‹ Commentaires des propositions de pathologie, consigneés dans l'examen des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 28 sur 50 · CXX VI · texte numérisé non relu

CXX VI

Toute souffrance extrême , soit par l’inflammation d’un organe, soit par la stimulation d’une branche denerf, so.t par une cause morale, engorge le cerveau et tend à développer l’inflammation dans la pulpe, dans la pie-mère et dans l’arachnoïde. Or, la souffrance de l’estomac est la plus cruelle, et toutes les autres la produisent. Il n’y a donc jamais de gastro-entérite sans un degré quelconque d’irritation cérébrale : tout ceci doit être appliqué aux hémorrhagies encéphaliques. |

Cette proposition est un développement de la précédente, elle rappelle le rôle de l’encéphale, qui consiste à recueillir les irritations de tous les organes, et à les répandre, par les nerfs, dans les différens tissus de l’économie; or c’est en remplissant cette fonction que le cerveau contracte si souvent la surirritation. Mais il faut remarquer que ce n’est pas

toujours parce que les souffrances de l’estomac sont accompagnées de vives douleurs, que l’encéphale s’enflamme en recevant l’irritation de ce viscère : : c'ést parce que son association d'action avec l’estomac est la plus intime de toutes les associations dé l’économie humaine. Nous disons de l’économie humaine, car il nous semble que chez aucun animal elle ne peut être aussi considérable que dans notre espèce; parce qu'il n’en est aucun où le cerveau soit aussi développé et aussi influent sur tous les autres organes.Quoi qu’il en soit de cette dernière question, il est toujours certain que les douleurs, quelles qu’elles soient , peuvent, chez nous, déterminer l’inflammation de l’encéphale , et c’est un point sur lequel lesp thologistes ne sauraient être trop en garde.

La proposition ajoute que tout ceci est applicable aux hémorrhagies cérébrales. Cette phrase n’est pas placée là sans motif; elle suppose que l’auteur a observé que les apoplexies, qui toujours sont l’effet de l'irritation du cerveau, sont souvent précédées de. celle d’un autre organe et particulièrement de celle des organes digestifs. Cette vérité a été profondé=+ ment sentie par M. le docteur Richond, qui lui a donnébeaucoupde développementdans son excellent ouvrage, De l'influence de l'estomac sur l’apoplexie. Nous devons ajouter 1ci que l'intestin duodénum est fréquemment le lieu où prédomine,;pendantuntemps plus ou moins long, cette irritation qui prépare les apoplexies, et que l’hypertrophie du cœur en rend toujours l’explosion plus facile.

( 192) CXXIT.

Les tubercules, les cancers du cerveau, et cætera, sont produits par l’inflammation chronique de ce viscère.

Cette proposition est une de celles qui trouvent aujourd’hui le plus de contradicteurs. Plusieurs médecins ne peuvent se figurer que les masses blanches, dites encéphaloïdes , qui ne semblent différer du cerveau que par une consistance un peu plus grande, et par leur demi-transparence , soient l’effet d’une inflammation chronique. Ils n’attachent l’idée d’inflammation qu'aux tissus fortement injectés de sang. Is ne veulent point convenir que la même irritation qui, dans son commencement , avait accumulé le sang dans une partie, peut en se prolongeant, en perdant de son intensité, souvent par l'influence révulsive d’une autre irritation, se borner à produire une accumulation de fluides blancs, et une hypertrophie anormale capable de créer les tubercules et les masses encéphaloïdes. Pour moi, je dois confesser que ce mode de production me paraît le seul admissible. Il est toujours évident dans les adénites et les ganglionites qui s’observent à l’extérieur, dans les tissus sous-cutanés ; on le distingue à merveille dans les arthritis chroniques, dans les endurcissements du tissu cutané et sous-cutané ; il est incontestable dans la formation des tubercules du poumon , dans celle des cancers et des ganglionites

du canal digestif et du mésentère , dans 1 ‘endurcissement et l’obstruction du foie, eic. Dans tous ces cas, l’irritation , la chaleur, ouvrent la scène; elles s’affaibi ssent et le vice de nutrition continue ses progrès jusqu'à ce qu’ un renouvellement d'irritation y fasse reparaître les phénomènes inflammatoires. Pourquoi donc n’expliquerait-on pas de la même manière la production des tumeurs et des cancers du cerveau ? Plus j'avance dans la pratique , plus ma conviction augmente à cet égard. Elle résulte de l'observation constante des heureux effets du traitement antiphlogistique pour prévenir tous les genres de désorganisalion :et je ne doute nullement qu’elle ne devienne un jour générale parmi les bons esprits.

