‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 27 sur 50 · Path · texte numérisé non relu

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( 3go ) dans les poumons que de l'inflammation. Mais si l'homme robuste succombait, et que la ne'croscopie manifestât des tubercules dans les poumons, le docteur alléguait, après avoir fait l'aveu de son erreur, que sans doute il y avait eu parmi les ascendans ou les collatéraux du malade quelques exemples de phthisie pulmonaire , de sorte que le germe de tubercules avait pu se glisser chez cet individu, et se développer par quelques circonstances accidentelles.

Quant au principe des tubercules , on le considérait comme de nature scrofuleuse : de là , l'idée de l'attaquer par des préparations fondantes ; car on avait la prétention de dissoudre la lymphe dans les vaisseaux comme dans un creuset. Ainsi , au lieu d'attaquer la maladie par les antiphlogistiques , on prescrivait le savon et les substances alcalines aux personnes chez qui se déclarait une toux importune, indépendante du catarrhe. Il est facile maintenant de sentir combien une pareille conduite devait multiplier les phthisiques et donner de célébrité aux médecins en justifiant leur funeste pronostic.

C'est ainsi que l'onraisonnait et que l'on agissait en France relativement à la phthisie pulmonaire. Quelque nombreuses que fussent les inconséquences qu'entraînait une pareille théorie, ce n'était rien encore à côté de celles qui accompagnaient l'empirisme vague et insignifiant de quelques écoles voisines. On vous parlait de la phthisie comme d'une chose connue , consistant essentielle-

ment dans la destruction du poumon, avec consomption du corps , ce qui nécessairement entraînait l'idée de la mort. Ensuite , dans l'e'numération des faits cliniques , on vous citait des exemples de phthisies inflammatoires, de muqueuses, de scrofuleuses , de catarrhales , de rhumatismales , de nerveuses, de psoriques, de dartreuses, de sanguines , dont les unes avaient été mortelles et les autres complètement guéries ; et lorsque, pénétré des principes de la médecine française du temps, vous vous disiez à vous-même , « Ah ! sans doute ceux qui ont » succombé auront été victimes d'une disposition » tuberculeuse existant dans leur famille, » vous vous trouviez subitement désappointé en rencontrant à côté de toutes ces phthisies un exemple de phthisie dénommée tuberculeuse, guérie ou non guérie, ce n'est pas là la question, mais placée de manière à vous bien faire comprendre qu'on ne la confondait point avec les autres.

Effrayé par l'aspect de toutes ces entités mal définies , convaincu , par une longue observation, que les tubercules ne sont point la cause mais l'effet de l'irritation prolongée des tissus pulmonaires , l'auteur des Propositions conçut l'idée de bannir toutes ces vagues dénominations, et de s'en tenir à l'expression pure et simple des faits. Le poumon ne se désorganise que par l'effet d'une irritation, et celle-ci peut commencer, tantôt par la membrane muqueuse , tantôt par la séreuse , et d'autres fois par les tissus intermédiaires. En tout cas, quand il se désorganise , il y a toujours irritation du parenchyme

ou cle ce tissu intermédiaire ; et comme toutes les irritations des faisceaux vasculaires sont des nuances de l'inflammation , on peut dire qu'il y a toujours pneumonie quand il y a irritation désorganisatrice du parenchyme pulmonaire , et que ces pneumonies ne peuvent diffe'rer entre elles que par celui des tissus où l'irritation prédomine, et leur degré d'intensité.

Ainsi, pour nous résumer, l'auteur a cru pouvoir établir les distinctions suivantes entre les phlegmasies pulmonaires. i° Bronchites , 2° pleurésies , 3° pneumonies , qui toutes les trois peuvent être (A) aiguës , (B) chroniques. Les pneumonies chroniques, dont il s'agit particulièrement ici, peuvent se présenter, 1° débutant par la surface bronchique, 2° débutant par la surface séreuse , 5° débutant par le parenchyme , tissu intermédiaire , soit dans les vésicules, soit dans le tissu où elles sont plongées, car la distinction n'est pas facile à faire. Ces pneumonies chroniques peuvent encore , quel que soit le tissu où elles aient pris naissance , (A) avoir commencé par l'état aigu , c'est-à-dire avec tous les caractères de l'inflammation la plus sanguine ; (B) avoir débuté avec lenteur, de manière à ce qu'il fût facile de prévoir , dès leur commencement , qu'elles devaient avoir une marche chronique.

