$ PB F]U9SfK9 V^ f^MWf* (}S64]
consentir ae rapprouver, et r^cpieroit avec grande importunité qu'il fust remené a^dit chasteau; lequel il vouloit garder avec sespeules compagnies espagnolles , ce que de grâce luy fut ottroyé , avec protestation que s*il estoit pris de force, n'esperast moins que d'estre pendu le premier à la porte ; dont fut tout à loisir modérée iui cholere, ayant occasion de penser piustQ^t au danger auquel estoit qu'à se renfemer avec ses soldats, qui ne demandoient que sortir de ce lieu , ainsi que feirent les uns après les autres > le Roy tousjours présent , qui en avoit graqde commisération, estans la plupart tant deffaits et exténuez, qu'ils sembloient corps ^esepterr^is ou images de morts. Neaotmpins qu'avçc eux epiiporterent ce loz , d'estre autant vaillans bommes qu'on en eust sceu eslire ; desquels le nombre Je ne le puis asseurer , vray est que, lorsqu'ils sortirent, faisoientmonstre d'environ hpict cens hommes de toute sorte , et eu?L-inesmes ont confessé qu'ans et autres en estoient morts 1^ dedans, environ huict- vingts ou deux cens. Jm compagnie de M. deTavannesfut ordonnée pour \ps conduire en seureté sur 1|^ chemin de Namnr, et fut ce capitaine Julian retenu prisonnier, non-seulement ppur la response qu'il avoit faicte, mais pour autre plus grande occasion.
Ce cbasteau es|: nombre pour estre entre les plus fortes et belles ipalsons de i'evescbé de Lièges, que Evrard , evesque de la maison de La Marche , oncle in sieur de Jametz , à présent vivant, redifia sur les anciennes ruines, plus excellent et fort que n'avoit onc esté ensemble plusieurs autres, comme {lue, Franchemoot, Stoquehan , Bouillon et Floranges. Il est situé sur un gros rocher qui peult avoir de tour ^t circonférence environ quatre cens pas , sortait de la coste d'une montaigne de longue estendue, sur la rivière de Meuse , en forme d'ovalle ou barlongue , inaccessible par deux eqdroits , du costé de la ville et de la rivière, fort malaisé aussi du costé ou fut faite la brèche. Sur les ^exxx fronts sont deux bouleverts en demy cercles , ou , comme on dit à présent, en fers de cheval : rùn regarde et défend toute la plaine de ceste montagne, servant de plate forme; Tautre, dessus la ville et la rivière , est presque semblable , sinon qu'il n'est du tout si hault , et le dessus est fait de bricque, sans estre en rien remparé. Dedans ce. chasteau est une court quarrée d'environ quarante pas de diamètre et d'estendue , environnée de trois grands corps de maisons de belle structure et fabrique, soustenuz par )e bas de grosses colonnes , la pluspart doriques , d'une pierre fort dure ^ ressemblante h piarbre nolri qiadrée 4e tac^ei blanches et ^«
ses; de laquelle aussi tous les SondeBenssont faits , et le dessus de bricqne. Au dessonbs est environné de belles et spacieuses galeries et prD> menoirs ; dessus y a plusieurs grandes salles propres et merveilleusement bien accommodées de chambres et d'une triomj^ante chapelle , qsï prend la clarté devers la ville. An ddiors voi septentrion, tenoient ces deux tours rondes, qn furent àcoupsd'artiUerie démolieset ruinées josques aux fondemens, et au bas y avoit unecml^ Une ou faulse braye, flanquée de torrions, qui fat presque toutesapéeet abbs^ue. A laradnede ce gros rocher, le long de la rivière , est la ville bien bastie et ornée d'édifices , d'assiette propre pour y amener toute sorte de mardian<)isfSf mesmement cuivre, airain , et tonte fonte de rs- ^tte. De l'autre part de la rivière, Tespaee, d'environ deux cens pas, est la ville de BovîDei. quin'estde beaucoup moindre que IMsnan, de li comté de Namur, et se trouve qu'andenneBieBl ces deux villes se faisoient la guerre goerroyable ; celle de Disnan tenant le party de La Mar* che , qui estoit pour France , et celle de Botîmi eeluy de Bourgongne.