Tous ceux chez qui l’on observe des encéphaloïdes et des cancers dans le cerveau ont éprouvé de l’irritation dans ce viscère : cette irritation est quelquefois la suite des chagrins; dans d’autres cas elle succède à une gastro-entérite prolongée, et j'en possède plus d’un exemple : on l’observe également après la disparition des irritations cutanées qui sont elles-mêmes incontestablement d’une nature inflammatoire ou sub-inflammatoire. Pourquoi voudrait-on admettre des vices de nutrition capables de produire des hypertrophies, indépendamment d’une augmentation de l’action organique? Mais si l’on avoue l'existence de cette augmentation, sur quoi se fondera-t-on pour IE bé à autre chose qu'aux lois générales qui président à la formation et à la conservation des organes ? Est-ce qu'il existe plusieurs principes d'action? n'est-ce pas toujours la

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(194 ) même contractilité qui anime tous les tissus; la même innervation qui les surexcite de temps à autre, qui élève leur ton au-dessus du degré normal, qui les forcé à s'agiter avec plus de précipitation, à appeler plus de fluides qu'à l’ordinaire ? Mais, si l’on est forcé de convenir de tout cela, quelle raison peut-on avoir pour établir des différences de nature dans les résultats de cette augmentation de l’action des organes? De ce que dans un cas elle appelle plus de sang et produit des phlegmasies ; dans un autre plus de lymphe et donne naissance à des tumeurs blanches, à des squirrhes; dans un troisième plus de graisse que d’albumine, d'où résultent des tissus lardacés ; enfin que, dans plusieurs autres , élle développe des tissus fibreux, cartilagineux, osseux, qui tous ont leurs analogues dans l’économie , résulte-t-1l qu'il faille établir des distinctions fondamentales, et supposer des principes particuliers , autres que celui qui préside à l'exercice de nos fonctions? Non, sans doute, et la différence entre ces altérations, en apparence si diverses, n’est autre que celle du degré de l'excitation ét du tempéräment particulier des organes où elle s’est développée… Que l’on saisisse ces maladies dans le premier moment de leur existence, on les trouvera toutes sous l'influence de l’irritation générale, et l'on se convaincra qu'elles peuvent toutes se développer par celle de la même cause extérieure : qu’on les attaque avec énergie par les antiphlogistiques généraux, on les verra toutes céder avec la même facilité. Oui, toutes, sans en excepter celles qui -

dépendent des stimulans que l’on appelle’spécifiques. En faut-il davantage pour démontrer l'identité de leur nature? et n’est-ce pas des disputes de mots, que celles que l’on élève journellement à leur sujet? Je fais des vœux continuels pour que tous les médecins soient un jour pénétrés de ces vérités, parce que je suis sûr qu'il doit en résulter une prodigieuse diminution des a/fections ou vices organiques. On ne les observera plus, j'ose le prédire, que chez les personnes qui n’auront pu, ou qui n'auront pas voulu se soustraire à l’action des excitans perturbateurs, et dans les constitutions originairement débiles et dégénérées qui ne sont plus en mesure avec les modificateurs de leur espèce, et qui, dès leur naissance, sont dévouées à une mort inévitable. ‘l

En effet, pourquoi les familles robustes qui vivent dans un pays sain et qui ne commettent point d’excès sont-elles exemptes des dégénérations tuberculeuses, lymphatiques, encéphaloïdes? pourquoi les médecins physiologistes, aujourd’hui si répandus sur le sol de la France , trouvent-ils tant de facilité à faire avorter toutes les irritations commencçantes, lorsqu'ils pratiquent dans un pays salubre? pourquoi passent-ils souvent plus d’une année sans rencontrer des affections lymphatiques, pareilles à celles qui sont si communes dans les pays insalubres et dans les grandes villes? est-ce que les habitans de ces dernières ont des principes de vie qui n'existent pas chez les autres? est-ce que leurs humeurs contiennent des matières morbifiques parti-

culières? Oh! non, certes! ils’ n’ont rien de tout cela, et les irritations qui leur surviennent cèderaient avec la même facilité que celles des sujets robustes, s’il était toujours possible dé les attaquer dès leur début, et d’écarter toutes les causes capables de les renouveler. Mais si ces conditions manquent, la faiblesse de plusieurs d’entre eux les expose à des rechutes continuelles et à la dégénération des tissus; et l'extinction des familles en est la conséquence inévitable.

