CXX XII
La gastro-entérite se présente sous deux formes , avec prédominance de phlegmasie
gastrique, avec prédominance d’entérite. La douleur gastrique , le refus, le rejet des ingesta, ou la difficulté de les supporter, caractérisent la première : la faculté de satisfaire la soif, la rapidité de l absorption des liquides appropriés sont les signes de la seconde; les autres signes sont communs à peu de chose près.
Cette proposition n'offre que les caractères fondamentaux et distinctifs de la gastrite et de l’entérite , considérées l’une et l’autre dans l’état aigu. Le caractère de ces phlegmasies sera donné dans une autre proposition ; mais ilest bon de dire ici quelque chose sur la nature des douléurs que produit l’inflammation de l'estomac; car l'habitude contractée par plusieurs médecins de juger des inflammations internes par les symptômes des externes les expose à une foule d'erreurs.
Il s’en faut bien que les douleurs de l’estomac soient toujours semblables à celles du phlegmon ou de l'érysipèle, et qu’elles soient constamment rapportées à la région de l’épigastre. La douleur pulsative existe rarement dans cette région ; et lors même que les battemens artériels y sont irès-prononcés et perceptibles au tact, les malades, le plus souvent, ne les perçoivent qu’ en y portant la main, et ne se plaignent point qu'ils soient douloureux. Ils ne leur paraissent tels que dans les gastrites qui s'élèvent presque au degré du phlegmon, et surtout à la suite
( 204) des empoisonnemens par les substances corrosives qui rendent l'estomac très-douloureux. |
Les gastrites aiguës occasionent quelquefois des douleurs brülantes ; mais elles ne sont pas toujours circonscrites à la région de ce viscère, ou du moins rapportées au milieu de l’épigastre, lieu où l’on a l'habitude de les exiger pour les déclarer dépendantes de l'estomac. Les malades ont coutume de les rapporter à la partie moyenne etiantérieure de la poitrine , sous le sternum et les côtes asternales; Souvent même dans tout le trajet de l’œsophage jusqu'à la gorge, où quelquefois elles paraissent plus insupportables qu'ailleurs. Il en est un grand nom-
re qui accusent un sentiment d’ardeur intérieure , semblable à une fournaise qui occupe toute la partie moyenne duthorax, et se prolonge d’une partjusqu'à la gorge , et de l’autre jusqu’à l'ombilic. A cette douleur correspond d'ordinaire une sensation de chaleur et de fatigue dans les muscles; le mal de tête s’yjoint, la bouche, les yeux sont également brülans; les malades s’agitent, et dans ce cruel état, ils ne peuvent indiquer aucun siége particulier à l'état d’anxiété qui les tourmente. Telle est la cause pour laquelle la douleur brûlante de l'estomac n’a point été rapportée à son véritable siége: On accuse une maladie de toute la substance , et l’on déclare la liévre essentielle.
On observe de grandes variétés dans la sensibilité des parties qui entourent l’estomac. Il est peu de cas où les malades se plaignent d'une douleur fixe à l’épigastre; et lorsque cette douleur existe, tantôt le
( 205 ) palper l’exaspère et tantôt il semble la calmer: Le plus ordinairement la main du médecin ne la fait ressortir qu’en exerçant une assez forte pression. Il est pourtant des cas où elle est vive, continue et devient insupportable au plus léger attouchement. Ces cas correspondent le plus souvent aux empoisonnemens par les substances corrosives et à l’usage antérieur des ingesta d’une propriété âcre et mordante. On les observe encore dans les gastrites aiguës du plus haut degré, qui sont causées par les empoisonnemens miasmatiques, et surtout dans l’été et dans les climats chauds. Elles se montrent aussi dans le début de quelques phlegmasies éruptives et plus particulièrement dans les prodrômes de la variole confluente. Mais il est une foule de gastrites aïguës développées peu à'peu par l’abus des liqueurs fermentées, par les affections morales dans lesquelles l'estomac paraît avoir perdu en partie sa sensibilité ; de sorte que les douleurs de cé viscère sont confuses et que la maladie se reconnaît plutôt par les sympathies et par l'interruption de la fonction digestive, que par des sensations locales décidément douloureuses. Îl est aussi des personnes dont les viscères sont peu sensibles et ne deviennent douloureux qu'après des stimulations extraordinaires. De tels sujets peuvent éprouver la gastrite et l’entérite dans le degré le plus aigu, sans que les phlegmasies soient décelées par une seule douleur locale bien caractérisée. De R la nécessité d'accorder une grande importance aux phénomènes sympathiques dont nous aurons bientôt occasion de nous occuper.