Yoilà les faits principaux : il ne s'agit donc plus désormais que des détails : il faut déterminer autant que possible , par l'observation , quels désordres l'irritation menace de produire ou a déjà produits dans les différens tissus où Ule se montre prédomi*

( 395 ) nante. On puise pour cela des données dans le tempérament, dans les symptômes , dans la marche, la dure'e , le traitement , les influences atmosphériques, etc.; par exemple, on remarque si l'irritation est restée pendant long-temps borne'e à la surface des bronches , comme dans les cas où elle y a été entretenue ou renouvelée plusieurs fois par l'impression du froid ; alors on a toute probabilité pour admettre qu'elle a gagné le parenchyme par la route des vésicules bronchiques. On cherche à constater si l'irritation n'a pas été en même temps partagée par le cœur, par tout l'appareil vasculaire et nerveux circulorespiratoire , comme dans certains débuts hémoptysiques ; si elle n'a pas été communiquée ou fomentée par une gastrite, une gastro-duodénite , alimentées elles-mêmes par des excès de divers genres , et si ceux du coït n'ont pas , comme il n'est que trop ordinaire , donné chaque jour une nouvelle impulsion aux deux irritations prédominantes; si l'irritation , débutant dans la surface séreuse de l'une ou l'autre cavité , n'a pas été, dès le principe , partagée par la muqueuse ou par le parenchyme , ou si la plèvre seule malade et fournissant un afflux considérable de pus ( empyème , hydrothorax ) , n'a pas été la cause de l'atrophie d'un poumon et d'un surcroît de congestion sanguine dans celui du côté opposé ; dans ce eas, il y a manifestement irritation d'un côté par l'épanchement, qui tend à le déprimer y et de l'autre par la surabondance du sang , qui le tuméfie à l'excès et l'oblige à une double action respiratoire.

( %4 ) Que de causes capables d'irriter les différens tissus du poumon, d'y attirer du sang, d'y fixer de la lymphe , d'y dénaturer la nutrition, et d'y faire naître une foule de désordres !

Est-il question des cas où l'on ne peut noter aucun signe de l'irritation particulière de l'une ou de l'autre des surfaces membraneuses qui viennent de nous occuper, l'homme de fart aura sous les yeux la difficulté de respirer, sans point de côté; le besoin de tousser, sans démangeaison de la surface interne des bronches, sans excrétion de la mucosité de la membrane qui les tapisse. Il faudra qu'il aille à la recherche des causes évidentes ou probables d'un pareil état ; et s'il n'a rien trouvé dans les autres organes qui l'autorise à attribuer les symptômes à une influence sympathique, il pourra se prononcer pour l'origine primitive de l'irritation parenchymateuse. Mais l'erreur est ici des plus faciles : par exemple , la cause la plus fréquente de ce genre de dyspnée, avec toux, sans irritation muqueuse, que nous venons d'indiquer, c'est le séjour forcé du sang dans les poumons, déterminé par le vice du cœur ; et la disposition hémorrhagique se lie très fréquemment, comme effet, à cette redoutable cause. Quelle erreur ne commettrait pas le médecin qui prendrait un pareil état pour un développement de tubercules primitifs dans le parenchyme pulmonaire !

Certains cas cependant semblent favoriser un tel soupçon ; ceux, par exemple, où le sujet est scrofuleux par tout l'extérieur du corps , ceux où il

a été subitement délivré d'e'ruptions pustuleuses, crouteuses, fournissant avec abondance un suintement lymphatique plus ou moins semblable au pus. Eh bien , dans ces cas-là même , de combien de prudence le médecin n'a-t-il pas besoin pour ne pas se laisser préoccuper d'une seule idée au point de perdre de vue toutes les autres formes d'irritation qui peuvent résulter d'une délitescence humorale ! Les irritations spasmodiques du cœur, les péricardites chroniques , les pleurésies profondes , inter-lobulaires , sus-diaphragmatiques , les gastrites, les duodénites , les péritonites sous-diaphragmatiques , sont autant de résultats possibles de ces sortes de métastases , et autant de causes de cette dyspnée d'apparence toute parenchymateuse , que l'on pourrait attribuer à des tubercules primitifs.

On peut encore placer sur la même ligne, comme causes possibles , quoique rares , d'une pareille méprise , ces affections du médiastin -, qui consistent dans le développement et l'engorgement des cellules de son tissu aréolaire : ces sortes de tumeurs , qui peuvent acquérir assez de volume pour comprimer les deux lobes et produire une extrême dyspnée, dépendent manifestement de l'irritation t qui appelle les humeurs lymphatiques dans les aréoles du tissu médiastinique , et les y fixe en leur donnant un haut degré de consistance ; elles peuvent en imposer lorsqu'elles se forment sans douleur et sans fièvre dans] le début, et faire croire au développement de tubercules pulmonaires lorsque d'ailleurs elles se présentent dans des circon-

( 396 ) stances capables de donner du poids à cette conjecture.

GLXXII.

Le cœur s'enflamme souvent par sa membrane séreuse : c'est ce que l'on appelle péricarclite. Elle est caractérisée par le siège de la douleur et par la dépression et l'irrégularité de la circulation, ce qui produit l'angoisse j les lipothymies et la frayeur de la mort.

La péricardite est une de ces maladies qui, quoique de'crite par tous les auteurs modernes, trompe souvent encore le diagnostic du médecin, lorsqu'elle est complique'e avec la pneumonie et surtout avec la pleurésie du côié gauche. C'est qu'il est de ïa nature des douleurs viscérales d'être souvent confuses, de s'obscurcir les unes les autres, et de changer facilement de caractère : elles dépendent en effet de deux élémens , l'irritation primitive du viscère malade, l'irritation consécutive du cerveau, et, suivant que l'une ou l'autre varie, la perception doit éprouver des variations. A plus forte raison ces variations doivent-elles exister lorsque plusieurs viscères, ou seulement plusieurs tissus du même appareil se trouvent simultanément dans un état de phlegmasie.

