‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 46 sur 58 · I« C. D. H. T. VII · texte numérisé non relu

I« C. D. H. T. VII

noz harquebusiers tous d'un coup deschargerent sur eux , qui les estonna fort ; et se trouvans plusieurs blessez , commencèrent à fuyr et tourner le doz; et bien leur advint que le jour n'estoit encore guères apparent et que le temps estoit couvert. Cependant on ne laissoit longuement refroidir rartlllerie, et fût dès le commencement du jour continuée la batterie beaucoup plus furieusement qu'auparavant ; de sorte qu'en peu d'heures la bresche s'apprestoit de chacun endroit presque raisonnable à donner Tassault. Dequoy l'Empereur adverty fut tellement fasché et despité , que ce jour mesme, treizième d'aoust, environ midy, feit descharger une voilée d'artillerie pour advertir ceux de dedans d'avoir courage , et de son secours; puis ayant résolument arresté de nous donner la bataille, contre l'advis, toutefois, et opinion de plusieurs princes et principaux de son conseil , prépara desiors et feit mettre tout son camp en ordonnance , délibéré premièrement de gaigner ce bois , et par toute sorte et moyen en chasser et mettre hors les François. Dont ayant choisi de toutes ces compagnies de gens de pied environ trois ou quatre mille harquebuziers des plus expérimentez et mieux asseurez , quelques corselets et picquiers pour les soustenir , et environ deux mille chevaux , et trois ou quatre pièces de campagne , portées sur quatre roués, qu'on pouvoit promptement tourner à toute main , et depuis ont esté appeliez pistoUets de l'Empereur, feit marcher droit dans le bois la cavallerie légère soubs la conduite du duc de Savoye , et les harquebusiers soubs celle de dom Ferrand de Gonsagues. Le long du coustau, près ce bois, en descendant sur Foquemberge, marchoitun bataillon d'Ailemans conduit par le comte Jehan de Nanssau et le mareschal de Cleves, au flanc duquel suyvott . un bot de reistres d'environ dix-huict cens ou deux mille chevaux à la conduite du comte Vulfenfourt (1) , qui avoit [ comme m'ont dit quelques prisonniers] promis à l'Empereur de passer ce jour sur le ventre de toute la gendarmerie du Roy ; et pour mieux ce faire et nous intimider , s'estoient tous faits noirs comme beaux diables , et estoient suyviz d'assez près d'un nombre de cavallerie légère d'environ mille ou douze cens chevaux , avec autres quatre pièces de campagne. Les harquebusiers donc, ainsi entrez en ce bois, rencontrèrent en teste les nostres trois cens aussi fraiz et en autant bonne volonté de les recharger , qu*ils avoieut fait à la première fois , dont se dressa une furieuse escarmouche. Et bien que les ennemis y arrivassent en trop plus grand

(I) yulf'cnfourt : Voirad de Scliwatzemberg.

COMKSNTAIBSS D£ FBANÇOIS DB RABUZIIf. [1664]

nombre y ce neantmof ns les nostres se portèrent tant valeureosemeat, quMis les arresterent un long temps sur cul , dont y demeura beaucoup, de cbacun costé , de morts , blessez et prisonniers. Entre autres des nostres y furent prisonniers le capitaine Fort et son lieutenant appelle Courcelles. Sur ce, M. de Guyse , prince d*incredible valeur , qui avoit , dès le commencement , entrepris la défense de ce bois , et qui estoit présent à toutes ces factions, ayant considéré tout le dessein des ennemis , en donna advis au Roy, et que, selon leur contenance et la fureur avec laquelle ils venoient au combat, luy sembloit que ce jour ne passeroit sans bataille.