Je ne me puis tenir de dire etplaiodre le tort que ceste ville de Disnan , nentre avee toot te pays de Lièges, s'est fait délaissant sa nentrayu pour, à l'appétit et instigation de leor evesque, oncle de TEmpereur, s'assujettir à un particvlier, qui, ainsi qu'on dit, par violence ^ par t]f> rannie, a usurpé I'evescbé de Lièges à Tabbé 4ê Beaulieu, auquel son oncle susdit Tavoit reâ- ^é. Et peult>on veoir comUen grande fut Themanité et douceur du Roy, qui ne voulut qu'<m destruisist et bruslast la ville de Disnan cmnine Bovines, eu esgard à la subjeetion en laquelle le chasteau de la ville mesme la tenoit, qui escore luy commandoit, dont au plus beau et tort endroit fut par sa fauite sapé et abbata, poari jamais estrç exemple que les terres neutre, specialemeiit de l'Eglise, ne doivent estre ptf* tiales, et adhérer plus à l'up qu'à l'autre.
Gep^dant qye ces deux armées estoient s^ restées à l'entour de Bovines et Disnan, celle M prince de La Roche-sur- Yon, faisant mer^el* leiisement au pays d'Artois , fut par qnetqaa jours cav^llée (1) par un nombre de Flameii qui la cpstoyoient et suivoient pour lon^yoïiTSîi terrompre son dessein. De quoy ce prince sd* verty, et des brisée^ qu'ils tenoient entre Aim et Bapaume , leur dressa une partie i^i à poiocl. que, les ayant enveloppez sur le èhemin. loi chargea 4e telle çorte qu'il y en dmenra pbi de deux cens des leurs ; et for^ meut» ^
il) loftttiét^f par uç cqrp» i<« mt)l!i«<
fQ|fl|^NTAl^$ BH FB^IfCOI^ DP BÀBUTIN. [n^i]
soQBiers d^ leurs pripefpaax chefs ; le seigneur de Fanid, goQvemeur de la citadelle de Gam- ])ray, ^t son Ueutepant^ et un grand seigneur 4e la chambre de T^mpereur, nommé le se}gneor de Yarluset; capitaine de chevaux légers. Et dit-on que, sans un bon cheval sur lequel estoit monté le sieur de Haulsiroont, gouverneur de Qapi^ulme, il estoit en danger d*y demeurer pec eux, et leur tenir compagnie. Deux cornette de leur cavalerie y firent desfaittes et prises : lesquelles mondit seigneur envoya au Roy en ce lieu , pour plus Tasseurer de Vavantage qu'il avoit eu sur les ennemis.
Le q]Liiptieme 4^ ce mois de juillet, plusieurs loarchans françois , qui avoient , par la rivière , ^eoé vivres ep npstre camp, après les avoir Tendez, remontans à Ikfesieres Qtvec leurs bateaux chargez de l^utins et 4'&ucuns sold^^s et capitalisas Sarragosse, Gourdes et la Molle, blessez es a$saults desdites villes, furent rencôi^tre? par les Bourguignons assez près des port^ de fiivets; et, les ayans contraints de venir h bor4, partie tuèrent et partie emmenèrent prlson- Diery, entre lesquels estoient ces trois capitaines, auxquels feirent bonne guerre et gracieux traittement, et les renvoyèrent sur leur foy. Au partir de là, advertiz qu'à Givets estoient quelçies compagnies de i^o? Angipis et EscossQis, à Fimprouveii les filèrent surprendre et contraignirent se retirer eti une maison assez tenable, âont emmenèrent quatre -vingt et six de leurs chevaux.
