COMMENTAIRES DB FRANÇOIS DE RABUTTN
et rigaear da temps , de la cherté et faute de vi- 1 vres y mesmement pour les chevaux , et , à bref { dire, pour tant d'autres nécessitez , que , sans ie repos de la paix , il estoit à douter qu^elle ne succombast soubs la pesanteur du fidz . Quelques compagnies d'iceile gendarmerie, des plus loingtaines ou travaillées , furent logées es plus prochaines garnisons pour se rafreschir attendant les monstres ; et les gens de pied françols furent aussi départis et mis en garnison es villes et places fortes , et le long de la frontière. Quant aux estrangers, les Allemans, tant reitres que lansquenets, demandèrent M. de Ne vers, pource qu'il est prince de Tune des plus anciennes maisons de la Germanie, pour les mettre hors des limites de France, et pour leur estre seureté d^une grande partie de leur solde, qui leur estoit deuë : ce que ce prince débonnaire accepta volontairement , pour d'autant plus demonstrer sa parfaite affection au service du Roy et de France , et en quoy il s'acquitta si bien , que , nonobstant la rigueur qu'ils Ûndrent de vouloir estre payez en or , il moyenna et reigla si prudemment tout ce &it y et plusieurs autres occasions de mutinemens qu'ils cherchoient, qu*enfin, contents et paisibles , il les convia et licencia hors des paysdu Roy, dont toutefois son comté de Rhetelols supporta les principaux frais. Les Suisses furent plus gracieux , car, soubs commissaires qui leur furent ordonnez , vivans paisiblement par estappes , qui leur furent establies et dressées à Journées raisonnables , se retirèrent en leur pays. Sur le rompement de ceste armée , je ne veux laisser au bout de la plume comme ce Jeune comte de Lunebourg , que l'on a veu ci-dessus avoir amené des reitres au service du Roy, fut au camp près d'Amiens arresté et saisy prisonnier, et depuis amené en la Bastille à Paris , pour avoir mis la main aux armes contre M. de Guise , lors lieutenant général pour le Roy , et représentant Sa Af ajesté , n'en pouvant dire autre plus certaine cause.
Pour retourner à l'assemblée des députez , le principal effect de la paix estoit assis sur un si bon fondement, qui estoit sur les mariages de dom Carlo , seul fils du roy Philippes et prince d'Espagne, avec madame Elisabet, fille aisnée du Boy, et de M. de Savoye avec madame Marguerite , sœur unique du Boy, que , par tdles et si estroittes alliances, chacun proposoit voir toutes ces grandes maisons réunies etrassemblées. Kt quant au surplus, les courages de ces deux princes sembloient estre si conformes et divinement inspirez en toutes restitutions réciproques et amiables, que, pour conclusion, toute la clurestfenté se promettoit obtenir une paixoniverselle,
quand, sur le polnct que Ton n'attendoit plus que la ratification et promesse de toutes ces choses , la royne Marie d'Angleterre et les Anglois envoyèrent de nouveau brouiller les cartes et pervertir tout ce bon commencement , pour le âdt de Calais, demeurans opiniastres à la ravoir, alleguans sur cela infinité de vieilles querelles qui seroient icy trop longues et ennuyeuses à dechiffirer, et lesquelles .aussi je ne pourrois certainement déduire , pour n'avoir leu n'entendu tous ces droicts, et n'estant curieux et studieux de telles matières. Tant y a que ces nouvelles propositions , accompagnées de plusieurs autres difficultez que ceste Royne meit en avant à son mary , remdrent toutes ces conclusions en première doute et à recommencer, et d'autant plus esloignées des premiers termes, qu'elles sembloient estre proches d'avoir houne issue. Pendant toutefois que chacun des députez de son costé songeoit à inventer quelques expédients pour transiger et appointer de cest article de Calais , pource que le Roy n'estoit rien moins que résolu de le garder et ne le point rendre , que la royne d'Angleterre et les Anglois estoient importuns et pertinaces à le demander, icelle princesse passe de ce siècle transitoire en l'autre des bienheureux sur la fin du mois de novembre ; laquelle, peu de jours après, suivit ce bon cardinal Pol , delamalsond' Yorck, duquel J'ay tant de fois parlé en mes livres précédens. La mort desquels suscita nouveaux troubles en Angleterre, desorte que les institutions de l'ancienne religion ecclésiastique j que de nouveau ladite Royne et ce vertueux cardinal avoient à grande difficulté remis sus , furent de rechef abolies et dépravées , pour r'introduire et adhérer à la nouvelle doctrine qu'ils ont appellée evangelique.
