LXXX VI
Les sympathies morbides sont de deux espèces : les premières se manifestent par des phénomènes ‘organiques, savoir, des exagérations du mouvement fibrillaire, des congestions, des altérations des sécrétions, exhalations, absorptions, qui sont alors augmentées, diminuées ou dénaturées ; par des changemens dans la température, et par des vices de nutrition: ce sont les sympathies organiques; les secondes, par des douleurs, par des convulsions des musles soumis à la volonté, et par des aberrations mentales : ce sont les sympathies de relation.
Nous venons de donner un exemple des sympathies de relation, et nous avons reconnu que les nerfs en sont les agens ; mais en est-il ainsi de ces dérangemens de la circulation capillaire, des sécrétions et des exhalations qui constituent les sympathies organiques?
Les nerfs ne sont pas uniquement destinés à causer du plaisir et de la douleur, afin de déterminer les actes extérieurs des animaux; ils doivent, comme on le sait, associer des organes et des collections d'organes (appareils) pour l'exécution des actes qui font partie de la vie intérieure. Les rap=
ports du grand sympathique avec les nerfs de relation expliquent l'association des muscles respirateurs avec les viscères de la poitrine et du basventre :.la volonté n'y intervient pas, mais le cerveau et la moelle rachidienne y concourent, parce que l'irritation des viscères leur parvient , et les force à mettre en contraction ou en relâchement ceux de ces muscles qui doivent se contracter ou se relâcher de concert avec les viscères; les plus saillantes de ses associalions sont la toux, l’éternument , le rire, les sanglots, levomissement, les coliques et le ténesme, la parturilion, la contraction permanente des muscles abdominaux quand les intestins sont en constriction , leur relàchement dans le cas contraire Dans ces différens acles sympathiques qui appartiennent à la pathologie, et qui sont susceptibles d’une foule de modifications , on ne voit autre chose que l’exagération de l’état normal, et les nerfs jouent ici le même rôle que dans cet état. Ce sont donc encore ici des sympathies de relation. | Lorsque, par suite de besoin de vomir, d’obéir
à une coiique , etc., on voit l'homme affecter cer-
taines attitudes, pousser des cris, des soupirs, etc. il est évident que les mouvemens des muscles vo- -—Jontaires ont été demandés au siége cérébral de la volonté par l'irritalion du viscère souffrant. Les nerfs ont donc encore été les agens de ces sympathies, puisqu’eux seuls ont pu transmettre au cétveau les douleurs, quelle :que soit là cause qui les
(52) ait provoquées. Voilà donc encore un exemple des sympathies de relation.
Mais lorsqu’à raison d’une irrilation du canal digestif, on voit la peau revêtir une teinte déterminée, ct devenir chaude ct sèche, la langue rougir ou se couvrir d’une couche muqueuse, la conjonctives’injecter, les urines devenir foncées ouclaires, lorsque la gengivite fait affluer la salive, etc., faut-il encore admettre l'intervention du système nerveux pour expliquer ces sympathies que nous avons appelées organiques? Nous répondrons affirmativement, parcequil ne nous semble pas possible qu’une seule irritation puisse exister sans être recueillie par quelque portion du système nerveux. En vain nous objecte-t-on que les sympathies existent chez les zoophytes et chez les plantes qui n'ont point de nerfs: ces sympathies n’ont lieu que parceque la stimulation chemine dans les fibres vivantes. Mais, comment concevoir qu’elle puisse, chez nous et chez les animaux organisés sur notre plan,cheminerdans les tissus sansintéresser les nerfs qui s’y rencontrent? Or, si elle les intéresse, ces nerfs assurément en seront plus vivement affectés que les autres tissus, et la transmettront plus facilement aux autres organes. Si les hommes n'étaient pas amis des paradoxes, du merveilleux, de l’incompréhensible, on n'entendrait pas soutenir de nos jours que les nerfs sont étrangers aux sympathies. Que celles-ci puissent avoir lieu chez les polypes, on le concevrait en admettant que:leur masse est entièrement gélatineuse, et que tout est