C'est par l'observation que je suis arrivé à ces conclusions. Je sais qu'il est impossible ; dans l'état actuel des choses, de les faire adopter par tous les médecins; mais je suis persuadé qu'un grand nombre en seront frappés, et j'espère que leurs succès amèneront insensiblement les autres à la même manière de voir.

Toutes les irritations encéphaliques peuvent aboutir à l’apoplexie.

® Cette proposition n’a pas besoin de commentaire.

Le mot apoplexie exprime la cessation des phénomènes de relation ; on peut y distin-

( 197 } guer deux principaux degrés d’après l'absence ou l’existence des paralysies partielles ; mais on ne peut diviser cette maladie d’après la prévision des formes de l’altération organique de l’encéphale.

Les hémorrhagies cérébrales sont les causes les plus ordinaires des apoplexies ; mais on sait aujourd’hui que les congestions sanguines qui pourraient produire ces hémorrhagies, peuvent aussi déterminer des symptômes apoplectiques et des paralysies, et que ces apoplexies peuvent être aussi promptement funestes que s’il s'était opéré, un véritable épanchement. Il s’est offert un exemple de cette espèce dans une des salles de la clinique du Val-de-Grâce, dans les premiers jours du mois de novembre dernier ( 1825 ). Un malade, affecté d’une gastro-entérite avec ictère, sans fièvre, succomba tout-à-coup en prenant une cuillerée de bouillon. L'ouverture de son corps fit voir une large tache brune dans la membrane muqueuse de l’estomac, avec de la rougeur dans le duodénum et les intestins grêles., La substance du cerveau était prodigieusement dense et pénétrée de sang, surtout dans la partie convexe des hémisphères cérébraux ; mais on ne remarquait d'autre épanchement qu’un léger suintement sanguinolent dans l’arachnoïde, qui certes n’était pas la cause de la mort. Ce qui était commun aux deux hémisphères chez ce sujet, peut être borné à un seul dans d’autres cas, et alors il n’y a que paralysie. I]

( 198 ) est très difficile, peut-être même impossible , au moins dans l’état actuel de la science, de distinguer, au premier aspect, les apoplexies et les paralysies par simple congestion, de celles qui dépendent de l’épanchement : mais comme les malades n’y succombent pas, la promptitude du rétablissement et le défaut de paralysie consécutive ne permettent pas de douter qu’il ne s’est point effectué d’hémorrhagie. On possède plusieurs exemples d’apoplexies et de paralysies intermittentes et périodiques qui ne peuvent pas non plus se concilier avec l’existence d’une extravasation sanguine.

Les expressions apoplexie, paralysie, ne sont donc pas synonymes d’hémorrhagie cérébrale, comme le pensent aujourd’hui plusieurs médecins : il est dans la congestion un degré qui peut interrompre l’innervation de l’encéphale , soit d’un côté, soit des deux à la fois. Je sais qu’on a voulu désigner cet état par le mot de coup de sang ; mais ce mot ne Signife rien, si l'on n’a les moyens de distinguér, au premier abord, si le coup de sang, qui n’est toujours qu’une accumulation de ce fluide dans l’encéphale, à produit ou n’a pas produit une hémorrhagie. Or, tant que la question n’a

‘pas été résolue par l’autopsie ou par la guérison, personne ne peut y répondre. On s'expose donc en employant cette dénomination, à supposer un mode d’altération qui n’existe pas, et à porter un diagnostic qui sera démenti par l'évènement. Il vaut donc mieux se servir du mot apoplexie cérébrale, dont le sens n’est point équivoque, puisqu'il signifie , pour

( 199 ) tous les, médecins, l'abolition des fonctions de relation : ensuite la marche de la maladie devra fournir les moyens de déterminer si cette abolition dépend d’une hémorrhagie, d’une simple congestion primitive, ou d’une congestion provoquée par un point de phlegmasie antécédent, soit aigu, soit chronique, soit avec production de tissus extraordinaires, comme les tubercules, les encéphaloïdes, soit sans cela, et par les suites de la suppuration du parenchyme ou des membranes de l’encéphale.