L'Eqypereur, qu| estoit à Bruxelles, assez pr^ de nous , adverty de toutes ces choses^ et <ine je cqipmuQ bruit de npstre camp estoit au P^r de pisnan d'aller assiéger Namur, feit prefnier loger dedans la ville tant de soldats quil veit y estre de besoing, la sçachant autreœçpt peu fprtifiée d'autres fortifications artificielles, et qi^'à telles grandes villes, comme il ^^Qt grand nombre d'hommes pour '^ assaillir, ^QMTy est reqi^ise une grande et soigneuse di- %oc«^ pour leur défense. Voyant aussi toutes ^ cpixununes dg plat paîs esmeuës et esper- ^nês, 4e ^ort^ que tout estoit abandonné, envoya 4*autre part le duc 4© Savoye, son nepveu et lieutenant gênerai, avec tapt de soldats qu'il peust irpcouvrer, pour promptement se parquer à costé de ceste ville, en up lieu appelle GÎve- |j^) yntre les 4e»x rjvierps de Meuse et Sam- *^^7 et feit serrer et amasser son armée en extréiQe diligence, ^y&n): mandé soldats )uy estre ^«nez de jgus endroits de ses pgis. Sitost que ^ prlpcjç se fut fortifié en ce lieu, il escarta sa ^^?flerle ^r le chemifi , d'où pensofent que vi- ''^ ^V pWjTQleut venir, tçjjt ppijf nntis af&i-
blir et donner occasion de nous retirer, que ponr prendre langue et savoir nostre délibération ; faisant semer un bruit qui nous estoit rapporté par noz espions et prisonniers y que si nous ^4venturions de poulser plus oultre ou de passer la rivière de Sambre pour entrer dedans le paîs de Hennault, sans faillir l'aurions en teste, délibéré de pous donner bataille : mais, ainsi que depuis a esté veu, le Roy n'estoit point entré si avant dedans les terres de son enoemy, pour s'en retourner sans passer plus oultre; et, laissant le chemin de Namur, conclud de passer la rivière de Sambre et de brusler et destruire je pais de Hennault, où desiroit grandement trouver son ennemy, et veoir si, en luy défendant ie passage de la rivière, le combattroit, comme de long-temps l'avoit menasse. Donc estans de retour ceux qui estoient allez recognoistre les lieux et phemin que l'armée devoit suivre ; après ^voiî* renvoyé le sieur de Bordillon avec sa compagnie pour retourner devers Mesieres flaire retirer aucuns Bourguignons qui brusioient quelques villages là autour, le Roy leva son armée de ce lieu le lundy, seizième de Juillet , pour continuer sa susdite délibération* Sçachanf; toutefois la difficulté de pouvoir recouvrer vivres , et que les ennemis mesmes les ayoient retirez dedans les vilfes fortes, et rompu et ruiné tous les fours et moulins, advisa d'advertir toutes les compagnies faire provision de tant de vivres que leur seroit possible ; et en feit on t^t qu'on peust charger les chariots de munitions : estant demeuré M. de Nevers sur le bord de Meuse, tant pour faire distribuer ie surplus des munitions, que pour attendre la démolition du chasteau de Disnan, et de tous les autres petits forts de l'environ; d'où partit le mercredy dixhuictieme dudit mois, çt alla retrouver le Roy en un village appelle Storne, auquel y avoit une assez belle maison d'un gentilhomme, qui y fut par nostre cavallerje légère surpris, voulant disner. (.e lendemain, au desloger^ le feu y fut mis, et par tous les villages circonvoisins ; et devions ce jour trouver le duc de Savoye sur la rive de Cambre, qu'on disoit avoir délibéré nous empescher de passer ceste rivière : et jà estoient les capitaines et soldats advertiz de ce qu'ils dévoient faire, se préparant un chacun d'employer toute sa force à se faire chemin» nous estant osté fout espoir et moyen de fuir , pour estre enclos entre deux rivières. Donc^oute l'armée marcha en bataille droit à ceste rivière ; et noz coureurs ayans donné jusques sur le bord, ne trouvèrent un seul homme qui leur feist résistance, et passèrent librement oultre ; que toute la cavallerie If gère peu après luyvit, puis la lauterie et |en'
COMMBNTAIB£S DE FRANÇOIS ]>B lUBUTlN. [1654]
darmerie, sans perte d'un vallet, si cène fat par antre aoddent : et sceusmes nous depuis que les ennemis se contenoient lors bien serrez dedans lear fort, et au lieu de nous venir chercher s'y estoient en diligence renfermez et fortifiez avec grandes tranchées. Toutefois ce soir fureut deso^iivertes aucunes troupes de leur cavailerie, qui tost seremeirent dedans les bois, ayans aperceu certaines compagnies des nostres qui les vouioientaccoster. Ainsi demeura abusé le pauvre populaire de Tautre part de la rivière de Sambre, se confiant que leur armée ne nous permettroit la traverser sans estre combattuz : et fut une grande partie surpris dans les maijsons, avec gros nombre de bestail et divers meubles, non sans grande pitié, estant tout ce plat pays mis en feu et proye, mesmement une petite ville appellée Forces , au comte d'Assebaiz. Ce soir nous campasmes au-deçà de ceste rivière, en un tailliz, où estoit l'armée bien serrée et unie; car n'estons lors qu'à une lieuë et demie de noz ennemiz.
