‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 28 sur 50 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

Les dilatations de la crosse de l'aorte sont souvent l'effet de l'inflammation chronique de son tissu. Cette dégénération peut oblitérer les embouchures des artères qui portent le sang aux bras et à la tête. La même inflammation produit aussi la friabilité des autres artères et des anévrjsmes, que Scarpa a bien décrite.

On avait eu depuis long-temps l'idée que les pulsations du cœur sont la cause de la dilatation de la crosse de l'aorte; mais on ne songeait pas à ce qui arrive aux parois de cette artère pendant qu'elles se dilatent. Or, la première modification qu'elles éprouvent, c'est une véritable inflammation, et nous n'hésitons pas à l'attribuer au choc violent du sang que le cœur ne cesse de lancer contre elles, Nous pour-

(4>8 ) rions détailler les preuves de cette assertion, mais ce serait alonger inutilement ces commentaires : qu'il nous soit permis de renvoyer nos lecteurs aux Annales de la médecine physiologique; ils y trouveront], en plusieurs endroits, des rapprochemens tirés des faits, et qui tendent à prouver que l'hypertrophie des ventricules du cœur est la cause de ces aortites , qu'elles ne se manifestent que lorsque l'hypertrophie a duré assez longtemps, qu'elles peuvent se propager de la crosse de l'aorte jusque dans les artères qu'elle fournit, et y occasioner une foule de de'sordres plus ou moins fâcheux: telles que les ossifications, la friabilité, la formation de caillots qui oblitèrent ces vaisseaux et s'opposent au passage ultérieur du sang, sorte d'alte'ration qui se rencontre ordinairement, comme depuis long-temps on en a fait la remarque, dans les membres affectés de la gangrène spontane'e , dite aussi gangrène sénile.

Ces observations n'empêchent pas , on doit le sentir, la vérité de celles qui constatent que l'inflammation peut se développer primitivement dans d'autres parties du système artériel que dans la crosse de l'aorte. Nul doute que l'artérite ne puisse et ne doive se former tantôt au voisinage du cœur, soit par la propagation de la phlegmasie de son tissu, et surtout de sa membrane interne , soit par l'effet de la violence de ses baltemens ; tantôt dans un foyer plus ou moins éloigné, et alors l'inflammation remonte des capillaires vers les branches , et peut même parvenir jusques aux troncs ; tantôt enfin dans

une branche qui se trouve contuse ou violentée par une cause traumatique purement locale , sans coïncidence d'une disposition oudiathèse qui favorise l'irruption de la phlegmasie dans le restant de l'arbre arte'riel. C'est aux observateurs cliniques à spécifier les cas où chacun de ces modes paraît certain ou probable.

La proposition ne fait point mention de la phlébite, mais on peut, sous bien des rapports, la comparer à l'arte'rite. Gomme elle , on la voit partir d'un foyer capillaire d'inflammation, surtout dans les viscères de l'abdomen : elle peut provenir aussi des contusions des ligatures qui gonflent et dilatent les veines, et d'autres causes purement locales, ce qui constitue les varices , que l'on de'signe aujourd'hui par le nom de phlébites ; enfin l'on peut admettre que la difficulté du passage du sang à travers les cavités étroites du cœur peut occasioner dans la veine-cave une distension qui la conduise à un état réellement inflammatoire. Voyez la Physiologie appliquée à la pathologie 9 tome II.

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Les scrofules sont clés irritations des tissus extérieurs où prédomine la partie albumineuse du sang. Mais comme la chaleur y est peu de chose, et que la rougeur n'y existe pas, on peut les distinguer par une exprès-

sion particulière : celle de subioflammation convient-elle ?

GLXXX.

L'inflammation s'associe à cette subinflammation , soit comme cause, soit comme effet, et quelquefois l'accompagne dans toute sa durée.

Ces deux propositions ne doivent pas être se'pare'es , car il tient à bien peu de chose que l'inflammation ne vienne compliquer et animer la subinflammation ; toutefois, il importe de donner ici une idée de la manière dont nous concevons l'affection dite scrofuleuse.