Dans ces cas les stimulations que reçoit l'encé-

( 397 ) phale sont diversifiées à tel point, que les rapports du malade sur les divers foyers d'inflammation ne peuvent être positifs et constans. Disons, en d'autres termes , que dans les phlegmasies polysplanchniques les sensations douloureuses sont si peu précise'es et même tellement confuses , que si le me'decin compte sur elles pour fixer son opinion, il court risque de ne jamais parvenir au diagnostic de la maladie.

Il n'en est pas ainsi des inflammations de la peau, de celle des autres organes sensitifs, et en général de toutes celles qui occupent les re'gions où prédominent les nerfs cérébro-rachidiens; la douleur y est toujours clairement perçue, tant que l'inflammation ne s'est pas réfléchie ou répétée d'une manière prédominante dans les principaux instrumens de la vie.

C'est pour cela que nous avons tant insisté pour faire sentir le vice de la comparaison des phlegmasies viscérales avec celles des parties extérieures du corps; et déjà plusieurs fois nous avons répété que telle était la cause pour laquelle on avait si longtemps méconnu les inflammations qui déterminent les prétendues fièvres essentielles.

Mais lorsque la péricardite existe sans complication, on peut dire que c'est une des maladies dont le diagnostic est le plus aisé. Certaines sensations lui sont particulières ; et remarquez qu'elles tendent à développer la terreur, passion qui, à son tour, agit elle-même sur le cœur d'une manière très prononcée. Toutefois la crainte de la lipothymie et même

de la mort, que l'on remarque dans la pe'ricardite , ne de'pend pas seulement du genre de douleur que provoque l'inflammation du cœur; elle est encore occasione'e par la diminution du torrent sanguin qui parcourt le cerveau. Il n'est personne qui ne sache que la syncope de'pend de ce qu'il ne parvient plus au cerveau assez de sang pour lui permettre de continuer ses relations avec l'extérieur : les personnes qui sont dans l'imminence de la syncope , dans ce qu'on appelle lipothymie , sentent que leurs relations avec tout ce qui les entoure sont sur le point de disparaître, et de plus elles éprouvent un horrible malaise, et conçoivent qu'il ne saurait persister sans être suivi de la mort. Or la pe'ricardite , en s'opposant au développement du cœur, en rendant la diastole incomplète et la systole faible, ne peut manquer, quand elle est intense, de produire les mêmes sensations. Nous ne disons rien de la douleur au toucher sur les parois de la poitrine correspondantes, de l'immobilité des côtes; mais il est un phénomène digne d'attention auquel peut-être on n'en a pas assez donné , c'est le bruit de parchemin que l'on perçoit très bien par le moyen du stéthoscope. En explorant avec cet instrument dans les péricardites commençantes , on éprouve la sensation que donneraient deux corps secs, comme du parchemin, qui frotteraient l'un contre l'autre; et ce signe, quand il est joint à la douleur et à l'angoisse , ne peut laisser aucun doute sur l'existence de la phîegmasie. Rien n'empêche que l'on ne tire parti de cette observation pour éclairer

( 399 ) le diagnostic précis du mal et déterminer l'e'tendue de. l'irritation dans les pleuro-péripneumonies du côte' gauche, afin de juger si le cœur y participe.

Ce secours est d'autant plus pre'cieux en pareil cas, que l'un des principaux signes de la pe'ricardite, Pangoisse, avec imminence de suffocation, lui est commun avec la pleurésie , et que la stimulation que celle-ci projette sur le cœur le forçant à une action plus grande que celle qu'il aurait dans la simple pe'ricardite, rend le diagnostic de celle-ci plus difficile.

L'irrégularité des pulsations du cœur est mise au rang des signes de la pe'ricardite, mais il faut confesser que ce signe est quelquefois en défaut, même lorsque la phlegmasie du péricarde existe sans complication de péripneumonie ou de pleurésie du même côté.

La proposition n'arrête l'attention des lecteurs que sur la pe'ricardite en général : elle ne dit rien de l'état chronique : c'est ce qui nous oblige de nous y arrêter quelques instans.