Certaines gastrites aiguës sont accompagnées de douleurs extrêmement vives, non plus à la région de l’épigastre, mais dans l’un des côtés de la poitrine, vis-à-vis les côtes asternales, ou dans le dos, et.le plus communément vers l’omoplate.: Ces douleurs augmentent, au toucher et simulent quelquefois la pleurésie ou le rhumatisme. Elles indiquent la prédominance de l’irritation vers l’un des orifices dé l’estomac, ou dans le bas-fond: et souvent ceux qui les présentent dans l’état aigu les avaient éprouvées long-temps auparavant par l’effet d’une
astrite chronique. Ges cas doivent être placés parmi les plus fâcheux.Nous en donnerons bientôt la raison.
Il est encore d’autres espèces de douleurs gastriques assez prononcées; mais comme elles sont plus fréquentes dans l’état chronique que dans l’aigu, nous n’en parlerons pas ici.
La répugnance pourles boissons stimulantes vient d’un genre de malaise qui :ne reçoit pas ordinairement le nom de douleur, mais qui n’en dépend pas moins de ce que la sensibilité de l'estomac est affectée d’une manière pénible, L'impossibilité de supporter et même d’avaler les liquides les plus adoucissans , tels que lés mucilages , les solutions gommeusesetl’eau pure, dépend aussi de la manière douloureuse dont l'estomac est affecté par les ingesta, et indique l’exaltation dé la sensibilité de ce viscère. On nesauraittrops étonnerd'entendre certainsmédecins se plaindre de manquer des signes indicateurs de la gastrite , ou.exiger des douleurs bien déterminées pour convenir de son existence, lorsque , dans une
(207) fièvre aiguë, les malades témoignentune répugnance invincible pour les boissons échauffantes, ou lorsque l'ingestion des liquides les moins détenir ne saurait s’exécuter sans qu'il survienne un redoublement d'angoisse.
Les vomissemens de la gastrite aiguë témoignent toujours l'existence d’une sensibilité morbide exagérée, c'est-à-dire de la douleur; cette douleur s’exaspère constamment par les contractions répétées de l'estomac, et bientôt elle devient assez intense pour être continue, déchirante, accompagnée de celle de la tête et de tout l'appareil locomoteur. Tel est le cas de la fièvre jaune, du choléra-morbus. En faut-il davantage pour attester l'inflammation de l’estomac ? Cependant l'habitude de prendre les phleomasies externes pour prototypes des inflammations, en général, exerce une telle influence, que ni les mauvais effets des stimulans , ni les nécroscopies n’ont encore pu convaincre tous les médecins que la gastroentérite est le principal phénomène de ces maladies. Toutefois ils n’ignorent pas que la sensibilité des viscères , modifiée par la présence du grand sympathique, diffère beaucoup de celle des parties extérieures. Mais l'habitude est invétérée, les autorités sont là, et le témoignage des sens ne suffit pas pour en détruire la fâcheuse influence.
La proposition n'assigne aucune douleur à l’en-
térite aiguë ; elle se borne à dire que la faculté de satisfaire la soif, et la rapidité de l'absorption des liquides ingérés signifient que l’irritation ne prédomine pas dans l'estomac, et qu’elle'est partagée par
( 208 }) les intestins gréles:c’est ce qu’on observe dans la plupart des gastro-entérites aiguës que l’on désigne vulgairement par les mots fiévres gastriques. Ces signes en effet suffisent pour caractériser cette maladie, en indiquant que l’inflammation est étendue sur toute la surface muqueuse de l'estomac et des intestins grêles ; mais cela n'exclut pas la possibilité d’un point d'irritation prédominant dans l’une des régions de ces derniers. Alors il est possible que la sensibilité s’y développe au point de produire une douleur : c’est le sujet de la proposition suivante,