Il est dans l'économie humaine un certain nombre de tissus dont la nature a beaucoup restreint l'irritabilité , qui reçoivent peu de sang et de nerfs , et qui restent étrangers à la plupart des émotions que nous éprouvons dans l'état normal. Les sympa-, thies de ces tissus semblent muettes , et l'inflammation les attaque plus rarement que tous les autres : en rangeant ces tissus suivant la décroissance de leur vitalité , nous trouvons le tissu cellulaire , le système lymphatique, dont les ganglions constituent la partie la plus complexe, le périoste, les ligamens, les cartilages, les os. Chez, l'adulte bien constitué, ces tissus s'enflamment rarement, difficilement, et toujours ils reçoivent l'irritation de ceux qui sont plus

sanguins, plus nerveux et plus irritables qu'eux. Dans l'enfance, ils sont plus faciles à irriter : le lymphatique ressent toujours très promptement l'irritation des surfaces de rapport des parenchymes sécréteurs , et contracte aussitôt une inflammation plus considérable que celle des tissus dont il a reçu l'irritation. Toutefois cette disposition varie selon la constitution des sujets : ceux chez qui elle est le plus prononcée sont appelés scrof aïeux ; ils ont la peau et les ouvertures muqueuses plus irritables que les autres enfans ; les follicules muqueux, les se'bace's , et géne'raîement toutes les capsules sécrétantes, sont également très irritables; et la plus légère phîogose de ces tissus échauffe et tuméfie les ganglions voisins, ainsi que les vaisseaux lymphatiques qui communiquent avec eux. Les tissus cellulaires voisins y prennent plus ou moins de part.

Cependant ces irritations, loin de marcher rapidement vers la suppuration , deviennent chroniques, produisent des tuméfactions lymphatiques plus ou moins volumineuses, diversement configurées, et n'opèrent la désorganisation qu'avec une extrême lenteur.

Tel est le premier degré de la disposition ou diathèse scrofuleuse. Ses effets, comme on voit, se bornent aux tissus mous de la périphérie du corps; ces tissus sont plus irritables qu'ils ne devraient l'être : voilà le fait qui nous frappe, et cela va même quelquefois au point que l'impression du froid sur la peau , ou. la plus légère contusion, suffisent pour développer les subinflammations scrofuleuses. Tou-

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tefois les tissus plus profondément situés , plus durs, moins vivans , ne sont pas encore atteints; mais, à un plus haut degré' de la diathèse en question, ils le deviennent bientôt : le périoste, les ligamens , les cartilages et Ses os perdent leur densité, leur insensibilité , et deviennent le siège de tuméfactions blanches ou lymphatiques , vraies subinflammations, moins chaudes encore que les précédentes, et don! la désorganisation est encore plus difficile.

Examinons ce nouveau fait sans aucune prévenlion, et comme si nous avions oublié tout ce qu'en ont écrit les auteurs. Qu'y voyons-nous? N'est-ce pas l'irritabilité vicieuse des tissus dont il s'agit Y N'est-ce pas leur défaut de cohésion, ou leur trop grande facilité à se ramollir, à se gonfler, en un mot, leur propension à perdre leur caractère spécial d'insensibilité et d'immobilité, pour reprendre celui des autres tissus, auxquels ils ressemblaient jadis dans l'état de fœtus, et dont ils s'étaient éloignés, selon l'opinion générale , pour toute la vie ? N'estce pas là l'idée que prendrait de ces maladies une personne pourvue de connaissances anatomiques, et habituée à se rendre compte de ce qu'elle observe, si elle n'avait jamais entendu parler de virus ou de principes strumeux, d'humeurs scrofuleuses et de toutes les entités que l'esprit d'hypothèse a inventées sur cette maladie ? Une telle personne plaindrait les malheureux affligés d'une tumeur blanche des articulations , à la suite d'une chute sur les coudes, les poignets ou le genou , non pas d'avoir le sang impur, mais de n'avoir pas les os et les ligamens assez, soli-

des , de les avoir trop rapprochés de la constitution des parties molles. Eh bien! cette personne, selon nous , aurait une idée beaucoup plus juste de l'état scrofuleux, que les auteurs de tous les ouvrages classiques que nous possédons sur cette maladie.