La pe'ricardite chronique est d'ordinaire la suite de l'aiguë, quand celle-ci n'a pas été assez intense pour causer la mort. Nous en avons rencontré plusieurs exemples , et nous croyons pouvoir en reconnaître de deux espèces : l'une est avec épanchement, l'autre est sèche, et c'est la moins observée. Dans la première , qui correspond à l'hyclro-péricarde des auteurs , la bouffissure de la face , l'œdème des paupières , celui des parois thoraciques , se joignent à la fluctuation perçue à la région cardiaque , à la peti-

(4oo ) tesse du pouls, souvent très irrégulier, et aux autres signes connus , pour constater la maladie ; mais , dans la përicardite sans e'pancbement, la plupart de ces indices sont en défaut. Il ne reste au médecin, pour fonder son diagnostic, que la sensibilité' à la re'gion du cœur, la de'pression et l'endolorissement des parois correspondantes , la tristesse, le découragement perpétuel du malade, l'impossibilité de supporter la locomotion sans un redoublement d angoisse et un tumulte douloureux dans la région du cœur, le bruit de râpe ou de parchemin et Tirrégularité du pouls, quand elle existe. Ces sortes de péricardites, que j'ai rencontrées deux fois, sont sans bydropisie : elles sont bien plutôt accompagnées du marasme avec rougeur de la peau et des conjonctives. Mais ce qui me fait douter que ce dernier symptôme leur appartienne exclusivement , c est que les malades étaient simultanément affectés de gastrite chronique.

GLXXIIÎ.

Le cœur s'enflamme par sa membrane interne : c'est la cardite la plus ordinaire. Cette cardite affecte de préférence les orifices artériels, où elle devient souvent chronique, et où elle produit l'obstacle au cours du sang, l'épaississement, les végétations, l'ossification, les ulcères, et par suite l'hypertrophie

( 4oi ) du cœur et l'anévrysme. L'irritation ou l'inflammation qui a débuté par l'appareil locomoteur produit souvent cette cardite , en se fixant dans l'intérieur du cœur.

Les phlegmasies de la membrane interne du cœur ont été long-temps me'connues , quoique leurs effets fussent souvent observe's par les anatomo-pathologistes : c'est que l'ide'e de l'inflammation n'e'lait pas encore bien développée dans l'esprit de la majorité des me'decins.

On ne savait comment expliquer les végétations des valvules, et l'on était tente' d'en accuser le virus 'vénérien. Quant à la rougeur de la membrane interne, on l'observait, mais sans en tirer de conclusion, si ce n'est que tout le cœur e'tant injecté , il n'était pas étonnant que l'injection fût partagée par la membrane interne. Ce n'est que depuis que la doctrine pbysiologique est venue forcer les médecins à étudier l'inflammation sous toutes ses formes, que l'on a commencé à concevoir que ce phénomène pouvait bien avoir quelque part aux rougeurs , aux épaississemens , aux ossifications , aux végétations que l'intérieur du cœur présente si fréquemment chez les hommes réputés anévrysmatiques.

Nous avons fait plusieurs fois la remarque que lorsque l'inflammation régnait dans la surface interne des ventricules, et prédominait vers les valvules artérielles , les orifices ventriculaires correspondant devaient se resserrer dans la systole, d'où

nécessairement un défaut de proportion entre les pulsations du cœur qui sont fortes , et celles des artères qui sont faibles, du moins relativement à celles du cœur, lorsque le ventricule gauche est le sie'ge de cette phlegmasie.

Nous avons pensé que cet effort répété du cœur pour vaincre un obstacle toujours renaissant devait, en appelant sans cesse et retenant trop de sang dans le tissu de ce viscère, l'hypertrophier d'abord, ensuite le ramollir, le dilater, lui faire perdre en grande partie la contractilite' , et amener enfin la mort par l'impossibilité du maintien de la circulation. Cette explication nous paraît toujours juste , mais il faut y ajouter que, même sans prédominer vers les orifices artériels, sans y provoquer une constriction qui empêche les ventricules de se vider entièrement, l'inflammation de la membrane interne du cœur doit par le seul fait de son existence , en appelant le sang dans le tissu charnu , préparer et commencer les désordres dont il vient d'être parlé.

En effet, cette phlegmasie est un point particulier d'irritation, et n'est point le résultat nécessaire de l'ampliation et de l'épaississement des parois du cœur, puisqu'on ne la trouve pas dans tous les cas d'hypertrophie et d'anévrysme de ce viscère: or, tout point d'irritation tend à s'entourer d'une congestion; celle du tissu charnu doit donc suivre celle de la membrane qui le tapisse , et cela d'autant plus que la méningo-cardite ne produit pas , comme la péricardite , de collection qui puisse déprimer le cœur et s'opposer à son développement

( 4o5 ) hypertrophique. Toutefois nous n'hésitons pas a croire que de même que l'irritation inflammatoire passe du parenchyme à la plèvre pulmonaire , de même aussi l'irritation primitivement de'veloppe'e dans le tissu charnu du cœur peut se propager à sa membrane interne et même à l'externe , ce qui e'tablit aussi la possibilité des péricardites conse'cutives aux cardites proprement dites.

Nous avons rencontré au Val-de-Grâce un exemple d'ulcération de la surface interne du cœur. La solution de continuité s'était faite aux dépens du tissu charnu du ventricule gauche, tout près des valvules aortiques ; elle était de la largeur d'une pièce d'un franc ; toute la membrane interne du ventricule était rouge, et les parois de l'organe hypertrophiés. Le malade avait succombé avec les signes de la gastro-entérite aiguë, accompagnée d'un pouls beaucoup plus large et plus dur qu'il n'est ordinaire de l'observer dans cette maladie lorsque l'on a pratiqué des émissions sanguines suffisantes. On n'examina pas assez l'aorte pour s'assurer si l'inflammation dont sa base était attaquée se propageait dans son trajet et s'étendait jusqu'aux artères qu'elle fournit.