(53) également mobile et se prête également à la transmission de la commolion stimulative; maïs en estil ainsi des animaux plus compliqués? Ne doivent-ils pas avoir des tissus durs, inflexibles; d’autres peu mobiles, isolés, et par conséquent incapables de ‘propager la stimulation? À moins de se refuser à faire usage de sa raison, on doit se dire: il n'ya que les tissus mobiles et généraux, présens dans tous les organes et partout en communication avec eux-mêmes etavec les autres, qui puissent propager desstimulations. Quels sont cestissus chez l’homme? Ce sont le nerveux, le vasculaire et le cellulaire ; mais de ces trois tissus quel est celui dont la communication avec lui-même, et avec les autres est ‘la plus complète? n’est-ce pas le nerveux ? Quel est celui que l'expérience nous montre, dans tous les cas évidens, comme l'organe de la transmission des irritations ? n'est-ce pas encore le nerveux? Pourquoi donc voudrait-on lui ravir cette fonction dans les cas qui paraissent obscurs ? Il serait singulier que les irritations les plus difficiles à transmettre se propageassent par un aulre tissu que par celui que la nature à conformé de manière à le rendre le plus propre à toute espèce de propaga- ‘tion Stimulative ; que le seul de tous les tissus qui “aboutit aux centres cérébro-rachidiens, que l’on sait être destinés à réfléchir les irritations, ne fût pas le plus apte à propager ces irritations d’un organe vers un autre? Voilà ce que tout homme, ‘avec une médiocre dose de raisonnement, est naturellement porté à se dire; nous ne concevons päs
ce que le sophisme peut opposer à des inductions aussi simples. ,. |
Mais on possède des données plus précises encore pour la solution de ce problème. N'avons-nous pas distingué dans notre physiologie ‘les formes, différentes de la matière nerveuse? Elle se divise en effet en matière nerveuse centrale, matière nerveuse desexpansions sensitives, matière nerveuse renfermée.dans les Lissus conducteurs. Mais qui peut Jimiter la matière nerveuse desexpansions ? Nous ne ‘la distinguons. clairement que dans les sens et les -membranes de rapport; mais pouvons-nous douter qu’elle n'existe, sous d’autres formes, dans les muscles où tant de nerfs vont se plonger, dans tous les parenchymes sécréteurs ou non sécréteurs,dans lestissusfibreux, séreux cellulaires, et jusque dansles os, où lasensibilité peut se développer? On n’y voit pas beaucoup de cordons nerveux à la vérité ; mais en.faut-il donc, tant pour transmettre l’irritation? La matière nerveuse est presque inerte dans ces tissus tant qu'ils restent dans l’état normal : de nombreux agens de transmission leur seraient donc inutiles; mais cette matière se développe ,et s'active par lirritalion, Ces agens remplissent alors leur fonction, et la douleur est en raison de l'abondance de la matière nerveuse présente dansle tissu altendri, ramolli par l'inflammation. Je le: demande maintenant : si l'existence de là matière nerveuse est probable, dans des tissus où l’on voit si pen de cordons nerveux, pourquoi ne le serait-elle pas chez les zoophystes? On ne voit qu'un petit nombre
de. cordons chez. les mollusques; ,et certes, ils ne constiluent pas la seule matière nerveuse, de Ces animaux. Ces cordons sont en rapport avec d' autre malière nerveuse. qui.se. trouve fondue dans la substance gélalinoso-albumineuse, où l’on ne distingue auçun nerf: autrement, commentconcevoir l' utilité d’un seul cordon blanc accolé au. vaisseau principal? Or, sil'on admet de la matière nerveuse chez lesimollusques, nous ne voyons pas pourquoi on en refuserait aux polypes.et autres animaux privés. de vaisseaux.sanguins. La question ne nous paraît pas résolue à l'avantage. de nos adversaires : il pourrait exister dans ces animaux une portion de Bssys des