La princessse Ysabelle (l), fille du roy Henry dernier de ce nom , roy d'Angleterre , et d'Anne de Boulan , une simple damoiselle qu'il espousa pour son plaisir, et qu'il feit en après décapiter, laquelle auparavant avoit esté tousjours captive, fut appellée de tous les Estats du pays , et esleuë pour royne, et couronnée le 15 du mois de janvier ensuy vant. Ces soudaines et inespérées mutations furent cause de faire séparer ceste assemblée sans aucune résolution, d'autant que le décès de ceste royne, femme du roy Philippes, luy importoit de beaucoup , et où il y avoit beaucoup de choses à demesler, qui requeroient tems et séjour ; parquoy delaissans tous traittez au mesme estât où ils se retrouvoient pour lors , les députez se départirent siur le commencement de ^^mbre , temetlai» la partie à se rassem-
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bler au Châsteau Cambresis , pour parachever et
conclure da surplus, au mois de janvier ensuyvant , après qu'on auroit veu en quels saccès se termineroient beaucoup de varietez et changemens qui se préparoient et se demonstroient desjà en l*Europe. Mesmement le bruit s'eslevoit fort que les Alleoiagnes se disposoient àconvoquer une assemblée généralle, qulls ont nommé âiée(i), en laquelle se devoit trouver et comparoir TEmpereur et la pluspart des électeurs, et généralement beaucoup des principaux princes et plus grands seigneurs de toute la Germanie , laquelle assemblée se devoit faire en la ville d'Ausbourg, autrement dite Auguste.
Peu de jours après le département de ceste assemblée, nouvelles vindrent de pardeçà , que la nouvelle royne d* Angleterre Ysabel avoit envoyé un mlHord devers le roy Philippes, poursesoubmettre (2), et son royaume en sa protection ; qui ne fut sans faire penser à plusieurs personnes, et comme la publique renommée le publioit par tout , et faisoit croire , que le mariage se pourroit redresser entre luy etelle, pour de tant plus stabiliter les premières alliances, et rendre ce royaume de plus en plus fortifié et mieux appuyé du support de ce grand roy , combien que le faict semblast fort difficile et estrange , d'espouser les deux sœurs. Il fût dit pareillement que icelle royne envoya devers l'Empereur et les électeurs, pour se soubmettre et ses païs en leur protection , à quoy elle fut receuê , et que depuis rEmpereur envoya devers elle le comte Laderon pour entamer les propos du mariage de Tarchiduc Ferdinand son fils et d'elle. Toutefois le bruit estoit tel , qu'à sa réception et couronnement elle avoit promis et juré ne prendre à mary aucun prince estranger, ains un qui fust de ses paîs et origine, ^es causes , à mon advis, pourquoy elle s'asseuroit ainsi de bonne heure des princes ses voisins y et prindpallement qu'elle avoit plus À craindre, estoit à raison de la mort du vieil roy de Bannemarc, qui estoit décédé environ ce temps, ayant délaissé un fils remuant et martial , lequel elle doutoit luy appareiller à son advenement quelques nouveaux attentats, prétendant le royaume d'YrIande; ou bien auroit ce fait pour assentir et apprendre quelque secret de la volonté de ces princes , se doutant bien que ce changement et réception de nouvelle religion estoit odieuse à beaucoup d*eux , et à d'autres estoit agréable.
Pendant le délay et remise de la résolution de
(1) Diète.
(2) Rabntin se trompe dans ses conjectares; Elisabeth se conduisit avec autant d'indépendance que de circonspection.
la paix , diacun de ces princes en dn>it soy ne delaissoit pourtant à prévoir aux objects que le temps par occasion leur dlstrlbuoit, et, selon que les événemens succédoient, se parforçoîent d'accommoder les remèdes; et d'ailleurs, durant ce loisir, mettoient à fin et accomplissoient leurs plus privez et particuliers afTaires, afin que quand encore toutes choses ehangeroient en pis, pour le moins fussent deschargez d'autant de temps bien employé et d'expédition de négoees.