La proposition affirme que l'irritation ou l'inflammation qui a débuté par l'appareil locomoteur produit souvent cette cardite en se fixant dans l'intérieur du cœur. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que les personnes qui ont long -temps souffert de ce qu'on appelle goutte et rhumatisme, deviennent souvent anévrysmatiques en très peu de temps. Mais

faut-il attribuer la modification du cœur uniquement à l'inflammation de sa membrane interne ? N'est-elle pas plutôt l'effet du transport sympathique de l'irritation sur le tissu charnu de ce viscère , qui serait alors affecté à raison de son analogie avec le tissu musculaire de l'appareil locomoteur? Cette question ne nous paraît pas encore résolue. Il est possible que le cœur s'irrite des deux manières à la fois, ou bien tantôt de l'une et tantôt de l'autre. D'ailleurs, cette comparaison n'est fondée que pour les cas où les muscles seuls seraient affectés de rhumatisme , et le fait est que les phlegmasies chroniques des articulations n'agissent pas moins sur le cœur que celles des muscles. Fera*t-on valoir ici les rapports de structure entre les ligamens , les tendons, les aponévroses, qui entourent les articles et les tendons du cœur? Mais il est des cas où l'irritation arthritique n'occupe que le tissu cellulaire qui entoure les ligamens et les attaches des tendons; et, dans ce cas, où serait l'analogie, de texture qui l'attirerait vers le cœur, puisque cet organe manque d'un tissu cellulaire qui puisse être comparé à celui d'où serait partie l'impulsion désorganisatrice ? Ne serait-on pas aussi fondé à dire que l'irritation de l'appareil locomoteur, soit qu'elle vienne des muscles ou qu'elle parte des articulations , a pu se propager par la voie du système artériel, en suivant les plexus qui entourent les vaisseaux de cet ordre jusqu'au cœur, leur centre commun, dans le premier moment de l'irritation, et plus tard en se convertissant en phlegmasie dans les tuniques des artères

( 4o5 ) elles-mêmes? Saisissant ce dernier mode de propagation comme le plus probable, d'autres ne pourraientils pas proposer d'admettre que les tuniques des veines, plus propres que celles des artères à contracter l'inflammation , sont la voie par laquelle ce phénomène parvient des tissus capillaires jusqu'au cœur?

On pourrait, à la vérité, objecter à ces derniers que , s'il en était ainsi, les porteurs de phlébites ou de varices échapperaient rarement à l'anévrysme du cœur, tandis qu'il paraît prouvé que les rhumatisans y sont bien plus exposés qu'eux ; mais ceux de celte dernière opinion se tireraient peut-être d'affaire , en alléguant que la vive irritation nerveuse du rhumatisme et de la goutte favorise bien plus la progression de la phlébite vers le cœur, que l'inflammation obtuse des varices. Fort bien; mais, à leur tour, les autres pourraient partir de ce fait pour soutenir que les artères étant plus nerveuses que les veines doivent être plus propres à remplir le rôle de conducteurs de l'irritation nervosoinflammatoire.

Au reste , l'on voit assez que toutes ces discussions, quoique fondées sur des conjectures, peuvent conduire à la découverte de faits nouveaux. Il ne s'agit que de savoir de quelle manière se comportent les systèmes artériel et veineux dans les affections chroniques de l'appareil locomoteur ; d'examiner si les autopsies font voir la progression de l'inflammation le long des parois des veines ou des artères ; de constater si le cœur s'est affecté par l'effet de cette propagation ou par une influence

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sympathique ; et, si les deux modes existent, de se mettre dans le cas de Lien de'terminer quel est le plus ordinaire.

La voie des expe'riences est également ouverte : ceux qui ont du loisir peuvent l'employer à faire naître et à entretenir des maladies artificielles ; mais il faut éviter d'en tirer des conclusions précipitées ou trop ge'ne'rales. Surtout il est important de ne jamais oublier que les faits de pathologie spontane'e, bien observés sur le sujet humain, sont aussi des expériences, et que ce sont les plus propres à faire faire à la médecine de solides progrès.

L'irritation des différons tissus 5 qui est assez intense pour parvenir au cœur 9 peut produire F inflammation de ses deux membranes. Celle de la tunique interne des artères est causée par le même mécanisme , et ne saurait seule entretenir une fièvre violente.

