‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 58 sur 58 · I* C. D. M. T. VII · texte numérisé non relu

I* C. D. M. T. VII

veuf, et que, pour plus estroite et ferme alliance, le mariage de luy et de madame Elisabeth, fille aisnée du Roy estoit plus traitable et de plus grande authorit^ que du fils , les députez adviserent aux moyens pour le contracter , ce que heureusement parfirent , pareillement celuy de M. de Savoye avec madame Marguerite , sœur unique du Roy, qui estoient les deux principaux poincts où comdstoit tout le but et effect de ceste paix. Mais quand ce vint à difQnir en après de plusieurs autres particularitez, comme de la reddition des villes, réparation des torts, restitution des dommages et intérestsde plusieurs princes et autres qui avoient esté destruicts, ou fort endommagez en ces guerres, pour la restitution des forussis(3) et exilez, pour la tuition et protection d'aucuns qui avoient esté en ces guerres ennemis de l'une des parties, il s*y trouva tans d'espines et difficultez, qu'à tous coups l'on disoit que tout estoit rompu, et que Ja paix ne se feroit pas ; de sorte que quelquefois les députez se sont trouvez prests à se départir sans aucun effect. Mesmement le duc de Savoye, tout le bien duquel estoit occupé de ces deux princes, insistoit fort, et à bonne cause, à ce que avec toute seureté et l'un et Tautre luy en feissent restitution > et avec tel accord et consentement unanime, ratifié par tous deux à ceste fois , que par cy après ils ne eussent plus à y rien quereller et demander, voulant demeurer neutre, parent et amy à tous deux. Ainsi et en ce seul faict y pouvoit avoir beaucoup de disputes et altercats, esquels se passa tout le mois de mars que l'on n'attendoit la paix qu'en doute. Sur la fin de ce mois toutes difiicultez s'en alloient appoinctées et finies, réservé un seul article, de la jouissance de quelques villes en Piedmont, pour certain teros que chacun de ces princes vouloit ; sur lequel article se trouva tant grande contrariété d'opinions, et si mal accordantes, que l'on veit l'heure que rassemblée se départoit aussi mauvais amis qu'auparavant. Mais le Seigneur Dieu, qui guidoit^ k mon advis, ce sainct œuvre , voulant monstrer aux hommes, quelques grands esprits et sçavans qu'ils soient, que sans son vouloir leur science n'est que folie, ayant entendu de son throsne celeste les clameurs de tant de misérables peuples attendans ceste paix, enfin les rassembla et leur suggéra et enseigna les moyens pour pacifier toutes choses ; de manière que le troisiesme d'avril, en l'an mil cinq cens cinquante neuf, en ce lieu de Ghasteau Gambresis, en cette belle maide l'evesque de Gambray , messieurs les députez

(2) L'évêqne dTly,

(s) De VitaUen ftiortisciti , gens hors de leur pays.

COMMISNTAIKEB Dl FAANÇOtS DB RABUTIN. [1658]

susdits , pourveus et garnis de tous pouvoirs de leurs princes et maistres, conclurent une alliance et amitié perpétuelle entre eux, avec une paix et communion entre leurs peuples et subjects, pour aller, venir, négocier et traflcquer, comme amis et sans aucun danger, pour converser ensemble et exercer tous commerces et marchandises par terre , mer, rivières et toutes eauês douces ; ensemble appolncterent et transigèrent de plusieurs autres leurs différents et discords, ainsi que Ton pourra veoir par les articles qui sur tout ce faict ont esté passez et rédigez par escrit.

Quatre jours après, le Roy en advertit la ville de Paris, pour en louer et en rendre tres-dignes et tres-devotes grâces à Dieu, afin aussi de s'en resf ouir et célébrer les feux de Joie, ainsi qu*il en fut fait , et là et par tout le royaume de France, estant ceste tant heureuse et tant désirée paix autant bien venue et receuê avec actions de

grâces à celuy de qui elle vient, et avec aufaot de Joye et allegrese extérieure, que pour toite autre félicité qui pourroit advenir , ne doutant point qu'au semblable n'en soit fiait autant da estrangen. La tres-haulte et céleste Trinité, di qui elle est fille , la nous veuille avoir envoyéi, non point faite des hommes, ou selon lo rnoode, mais d'en hault et selon son vouloir, 01 dov h veuille continuer si longuement, que nos eaean, convertis à malice et Iniquité, polsant estre fleschis et firappez d'amendement, en roetgaobsant celuy qui nous Invite et aj^pelle avee Me bonté et douceur, et finalement sc^ oeeaflin,ct donne pouvoir aux princes chrestiens , de ràever l'Eglise de Dieu chancelante et vacill&Die, et d'extirper et reformer tant de hérésies et scismes qui y régnent ; et, en augmentant 1a kfj de IMeu par tout le monde , puisse mainteoir eux et leurs peuples en tranquillité et beofro repos ! Amen.

Fin DBS COHMERTAIBBS DB FBAlfÇOrS DB RABUTIlf.

"Il

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