Le lendemain, vingtième de ce mois, l'armée irançoise commença faire son entrée dedans le pays de Hennault, si furieusement, qu'estant ruinée et mise à perdition toute la contrée, brusloit et destruisoit tous les bourgs, chasteaux et villages, et sans qu'il y en eust un seul qui osast faire résistance, fuyant tout le populaire la rencontre de ceste horrible furie, qui fut continuée Jusques au vespre , que nous campasmes en un village appelle Jumets; auquel y avoit deux chasteaux, et fut dit dedans l'un avoir longuement séjourné un capitaine de l'Empereur, le quel s'y estoit logé avec quelque cavallerie pour rompre nos vivres ; mais, avoir sceu nostre venue , è bonne heure en estoit deslogé. Ces chasteaux furent es plus forts endroits demoliz et ruinez.
En ce lieu le Roy feit un acte d'un vertueux et très-chrestien prince; car, luy estant rapporté par le guidon de la compagnie de M. de Nevers qu'une pauvre femme, son hôtesse, avoit accouché d'un beau fils, luy-mesme voulut estre le parrain, et le porter sur les fons de baptesme, le nommant de son nom Henby, et fut baptisé par M. le reverendissime cardinal de Lorraine. Je ne puis asseurer du présent que Sa Majesté luy feit, seulement je sçay et vey qu'à la porte du logis fut escrit que c'estoit la maison où le Roy avoit chrestienné l'enfant à ce qu'elle ne fust destruite et ruinée. Geste nuict, le comte Rocdolphe avec ses pistolliers, son régiment d'Allemans, la compagnie de M. le duc de Rouil- Ion, et deux moyennes pièces d'artillerie de campagne, entreprit d'aller surprendre la petite
ville de Nivelle, première ville de Biaban : intefois , la trouvant mieux munie de gens à guerre que ne peosoit, retourna sans faire antre chose que brusler les faulxbourgs et villages 4e Tenvirôn, dont amena un grand butin.
Au desloger de ce lieu, contînuasmeskchi-
min droit à Bains , l'une des princlpalles yfh
de Hennault , laissant tousjours après nous, poir
noz brisées, feux, flammes, fumées et tonte a-
lamité ; lesquelles suyvoit leduc deSavoyearee
l'armée impériale de logis en logis, dr^saot scr
nostre queue toutes les alarmes qu'il pornoit
pour nous ennuyer et affoihiir ; estant , comae
je croy , luy-roesme assez ennuyé d'ouyr et venr
les plaintes de ce misérable populaire ainsi des»
truit et ruiné , auquel ne pou voit donner autit
consolation , sinon de leur dire que nous Mam
devantluy, et qu'il nous suyvoit pour les vea^;
mais ce mesme jour nous feismes apertementc»
gnoistre le contraire ; car ce soir toute nostre v-
méealla camper à l'entourde Bains, etlàfarest
allumez des feux encore plus grands qne lespre*
miers, pour y estre enflammez et embrasez da
plus beaux chasteaux et maisons des gentilhocK
mes qu^on pourroit bastir n'édifier. Entre mOm
fût mis le feu en la magnifique maison de !••
rimont, construitte curieusement pour le s»
gulier plaisir et délectation de la reyne Marie.
appropriée de tant de singularitez qu'il est ^
sible de penser. Un autre excellent chasteau, ip-
pelle Trageny, fut brusié, et la pim^art nûDe
où furent trouvez divers meubles et rîcfaes »
coustremens, tant d'hommes que de femmes.
Ainsi fut fait de plusieurs autres , lesquels ûoib-
mer ne seroit que remplissage de papier, et
nuy à ceux qui le liroient ; et n'en puis escrire
qu'avec grand regret et compassion, voyant alatt
ruer jus et exterminer tant de beaux édifices.