Le Roy lors estoit en la plaine deçà le bois , qui pouvoit estre d'estendue environ dnq cens pas, et de largeur de deux cens; où feit mettre en ordonnance les bataillons de ses gens de pied, pour les situer en lieu commode et aisé à combattre avec la gendarmerie , à cause que ce lieu estoit assez mal propre pour les deux ensemble , selon qu'il avoit, avec M. le connestable et plusieurs princes et capitaines, le jour précèdent, { d'un bout à autre visité et recogneu. Toutefois , pour monstrer visage et faire teste à Tennemy , on y logea Tun et l'autre le plus commodément que fut possible : dequoy ne puis asseurément parler, pource que le prince nous avoit menez des premiers à la charge, dont n*eus le moyen de le pouvoir advlser : vray est qu'après j'ay entendu de quelques capitaines, que le premier bataillon de gens de pied estoit de François, le second d' Ailemans , et le trolsiesme de Suisses , qui se suy voient l'un l'autre, avec les regimens de gendarmerie ordonnez pour leur flanc de la main droite. Et pource qu'à la senestre y avoit une combe ou vallée , qui depuis le quartier des Suisses devers Foquemberge, que devers le bois, s'eslargissaot, faisoit un Cousteau assez facile, tant pour y loger gens de pied que de cheval , en Festendue de ceste plaine on avoit assis la pluspart des autres regimens de gendarmerie pour l'autre flanc ; et tout au devant , tirant vers Foquemberge , estoit M. d'Aumalle avec toute la cavallerie légère et quelques harquebusiers à pied, pour combattre sans qu'ils tinssent ordre, afin de donner advertissement si les ennemis descendoient par ceste advenue. Et cependant M. de Guyse ne pouvant avoir promptement response du Roy , pour attirer les ennemis, et les amener en lieu plus à nostre advantage, ne voulant aussi perdre ces braves et vaillans soldats, et qui avoient desjà fait tant d'armes, et si bien leur devoir, les faisoit retirer de lieu en autre, par les traverses de ce bois , les soustenant tous- Jours avec quelques compagnies de cavallerie ;

qui augmenta tellement le courage aux csmmis , que , s'asseurans de la victdre, (eirent diligenter et marcher leurs bataillons d'Allematt, qui les flanquoient tousjours du costé droit, ee Ion que leurs harquebusiers s'avantageoient s« les François. Et lors mesme dom Ferrand mandi à l'Empereur quMl feist haster le reste de m armée , car Tavant-garde des François estoit ji fort esbranlée et mise en desarroy. Doot incootinent suivit l'armée impériale, et passa et ^à- Ion au dessus et à Tun des coings de ce bois, ai luy-mesme se trouva , ainsi qu'on seeat pu après.

Et lors H. de Guyse eut respoose du Roy <{w, si l'occasion se présentoit de recevw la bi^Ut, ne la refusast point , et que de fum costé il estait en aussi grand vouloir de combattre que leplv vaillant de toute son armée. Parquoy rnoodit sieur de Guyse se vint rendre où estoit son ferment de gendarmerie le premier de tous, « ceste plaine devers Foquemberge, où eooh mença , avec une grande douceur et un visage riant et asseuré , à remonstrer aux gentilshoomes de sa compagnie que le Jour estoit venoiiquel fortune leur présentoit, en faisant seniei à leur prince , et augmentant leur bonoeor H » timatlon , de se faire à jamais redouter et craindre de toutes les autres nations du monde, ^ que le Roy s'en asseuroit tellement, qu'il toqloit honorer ceste glorieuse victoire de sa presence ; laquelle les enflammoit et aniinoit à telle sorte, qu'ayans invoqué le nom de Dits, et recommandé entre ses mains leurs âmes, chacun s'appresta à bien et fidellement Tooloir faire son devoir, estimans que mourir pour iev prince et la republicque, de beaucoup seroitplas honorable que la vie. Cependant M. le cooDesH* ble passa la rivière devers nous avec un régiment de gens de pied du capitaine Glanay ; leqod feit quelque peu changer le premier ordre, et retira devers Ranty le bataillon des Suisses , q« . selon leur ancienne coustume , envoyèrent de* mander au Roy gendarmerie pour les sousteolr: ausquels le Roy mesme feit reqponse que c'eiM luy qui en ce jour vouloit vivre et mourir aw eux , et qu'il s'asseuroit tant de leur prouesseit bonne volonté , qu'il deliberoit ne les point ahtt* donner, lesquels estimoit comme ses parrinsci fidèles amis de luy et de son royaume ; doot fcrent tellement eschauffez leurs coeurs, q[u'iis n'avoient autre intention que de virilement eoabattre pour son service. Dequoy le Roy se contenta grandement, et depuis a donné ordre de chevallerie au sieur de Mandosse, leur général, et aux capitaines Theodoric Inderhalden, colonel des cantons , et Petromaa Ckxi , eokmd d«

COKMENTàlBBa DB FRANÇOIS BB BABUTIN. [1664]

viUeSi et au sieur d'Anois , qui depuis a esté poor Sa Migesté ambassadeur devers les Grisons.