Le sens de cette proposition, beaucoup trop laconique , est que l'irritation causée par un foyer d'inflammation se répand dans tout le système nerveux ; qu'agissant sur les fibres charnues du cœur , par le moyen de ses nerfs , elle y accumule le sang à un degré qui approche de l'inflammation, et qui peut, en effet, la produire, tantôt dans la membrane externe , tantôt dans l'interne } que les artères peu-

( 407 ) rent contracter l'inflammation, soit par la propagation de celle qui règne dans l'intérieur du cœur , soit par la propagation de celle du foyer capillaire primitivement, affecté. La proposition met donc le cœur sur la même ligne que tous les autres organes qui reçoivent l'influence de ce foyer : elle répète donc, par application spéciale, ce qui a été énoncé d'une manière générale, lorsqu'on a dit que l'inflammation s'étendait de deux manières : par voie de propagation , par voie de sympathies, et que les organes qui sont le plus sympathises par le foyer de phlegmasie , sont disposés à contracter les premiers l'inflammation ; de sorte que celle-ci semble fréquemment s'avancer dans l'organisme par la voie des sympathies.

Telle est la raison pour laquelle les trois cavités viscérales , qui sont liées par d'étroites sympathies , ne manquent presque jamais de se communiquer leurs phlegmasies. C'est d'après la même loi quetous les organes internes agissent sur la peau et dirigent si souvent vers elle l'irritation qui les tourmente , et vice versa. En un mot , il est d'observation certaine que les tissus nervoso-sanguins , les surfaces de rapport, leurs sécréteurs annexes, et les expansions sensitives , se communiquent réciproquement leurs irritations , soit qu'ils les perdent eux-mêmes , ce qui constitue les métastases ; soit qu'ils en conservent plus ou moins , ce qui ne donne que l'extension de la phlegmasie ou l'envahissement plus ou moins considérable de l'économie par ce redoutable phénomène.

Toutefois , en avançant ces vérités , on n'a eu garde d'omettre qu'il était beaucoup de cas dans lesquels l'irriïation saule pour ainsi dire d'an organe sur un autre , sans que les sympathies ordinaires aient paru lui avoir tracé la route.

Notre intention, en rappelant cette masse de faits , est de faire disparaître la surprise que pourraient éprouver certains médecins en entendant dire que le cœur est menacé d'inflammation dans tous les cas de fièvre violente : il est bon, en effet, que l'on s'habitue à cette idée , ne fût-ce que pour ne pas prendre la pernicieuse habitude d'abandonner à la nature le soin de terminer les fièvres qui ne présentent d'abord aucun caractère alarmant. Mais nous donnerons bientôt un autre motif, qui doit également les engager à ne pas toujours s'en rapporter àl cette bonne mère.

Enfin la proposition se termine en avertissant que l'artérite ne suffit pas pour entretenir une fièvre violente. Cette assertion rappelle de suite l'idée émise par Frank , après l'avoir été par un des plus anciens auteurs de médecine , que la fièvre inflammatoire est l'effet d'une artérite. Il est sans doute possible qu'on ait trouvé les artères enflammées chez des personnes qui avaient réuni les symptômes de la fièvre inflammatoire des anciens ( causus ) ; mais il y avait autre chose que l'on n'a pas su découvrir : il y avait de l'inflammation dans les tissus capillaires des grands viscères. Si le cerveau ou les poumons n'en étaient pas le siège principal , ce qu'il faut croire, puisque les auteurs dont il s'agit n'ont

qualifié ces fièvres ni d'ence'phalites ni de pneumonies , du moins en existait-il dans la membrane interne des voies gastriques. On a d'autant plus de raison de penser ainsi, que les auteurs de tous les temps ont très bien su reconnaître les traces de ces deux inflammations, tandis que jusqu'à nos jours personne n'a pu de'couvrir celles des organes digestifs.

C'est à regret que nous revenons encore sur cet argument ; mais pouvons-nous nous en dispenser quand il s'agit d'assigner la cause d'une erreur qui a fait accorder à l'arte'rite ainsi qu'à la phlébite beaucoup plus d'influence sur les fonctions qu'elles ne peuvent en avoir. Ces phlegmasies, sans doute, peuvent exister sans être accompagnées d'une phlegmasie viscérale ; mais alors elles n'occasionent point d'e'tat fébrile aigu : elles sont chroniques et nullement susceptibles de se terminer dans l'espace de cinq à sept jours, par des sueurs, comme on le voit arriver aux fièvres angioténiques des nosographes. Tel est le véritable sens du dernier membre de phrase de la proposition qui nous occupe.

L'inflammation aiguë et suppurante du tissu musculaire du cœur est une maladie fort rare; mais ce tissu dégénère toujours au bout d'un certain temps, par suite de l'inflammation de ses deux membranes.

Ce qui rend la suppuration du cceuf si rare % c'es^t

sans cloute le de'faut d'un tissu cellulaire disposé à ce mode d'alte'ration ; peut-être aussi l'extrême action de l'organe y est-elle pour quelque chose. On conçoit difficilement en effet, quoiqu'on ait quelques exemples du contraire, que le pus puisse séjourner et n'être pas expulsé dans un organe qui se contracte à chaque instant ; mais ce que l'on conçoit encore moins, c'est qu'un pareil organe puisse perdre sa motilité au point d'être privé de toute faculié contractile sans que la circulation soit arrêtée; toutefois, le degré de rigidité que l'on trouve parfois dans les parois de ce viscère n'ayant pu se former tout-à-coup , nous sommes quelquefois forcés de conclure que la circulation a pu se concilier, durant un certain temps , avec un pareil état. Il en est ainsi de l'état contraire, c'est-à-dire du ramollissement considérable, qui se présente le plus souvent à la suite des hypertrophies. On serait tenté de croire que la contractilité des grosses veines voisines du cœur peut, au moins pendant quelque temps, suppléer à la sienne et donner à la masse du sang assez d'impulsion pour parcourir le cercle circulatoire. On ne saurait non plus douter que l'impulsion donnée par le système capillaire ne se conserve dans une partie de ce trajet.