Le jour ensuyvant, vingt-deuxième de jA let, festede saincte Magdaleine, la villedeBaiaib après avoir esté sommée, et ne s'estans vsillj rendre , commença d'estre canonné fort sèment , et d'autre sorte que lors que le d'Allègre y perdit la vie; laquelle, après enduré cinq ou six voilées de canon, serenâlk la mercy et miséricorde du Roy, qui, toutefaiSi commanda la destruire et brusler^ se resmtaol encore de son chasteau de Foolembn^ et vâki de Picardie, que la reyne Marie av<^ &it asp*ravant mettre à feu et ruine pendant qu'à cstoA en Allemagne. Autant en feit oad6un trrs-bett et magnifique chasteau qu'elle y avoit fait noa* vellementeslever, reroply etaorné detootesckiH ses exquises, comme de plusieurs variétei de tnss^ bres, tableaux, peinctures plates et eslrveei statues, colonnes de toutes sortes ^ desqueUa loo*
COMMSNTAIBES DE FBANÇOIS BB BABUTIN. [1554]
efois fat fait en peu de heures grand degast et Icstruction ; et le sienr de Blosse , qui en estoit pavernenr , fut amené prisonnier avec des plus pparens qui furent trouvez là-dedans et en la jjle : usant le Roy de son accoustumée doulceur Qvers les femmes , jeunes filles et petits enfans, uW feit conduire et mettre en sauveté par un erauld et un trompette. Puis , ce matin mesme^ it envoyé le sieur de Giry , lieutenant de la comîgnie de M. de Nevers , avec quatre autres HDpagnies de gendarmerie , pour tenir escorte ceux qui meirent le feu par tout le chasteau du tu y que le feu seigneur avoit fait rebastir et lieux maçonner que n'estoit quand la première is fat bruslé , estant voulté depuis le bas Jusles en baut : neantmoins qu'il fut beaucoup dommage du feu qu'on y mit , et à tous les ttflces circonvoisins; et furent ces choses paralevées en si peu de temps , que le jour mesme istre armée passa une lieue plus avant, et mpa ce soir en un village appelle Bains-soubsiins , où y avoit un grand nombre de pauvres ptifs et prisonniers , tant de ceux qui y furent (Hivez, que d'autres que les soldats amenèrent s autres lieux; desquels les despouiiles furent ffés vendues à vil et petit prix, pour avoir et heter vivica qui estoient fort chers : qui fut ttsededillgenter nostre armée pour la mettre rsde ce pays.
Le lendemain, au partir de là, continuasmes tsjoors legastdepisenpis, tenans le cbemin vers une petite ville, maintenant appellée Ba* l3(i) fort antique y édifiée premièrement des )yen$,qQi passèrent delà la forest de Mormault, uommans du nom de leur prince Bavo (2), s peu habitée , à laquelle, pour davantage la ner, fut mis le feu en divers endroits. L'armée )erialenoussayvoitadoncdefortprès,s'estant forcée tant du secours des Allemans que le î de Brunsvic avoit amenés avec deux mille très, qu'on appelle en françois pistoUiers, que \T y estre retirées toutes les garnisons que npereur avoit departy es villes que nous laisïs derrière nous. Parquoy estoit bien necese que nostre armée tint un grand ordre et rchast en telle ordonnance, qu'elle fust tous- 's preste pour combattre de lieu en autre , r la doute qu'on avoit que Tennemy vigilant , til et courageux où il sentiroit advantage r nous assaillir, ne laisseroit eschapper l'ocon. A quoy advisant sagement M. le connese, pour soQstenir les charges et entreprises les ennemis eussent peu dresser sur nostre
I Bavay.
) Origine fabuleuse dont personne n'est plus dope.
queue , demeuroit ordinairement avec l'avant^ garde , et deslogeoit tousjours le dernier. Ce soir nous campasmes entre ceste petite ville de Bavets et le Quesnoy 9 eu un village appelle le Villey f où ne fusmes si tost descenduz des chevaux, que nous fallut remonter, encore que fussions grandement tourmentez de vents et grande abcmdance de pluyes , nous estans de tous costez données alarmes : dequoy ne se faut esmerveiller , veu que lors estions . au milieu de cinq ou six villes des ennemis, grandes et fortes, et pleines de gens de guerre , savoir : Mons en Henaut , Avanes, Landrecy , Le Quesnoy , Yalenciennes et Cambray , et l'armée impériale qui nous tallonnoit , et eust assailly , comme par un desespoir y ne fust la bonne et vigilante conduite de noz chefs et gouverneurs, s'estans desjà les ennemis adventurezjusques à vouloir en plein jour forcer nostre guet , ayans surpris une des sentinelles de la compagnie de M. de Tavanes. Toutefois n'osèrent enfoncer plus avant, et furent, deslors que les apperceusmes, rembarrez accortement jusques dedans Le Quesnoy , ou ce soir mesme nostre cavallerie légère escarmouehalonguement de grande hardiesse et dextérité , qui fat cause de les faire contenir et nous donner quelque peu de repos le surplus de ceste nulct. Nous campasmes le lendemain deçà Le Quesnoy, en un fort beau et gros village appelle Sduleioe, et , au partir de là, y mismes le feu, comme aussi par toute ceste contrée. Entre autres y fut bruslé et destruit le beau bourg et chasteau de Gou-' migny.