tinée à transmettre les irritations; On admet.des sympathies par similitude de stus.: elles, existent sans doule; mais est-ce à, dire qu’elles sont: indépendantes. E système nerveux ? Lorsque l'irritation se lransmet.de muqueuse à muqueuse, de séreuse à séreuse:, de ganglion à ganglion dans l'appareil absorbant; d’une région de la peau à une autre; d'une portion du système fibreux à d’autres, portions. plus-ou moins éloignées, qui nous a dit que les nerfs sont étrangers à celte espèce de propagation? L’irritation première est recueillie par les extrémités nerveuses présentes dans les tissus malades ; elle doit être répandue dans l’é- -conomie. Est-il donc étonnant. qu'elle produise des effets, plutôt dans les tissus analogues à ceux dont elle tire son origine que dans tous les autres? Nous -disons plulét, parcequ’elle.en produit aussi dans d’autres tissus. Lorsqu'elle est intense tous les orga-
nes irritables et mobiles en sont affectés. Si la gas: trite rougit la langue et la conjonctive, elle injecte également le foie, elle trouble l’action des reins, elle rend les membres douloureux. Il en est de même de l'arthritis : car si l’irritation est transmise dans une nouvelle articulation, elle ne laisse pas de l'être aussi dans les viscères et de produire la fièvre et le dérangement des principaux sécréteurs. C’est seulement dans les irritations chroniques et d’une faible‘intensité que les sympathies semblent produire plus d'effet sur les tissus analogues aux premiérs qui ont été affectés, que sur tous les autres ‘telles sont les dartres, les subinflammations cellulaires, ganglionnaires , Les artbritis chroniques, les périoétoses, etc. Mais que ces irritations acquièr ent un nouveau degré d'activité, on les voit’, comme‘les précédentes, se propager à tous les ans irritables etréveiller en même temps et sympathies res ques ct Sympathies dé relation. | 1 {
On nous parle des sympathies des végétaux; mais qu'est-ce que cela prouve, sinon qu'il existe chez eux un tissu conducteur des! stimulations qui fait “l'office du système nérveux des animaux des classes supérieures? On lui refuse le nom de nerveux, | que RARES RARES ontvoululuidonner , parce- “qu'il n'a pas d'organe central; mais qu'est-ce que cela fait aux animaux qui sont doués de ce centre ? De ce que lés êtres organisés qui manquent de cerveau peuvent éprouver des transmissions de stimulation, suit-il que chez ceux qui en sont pourvusces transmissions puissent avoir lieu sans que le système
ue
(57) | jo de transmission qui communique avéc leur cerveau y prenne part? Que ce système ne lés lui transmeétté pas quand elles sont légères, on le concoït; parce ‘que cela ne paraît pas nécessaire à l’exécution des’actes bornés; mais il faut nécessairement que laäcommunication avec le cerveau soit toujours ouverte ; afin que son influence puisse ‘intervenir pour l’éxécution des actes qui'exigent des mouvemens d’une certaine ‘étendue: Si des êtres vivans manquent de‘cerveau!, c’est que tous leurs mouvemens spoñntanés sont!très bornés ou peuvent s’exécuter sans une combinaison d'efforts simultanés ÿsi d’autres en sont pourvus, c’est qu’il leur estnécessaire pour établir des rapports entre des tissus d’action'et d'organisation différentes qui n'existent pas chezles premiers, etpour exécuter desmouvemens combinés d'une plus grande étendue. Dès-là qu'ils ont cecentre, ils doivent s’en servir quand cela devientnécessaire, ét les tissus qui chez eux font ce que d’autres faisaient chez les plantes, ne peuvent plus agir, avec quelque énergie, indépendamment de'ce centre, par la seule raison qu'aucune de leurs portions n’est exempte d'une communication diréete avec lui. | Nous croyons donc que les sys organiques “sont, comme les relatives, éxercées par l’appareil nerveux ; mais Comme nous prenons l’organisation ‘pour ‘base de nos théories, nous pensons que les sympatbies organiques qui ont lieu‘entre les surfaces’ de ‘rapport et les sécréteurs annexés :à leurs fonctions ; entre'ces mêmes surfaces et les plans