Les euDemis lors s'estoieot tellement avancez sur noi gens , qu'ils les avoient reculez et mis hors de ce bois, tant que leurs harquebusiers commençoient à sortir au front de nostre premier bataillon des François prests à se Joindre et aborder, et tiroient dedans eux avec un mervdlieui bruit le long de ce coustau. Leur bataillon avec leurs pistolliers et cavallerie s'estoit approdié à cent pas de la nostre , et ne restoit plus qu'à chocquer étalonner dedans y quand M. de Goyse donna signe à M. de Nemours pour , avec son régiment de cavallerie légère, charger sur l'on des coings de ces pistolliers , et sur Tautre fdt aller le guidon de sa compagnie , et celuy de M. de TavanneSy pour donner en flanc; dont eommença un rude et furieux combat , et furent à la fin les nostres rudement repoolsez , le jeune baron de Gurton tué, le seigneur de Randan fort blessé, et son lieutenant, nommé le seigneur d'Amanzay , qui depuis en est mort , son portecornette, nommé le sieur d'Avence , fort blessé, et son cheval tué soubs luy , le sieur de Forges , guidon de la compagnie de M. de Ta vannes, tué, le vicomte d'Aucby , guidon de celle de M. de Guyse, fort blessé , et d'autres vaillans hommes de toutes ces compagnies, comme le fils du sieur de Piedpape, le sieur de Joui; le jeune Bourdilly, le jeune Branches, et plusieurs autres: ce que donna cueur aux ennemis de mieux espérer que Jamais ; mais M. de Guyse et le sieur de Tavannes ayans reunies et remassées leurs troupes, ausquelles se vint Joindre M. d'Aumalle avec toute la cavallerie légère, commencèrent tous d'un front à si furieusement les charger, qu'ils ouvrirent et enfoncèrent les pistolliers, tant qu'eux -miesmes rompirent après le bataillon de leurs Allemans ; et M. de Nevers , qui avoit son régiment estendu le long du coustau devers Banty, passa entre le bataillon de nos ÂUemans et celuy des François , et en foule donna dedans toute rharquebuserieespagnoUe, qui estoit, avec quelque cavallerie, sortie hors du bois, de telle impétuosité , que tous furent renversez et mis à vau de route, et en tel désordre, qu'ils tournèrent le doz pour fuyr et se jetter dans le bois , où furent prînses et levées (1) dixsept enseignes de gens de pied , cinq cornettes de cavallerie, et quatre pièces d*artillerie de campagne > qu'on trouva abandonnées le long de ce coostau. I^rs M. TAdmiral, qui s'estoit mis à pied le premier devant le bataillon des François,

(I) Enlevées.

feit sortir des rancz certain nmnbre de soldats , pour tousjours poursuy vre la victoire ; lesquels entrans dedans ce bois , du comi^encement feirent un grand meurtre et ocdsion des ennemis, les passans tous par le tranchant de leurs espées, et ayans là trouvé les pistolets de rEmpereur , les amenèrent au Boy. Les compagnies de gendarmerie poursuy voient la victoire le long de ce coustau et la lisière du l)ois , mesmement la ca« valierie légère et la compagnie de M. de Tavan*» nés ) qui devallerent jusques au fond de ce val« Ion , où aussi ftit desfait un grand nombre de ceux qui descendirent de ce Yms pensans gaigner leur camp. Les autres compagnies s'arresterent sur le hauit de ce vallon, sur lesquelles com* mença incontinent à tirer Tartillerie de l'Empereur qui estoit demeurée sur l'autre bord, de son costé , pour donner quelque peu de faveur à la retraite de ses gens ; mais peu après la nostre fut amenée au coing du l)ois , qui soudain la féit reculer et oster d'où elle estoit , et retirer plus arrière les bataillons de gens de pied , qui s'eetoient Jà realiiez sur ce haut en la plaine , attendans ce qui adviendroit du surplus. Et fàisoit l'Empereur en extresme diligence lever tranchées et fortifier son camp , se doutant que le poursuy vrions davantage, comme je croy qu'eussions faict si la nuict n'eust esté si prochaine , aussi qu'on ne vouloit par trop tenter nostre fortune , ayans occasion de nous contenter de la bonne et honnorable issue de ceste bataille, en laquelle la gendarmerie et cavallerie de France augmenta tellement son loz et estimation , que les ennemis mesmes, qui par elle coufessoient avoir esté rompus et desfaits , la louent comme la plus escorte et courageuse qu'il seroit possible dépenser. Les compagnies de gendarmerie des ducs de Guyse, de Nevers et de Bouillon, et du sieur de Tavannes , furent les premières qui combattirent, dont le Boy se contenta de telle sorte , qu'il feit , ee jour mesme , chevaliers les capitaines et membres d'icelles, entre autres le sieur de Tavannes, lequel honnora grandement , et luy donna Tor* dre que il portoit à son col ; et envers les autres usa d'une grande libéralité , principalement envers ceux qui luy présentèrent les enseignes ^ cornettes, ou artillerie qu'on avoit prise ou trouvé abandonnée.