Le lendemain vingt-quafariesme de ce mois, les ennemis , comme désespérez pour nous veoir à leur présence destruire et fouldroyer leur pays , sans doute de leur suyte ne crainte d'estre affa- • mez I proposèrent nous appareiller une charge à la faveur du temps pluvieux et couvert de broulllarts, cognoissans aussi qu'avions à passer deux assez fascheux ruisseaux , qui s'estoient ceste nuict enflez, où esperoient nous retarder et mettre en tel desordre, qu'ils auroientbon marché de nous. Ainsi toutes les compagnies et garnisons de leurs grosses villes, qu'avions laissé derrière nous , reunies ensemble , feirent partir en deux troupes environ quatre mille chevaux de leur cavallerie la plus dispose que peurent choisir , et embusquèrent partie dedans quelques bois sur le chemin , partie dedans certains villages prochains , selon la commodité qu'ils avoient pour le soustenement des uns et des autres, demeurant le duc de Savoye plus en arrière avec quatre ou cinq mille autres chevaux et quelque nombre de gens de pied , et avoit laissé à la campagne près de quatre ou cinq cens cou-
4iê
COMUENTÀIRfiS ht VkÈ^tÔl^ DS BABttlIV. [1554]
rents pour attirer ùoz chevaux légers , par lescfuels ayans esté premièrement descouverts , par M. d' Aumale en fut donné advis à M. le mareSehal de Saint-André , qui estoit demeuré sur la queue avec deux régiments dé gendarmerie, pour sçavoir s'il serolt bon de les charger ; lequel luy renvoya qu'il n'estoit de ceste opiùion , se doutant de plus grande suitte. Parquoy furent envoyez les sieurs Paule Baptiste et le capitaine Lancque pour les fecognoistre de plus près, qui feirent rapport , chacun de son costé, avoir descouvèrt deux autres troupes, chacune de deux mille chevaux ; lesquels peu après que le temps se fut ôlleux ésclarcy, d'eux-mesmèsse descouvrirent pleinement et de si près , qu'ils attaquèrent Fescarmouche avec nostre cavallerie légère assez près de nostre camp , sans toutefois oser aborder à bon escient les autres rangs de nostre cavallerie , ne de la gendarmerie , qui leur feirent assez longuement testé , et à leur veùëse retirèrent et passèrent ce dernier ruisseau, dont s'en retournèrent les ennemis, sans reporter Thonneur d'avoir eu aùcuù advantage sur nous. Le régiment de M. de Nevers adonc avoît esté envoyé d'autre costé où furent desfaits quelques; uns de leurs coureurs qui emmenoient grand nombre de bagages, lesquels furent en partie recouverts. Nous campasmes ce soir en un village qui , l'année précédente , avoit esté bruslé, appelle Vieily , të pire logis que nous ayons tait tout le long du voyage, s'estant lapluye renforcée , qui dura toute ceste nuict , et nous contraignit de laisser et abandonner par les chemins, chariots, chevaux et tous autres bagages.