Tel est le véritable sens de la proposition CXXIX. Elle a pour but de faire sentir l’inconvenance des distinctions et des classifications de maladies uniquement fondées sur le mode des altérations organiques, et d’y substituer les distinctions qui reposent sur le mode d’altération de l'irritabilité et de la sensibilité de nos tissus. Cette méthode, en effet, n'expose jamais le pathologiste aux erreurs du diagnostic. Quand l'irritation existe dans un organe, rien ne saurait prouver qu’elle n’y existe pas : quand une fonction est abolie par l'excès de l’inflammation locale, ou bien par le défaut de l’innervation cérébrale, la chose est évidente, et jamais l’évènement ne pourra démontrer le contraire. C’est de ce double état que doivent se tirer toutes les indications, et l’on peut procéder à la thérapeutique, sans craindre de se tromper , et sans être obligé de revenir sur son diagnostic, si la succession des symptômes ou la nécroscopie viennent à démontrer l’existence ou Ja non-existence du mode d'altération organique que l’on avait d’abord soupçonné. En d’autres termes,

( 200 ) l'absence de l'irritation , le degré de ce phénomène, quand il existe, et la détermination du lieu précis qu'il occupe, sont les bases du diagnostic comme de la classification des maladies. Le mode d’altération est un ‘objet secondaire , dont la recherche est sans doute fort utile, mais dont le médecin peut fort bien se passer, sans manquer pour cela des données qui doivent lui servir de guide dans la thérapeutique. Gette question est déjà développée dans l’examen des doctrines, mais comme elle est

fort importante, nous avons cru devoir la rappeler à l’occasion de l’apoplexie.

L’inflammation de la membrane interne ou muqueuse de lestomac s'appelle gastrite ; mais elle n’est jamais vérifiée sur le cadavre qu'avec celle de la muqueuse des intestins grêles. Il vaut donc mieux lui donner le nom de gastro-entérite.

C’est une chose très-digne de remarque que l'inflammation de l'estomac soit toujours accompagnée de celle des intestins grêles. L'ancienne médecine n'avait aucune idée de ce fait; elle n’en possédait même pas de satisfaisante sur ce genre d’inflammation; et cela dépendaituniquement de ce qu’elle avait pris le phlegmon et l’érysipèle pour types fondamentaux des phlegmasies. Comme cette

(a01#) question / est traitée avec détail dans l’examen des doctrines, nous ny reviendrons pas ici. Nous nous attacherons plutôt à rechercher la raison de cette coïncidence de l’entérite avec la gastrite.

C’est toujours sur l'estomac et sur le duodénum que portent en premier lieu les irritations que l’on perçoit dans la région épigastrique. Lorsqu’elles sont d'une certaine intensité, elles produisent des érections morbides douloureuses, qui peuvent se convertir en phlegmasies. De là l’inflammation se propage dans le reste de l'intestin grêle; mais comme la sensibilité est obtuse dans toute l'étendue de cet intestin qui fait suite à la région duodénale, et comme les douleurs du duodénum se confondent avec celles de l'estomac, l'attention des malades ne se fixe que sur ce dernier organe, etl’on diagnostique une gasirite , lorsqu'il y a réellement une véritable gastro-entérite.

L’inflammation de la membrane muqueuse des intestins grêles s’appelle entérite. Le cadavre l'offre quelquefois seule ; mais on ne saurait affirmer son isolement avant l’autopsie , et d’ailleurs la gastrite a toujours eu l'initiative. Il vaut donc mieux lui donner le nom de gastro-entérite.

Quoique l'estomac soit irrité dans les entérites, il

ne laisse pas d'exécuter ses fonctions dans la plupart des cas: quelquefois même il paraît avoir plus d'activité digestive que dans l’état normal ; maïs ce n’est que dans les nuances modérées de l’entérite : c’est ainsi que les jeunes sujets , attaqués de ce qu’on appelle le carreau, sont fréquemment tourmentés par un très-orand appétit, quoiqu'ls aient le ventre météorisé , douloureux , et que la fièvre existe. Cette même nuance peut aussi se présenter chez les adultes ; mais elle y est plus rare. Voilà encore un de ces faits que l'antique médecine n'avait point saisis. L'idée de l’inflammation ne pouvait s’associer avec celle de l’augmentation de la force digestive. On avait donc recours à l’engorgement du mésentère et à la diarrhée pour expliquer l'appétit des enfans affectés de gastro-entérite; mais lorsque les douleurs et les autres symptômes d'’irritation avaient leur siége dans l’estomac lui-même, sans engorgement sensible dans le bas-ventre, l'accroissement de l'appétit était attribué à un état nerveux, sous le nom de boulimie. Aïnsi l’on avait deux manières d’expliquer le même phénomène, le même mode d’affection du même viscère. Cette discordance de théorie ne pouvait procéder que de l’ignorance la plus complète de l'état physiologique des organes malades. Mais plus tard il sera question de ces nuances de phlegmasies.

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