Après la bataille finie, noz capitaines feirent revues de leurs bandes , pour sçavoir ceux qui avoient esté tuec ou blessez, et fut trouvé des nostres estre morts environ deux cens ou douze vingts , et de ceux de l'Empereur , ainsi que depuis nous ont dit ancuns prisonnicfrs , environ dix-huict cens ou deux mille. Et fut la mesiée des François au commencement si furieuse, que,

GOMMENTÀIBSS DB FJEUNÇOIS DE BABUtlR. [^55l]

sans respect d'auctines personnes , et s'amuser aux prisonniers , tous ceux qui se présentèrent au-devant furent taillez en pièces; dont le duc de Savoye et dom Ferramd , pour se sauver , abandonnans leurs chevaux , se jetteront hastivement dedans le fort du bois , où se tindrent si longuement cachés , qu'on fat longtemps sans scavoir nouvelles de dom Ferrand , tant qu'on le pensoit mort ou prisonnier; et fut ramené prisonnier un colonel d'Allemans, que un de noz harquebusiers trouva dedans ce bois fort blessé, qui , recogneu par le baron de Fontenay , mourut peu de jours après entre ses mains. Un autre capitaine espagnol , nommé le seigneur de Castres , qui se disoit avoir esté page de M. l'Admirai qu'on avoit abandonné pour mort , Ait aussi ramené par un de noz harquebusiers, auquel on feit si bon traitement , qu'à peu de Jours ses playes estans en bonne disposition , à bien petite rançon le renvoyasmes et feismes reconduire Jusques dedans le chasteaudeRanty. Aussi fut fait prisonnier un gentilhomme de grande vertu et sçavoir , de la chambre de l'Empereur , nommé le sieur de Silly , qui depuis s'employa h moyenner une paix ou trêves entre ces deux princes , ce que toutefois ne luy fut possible de faire.

Après que le Roy avec la bataille se fut retiré en son premier logis, M. le connestable campa ce soir dedans ce bois avec toute Tavant-garde au mesme lieu où le Seigneur nous avoit donné la victoire, avec peu de repos, pource que toute la nuict^oz ennemis se tindrent en bataille, et estoient les deux armées en doute l'une de l'autre ; car nous pensions que l'Empereur , autant courageux et magnanime qu'oncques Gesar fut, n'endureroit telle honte sans s'efforcer et mettre en devoir d'avoir sa revanche ; mais luy , se Yoyant affoibly et tant defovorisé de fortune, cognoissant la puissance du Roy , craignoit que ne retournissions sur eux pour du tout les desfaire et accabler; et pour ce , en extresme diligence faisoit rehausser et renfermer son camp de grandes tranchées, qu'on apperceut le matin estre fort avancées. Ce neantmoins , ce jour le Roy , afin de parachever la partie, envoya M. le connestable pour recognoistre s'il y auroit accès et moyen de les aller chercher jusques dans leur fort ; qui luy donna ad vis de ne le pouvoir faire sans danger d'y perdre un grand nombre de vaillans hommes; parquoy se passa ce jour paisiblement de chacun costé , continuant toutefois tousjours la batterie devant ce chasteau jusques au soir, que l'Empereur feit descharger toute son artillerie , en signe d'allégresse et resjouissanoe des bonnes nouvelles qu'il avoit receu de la des-

faite du seigneur Pierre Strossy (1), et grand nombre des nostres au pays d'Italie.