Mais qu'est-ce donc que le rachitisme ? C'est , toujours d'après notre manière de voir, la preuve la plus palpable que nous puissions trouver de l'assertion qui vient d'être émise. Il est de jeunes sujets chez qui la combinaison du phosphate calcaire avec la gélatine des os n'est pas assez forte , assez parfaite pour que le poids du corps, la pression des viscères ou la contraction soutenue des muscles ne détermine pas le départ du sel solidifiant. Mais comparez ce départ avec celui qui arrive à un os d'adulte vigoureux , dont le périoste et les tissus médullaires sont enflammés ; nierez-vous que , dans ce dernier cas , l'inflammation des tissus accolés aux os et pénétrant dans leur parenchyme , n'y ait insinué l'irritation, et que ce ne soit en réveillant leur irritabilité que celle-ci en a fait déloger le phosphate calcaire? Certes , vous ne pouvez pas nier ces propositions. Eh bien! mettez à côté de ce fait les cas où les deux fragmens d'un os rompu se ramollissent, c'est-à-dire perdent leur phosphate calcaire pendant l'inflammation, et le reprennent lorsque celleci vient à céder : n'aurez-vous pas pour résultat que c'est en perdant leur irritabilité que les tissus gélatineux, faits pour être associés avec le phosphate calcaire , peuvent se marier avec ce sel dans le premier âge , et que , si par hasard ils viennent à re-

couvrer cette irritabilité , il faut nécessairement que ce phosphate les abandonne une seconde fois?

Avec de pareilles données, le fait de l'ostéomalaxie s'explique autant qu'il peut l'être : les enfans dont l'irritabilité se conserve plus long-temps dans les parenchymes osseux sont sujets au ramollissement, c'est-à-dire au départ ou à la résorption du phosphate calcaire dans ceux de leurs os qui sont le plus exposés à l'irritation. C'est en vertu de cette loi qu'on voit chez eux l'ostéomalaxie se développer dans les régions de la colonne épinière et des membres pelviens qui supportent les poids les plus considérables, et que les phlegmasies qui approchent leurs articulations y. portent plus ou moins le ramollissement et la tuméfaction.

On voit par là que le principe des scrofules est le même que le principe de l'ostéomalaxie, et que si ces deux modes d'altération ne marchent pas toujours de concert, la différence ne peut venir que du degré de l'irritabilité vicieuse , que nous avons notée , et de la direction qu'ont prise accidentellement les causes capables de faire faire explosion à la maladie.

De la détermination du caractère de ces diathèses nous passons naturellement à leurs causes. Les seules que jusqu'ici l'observation ait pu faire saisir aux médecins, ce sont l'absence delà lumière et celle du grand air, la présence continuelle d'une eau surabondante dans l'atmosphère , enfin des alimens insuffisans sous le rapport de la quantité, ou Jrop exclusivement végétaux.

On peut, à ce qu'il nous semble , retrancher sans scrupule cette troisième série de causes. La plus mauvaise nourriture n'occasione point de scrofule dans les lieux secs, bien aére's , et frappés d'une vive lumière. C'est particulièrement à l'air sombre, humide et stagnant qu'est due la disposition rachiticoscrofuleuse ; les autres causes ne la développent que chez les sujets qui en avaient reçu le germe. C'est dans les villes, dans les collines humides, et dans les lieux épais et ombragés que se sont montrés les premiers scrofuleux ; mais le croisement des races a pu disséminer cette affection, et la faire quelquefois paraître dans des lieux et des circonstances qui ont fait prendre le change sur sa cause première. Cette observation est importante pour le traitement.

