LXXX VII
Plus la sensibilité de l'organe irrité, et celle
$ (61) de l'individu sont considérables, plus les sym pathies sont multiphiées; et vice versa.
C'est ici l’un des secrets les plus importans de la médecine physiologique ; en effet, de la différence des hommes sous le rapport de la sensibilité résultent, dans lessymplômes d’unemême affection, des différences qui tendentsouvent à la faireméconnaitre,et, par la même raison, à multiplier les maladies. Pourcomprendrecetteassertion,ilsuffitdese rappeler que lasensibilité n’est autre chose que l’un desrésultats de l'exercice de la contractilité: or la contractilité étant mise en action, d’une manière exagérée, par l'érection vitaleinflammatoire,lastimulation qui en résulte parvient à l’encéphale, etsuivant qu’elle est perçue avec plus ou moins de netteté, ou bien que, réfléchie dans les divers organes, eile les trouble avec plus ou moins de violence, les symptômes, c'est-à-dire les indices de lirritation primitive, deviennent plusoumoinsnombreux etplus oumoinsfaciles à saisir. Ilarrive assez fréquemment quelefoyer primitif d'irritation est moins douloureuxqu’unautre foyer desecond ordre, développé par la réaction de l’encéphale ; alors les médecins fixant leur attention sur ce foyer, perdent le premier de vue et méconnaissent lamaladie ; d'autrefois, éblouis par la multitude des points souffrans, ils vont jusqu’à refuser à l’affection un siége déterminé dans l’économie, et la regardent comme générale, morbus lolius substantiæ. Ces erreurs n’ont été que trop long-temps commises par rapport aux phlegmasies
aiguës, et c’est ce qui leur a fait donner le nom de fièvres essentielles. Mais comme nous avons traité ce point d’une manière générale en développant la proposition LXXIT, nous n’y reviendrons pas ici, devant nécessairement renvoyer les détails aux propositions relatives à chaque phlegmasie en particulier. La même faute a été commise pour lesaffections chroniques: nous avions dans les anciens cadres nosologiques des névroses générales, descachexies, des consomptions, etc., qui ne sont autre chose que des états de souffrance oa de dépérissement dont le premier mobile a été dissimulé par le défaut ou par la multiplicité des sympathies, c’est-à-dire par les différences constitutionnelles de la sensibilité. Lorsqu'une irrilation est placée à l'extérieur du corps, il nous suffit de nos sens pour en former le diagnostic; mais quand elle siège à l’intérieur, c’est par la voie d'induction qu'il faut la reconnaître, et les matériaux de notre jugement nous sont en grande parlie fournis par les sympathies. C’est donc l'observation de ces phénomènes qui doit d'abord fixer l'attention du jeune médecin; c’est elle qui constitue l'étude préliminaire de la pathologie ; et le principal objet d’un professeur de clinique doit toujours être d'exercer ses élèves à rapporter chaque douleur, chaque mouvement extraordinaire. à l'organe dont il décèle l’irritation.
Plus les sympathies sont nombreuses et actives, plus la maladie est grave.
La raison en est fort simple : c’est parceque l'irritation provoque lirritation, et que l’excès de douleur et de mouvement doit amener en peu de temps l'épuisement des forces et l'extinction de la vie. Les maladies des personnes très - sensibles seront donc constamment, toutes choses égales d'ailleurs, plus dangereuses que celles des gens à sens oblus.