Les acciclens les plus graves deFanévrysme du coeur viennent de l'obstacle offert à la cir-

culation : de là des asthmes, des hémorrha-»

gies par différentes voies , et l'kydropisie ; mais la gastrite ne manque jamais de s'associer aux autres symptômes, et d'autant plus que le malade est traité d'une manière plus excitante. \

Cette proposition rappelle un des services rendus par la doctrine physiologique , celui de rapprocher un certain nombre de cas pathologiques pour les faire envisager sous le point de vue qui fournit les indications thérapeutiques. En effet, quoi qu'il en soit du mode de dégénération du cœur, que ses valvules ou ses artères propres soient ossifie'es , qu'il soit endurci avec ou sans tubercules, ramolli, dilaté ou comprime' outre mesure , il en résulte toujours un séjour prolongé du sang dans les poumons, ce qui produit la dyspnée et la difficulté de la loco-, motion, symptômes fondamentaux et caractéristiques de l'obstacle à la circulation dans les centres viscéraux. Ces maladies se reconnaissent parfaitement aujourd'hui au milieu des autres affections de la poitrine , depuis que la doctrine physiologique en a formé un genre particulier distingué par la réunion des deux caractères sus-mentionnés. Avant cette époque, on cherchait à déterminer s'il y avait affection organique ou simple névrose dans les poumons ou dans le cœur. Si la désorganisation était probable , l'embarras était de la préciser ; et si l'on n'y parvenait pas, on se récriait sur l'incertitude de

( 4>2 ) ■ l'art. On peut lire ce qui a été dit dans X Examen des doctrines sur les prétentions des anatomo-pathogistes. Tout cela est d'une application directe aux maladies qui nous occupent. Il s'agit beaucoup moins de de'terminer le mode précis d'altération des organes principaux de la circulation, que desavoir que les accès d'asthme convulsif indiquent un obstacle au cours du sang à travers les poumons ; que cet obstacle tend à produire des liémoptysies ; que son premier effet est de s'opposer à la locomotion; qu'àla longue les hydropisies en sontpresque toujours la conséquence. Avec de pareilles données, on est d'abord averti de l'existence de l'obstacle , quels que soient les autres symptômes combinés avec les siens. On procède aussitôt à la recherche de la cause de cet obstacle; mais ne la trouvât-on pas à l'instant, on a du moins l'indication principale bien déterminée , celle de faciliter le passage du sang au travers du cœur et des poumons , et dès qu'on a rempli cette indication pressante, on s'occupe de la cause de l'obstacle et des moyens de la détruire ou d'en affaiblir les effets.

Si la gastrite n'était pas connue dans son état de simplicité , elle n'avait garde de l'être dans sa complication avec les maladies du cœur. La barre transversale dont les malades ont le sentiment, et qui paraît comprimer le diaphragme , était uniquement attribuée à ranévrysme; mais , comme nous l'avons aussi observée dans la gastrite simple , et que cette phlegmasie existait chez tous les sujets affectés d'anévrysme du cœur que nous avons entendu s'en

plaindre, nous sommes porte' à croire qu'elle dépend plutôt de l'irritation gastro-duode'nale que de l'embarras de la circulation dans le parenchyme pulmonaire.

Nous ne pouvons nier qu'il n'y ait stagnation sanguine dans le foie et dans tout le système veineux de l'abdomen, lorsque le cœur manque d'énergie pour se débarrasser du sang que lui présente l'embouchure de la veine cave : il est certain que le foie , qui en est gorgé, se tuméfie plus qu'à l'ordinaire , et que le système de la veine-porte en est surchargé. Toutefois nous ne croyons pas que cette cause suffise pour produire la rougeur générale de la membrane muqueuse gastro-intestinale ; car nous avons observé des cadavres où cette rougeur générale n'existait pas, quoique les malades eussent succombé dans les angoisses de la suffocation. Depuis lors nous avons redoublé d'attention , et nous avons obtenu les résultats suivans : i° la souffrance du cœur, même avant qu'elle occasione un obstacle sensible à la circulation pulmonaire, détermine toujours de l'irritation dans la membrane muqueuse de l'estomac , sans que pour cela l'appétit soit diminué: il est même quelquefois plus énergique; 2° la dyspnée étant devenue considérable, les malades éprouvent de la suffocation aussitôt après avoir mangé, ce qui les force à prendre peu d'alimens: alors la gastrite est déjà assez intense ; 5° si Ton combat cette complication et que l'on s'oppose à son retour par un régime approprié, quelques sujets en sont délivrés pour toujours, et quoique les progrès de l'obstacle