Entre autres œuvres mémorables que le roy Philippes accomplit en ce mois de ôéeantre, furent les obsèques de l'Empereur Cbarks ton père , lequel estoit mort en Espagne au moâ èe septembre auparavant, comme Voa m'a ^, qu'il célébra à Bruxelles le vingt-neufvieine de ce mois , avec fort religieuses et dévotes céré> montes, faisant ample démotistration d'une singulière et très-parfoite amitié du fils au père . magnifiées et extollées aussi de très-opulenta et riches pompes funèbres , pour déelairer et irmemorer universellement ia haultease et gesta d'éternelle récordationde ce grand empereur. A toutes lesquelles choses icy particulariser il ne faodroit recommencer unKvre à part, lequel toutefols,sans en rebastir d'autres, se vend et publie desjà p|ur tout ; mais, pour faire un brief extrait des principales singularitez qui en sont escrites, cette navire me semble plus à Iouèr> que Toneost dit estre tirée sur mer par deux monstres marins, conduits par une jeune pucelle tenant en mainum ancre d'argent, paraissant et démonstrent um face joyeuse, comme voulant prendre port, ayant lapouppeenrichied'excellenteset ingéniei^ygeseraveures et peintures, avec les arbres et tous éqaîppagesdenoir, et plusieurs enseignes et flammesde diverses couleurs pendues au timon. Tout le d^ dans de laquelle navire estoit rempli de rkha quarreaux surlesquelsestoientposesles eseossoBS et armoiries des royaumes et paîs que possédoit Sa Majesté ; et au devant du grand maz , aux pieds d'un riche siège impérial qui estoit vuJde . sur une pierre quarrée où estoit escrit Ckristus, estoit la Foy, vestue d'un drap l>lanc , tenant ii croix rouge en sa main. Derrière , sur la pouppe. estoit la Charité , qui tenoit en main le gouvcrnail de ceste navire , comme le voulant aéànsr ser à main droite. Tout cela signifiant , eomof je conjecture , que toute l'intention et les hbeors de ce grand empereur ne tendoient qu'à Tauementation et accroissement de la foy de Jén^ Christ , y estant conduit par une singulière charité et amour qu'il luy portoit , et aux peuples que Dieu luy avoit soobmis pour eomrnandrr. Aux deux costez de ceste navire estolent pentes les victoires qu'avoit en sa vie obtenu
COMMSNTÂIIIKS BB FBÀNÇOtS DB BABUTUf. [1558]
reur , tant contre les voisins que contre les barbares infidèles et estrangers , avec les |dîctons et trophées mis et apposez ingénieusement dans des compartimens et tables d'attente bien rapportées et inventées. Beaucoup d'autres singularitez y furent vues et remarquées comme elles leméritoient, que j'adjousterois icy si elles n'estoient desjà escrites , et si communes , qu'elles ne serviroient que de redites. Avant aussi le retour de ceste assemblée , le Roy voulut estre accompli et parfait le maria<];e de Charles duc de Lorraine , et de madame Claude sa seconde fille. Et furent ces mémorables et solennelles nopces célébrées en la royale ville de Paris, et capitale de France, avec toutes largesses et festins remplis de délices. Les cérémonies et solennltez furent parachevées dans ce beau et riche temple de Nostre Dame , en la présence du Roy et de la Roy ne , et de plusieurs prélats et princes, comme de messieurs les cardinaux de Lorraine, de Bourbon et de Guise, de Chastillon et de Sens ; des ducs de Guise, d'Aumalle , comte de Yaudemont , marquis d'Albeuf , et grand prieur de France, les plus proches parens de l'espoux, et d'autres princes, comme des ducs de Montpensier^ de Nevers , de Nemours , princes de Condé , de Ferrare et de La Roche-sur-Yon, le duc de Longueville, le comte d'Eu etautres ; ensemble plusieurs grands seigneurs qui tiendraient icy un grand roolle à tous nommer. Près de sept ou huîct Jours durèrent ces jours feriaux , èsquels n'estoient veuz et démonstrez que tous plaisirs et toutes sortes de jeux et passetemps, tant au Palais Royal qu'en ceux de messieurs de ceste maison de Lorraine , èsquels se tenoit maison ouverte , et se faisolent convives et distributions profuses, et à qui en vouloit. Mesmement devant le palais de M. de Guise , fut fait un tournoy ouvert à tous chevaliers , pour s'esprouver en lice à la lance et au combat de toutes sortes d'armes. Beaucoup d'autres choses exquises et de marque y furent érigées et faites , ou que je ne puis pas avoir veuës , ou dont je n'ay pas souvenance , que je délaisseray à descrire à quelqu'un qui les aura ou mieux considérées ou mieux retenues que moy. Quelques jours auparavant ces festins , le Roy avoit fait partir M, de BordillonetM. de Marillac, arche vesque de Vienne, Tundes plus doctes et dignes prélats du royaume, pour se trouver de sa part à ceste diée qui se devoit faire à Ausbourg , dont nous avons parlé cy-dessus , et où jà estoit attendant l'Empereur dès la fin du mois de décembre ; où pareillement le roy miilippes avoit envoyé le comte d'Aremberg , dit Brabanson , pour autant que la commune renommée estoit ceste convocation et as-
semblée estre fiedte pour I)eaucoup de poincts qui importoient toute la chrestienté et les princes chrestiens , spécialement pour le faict de la religion, que l'on voy oit presque du tout exterminée, et d'autre part pour adviser à trouver remèdes et moyens de résister au Turc , lequel , ne se contentant d'avoir usurpé la Hongrie et la meilleure part de la Transylvanie , taschoit d'empiéter en Autriche , et se fortifier pour ceste occasion à l'entour de Vienne, et où jà estoit allé le roy de Bohême avec certaines forces pour le divertir et interrompre une fortification qu'il s'efforçoit rebastir sur ses frontières , que les chrestiens lui avolent desjà une autre fois abbattue et démolie , et laquelle, s'il avoit relevée, porteroît grand dommage à Vienne. Pour ces causes et autres très-nécessaires , et appartenans au bien universel , y estoient mandez les électeurs, princes et potentats des Allemagnes , comme aussi en avolent esté advertis , pour y assister ou y envoyer, tous les autres princes clu'estiens. En ce mesme mois de janvier, le 27, le pape Paul fit un consistoire qu1l ne voulut du tout fermer, ains comme huys à demy ouverts, et en particulier fit appeller le seigneur Camille Orsin, le marquis de Montesarche, le seigneur Ferrand de Sanguine, le gouverneur de Rome, le vicegerent de la chambre apostolique, le dataire , l'evesque de Bergamo, le berengo, le fior de i>elle et trois secrétaires. Et estant assis en sa chaize commença son propos par la mauvaise administration qu'il voyoit estre foite des estats de TEglise, qui requeroient une sévère et bien reiglée reformation , se plaignant sur tous , en termes généraux , de ses neveux , toutefois sans nuls nommer. Lesquels il declaira avoir privez de toutes authoritez qu'il leur avoit commises et données, à sçavoir : le seigneur dom Joanni Caraffe, qui est le duc de Palliane, de l'estat général de l'Eglise , et de toutes pensions et appointemens qu'il avoit du Sainct Siège apostolique, et davantage de la charge des galleres de l'Eglise ; et que, quant à celles des Sforces qui étoient en différent, il evocquoit icelte cause à sa personne pour la terminer ; plus dom Antonio Carafie, qui est le marquis de Montebel, de Testât qu'il avoit, tant de gouverneur des soldats que de celuy de la garde de sa personne, et de toutes pensions et appointemens qui luy pouvoient appartenir, en quelque manière que ce fust. En oultre privoit le cardinal Caraffe de toute administration, de tous pouvoirs, de tnotu proprio, concessions, privilèges, et authoritez qu'il pouvoit en sa personne avoir et tenir du Sainct Sieg^ QipostoUqne , ensemble de la légation de Bo\(^ ^.0 e\ révoqua et cassa tous gouverneurs,
