LXIX
L'énergie d’une fonction est exagérée lorsqu’elle précipite , suspend ou dénature les autres de manière qu’un où plusieurs dés organes qui sont chargés de la fonction exagérée et de celles qu’elle a troublées soient menacés de destruction. |
Cette «proposition renferme toutes les maladie
primitivement d'irritation, comme il sera développé plus bas. On voit que le mal ne consiste pas, comme le pensait Brown, en ce que la somme des forces est augmentée, mais en cé que certains organes jouissent d’une action vitale exagérée qui dérange l'équilibre. Mais est-il bien certain que toutes les maladies irritatives dépendent de l’exaltation des fonctions ? c’est ce qui sera discuté en traitant de l’irritation. |
L'énergie d’une fonction est languissante lorsqu'un ou plusieurs des organes qui en sont chargés ne jouissent pas du degré de vitalité nécessaire pour bien exécuter la fonction.
Cette proposition comprend toutes les maladies primitivement d’abirritation : le mal ne consiste pas en ce que la somme de la vie est diminuée d’une manière générale et uniforme, mais en ce que certains organes affaiblis ne sont plus en mesure avec les autres : c’est une rupture d’équilibre par cause opposée à celle des maladies d’irritation.
La witalité des organes peut avoir été exaltée avant d’être diminuée, et vice versa.
On indique, par cette proposition; toutes les
eu:
maladies d’abirritation consécutives à celles d'irritation, tel est l'état d’un organe détérioré par l’inflammation ou affaibli par la convulsion, et toutes celles qui dépendent d’une réaction , qui non seulement restitue aux organes la vitalité qui leur a été enlevée par l’action d’une cause Gébilitante, mais qui de pius l'élève au degré de l’irritation morbide, c'està-dire de celle qui peut déranger l’équilibre. Ce dernier cas se rencontre toutes les fois qu’un organe affaibli par Le froid est réchauffé par la réaction jusqu'au degré qui se change en phlegmasie. Il se présente aussi quand l'estomac, long-iemps privéde ses stimulans naturels (les alimens ), ou débilité par des substances qui ne le stimulent pas suffisamment, est élevé par la réaction vitale à un degré d'action qui aboutit à l’inflammation. Il est plusieurs cas analogues dont ceux-ci peuvent donner l’idée. Cette proposition , qui est relative à l’étiologie, rappelle tout ce qui a été dit sur les lois vitales dans le Traité de physiologie appliquée à la pathologie.
LXXTE.
1 nya ni exaltation ni diminution générales et uniformes de la vitalité des organes.
Il est difficile de concevoir comment cette question n’a pas été émise plus tôt; elle est d’une telle importance que seule elle renverse tout l'édifice de
| C7 la médecine antique et tous les systèmes modernes de nosologie, puisqu'il n’en est aucun qui n'admette des maladies générales. Elle porte un coup funeste à la doctrine des diathésistes italiens, qui ne peut plus désormais être soutenue par un homme qui sache raisonner. Il suffit d'explorer avec soin un malade attaqué de l’une de ces affections que l’on donnait par le type de l’essentialité morbide, une fièvre, par exemple, pour être convaincu de
toutes ces vérités. Cet examen a été répété tous les
jours pendant long-temps à la clinique du Val-de- Grâce , dans les commencemens de la doctrine physiologique, et l’on a remarqué qu’il ne manquait jamais son effet. Un homme se présente avec une fièvre violente , n’accusant aucune douleur fixe, mais se plaignant de souffrir dans tout son corps, c'est-à-dire d’éprouver un état de mal-être auquel il ne pouvait assigner aucun siége particulier. Après l’avoir exploré, le professeur disait aux spectateurs : Voilà une de ces fièvres que les auteurs disent essentielles , c'est-à-dire dépendantes d’une modification uniforme des organes. Examinez la peau, elle n’est point enflammée; palpez le ventre, vous verrez que le péritoine est sain; déprimez le tissu cellulaire, vous n’y trouvez point de phlegmons; faites agir une articulation, vous vous assurez qu’elle n’est point enflammée; les ligamens, les os, les cartilages ne le sont pas non plus; pressez un nerf sous-cutané, vous ne le trouvez pas enflammé , quoiqu'il puisse être plus sensible que dans l’état normal.