Ce jour mesme , un trompette que M. de Nevers avoit envoyé au camp de l'Empereur pouf sçavoir iiouvelles d'un homme d'armes de sa compagnie , nommé le seigneur de Ctiellé, en re»tourtia presque tout nud, et devallisé par aucuns soldats ènneo^is, téméraires et peu expérimentez au fait de la guerre. Mais à l'instant fut renvoyé en ce mesme estât, avec un trompette de Bourgongne, qui avoit charge du Roy de dire au duc de Savoye , lieutenânt-geheral de l'Empereur , que si doresnavant vouiolt user d'une telle façon, et que toutes les libertèz de la guerre fussent abolies , il feroit le semblable aux siens. Ce qu'entendu par -ce généreux prince , en fut grandement fasché , et soudain feit diligemment chercher par tout son camp ceux qui avoient commis un si lascheet poltron acte , pour en faire punition exemplaire, et après avoir recouvert les bardes et cheval de ce trompette , et l'avoir recompensé des autres choses qui luy avoient esté ostées , le feit seurement reconduire par lë sien. Ce soir aussi s'esleva un grand tourmure, qu^un
trompette bourguignon, venant ckerdieréeleiin prisonniers en nostre eamp , avoit dit à M. k connestable qu'au leur on tenoit asseuré ^ nm fuyons devant eux , et se vantoit leur geoerd que , si le voulions attendre vingt-quatre heans seulement , qu'il nous donneroft là bataille, kh quel fut faite response qu'ils h'àvoient causedotre si presumptueux , et d'usurper si legeremot telle gloire , leur ayant esté présentée asse: de fois l'occasion de combattre s'ils en eoset eu envie ; nodobstant que, si leur prince eo aïoli si grand désir, demandant ^ peu de temps J l'asseuroit de la part du Roy qci'<m l'atteodral vingt-quatre heures entlei^es, et non plus loi^ ment, pource que nostre année estoit Jà fert b rassée, et âvoit fhute de vivres, ou s'il \iiM le venir trouver près de Gambraj , qa*ii s*iân rast qu'on luy attendroit huict jours enticnoi ne luy seroit refusée la bataille.
Et pebsois-je qu'on doutai que telle (ust la ^ libération de l'ennèmy pour le séjour que doi feismes en ce mesrhe lieu tout le leodemalo. -obstant la hecesSité qu'avions dé vivres; ai qu'on alla visiter et recognoistre les \m% plus commodes pour y loger les batailloosai toute la gendarmerie ; mais nous cognensi puis après que les Imperiatix n'estt^ent en volonté qu'ils nous faisoient menasser , s < retirez en leur premier logis près de BaveU. nous, ad partir de là, vinsmes d'une traittei ques à Grevecueur près de Cambray, où les nemis avoient délibéré dé fortifier et rei le chastead , et commencé dèsjà à faire quel tranchées , et conduits pour esgoaster Feso d'y asseoir les fondëmens , que te Jctar mesi le vingt-sixième de juillet, nôz iastadours meneerent à demolKr , et fht l^ehonyellée la iHiere playe des iliiseràbles CiIfttlfiresleDS, avoient desjà reddressé et rebasty aucunes tites logettes pour se mettre seulement h veirt , estlmatis que de long temps ne leur ^iendrolt une si grande ruine et itifortane. avoient resemé selon leur petite pnissanee partie de leurs châteps , pour avoir deqwv nourrir et alimenter , et éviter Ul famiiie : eti croy que les plus riches et opulents [Meo q«1 se fussent avec leurs meilleurs ttièafales dedans les villes fortes] ayèat esté exemfd toutes ces pertes et adversftez ; ear, quand le i Ject est pauvre et affligé , lé seigtiear n'ameM ny enrichist en rien. Or cepeodani qu'en ce m pays on fhisolt le degast des bleds Jà nevn i pre^ts âestrèfnolssontiez, joumelleiBent estoiid faites plusieurs braves sorties et cscarmood^ de ceux de Cambray et des nostres , fidsaat la" tadelle troubler et otacurctr Falr des «wps de a
COMMiNtAIBSS 1>B FAAiVÇOlS i)B lUBÙTtN. [tS^i]
isté qu'dle tirolt sur les François , saùs toutefois fidremeortredepersoimederenom, etsefaisoient tant seolement pour , par tous moyens à eux possibles, empescher de consommer et mettre à perdition leurs frulctset vivres. Nonobstant, le plus souvent estoient repoulsez et rembarrez jusques dedans les portes de leur ville ; et continuèrent ees entremeslées Tespace de huict jours que nous y demeurasmes campez.
L'armée imperfale , au Keu de nous aborder et eombattre, s'èstoit lors parquée et fortifiée en on Heu appelle Arcon , entre Cambray , Le Ques- Doy et Yalenciennes , sur la petite rivière du Moutet, qui vient devers Cbasteau-Cambresis, 6t8*assémble plus bas à celle de Lescau; et faisolttous les Jours maintes courses pour empescher les cbemins et coupper noz viyres. A qooy adviiant, M. le prince de La Roche-Suryon se tint en ce lieu avec sou armée Joindre à la nostre , amenant grand secours de soldats et grande quantité de vivres, desquels avions aussi grande nécessité.