au cours du sang et à l'introduction de l'air dans les bronches les conduise à la mort, la rougeur gastrointeslinale est peu marquée, ou du moins n'est pas géne'rale ; 4° toutes les fois que l'on prodigue les antispasmodiques , les bécliiques, les expectorans, les diurétiques, et que les malades s'abandonnent à leur appétit, ils périssent avec des signes de gastroentérite qui se combinent avec ceux de la maladie principale , et quelquefois l'emportent sur eux ; alors la rougeur est intense et générale dans la surface muqueuse gastro-intestinale , et il s'y joint d'autres traces de phlegmasie qui ne laissent aucun doute au médecin physiologiste sur l'existence d'une phlogose accompagnant la congestion forcée du sang dans l'abdomen.

Il faut noter que la membrane séreuse ne participe ni à l'injection ni à l'inflammation de la muqueuse, et que le foie est toujours, proportions gardées, plus engorgé de sang que le pancréas et la rate. Il faut remarquer aussi que , lorsqu'il n'y a point eu durant la vie de signes de colite, le colon transverse, quoi? que occupant la même région que l'estomac, ne partage pas son engorgement sanguin. Ce qui a été surirrité pendant la vie se présente injecté de sang après la mort; c'est ce que nous avons observé de plus constant dans les cadavres des personnes qui succombent par les suites des affections organiques du cœur.

Tels sont les faits qui doivent répondre à l'objection de certains médecins qui, ne connaissant pas la doctrine physiologique, soutiennent que, puisque la rougeur se présente constamment dans la

membrane muqueuse gastro-intestinale des sujets enlevés par les anévrysmes du cœur, elle ne fournit point la preuve de l'existence d'une gastro-entérite. On voit que ceux qui ont fait une pareille objection ne soupçonnaient ni la possibilité' d'une gastro-entérite compliquant l'anévrysme et les autres affections du cœur , ni celle de l'absence de la rougeur générale dans les cadavres de ces sortes de sujets,

GLXXYIL

Les ossifications des artères propres du cœur doivent être la suite de l'inflammation de sa membrane interne, ou de celle des grosses artères.

Nous présumons qu'il existe toujours quelque autre altération avec l'ossification des artères coronaires , lorsque les symptômes de l'affection du cœur ont été très prononcés ; et c'est à tort, ce nous semble, qu'on attribue exclusivement à cette ossification l'angine de poitrine et tous les signes de l'obstacle au cours du sang : cette ossification ne peut avoir le privilège de produire ce genre de souffrance plutôt qu'un autre , et nous ne saurions nous persuader que l'inflammation, car c'est elle qui a désorganisé les artères du cœur, n'ait pas été partagée par d'autres artères, ou, pour le moins, n'ait pas profondément altéré le tissu charnu de ce viscère. Il nous paraît plus probable que ceux qui ont attribué

l'angine de poitrine à la seule ossification des artères coronaires, n'ont pas vu tout le mal qu'avait cause' l'irritation dans le cœur et dans tout le système vasculaire. Pour mieux faire comprendre notre ide'e , nous allons jeter un coup d'œil sur le groupe de symptômes dont on a fait une entité qualifiée angine de poitrine.

Lorsqu'une personne est subitement arrêtée dans sa marche par une douleur à la région du cœur, qui se propage dans tout le côté gauche de la poitrine, et même quelquefois jusqu'au bras, on ne voit encore chez elle qu'une affection nerveuse; mais lorsque cette douleur est accompagnée d'un sentiment de suffocation, de l'impossibilité de parler et même d'inspirer, on dit qu'il y a angine de poitrine. Il faut que l'observation soit, comme l'a dit Hippocrate, bien difficile pour que les médecins n'aient pu s'apercevoir, dès le premier abord, que cet état n'était autre chose qu'un signe de l'irritation du cœur, qui se contracte subitement d'une manière insolite, et exécute de petits mouvemens spasmodiques en communiquant l'irritation aux nerfs respirateurs et brachiaux correspondans. On peut lire le mémoire couronné de Jurine sur cette maladie ; Ton y trouvera toute l'ontologie qui a long-temps empêché le diagnostic de cette espèce de souffrance, dont il a fait, avec Desportes , une affection essentielle des nerfs des plexus cardiaques et pulmonaires. L'Anglais Parry avait approché davantage de la vérité; on peut même dire qu'il avait mis sur la voie, en attribuant ce groupe de symptômes à l'ossification des artères co-

( 4i7 ) ronaires : mais il ne convainquit pas , parcequ'il avait encore trop spécialisé. Il fallait accuser toutes les irritations du cœur de produire cette affection, et prouver que tous les arrêts subits des personnes qui ont ce viscère dans un état pathologique, sont de même nature que la pre'tendue essentialité dont il s'agit, et n'en diffèrent que par la sensation douloureuse propage'e à l'épaule ou au bras du même côté, sensation qui varie , et qui la plupart du temps n'existe pas.

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