Le mercredy ensuy vant, quinziesme desoQSl, tant pource que nous ne pouvions plus recouvra* vivres pour les chevaux, quepour changer d'ak, qui desjà estoit infecté et corrompu de la puanteur des hommes et chevaux morts, doat s'agendre communément la peste et autres maladies contagieuses, aussi que le Roy nevooloit perdre devant si petite place, et de nulle valknr, tant de braves hommes qui le suyvoient, desquels se veult ayder et servir en meilleur affûR^ fut arresté et conclud par le conseil que âevioos décamper et desloger de là. Dequoy toutefois le Roy voulut premièrement advertir TEmperear, et luy manda que ce n\estoit pour doute de luy, et que s'ille vouloitasseurerde le venir trouver, l'attendroit quatre heures entières sur le chemia, comme il feit ; car , après avoir fait partir toos les bagages et chariots, toute nostre armée àmeura plus de trois heures en bataille au mesoe lieu où le lundy auparavant nous avions combattu. Et puisque personne ne se presentoit, el que les ennemis se estoientreserrezen ieurcamp, après avoir à leur veue mis le feu es village a l'entour , commençasmes au petit pas à nous ^^ tirer, tournans visage par deux fois devers eui pour veoir s'ils nous suyvroient, et ainsi assa tard arrivasmes à Montcauré , une lieuë près de Montereul, où fusmes de séjour cinq jaon entiers pour tousjours sentir et oognoistre les entreprises de TEmpereur; ausquelles, esUns encore noz forces assemblées, plus aisément pouvions obvier et aller au-devant , s'il se mettoit sur les champs ; mais estant sceu que son armer n'estoit encore sortie de son premier logis des plaines de Marque, pendant le temps qu'on rparoit les ruines du chasteau de Ranty , le Boy proposa aussi donner quelque peu de repos ^ rafreschissement à la sienne, nonobstant quV vant les cinq jours entiers , la faute de fourrages et le mauvais air de la marine nous contrai^ll^ rent de desloger et approcher plus près deMos* tereul, où sejournasmes cinq autres jours estiers , estant le Roy logé en la Gbartroose , et le camp estendu le long de ceste petite rivière de Canché. Là nos compagnies angloises et escossoises recourent une mauvaise attainte pour s estre escartées et logées deux lieues plus avant quel'avant-garde, en un village appelk^ Harenlo. où les ennemis en estansadvertiz , guidez par m paillard du village mesme, les vindrent surpreadre environ la minuict, et meirent le feu ea leurs logis , où furent bruslez quelques-uns, et

(f) Près de Nariano. V. MonUiic.

COMMENTAIRES DE FRANÇOIS DE RABUTIN. [l564j

de leurs valets et chevaux les aucuns tuez ou emmenez prisonniers.

Et s'estant T Empereur retiré à Sainct-Omer , sans qu'il eust moyen de pouvoir entreprendre duMe de grande importance et dommageable oontrenous , aussi que Fhyver et mauvais temps arrivoit, le Boy partit de là avec M. de Guise et quelques gentilshommes de sa maison, et s'en vint à Compiegne après avoir fait bien munir et renforcer les garnisons des villes d'Ardres et de Boulongne, pour faire teste et tenir fort contre Tennemy , s'il les vouloit assiéger; et demeura chef du surplus de Tannée M. le connestable, tant pour la contenir unie, que pour mieux et promptement prouvoir à ce que délibéreroit PEmpereur, qui a de coustume, sur la fin et issue de la guerre, user de quelque ruse et eautelle. Parquoy Journellement nous faisions courses et charges sur son camp, tant pour en sçavoir eteognoistre quelque chose, que pour tenir escortée noz fourrageurs, qui estoient contraincts de aller fort loing pour recouvrer vivres et fourrages pour noz chevaux. Lesquels n'ayans plus de qaoy pouvoir nourrir, force nous fut de rechef desloger et passer la rivière de l'autre part où estoit nostre armée logée et campée es villages de Brumeu, Espineu et Beaurin, et le long du rivage de ladite rivière. Nous sëjoumasmes là quelques Jours , pour la doute que nous avions si PEmperear romproit son camp , parce qu'aucans soldats des siens qui avoient esté pris, nous certifioient quMI assiegeroit Montereul, et les autres Ardres ou Dorlan. Toutefois depuis fusmes advertiz que ses soldats le laissoient et se départoient à la file par faute de vivres, et qu'ils estoient mal payez. Dont M. le connestable , pour ne consommer aussi davantage le reste des vivres de ceste firontiere, qui estoient desjà fort diminuez et rencheriz , renvoya les rierebans en leurs maisons, et donna congé aux Suisses, bien contentez et satisfaits de leur solde. Et peu de Jours après, avec M. le mareschal de Sainct- André , vint retrouver le Roy , estant la conduite du reste de nostre armée remise à M. le duc de Vandosme : qui fut cause que l'Empereur , qui tousjours avoit délayé et dissimulé sa délibération , voyant nos forces diminuées, rappelia quant et quant quelques compagnies qu'il avoit auparavant fait partir de son camp pour sortir en campagne et tirer vers Hedin. Ce que prévoyant mondit seigneur de Vandosme , et qu'il se vouldroit venger en brusiant nostre plat pays, comme nous avions fait le sien, feit desloger son camp pour tousjotirs le costoyer, et tenir en crainte de n'oser départir et escarter son armée; et ayant passé la rivière d'Authie^ ce

