‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 5 sur 58 · NOTICE SUB BIAISE DE MORTLVC · texte numérisé non relu

NOTICE SUB BIAISE DE MORTLVC

VU

ses jours; aacim capitaine avant lai, ni César, ni XenophoD, n'avait osé se poser dans les siècles comme on modèle à suivre dans le métier des armes ; Montfaïc ra fiût, et sa vanité gasconne est si naturelle , et d^nne si parfoite conviction , que le lecteur ne songe pas à la lui reprocher, et quil n'en éprouve même aucune surprise. Il faut observer d'ailleurs que ses levons et ses conseils militaires sont toujours bons et qu*ils garderont à jamais leur remarquable rérké. Les prétentions de M ontluc à servir de modèle n*ont pas tardé à être justifiées et consacrées par les glorieux suffrages d'un grand capitaine. On connaît le mot de Henri IV; il disait que les Commentanres de Montluc devaient être la Bible du soid&i.

Lesprotestans avaient beaucoup calomnié Montluc; ils avaient fini par l'appeler un athèiste, c Ils » sont mes ennemis, disait Montluc, et ne les faut » pas croire. » Ces accusations d'impiété disparaissent à la ieetore des Commentaires ; il y règne une piété naturelle, un sentiment religieux qu'il est impos- ^le de prendre pour de l'hypocrisie. Montluc nous «lit Ini-méme qu'U a ses imperfections et ses vices, qtt*U n'est pas plus saint qu'un antre, mais qu*il a toujours mis son espérance en Dieu , et qu'il n'a jamais passé un jour de sa vie sans Favoîr prié et lui aroir demandé pardon. Dès son entrée aux armes , Moothic avait appris une oraison , qu'il ne manquait jamais de répéter à l'approche d'un combat ; cette oraison, dont il nous a rapporté le texte, lui remontait le cœur et donnail à ses membres une vigneau nouvelle. Montluc se montra cruel dans les guerres contre les huguenots; ainsi que nous l'a- Tons déjà dit, le lieutenant-général de la Guyenne ne voyait dans les protestans que de redoutables ennemis du roi , il croyait devoir proportionner ses violences à la grandeur du péril, et son dévouement i la royauté le précipita dans des excès furieux qoi s'ex^iqnent, mais qui ne se justifient pas. Cest une ^ovantable chose que les révolutions, puisqu'elles peuvent dénaturer à ce point les plus nobles et les plus loyaux caractères. Les ennemis de Montloc Tavaient accusé de s'être enrichi aux dépens de son honneur; les Commentaires n'ont larâé sabsister aocnn de ces reproches de malver- Mtion; le nom de M<Mitlue en est sorti victorieux et pur.

On remarquera , dans les Commentaires de Mont- Inc , une grande vivacité d'esprit , une expression souvent éloquente, toujours nette et naturelle; MontJoc, dans le laisser-aUer de sa parole, arrive quelquefois à de beaux effets de style; un mouvement méridional anime le récit. Les Commentaires ont été l'œuvre de la vieillesse de Montluc , ce qui prouve que son esprit avait conservé une merveil- Jene verdeur. Montluc n'avait pris aucune note, et

dut faire d'incroyables efforts de mémoire pour retracer en détail l'histoire de cinquante-deux ans. Pasquier en a exprimé son étonnement en ces termes : « d'une chose m'esbahi-je encore ; non qu'il » se soit rendu espouvantable au fiait des armes (cela » lui peut avoir esté familier avec quelques autres » guerriers), mais que, voulant rédiger l'histoire » de sa vie par escript , il l'ait pu circonstancier des » lieux, des personnes, de leurs noms, tant d'un 1» party que de l'autre, des obstacles qui se présen- » tent, brief qu'il n'ait rien mis en oubly, comme

■ s'il eust encore combattu en plein champ. En » quoy il faut nécessairement de deux choses l'une, o ou que, pendant qu'il jouoit des mains aux » champs, il se donnast le loisir en sa chambre , » après son retour, de faire de fidèles mémoires de » ce qui s'estoit passé, pour s'en ayder à l'avenir , » chose qui outre passe d'un long traict la patience » d'un François; ou bien que, ne l'ayant faict, » lorsque sur son vieil aage il voulut mettre la » main à la plume , toutes ses particularités de cin- » quante-deux ans se présentassent à lui : mémoire v certes qui de nulle mémoire n'eust jamais sa sem- » blable. Et par ainsi , soit l'un ou l'autre , il semble » que , par un signalé miracle , nature ait en cecy » voulu faire en lui un chef-d'œuvre. »

Brantôme avait beaucoup vu Montluc dans les derniers temps de sa vie. Il nous appprend que l'illustre capitaine n'avait jamais pu se guérir complètement de l'arquebusade qui lui avait fracassé la tête; « Montluc étoit obligé, dit-il, déporter un touret de » nez , comme une demoiselle, quand il étoit aux » champs , de peur du froid et du vent, qu'il ne l'en- » domageast davantage. » Brantôme se plaisait à la conversation de Montluc ; ail faisoitbeau, dit-il, » l'ouïr parier et discourir des armes et delà guerre, » ainsi que j'en ay fait l'expérience, moy ayant esté » sur la fin du jour un de ses grands gouverneurs. » J'estois souvent avec luy, et m'aymoitfort , et pre- » noit grand plaisir quand je le mettois en propos et » en train, et lui faisois quelques demandes de guer- » res ou autre chose; et luy, me voyant en cette voit lonté, il me repondoit de bon cœur et en bons

■ termes, car il avoit une fort belle éloquence mili- » taire. »

Les Commentaires de Montluc ont été réimprimés huit fois ; ils sont traduits en anglais et en itaUen.

Montluc eut de ses différons mariages six fils et non point quatre comme on l'a dit ; nommons d'abord Marc-Antoine , tué au siège d'Ostie; Bertrand, connu sous le nom de Peyrot, tué à Madère; Fabien, tué au siège dcNogarol. Montluc en cite trois autres, Biaise, Adrien et un troisième appelé aussi Biaise; c'est un de ces trois derniers fils dont parle Montluc lorsque s'adressantau roi (ISTO), illui dit : Sire, aouvenez-vous d'eux.

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