Si l'on prétend cherchera découvrir la raison pour laquelle les causes dont nous venons de parler retardent la diminution de l'irritabilité dans les tissus les plus solides du corps humain , nous croyons que l'on fera une entreprise téméraire. Il est bien donné à l'homme d'observer l'action des modificateurs extérieurs sur ses organes ; mais il ne lui est pas possible d'expliquer la cause de cette action : il ne sait pas pourquoi une substance agit comme poison, ni pourquoi une autre substance en neutralise les effets; de même qu'il ne saurait expliquer pourquoi les substances alimentaires sont si parfaitement adaptées au besoin de la nutrition. La raison pour laquelle il ne doit pas espérer de parvenir à ce genre de con~ naissances, c'est qu'elles tiennent à la nature intime

( 4*6 ) de la matière inerte, à ses rapports secrets avec la matière vivante , à ses mouvemens intrinsèques et moléculaires, qu'on ne peut suivre aussitôt qu'ils se passent dans le domaine de la vie. Quand nous nous en prendrions au défaut de la force vitale du scrofuleux, nous n'aurions rien expliqué, parceque ce défaut est lui-même dépendant de celui de la propriété vivifiante de l'air, qui tient à ces rapports moléculaires secrets dont nous venons de parler; mais , ce qui est pis encore , nous n'aurions pas trouvé la meilleure indication curative. Qu'est-ce, en effet, qu'un défaut de vivification dont le résultat est une augmentation d'irritabilité ? Comment concevoir une inertie des forces vitales, qui est si fréquemment exaspérée par les toniques les plus puissans?

Il faut se contenter de fonder l'indication de l'air libre , sec et lumineux, sur son effet connu de régulariser la nutrition dans l'espèce humaine. Quant au choix des modificateurs alimentaires et médicamenteux , il doit être également guidé par l'observation de leurs effets, qui sont d'ailleurs parfaitement d'accord avec ce que nous avons dit de l'irritabilité organique des scrofuleux. Ce n'est point ici le lieu de développer toutes les vues thérapeutiques qui leur sont applicables, puisque nous avons une troisième section de commentaires uniquement consacrée au traitement des maladies ; mais nous pouvons ici faire entrevoir les conséquences qui résultent des faits que nous venons d'exposer.

Nous n'avons considéré la diathèse, ou disposition scrofuleuse, qu'à l'extérieur du corps et dans

( 4*7 ) les pièce ■■ du squelette , et nous avons remarqué que là elle consistait dans un excès d'irritabilité. Avonsnous quelque raison de croire que, par un contraste des plus extraordinaires qu'il soit possible d'imaginer, cette irritabilité soit en moins dans les tissus des viscères? Est-il possible que, lorsque la conjonctive, la muqueuse buccale , la nasale et la peau sont si faciles à phlogoser, il en soit tout autrement de la surface sensitive des organes digestifs , et que l'on puisse impunément y exercer une stimulation que la surface externe ne peut supporter? Lorsque les ganglions lymphatiques de la périphérie ont une si grande tendance à participer à l'irritation des parties voisines , les ganglions des viscères seront-ils insensibles à l'irritation des surfaces des bronches , du canal alimentaire, etc.? Il faut pourtant admettre l'existence de celle disposition inverse , pour approuver le traitement conseillé par les auteurs dans le rachitisme et les scrofules. Est-il fondé sur la théorie ou sur l'expérience ? S'il est, dicté par la première, il faut que la seconde le justifie, autrement il ne serait qu'une erreur consacrée par l'autorité des siècles; s'il ne repose que sur l'expérience , on doit croire que le succè a constamment déposé en sa faveur, puisque jusqu'à ce jour la masse des praticiens n'a pu se décider à l'abandonner. Cependant telle est noire position médicale et scientifique, que ce traitement, le plus exclusivement stimulant que l'on trouve dans les fastes de l'art de guérir, ne nous paraît ni dicté par la théorie , ni sanctionné par la pratique. Nous nous en sommes expliqué en

d'autres lieux, et nous y reviendrons nécessairement en commentant les propositions relatives à la thérapeutique.

