‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 4 sur 58 · NOTICE SUB BLAISB DB MONTLUC · texte numérisé non relu

NOTICE SUB BLAISB DB MONTLUC

événements de sa carrière militaire; bornons-nous à mentionner le siège de Rabasteins (4 570) , où Montlac combattit avec une admirable intrépidité; « fusant du jeane en cela , dit Brantôme , comme lorsqu'il n'avoit que vingt ans. » Frappé au visage d*un coup d^arquebuse , il jetait le sang par la bouche, le nez et les yeux; les soldats et les gentilshommes, à la vue de leur général blessé , étaient sur le point de reculer; Montluc, avec une voix entrecoupée, leur criait qu'il n*avait point de mal, et qu'il fallait suivre le cond)at. Faible et mourant, il avait été obligé de se rtttrer, quand on vint lui annoncer la prise de Rabasteins : « Je loue Dieu , dit Montluc , de ce » que je vois la victoire nostre avant de mou- » rir. Â présent Je ne me soucie point de la mort. » Je vous prie de vous en retourner, et monstrez- » moi tous Famitié que vous m'avez portée , et gar- » dez qu'il n'en s'échappe un seul qui ne soit tué. » Ce n'est plus ici de l'héroïsme , c'est de la sauvage cruauté.

Les huguenots détestaient Montluc , et cela se conçoit ; ils s'efforçaient de lui nuire à la cour ; leur profonde haine , aidée probablement de la jalousie de quelques seigneurs, finit par obtenir la disgrâce de Montluc. Le gouvernement de la Guyenne lui fût enlevé tout à coup; Montluc vit arriver son successeur avant d'avoir été averti lui-même. Il écrivit à Charles IX une lettre qu'on lira dans les Commentaires; dans cette lettre respire le noble orgueil du vieux guerrier. Montluc rappelle au roi tout ce qu'il a fait pour le service de la couronne, et parle de sa gloire comme d'un bien qu'il n'est donné à personne de lui enlever. « Quand bien l'on w m'auroit mis en pourpoint, sidemeureray-jetous- » jours vestu d'une robbe honnorable , qui est telle » que j'ay porté les armes depuis mon enfance pour le » service de vostre couronne , avec toute la fidélité » que les rois mes maistres eussent sçeu désirer. » L'on m'accordera tonsjours que je me suis trouvé » en autant de combats, batailles , rencontres, enn treprinses denuictet de jour , assauts , prinseset » deffènces de villes, qu'homme qui soit aujourd'hui » en toute l'Europe ; et pour tel suis-je cogneu par

» tous les estrangers et, puisqu'ainsi vous

«plaist, je me retire, n'ayant autre marque de 0* mes peines et services , depuis tant d'années , que » le regret de la perte de mes enfants morts pour » vostre couronne , et sept arquebusades qui servi- » ront à me ramentevoir tous les jours l'humble et » affectionnée dévotion que j'aye eue à faire très- » humble service à vos prédécesseurs. La disgrAce de Montluc comme gouverneur de la Guyenne pourrait donner lieu à une importante observation , applicable à tous les temps de révolution. Les hommes qui ont été l'instrument de passion;; violentes, sont exposés à de tristes jugements; quand les passions qui les poussaient à l'œuvre n'existent plus , ces hommes se trouvent chargés tout seuls de la responsabilité d'un rôle cruel; leurs complices ont disparu, mais les ennemis sur lesquels s'étaient exercées leurs rigueurs, sont toujours là, et ces

pauvres instruments abandonnés , boucs émissaires' de la politique , sont traités sans pitié.

«En 4575, Montluc assista au si^ de La Rochelle; il fut, selon ses expressions , appelé au festin comme les autres; il espérait mourhr à la Rochelle et trouver là un glorieux tombeau. Mais, peu content d'abord de la conduite et de la tournure du siège, il ne voulut s'y montrer que comme particulier. L'année suivante , Montluc se trouva à Lyon avec Henri III , et reçut de ce prince la dignité de maréchal de France. Tout tendait alors à la gnerre, et notre nouveau maréchal eut ordre de s'y préparer ; mais le vieux Montluc, accablé de blessures, reconnut qu'il a devoit plus tost songer à sa mort qn'à la donner » aux autres, n II avait perdu depuis peu Fabien de Montesquieu , son quatrième fils , tué à Nogarol en Guyenne , et le pauvre père était livré à un sombre ennui. Il parut pour la dernière fois les armes à la main au siège de Gensac; ce Ait là son adieu à la guerre , et c'est là que finissent ses Commentaires. Tranquille dans ses terres, il suivait eucore le spectacle des affaires , et l'avenir s'offrait à lui sous de lugubres couleurs. Dans la dermère page de ses mémoires , il nous dit que bien souvent il lui prenait fantaisie de faire retraite, pour n'avoir pas le déplaisir d'ouïr tant de fâcheuses nouvelles et la ruine de ce pauvre pays. Il se ressouvenait toi^ours d'un prieuré assis dans les Pyrénées , partie en Espagne, partie en France, nommé Sarracoli , et voulait y aller chercher le repos ; lorsqu'il dictait ses dernières lignes , Montluc espérait encore achever ses jours dans le paisible prieuré de Sarracoli , mais ce dernier vœu d'une âme triste et solitaire ne fut point rempli : Montluc mourut dans son château d'Estillac, à peu de distance d'Âgen, au mois de juillet 4577 : c'est là qu'il avait composé ses Commentaires.

De tous les auteurs de mémoires que nous con-naissons , Montluc est celui qui s'est le mieux révélé à son lecteur avec son caractère et son esprit, avec ses qualités et ses défauts ; il se montre à nous sans arrière'boutique , d'après une de ses propres expressions; les Commentaires sont un portrait complet de Montluc ; tout ce que nous dirions ici pour peindre ce guerrier célèbre , ne serait qu'une reproduction des couleurs et des grands traits épars dans ces intéressants récits. Les Commentaires sont un précieux monument pour l'histoire du XY I" siècle. On trouve dans ce livre une quantité de faits qui ne se rencontrent que là, et rien n'est plus incontestable que la véracité du narrateur. Tout ce qu'il dit, . il l'a vu ; il ne veut raconter que les événements où il a figuré ; il nous répète souvent qu'il n'a pas la prétention d'être historien, « qu'il y seroit bien em- » pesché, et ne sçauroit par quel bout s'y prendre. » Son but a été tout natureUement d'écrire « ses for- » tunes pour servir d'exemple à ceux qui viendront » après lui , afin que les petits Montlucs que ses en- » fans lui ont laissé puissent se mirer en la vie de 9 leur afeul. » Et ceci nous amène à parler de la simple et naïve bonne foi avec laquelle Montluc nous parle de l'éclat de ses actions et de la gloire de

Page 1