Les signes de l’angine, de l’ophthalmie, des phlegmasies pulmonaires, de la céphalite, de l’uréthrite, de la cystite, etc., vous sont connus ; vous ne les trouverez point chez ce malade. Voilà une foule de tissus qui ne sont point enflammés : or, s’il est vrai que les organes soient tous modifiés de la même manière, il ne faut pas qu'il en existe un seul en état d’inflammation. Cependant examinons la membrane muqueuse du canal digestif; elle a perdu Paptitude à digérer les alimens solides, et si le malade en prend, l'estomac deviendra douloureux et
la fièvre augmentera : cette membrane est donc
plus irritable qu'auparavant. Elle accueillait les boissons chaudes, maintenant elle les repousse ct n’appète ou ne fait appéter que les boissons froides; elle est donc beaucoup plus chaude qu'avant la . fièvre. Si le malade succombait tout-à-coup par un accident, par exemple, s’il se suicidait, ce qui arrive quelquefois, vous pourriez vous convaincre que cette membrane est rouge et tuméfiée ; mais, à défaut de l'inspection, vous avez les sympathies. La langue vous représente l’intérieur de l’estomac ; la langue est beaucoup plus rouge qu’elle ne l'était avant la fièvre, et la membrane qui la tapisse est tuméfiée ; donc la membrane interne de l’estomac doit être dans le même état. Cette. membrane est donc en même temps plus chaude , plus rouge, plus tuméfiée et plus sensible que dans l’état normäl; elle réunit donc les quatre caractères de l’inflammation que vous n'avez point trouvés dans les autres tissus. La modification de l’économie n’est doné
pas uniforme ; la maladie n’est donc pas toftus substantiæ; et quand il dit je souffre partout, il ne souffre en effet que dans l'appareil enflammé, dans l'encéphale et dans les nerfs de relation. [1 s’agit maintenant de décider la question de priorité : estce la fièvre qui a produit l'inflammation de la membrane interne de l’estomac, ou est-ce cette inflammation qui a produit la fièvre ? |
Pour répondre à cette question, 1l fallait se reporter aux phénomènes du débutetprésenter plusieurs malades affectés de la même manière , dont. les uns étaient traités par les moyens reconnus propres à exciter l'estomac, et les autres par des moyens opposés ; il fallait faire faire aux élèves la même observation pendant le cours de la maladie, et prouver que la fièvre augmente et diminue constamment en raison des modifications sédatives et stimulantes que l’on faisait subir à l'estomac ; enfin, ‘pour compléter la démonstration, il était nécessaire de faire voir , en cas de terminaison funeste, cette rougeur annoncée pendant la vie du malade + et prouver que la couleur brune, quand elle se montrait, avait été précédée de la couleur rouge. C'est ainsi que l’on est parvenu à détruire l’essentialité de toutes les fièvres, c'est-à-dire le dogme de l’uniformité de modification des organes dans les maladies aiguës.
On pouvait de là même manière, lorsqu'il était question de maladies chroniques , prouver par l'examen analytique des fonctions que la faiblesse, la décoloration, la couleur jaune , lassimilation
imperfaite deshumeurs, dite cachexie, dépendaient de l'affection primitive d’un appareil ; et souvent la guérison de la maladie, obtenue par la seule modification de cet appareil , achevait la démonstration , en faisant observer aux assistans le retour des forces, de la couleur normale, et de la parfaite assimilation des fluides. |
C’est ainsi que l’un des principaux axiomes de ia doctrine physiologique , {outes les maladies sont primitisement locales , peut être démontré: d’une manière rigoureuse. On va comprendre maintenant combien cette démonstration nous était nécessaire pour prouver que la doctrine physiologique ne peut avoir rien emprunté à Pltalie moderne.
Eneffet, les médecins de cette contrée admettent pour principe de toutes les maladies de cause interne, c'est-à-dire indépendantes des violences extéricures, une diathèse ou disposition générale Ge l’économie. Cette diathèse est nécessairement sthénique ou asthénique ; elle est commune à tous les organes ; mais elle se manifeste d’une manière . plus particulière dans l’un d'eux. De ce dernier part un processus qui s'étend à tous les autres, et la maladie devient générale. Or, avant d’entreprendre le traitement d’une maladie , il s’agit de déterminer la nature de la diathèse. Mais comment s’y prennent-ils pour cela? Se fondent-ils, comme le faisait Brown, sur l'augmentation ou la diminution de la somme générale des forces ?.. Non, car ils ont admis la possibilité d’une diathèse sthénique