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nonces, commissaires, capitaines des places, et tons autres oiBciers , excepté ceux qui seroient par cy après derechef nommez par Sa Saincteté. Voulut que sesdits trois neveux, avec tous leurs serviteurs et famille, eussent à sortir et s'esloigner de Ib ville de Rome dans le terme de douze Jours, enjoignant expressément au gouverneur et vicegerent qu'ils eussent à donner ordre que iceux ses neveux partissent , et que son intention fost, sans répliques et excuses, mise à exécution. £t après, se tournant vers lesdits secrétaires , leur commanda qu'ils notassent bien en mémoire tout ce qu'il avoit dit, déterminé et prononcé touchant lesdites privations, et tout le demourantils le rédigeassent par escrit, afin d'en laisser une perpétuelle mémoire , pource qu'il vouloit dès le soir mesme le voir couché par escrit. Geste sentence ouye , chacun demeura comme estonné et muet, et n'y eut personne qui osast y répliquer, considéré le courjroux avec lequel il l'avoit prononcée. En après il continua son discours fort gravement et élégamment, touchant le reiglement des ministres et administration ecclésiastique , et le bien et utilité que c'estoit d'ainsi user d'un tel chastiment nécessaire des erreurs qui s'y commettoient. Que pour ceste cause vouloit luy-mesme le premier commencer aux siens, afin que Dieu n'y mist la main pour les punir en après plus aigrement : alléguant pour exemple Pierre Loys Farneze, et , addressant sa paroUe au cardinal de Sainct Ange là présent , luy dit que si le pape Paul troisième Teust chastié, faisant sans respect severe démonstration de ses abutz et enormitez. Dieu n'en eust pas fait un si horrible et manifeste cliastiment. Et quant à l'administration en général , bien tost, Dieu aidant, il y pourvoiroit en sorte que , commençant à soy mesme le premier, il seroit exemplaire aux autres. Et de ceste heure là ordonna au seigneur Camille Orsin de prendre la charge de toutes choses appartenantes au faict de la guerre , et qu'il advisast en quoy il se pourroit aider du marquis de Montesarche et du seigneur Ferrand de Sanguine. Le lendemain fut audience publique , que Sa Saincteté tient une fois le mois , et qu'elle mesme a instituée : en laquelle , avant que commencer autre chose , elle appella les susdits Camille, marquis, et Ferrand, disant qu'elle avoit ordonné cette audience afin qu'un chacun peust venir à Sa Saincteté, et luy dire librement son affaire, et avoir satisfaction d'estre ouy de son prince; parquoy ils advisassent que toute personne, de quelque condition qu'elle fust , n'eust à estre empeschée de se trouver et offrir en sa présence; que sUl y en avoit quelqu'un si osé d'empescher le moindre pauvre ,
vœ illi , malédiction à luy, qu'il luy donneroit telle punition, que ce seroit une exemple à tout Jamais.
Après s'adressa à messire Marc Anthonio Bor* guese, advocat des pauvres , luy disant haalt et clair qu'il ne pouvoit luy faire plus grand plaisir, ne service plus agréableà Dieu , poisqaMI estoit advocat des pauvres , que de faire cest office entièrement, prenant garde que nul de ceux qui alloient luy porter des requestes ne demourast exduz et débouté , pour autant que son intention estoit que ceste audience servist de syndicat pour tous ses ministres , et que chacun d'eux oognoissant que tout pauvre qui se sentiioit gmé de quelque injure , se pourroit aller plaindre à Sa Saincteté, par ainsi ^ si Jusques à rheuit il n'y avoit eu bon ordre , qu'elle vouloR qu*il y fust à l'advenir, dont toutefois elle avoit grand regret et repentance que de meilleure heure te faute n'estoit venue à sa cognoissance. En ceste sorte , ce bon père commença à procéder à la r*formation des abuz des ministres de l'Eglise lomaine , et ce que je n'ay voulu faillir de réitéra et remémorer icy, encore qu'il soitdesjà imprimé et publié partout, mais comme unexenaple autant notable quHl en peult estre veu ny leu , et. à la mienne volonté, que plustost les pasteurs et conducteurs de ce troupeau ecclesiasUque eussent ouvert les yeux pour se recogooistre , et adviser les lourdes et si évidentes