Ledix-neufiesme de Juillet , en une spacieuse campagne y entre Crevecueur et Cambray , fut laite la monstre gencralle de toute là gendarmerie et cavallerie françoise, et la voulut le Boy adViser assez long-temps, recevant un incredible plaisir et contentement pour se veoir suivy et défendu paU* une si grande et courageuse Noblesse, soubs laquelle sembloit que toute la terre tremblast et s'bumiliast ; et croy que ceux dé Cambray estoient en doute de veoir toute ceste ctmpagbe couverte d'une si gratide et fdrieuse itrrûée , et péosoient , ainsi que nous a esté rapporté, que nous deslogions et estions là attendans qtie naê gem de pied et cariages eussent gagné advantage et passé la rivière, car, esfans aucunes compagnies de noStre cavallerie légère à la garde et deseOuverte , renvoyèrent faire rapport qu'ils av^ent deseôuvert près de quatre à cinq mille (^H^taux , et grand nombre de gens de pied , et W ssembloit que tout le camp de TËmpereur nttrehoit , tenant le chemin pour venir devers Cambray. Dont aussi tost que fusmes au logis , et eosixtes posé les armes , de main en main on ikoQs advertit de nous tenir prests , et mettre en devofr de recevoir la bataille , qui ce Jour assentiment nous seroit donnée. Et estoit tout le coûnil d'opinion que les devions plustost combattre à la campaignê y que leur permettre et donner loisir de se venir fortffler si près de nous , avec l'ftyde et secours de ceste grosse ville, et qu'autant de mal nous en pourroit advenir comme aux, ProCestans de toute la Germanie devâftit Inghlis- ^t (1). Pourtant M. d'ÀumaUe soudain remonta
(I) Ifagoltadt.
à cheval aVec la cavallerie légère à ce qu^il s'as* seurast mieux de la vérité, et trouva que Tarmée impériale s'estoit remuée en délibération de venir camper auprès de Cambray, mais que l'Empereur, ayant sceu que bougions de là, craignant d'estre mis en contrainte de combattre à sou grand desavantage, se logea en un autre lieu, prochain du premier , appelle La Neuville, qu'il feit soudainement renforcer de tranchées dti costé qu'il n'estoit flanqué de la rivière. Geste nti]ct,par diverses fois, furent envoyées quelques compagnies de cavallerie légère , et celle Aë gendarmes dé M. FAdmiral , pour les tenir dedans leur fort en continuelles allarmes Jusques au poinct du jour du lendemain , que M. le connestable, avec la pluspart de la gendarmerie de radvantgardè, et deux régimens de fanterie fraùçôise , alla de près recognoîstre et veoir s'il y auroit moyen de les forcer dedans leur fort, ou de lès attirer et donner occasion de sortir ; mais il trouva cela fort difficile pour estre ce lieu de deux costez encioz de la rivière, et aux autres bien fortifié et relevé de tranchées. Vray est qu'en s'en retournant s'apperceutde quelques vieilles tours, où aucuns des ennemis s'estoient logez deçà leur camp, tant pour faire guet que pour endommager nos fourrageurs; dont fût arresté ce jour I mesme d'y mener le canon et les battre , et, par ce moyen , inciter l'Empereur de sortir pour les garder et défendre; et depuis fut rapporté qu'ils les avoient quittées , et s' estoient retirez dedans leur fort. Dont ce fut la troisième fois que nous pensions en ce voyage avoir la bataille; et croy que, si l'Empereur eust été en aussi grande volonté de la recevoir que le Roy estoit de la loy donner , nous ne fussions passez phis oultrè. Toutefois, pour luy présenter toutes lès occasions desquelles se pouvoit adviser, aussi qu'on doutôit la descente des Anglois au pays de Boulonnois , estant jà parfait le mariage du roy d'Espagne et de leur royne , le Roy délibéra foire acheminer son armée cette part , où , selon que la commodité se presenteroit , assiegeroit une des placés de son ennemy, à ce que , s'il se mettoit en campagne , et faisoit effort pour la vouloir secourir, l'Empereur fust contraint dé le combattre.
Ayans donc séjourné quelques jours à Crevecueur, près de Cambray , le deuxième d'aoust en partismes , et , ce jour mesme , vlnsmes camper à Ondrecodrt près Le Castelet ; de quoy l'Empereur adverty, leva aussi son armée de La Neuville, et preuant le chemin vers Arras, s'alla parquer en un lieu appelle Marteau; puis, le jour ensuy vaut , allasmes à Momencourt , à deux Heuès près de Peronne ; et le lendemalii