GLXXXI.

La subinflammation des tissus lymphatiques ne se développe primitivement à l'inflammation que dans les pièces qui composent le squelette , et dans les parties molles qui les recouvrent ; elle y est déterminée par Faction du froid sur la peau, à la manière des rhumatismes, ou par des irritations accidentelles. Quant aux viscères, ils n'en sont affectés que consécutivement à leur inflammation. On doit en dire autant des subinilammations syphilitiques.

Cette proposition est assez claire et assez détaillée pour que chacun la puisse bien comprendre et en saisisse les applications. Il suffit d'avoir observé pour être sûr que les ganglions lymphatiques souscutanés peuvent se tuméfier sans inflammation préalable de la peau , quoique souvent ils s'altèrent à la suite des irritations catarrhales des ouvertures muqueuses. Mais dans le cas où toute cause inflammatoire manque , l'irritation des surfaces de rapport n'en a pas moins présidé au développement morbide des ganglions; l'impression du froid sur la peau

leur communique l'irritation comme elle la communique, dans d'autres cas, aux tissus cellulaires qui entourent les aponévroses et les ligarnens, à ces Hgamens eux-mêmes ainsi qu'aux capsules synoviales > enfin à tous les tissus blancs et gélatineux de l'appareil locomoteur, d'où résultent les maladies que l'on appelle goutte et rhumatisme. Les gros nerfs qui traversent ces parties n'en sont pas eux-mêmes exempts sous l'influence du froid ; il n'est donc pas étonnant que chez les jeunes sujets, doués de la prédisposition que nous avons signalée , les ganglions lymphatiques contractent aussi l'irritation.

On demandera peut-être pourquoi le système lymphatique ne s'affecte pas facilement chez les adultes, dont la peau reçoit l'impression du froid , et pourquoi , sous la même influence , les enfans ne deviennent pas aussi souvent goutteux ou rhumatisans que scrofuleux.

On pourrait, dans la rigueur, se dispenser de répondre à une semblable question sans que l'observation du fait perdît rien de son intérêt. En voici la preuve. Quoiqu'il ne. soit pas toujours possible de déterminer pourquoi l'impression du froid, dans les cas les plus ordinaires, produit chez l'un une pleurésie, chez l'autre une péritonite, chez un troisième une arachnitis, chez un quatrième, un cinquième, un sixième des inflammations de muqueuses ou de parenchymes, on n'en est pas moins assuré que le froid occasione ces différentes phlegmasies, et qu'on peut les traiter toutes dans leur début par les mêmes méthodes. La prédisposition ne peut pas

( f ô ) toujours être déterminée, et c'est beaucoup que, dans la maladie qui fait le sujet de cette proposition, nous puissions reconnaître l'irritabilité' vicieuse de tissus qui sont d'ordinaire peu sensibles aux stimulations qui ont coutume de déranger nos fonctions. Tous les enfans sont doués de cette disposition ; elle ne varie que du plus au moins chez les différens sujets. Pourquoi donc s'étonner que le froid agisse plus efficacement sur leur appareil lymphatique que sur celui des adultes bien constitués ?

Mais nous pouvons aller plus loin pour satisfaire ceux que peuvent inquiéter de pareilles questions. Nous leur dirons, sans hésiter, que si le froid ne produit pas facilement l'irritation scrofuleuse dans les ganglions lymphatiques des adultes, ce qu'il fait pourtant quelquefois, en revanche il la fait naître et la développe même complètement dans les tissus blancs de leur appareil locomoteur. Rien ne ressemble plus aux scrofules des enfans que les tumeurs goutteuses froides et l'empâtement rhumatismal des membres de certains adultes : les rapports sont si grands, que l'on est souvent tenté de mettre ces altérations sur le compte du vice dit strumeux, quoique les sujets n'en aient éprouvé aucune atteinte dans leur enfance. Dans bien des cas aussi l'rritation dite goutteuse et rhumatismale des adultes se communique aux ganglions voisins, et l'apparence scrofuleuse devient encore plus marquée. Enfin, pour compléter la similitude , les plus jeunes enfans , ceux qui paraissent le plus légitimement scrofuleux, sont bien loin d'être à l'abri du rhumatisme et de la