fautes qu*eui et leurs collatéraux et substituts ministres ont commises en leurs charges , qu'elles ont esté m thème et ai^ment,en reprenant icelles,de causer et formaliser divers scismes et sectes en nostre religion. Depuis, ce bon pasteur, pour donner moyen , autant aux petits qu'aux grands, de luy faire entendre et sçavoir leurs doléances, fit mettre un tronc dans l'élise Sainct Pierrr. duquel luy seul tient la clef, où chaeim poum mettre par escrit en billets et requestes ee qu'il aura à requérir et remonstrer à Sa Saincteté , et ce qu'ils n*oseroient exposer en public. Le Seigneur Dieu luy doint la grâce de eontinucr et parachever ce bon commencement, à ce que, par l'aveuglement des ministres, et eonfùsk» des abuz , le pauvre populaire ne soit plus sedtt:! et mené en la fosse des ténèbres , ains que la lumière soiteslevée sur le tonneau , illuminante et esclairante à tout le monde. -
Maintenant , après avoir quelque peu parir des mutations qui regnoient et estoient advenues en l'Europe , Je retournerai à ceste demiert resolution de la paix entre les princes, tant désirée et attendue par tout le monde , que tous les peuples chrestiens incessanmient tendotent ks mains au. ciel pour la requérir i ecAuy qui est la
COHUSnTÀIBES DE FBÀIfÇOIS DB BABUTIN. [1558]
paix loy mesme. Et croy que tous les autres empereurs et rois, tant chrestiens qu'infidèles , estoient escoutans et attendans Tissue , sçachans certainement que ces deux grands rois, unis et alliez, feroient trembler et ranger tout le reste de cest hémisphère soubs eux. Or, sur la my février seulement, se trouvèrent au Ghasteau Gambrezis les mesmes députez de ces deux princes que j'ay dei^à nommez cy dessus , comme aussi fit madame la douairière de Lorraine , et où alla aussi M. de Lorraine , lequel depuis alla trouver madame Claude sa nouvelle espouse , pour le singulier désir, que madame sa mère avoit de la voir : laquelle encore passa plus avant, Jusques à Mons en Henault , où estoit le roy Philippes , du- C[uel elle fut magnifiquement et dignement honorée et estrenée de très riches et rares presens. Pour la roy ne d'Angleterre , se trouvèrent à ceste assemblée Fevesque Thavart (1 ), millord et grand chambellan de ladite Royne , Tevesque Dory , (2) et le doyen de Cantorbie. Du commencement et entrée, à ce que Ton a dit et sceu, les députez du roy Philippes se demonstrerent aussi froids et nouveaux comme si c*eust esté chose nouvelle, et dont jamais ils n'eussent ouy parler. Qui donna an semblableau députez du Roy occasion de faire anssi bonne mine et contenance qu'eux , et leur donner à entendre que l'extrême nécessité ne contraignoit point le Roy de chercher et importuner le roy Philippes d'avoir la paix avecques luy , ainsplustost une pure et entière affection d'avoir son alliance, pour reunir et rassembler ces deux grandes maisons, dépeintes et séparées pour petites causes. Et avec ce Fincitoit la pitié et commisération universelle, tant de la religion chrestienne, qui s'en alloit, sans une paix, dépérie et comme esteinte, que des pauvres peuples ruinez et destruits ; à quoy Ton devoit avoir plus d'esgard que à toutes autres particulières et privées affections. L'on a Jugé que ce qui, au commencement , tenoit les députés du roy Philippes si roides, estoit pour raison que leurs afhires al- J oient bien du costé d'Italie, et estoient les plus forts en Piedmont , ayans conquis de nouveau quelques places sur le Roy. Enfin estans ces deux princes rangez en une mesme volonté, comme inspirez d'une mesme grâce de Dieu, et Y estans davantage sollicitez et induicts par ceste v^ertueuse princesse de Lorraine, les députez de ^l&acun party rentrèrent plus que auparavant à J0L détermination et conclusion d'une bonne et rUtble paix. Et pource que , comme l'on a veu zy dessus, le roy Philippes estoit de nouveau
4I) Rabniin te trompe; Thomas Howard, dootil8*agit« 3*^toit pas évéqne.