soir campa à Dampierre jusques an tond^onain environ midy , qu'il fut adverty que l^jjj^s grand'part de l'armée et cavallerie îxo^Sfkf^^S' toit descendue à Auchy-le-Cbasteau , q|b)^ett «i comte d' Aiguemont, et y avoit mis le feu et dilfait et rompu quelques compagnies de nostre cavallerie légère, que mondit seigneur, se doutant de leur venue, et pour les empescher de passer la rivière en cest endroit , y avoit envoyées. Dont soudain leva son camp de Dampierre , et cuidant , selon le chemin que l'ennemy prenoit, qu'il viendroit assiéger Abbeville on Dorlan , s'approcha plus près de ces deux places, qu'il remunit et renforça de tout ce qui estoit nécessaire. Puis le lendemain , premier Jour de septembre, passa la rivière de Somme , et asseit et logea son camp à Pontdormy , lieu fort commode pour couvrir et garder toute cette contrée et le passage de la rivière.

Ce Jour mesme les ennemis commencèrent à faire degast et brusier le plat pays que nous avions abandonné, qui n'estoit d'estendue de plus de deux ou trois lieues, et vindrent camper à Sainct-Requier , à deux petites lieues de nous, d'où ne pensions qu'ils deslogeassent sans nous présenter la bataille et faire quelques courses et bravades. Parquoy le lendemain de grand matin M. de Yendosme feit partir la cavallerie légère, avec trois cens hommes d'armes pour les soustenir, soubsla conduite de M. d'Anguian, qui s'approcha de leur camp le plus qu'il fut possible, et les garda de s'escarter pour brusier et destmire les villages , les tenans tellement en crainte et subjection, qu'ils marchoient tous- Jours à troupes et fort uniz et serrez ; et sur le soir destrousserent à leur queue quelques chariots chargez de leurs vivres, qui n'estoient que pommes, bierres , bouillons et fort mauvais pain : qui nous feit penser qu'en si grand default et nécessité de vivres ne se tiendroient longuement campez. Toutefois après ils devallerent le long de la rivière d'Authie, et meirent le feu par tous les chasteaux et villages du long du chemin , comme à Dampierre, Dourrie, Machy, Machié, Maintenay et plusieurs autres. Dont soudain mondit seigneur de Vandosme feit partir six vingts hommes d'armes, tant de sa compagnie que celle de M. de Sainct- André, avec neuf enseignes de gens de pied , pour se loger dans la ville de Montereul, que les ennemis , ainsi qu'aucuns de leurs soldats prisonniers disoient , vouloient assiéger. Dequoy advertiz, changeansde propos, retournèrent passer la rivière d^Authie , et descendirent en un marets au-dessoubs de Hedin , entre icelle et un autre qui vient de la comté de de Sainct-Pol, où, en un lieu appdé Mesnil,

4sê

COHMBNTAIBBS DB VBANÇOIS DE MABUTUi. [tkki]

propra k estre fbrtiflé pour la garde et asseu- | ranee du bailliage de Hedin et comté de Sainct- Pol , le douziesme de septembre commencèrent à dresser et bastir un fort , ayans , pour plustost }e mettre en défense , levé des pays des environs grand nombre de pionniers et manœuvres , en quoy ne pouvoient estre empeschez; car outre ce qu'ils estoient les plus forts, nostre armée estoit fort diminuée et amoindrissoit tous les Jours, tant à cause des maladies qui survenoient à noz soldats , que des compagnies que nous avions envoyées aux villes quMls nous menassoient de vouloir assiéger. Puis M. de Yandoime, cognois« sant ses soldats fort ennuyez du long travail de

ce voyage, pour les rafreaeUr et soulager, ron* pit son camp et envoya quelques oompagntai de gendarmerie des plus travaillées , hyvemer à leurs anciennes garnisons , et la cavallerie légère départit es lieux plus prochains des ennemb, pour ayder et faire faveur aux pauvres gens a labourer et semer leurs champs. Les compagnîa de gens de pied firançoises, anglolses et escnsmses furent logées es villes et bourgs le long de la lisière et rivière de Somme ; les AllemtDsdQ comte Reingrave et baron de Fonteiiay , à Saiset- Esprit de Reux , et celles du comte Reedolphe et Reifberg , prindrent le eheanin de Piedinoot et dltalie.

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