goutte. Tout ce qu'on peut dire , c'est qu'ils sont plus expose's à l'irritation des lymphatiques qu'à celle des autres tissus blancs et que, vice versa, les adultes vigoureux soumis aux causes que signale la proposition, le froid et les contusions, reçoivent plutôt l'irritation dans ces mêmes tissus que dans l'appareil lymphatique , quoiqu'ils puissent également l'y recevoir et l'y garder pendant long-temps.

Si l'on veut envisager les faits d'une manière large et générale, on verra définitivement, que plus les hommes sont jeunes, mous, délicats, plus ils sont exposés aux irritations dites scrofuleuses ; que chez les uns cette disposition des tissus blancs s'affaiblit beaucoup avec l'âge ; qu'il en est d'autres chez qui elle persiste pendant toute la vie , surtout s'ils continuent à être soumis aux causes extérieures qui ont rendu leur nutrition imparfaite dans l'enfance ; enfin qu'il n'est aucun tempérament chez qui ces causes, quand elles sont intenses et continues, ne puissent développer les irritations des tissus blancs.

Ce que nous disons des tissus extérieurs s'applique parfaitement à ceux des viscères ; plus les adultes se rapprochent de cette délicatesse qui provient en premier lieu du vice de la nutrition, plus ils sont irritables, et plus l'irritation développée dans les autres tissus viscéraux, surtout dans les surfaces internes de rapport, trouve de facilité à se communiquer au lymphatique, au cellulaire, et. à tous les, tissus blancs des appareils splanchniques : de là le rapport, déjà signalé depuis long-temps, entre les.

scrofuleux et les phthisiques , et cette facilité avec laquelle les uns et les autres contractent des gastroentérites qui communiquent l'irritation aux ganglions du mésentère ; de là enfin l'aptitude non contestée des sujets nés délicats et irritables aux squirrhes de toute espèce , soit à l'extérieur du corps, soit à l'intérieur et dans les parenchymes, le tissu cellulaire, et même les parois des viscères creux qui remplissent la cavité abdominale.

Mais ce qu'avance la proposition sur le mode de développement morbide des lymphatiques des viscères, est-il bien vrai? faut-il toujours une irritation des autres tissus pour que celle des ganglions et des absorbans se manifeste ? Nous l'avons cru jusqu'ici, quoi que l'on ait pu dire et affirmer de contraire à cette opinion : nous n'avons jamais observé que les ganglions lymphatiques du mésentère s'affectassent avant la membrane muqueuse. Nous pouvons en dire autant des ganglions qui entourent les ramifications des bronches. Pour ce qui concerne les tu • hercules nés hors de ces ganglions , nous ne pouvons que renvoyer à ce que nous avons dit à ce sujet. Nous sommes loin de nier la possibilité d'une propagation de l'irritation par similitude de tissus, quoique nous n'en connaissions pas l'intermédiaire ; mais il est si difficile d'isoler les développemens lym~ phatiques morbides clés viscères d'avec l'irriiation que d'autres tissus de ces mêmes viscères reçoivent des modificateurs étrangers , que nous n'avons encore pu concevoir des imlations lymphatiques primitives.

La proposition rapproche l'irritation syphilitique de la scrofuleuse, au moins sous le rapport de la propagation aux appareils viscéraux* La syphilis est encore une preuve de ce que nous avons avancé dans le commentaire précédent : l'irritation débute par des surfaces muqueuses et se propage ensuite aux tissus blancs, tant lymphatiques que faisant partie de l'appareil locomoteur, et finit par produire des altérations qui se confondent avec celles des scrofules et avec celles du rhumatisme. Nous avons bien positivement observé que la forme scrofuleuse est plus fréquente chez les vénériens lymphatiques, surtout chez ceux dont l'enfance a été tourmentée par des retours d'affections strumeuses; que la rhumatismale (j'y comprends les douleurs dites ostéocopes , les périostoses et les exostoses) paraît plutôt chez les sujets bien constitués, mais qui ont souffert du froid; enfin que les personnes douées d'une peau délicate et d'ouvertures muqueuses très irritables sont à leur tour plus exposées aux phlegmasies chroniques de ces membranes qu'à celles des autres tissus.