musculaires qui leur sont .accolés, etc,, peuvent être exercées par le grand sympathique seulement; mais que toutes les fois que les mouvemens sympathiques des plans musculaires des organes creux, tels que le canal digestif, la vessie, l’utérus, doivent être d'’unecertaine étendue, il faut nécessairement que lès centres cérébro-rachidiéns y participent, afin de mettre en jeu les muscles. céphalo-splanchniques qui doivent agir de concert avec. les muscles viscéraux : c'est-à-dire que la sympathie de relation doit s’'adjoindre à la sympathie organiqué. Ainsi Paction des sécréteurs, quoique d'abord provoquée par des sympathies organiques (la stimulation des surfaces derapport),netarde pasàdévelopperdessympathies
de relation pour opérer lélimination de l'humeur excrétée qui vient d’être déposée sur cette surface. Ne sait-on pas que les efforts du vomissement, de la défécation, nécessités par une excrétion surabondante de bile; ceux de l’émission de l'urine, devenus nécessaires par l’action d’un diurétique ; ceux de. l’expectoration, que rend indispensables l'influence sympathique d’un stimulant déposé dans l'estomac; ceux de l’éjaculation du sperme, commandés par la présence de ce fluide dans l’urètre; ceux de la salivation, indispensables pour expuer ou avaler une salive provoquée par un sialagogue : ne sail-on pas, nous le répétons encore, que tous ces mouvemens ne sauraient s'effectuer sans le concours d’une foule de muscles dont l’action -ne peut avoir lieu sans l'influence cérébro-rachidienne , c’est-à-dire sans des sympathies de rela-
(59) tion qui s'ajoutent nécessairement aux sympathies organiques antécédentes,
La stimulation du cœur, dans les phlegmasiés des autres:organes, nous paraît également avoir lieu par l'intermédiaire du cerveau.et.de la moelle ra- <hidienne, lors même, que. le foyer d’inflammation ne provoque pas de douleurs distinctes, parce que cette stimulation est toujours accompagnée de celle des nerfs de relation, qui certes ne seraient point affectés. si. le cerveau ne l'était lui-même. Quant aux rubéfactions de la peau et des ouvertures des membranes muqueuses, et aux, vices de leurs sécrétions par l'effet d'une phlegmasie viscérale , nous ne croyons pas non plus que le cerveau ysoit.étranger, car les muscles associés à ces membranes muqueuses, et qui se meuvent sous l'influence de ce viscère, sont toujours simultanément affectés. Ne sait-on pasquetoutesles fois quelalangue paraît d'un rouge de feu, elleest contractée, pointue, lancéolée, quelquefois tremblotante, et qu’elle se relâche et s'épanouit en pâlissant, lorsque l’irritation intérieure vient à cesser ? N’en est-il pas ainsi des yeux, dont les muscles propres ainsi que les palpébraux deviennentrigides, convulsifs, immobiles ou tremblans, par la même influence qui rougit la conjonctive et dénature l'action des sécréteurs de l’organe! ? Nous pouvons même étendre cette remarque aux muscles volontaires : toutes les fois que la peau prend une teinte rougé pafticulière dans les phlegmasies viscérales, les muscles sous-jacens sont plus oumoins Stimulés; comme le prouvelarigidité qu'on
sent en y exerçant le palper, et sont même agités de secours convulsifs qu’on appelle des soubresauts.
Pour résumer les faits consignés dans cette dissertation, nous dirons: 1° les irritations très-légères, très-circonscrites n’exercent de sympathies que sur les tissus les plus voisins : l'intervention des nerfs est toujours nécessaire pour ces sympathies ; mais celle du cerveau et de ses dépendances ne l’est pas constamment, au moins d'une manière percepble aux sens de l’observateur; 2c'les irritations assez intenses pour déranger l'harmonie des fonctions sont toujours transmises par le moyen des cordons nerveux et par la réaction du cerveau et de ses dépendances. |