Nous croyons inutile de nous arrêter long-temps sur l'existence ou la non-existence d'un virus infectant l'économie. Nous avons dit ailleurs que l'on pouvait donner ce nom au produit des phlegmasies syphilitiques, lorsqu'il consiste dans un pus acre, plus ou moins propre à irriter les surfaces qui le reçoivent , surtout lorsque ces surfaces le sont, déjà beaucoup par la pression et les frictions; mais rien ne prouve qu'un pareil virus puisse se conserver, se reproduire dans l'économie , et aller développer des

phlegmasies ou des subinflammations dans les viscères. Il y a toute apparence que ce virus agit sur les muqueuses génitales comme le ferait une injection de chlore, ou, si l'on veut, une sanie provenant de la putréfaction; c'est-à-dire que ses effets sontborne's à la partie qu'il touche , et que ce qui se propage d'un tissu à l'autre dans l'organisme, sous le nom d'infection ge'ne'rale , n'est autre chose que l'irritation.

On a deux manières de le prouver : la première est de provoquer des phlegmasies artificielles dans les organes génitaux , et de prouver qu'elles peuvent se propage; en suivant la route des syphilitiques, et même se transmettre à des personnes saines ; la seconde , de démontrer que des personnes non syphilisées peuvent communiquer à d'autres des phénomènes véritablement syphilitiques et susceplibles de propagation à un tiers. C'est aux médecins qui dirigent les salles de vénériens dans les hôpitaux que ce genre de recherches est naturellement dévolu. Nous ne voulons point anticiper sur leurs travaux futurs ; mais nous pensons que tant qu'ils n'auront pas prouvé la propagation et la communication d'une phlegmasie syphiliforme purement artificielle , on trouvera toujours mille objections à leur opposer. Que leur sert, en effet, de guérir sans mercure ? Ne peut-on pas leur dire que le virus a plus d'un neutralisant , et même que lesantiphlogistique-, la diète et l'eau suffisent pour donner à la nature les moyens de l'expulser ? Combien de venins pénètrent dans nos vaisseaux et en sont éliminés sans aucun

( 435 ) secours ! La non-contagion, maigre les communications les plus imprudentes , ne leur sera pas plus favorable; on nourra leur répondre que tous les virus absorbes ne portent pas atteinte à la vitalité' des solides.

Le second des deux moyens de preuve que nous venons de leur conseiller ( prouver que des personnes saines peuvent donner la syphilis ) peut même,, encore être infirme' par des adversaires pointilleux, qui allégueraient que rien ne peut assurer qu'une personne qui paraît saine ne porte pas dans ses humeurs un virus qui , trop faible pour agir sur ellemême , jouit pourtant d'assez, d'e'nergie pour n'être pas impunément supporté par celle qui le reçoit au moyen de la communication immédiate. Les ennemis du virus auront beau re'pondre que cette objeciion est ridicule , en ce qu'un pareil genre de contagion devrait être possible par toutes les voies, et ne devrait, pas être borne' aux communications sexuelles ou à celles également immédiates et prolongées avec forte friction des ouvertures des membranes muqueuses, la question n'en resterait pas moins indécise pour les personnes difficiles, qui tieunent beaucoup a leurs préjugés, aux opinions des premiers classiques, ou qui veulent des expériences directes à l'appui de tous l'es perfeclionnemens qwe l'on propose.

La non-propagation d,e la syphilis a l'intérieur du corps serait ub argument 1res favorable aux ennemis du virus , s'il leur était possible de la mettre matériellement en évidence ; mais on peut leur objecter que

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