‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 31 sur 50 · PROPOSITION CLXXXII · texte numérisé non relu

PROPOSITION CLXXXII

La peau est susceptible d'une irritation chronique, qui porte d'une manière spéciale sur les tissus excréteurs, sur les vaisseaux absorbans , et qui dénature cette enveloppe en Fengorgeant d'albumine dégé-f nérée. N'est-ce pas encore une espèce de subinflammation à laquelle l'inflammation peut s'associer à différens degrés ? Quand l'irritation se communique de la peau subenflammée aux viscères, elle ne pénètre point dans leurs ganglions lymphatiques sans l'inflammation préalable de leurs membranes.

Cette proposition désigne les dartres eî Péléphantiasis, maladies dans lesquelles le tissu de la peau est effectivement plus chargé d albumine qu'il ne le serait, par exemple, chez un homme affecté d'un érysipèle ; mais , dans presque tous les cas , l'altération ne se borne pas au tissu propre de la peau, le tissu cellulaire sous-cutané y participe , et c'est de graisse dégénérée et d'un aspect lardacé

5 , -Palh. 29*

( 438 ) qu'on le trouve rempli ; ce qui n'empêche pas que quelquefois aussi l'on n'y observe des tissus ou des amas albumine-gélatineux. Or la doctrine physiologique re'serve le nom de subinflammation à toutes les irritations qui ont pour résultat une accumulation de matières secondaires, provenant des sécrétions, exhalations ou absorptions diverses, qui ont été alte'rées par le phénomène de l'irritation. En effet, si l'on accorde des mouvemens particuliers aux tissus fabricateurs et excréteurs des humeurs secondaires , on peut admettre l'aberration de ces mouvemens., et chaque fois que le médecin physiologiste a pu se convaincre que cette aberration est l'effet d'une modification irritative, il est en droit de la placer au-dessous de l'inflammation , et de lui donner un nom qui rappelle l'idée de ce phénomène. Rien de plus commun en médecine pratique que de voir ces irritations sécrétoires, excrétoires, absorbantes, nous ne disons plus succéder à l'inflammation dans le même organe , mais alterner avec elle dans des organes différens , c'est-à-dire la remplacer, et céder de nouveau dès qu'elle reparaît, et cela dans des tissus souvent fort éloignés les uns des autres. La même réciprocité peut être observée entre ces deux modes d'irritation ( phlegmasies , subinflammations ) et les hémorrhagies , aussi bien que les névroses : de sorte que , dans bien des cas , les phénomènes d'exaltation d'action vitale, provenant d'une stimulation quelconque , peuvent se montrer successivement sous l'apparence de l'inflammation pourvue de ces quatre caractères , sous celle de l'héraorrhagie, sous celle de la sécrétion ? de l'exhalation ou de l'absorption augmentées, et enfin sous celle d'exaltation de sensibilité ou de mouvement musculaire.

De même que l'irritation inflammatoire de'tériore les humeurs et les tissus de la partie qu'elle occupe de même celle des vaisseaux secondaires tend à v dénaturer la nutrition , de même enfin celle des nerfs conduit plus ou moins vite le névrilemme ou la substance me'dullaire à une désorganisation inévitable. On remarque dans tout cela beaucoup de variétés , soit pour le temps , soit pour le mode précis d'alte'ration : ainsi , suppuration , induration rouge ou blanche, albumineuse ou lardacée, produit des se'cre'teurs plus fluide, plus e'pais , ou entièrement concret, altéré dans son aspect, alte'ré dans son odeur, dans sa saveur, etc., tout cela ne fait rien au fond de la chose : tant que le tissu qui donne ces divers produits n'est pas désorganise par le mode vicieux de nutrition qu'il a contracté l'irritation peut l'abandonner et le laisser exécuter librement ses fonctions, pendant qu'elle agit sur un autre ; mais il doit arriver une époque où cette métastase n'est plus possible : c'est lorsque la désorganisation est commencée. On voit bien quelquefois alors des déplacemens momentanés de l'irritation mais elle revient bientôt à son premier siège , parcequ'elle est toujours rappelée par le vice organique. Il arrive aussi bien souvent qu'un nouveau point d'irritation , qui désorganise un nouveau tissu , fait oublier, pendant quelque temps, l'ancienne désorganisation; mais le médecin* attentif retrouve toujours les signes de celle-ci, et s'assure bientôt qu'il n'y a qu'extension et non révulsion réelle de la première maladie.

Maïs revenons aux subinflammations cutanées ' dont cette discussion , tendant à prouver l'identité qui existe entre les diverses formes de l'irritation , nous avait éloigné pour un instant. Les dartres, les différentes affections pustuleuses chroniques et les formes variées de l'éléphantiasis , ont manifestement leur siège dans les tissus sécréteurs, exhalans ou absorbans de la peau et du tissu sous-cutané. Ce sont des irritations, puisque nous les voyons naître sous l'influence des irritans ; et l'expérience prouve qu'elles peuvent alterner avec les inflammations et les névroses. Nous les considérons comme des subinflamraations, parceque nous y voyons la détérioration des produits de la sécrétion, de l'exhalation ou de l'absorption ; produits qui se montrent à nous sous les formes d'exsudation plus ou moins épaisse , de croûtes, d'écaillés, de concrétions diverses, de tissu lardacé; ce que nous n'observons pas dans les irritations purement inflammatoires de l'enveloppe cutanée et du tissu cellulaire. Elles ont d'ailleurs beaucoup de rapport avec les irritations du système absorbant ganglionnaire : elles les font naître d'ordinaire au bout d'un certain temps, et le praticien qui les a étudiées finit par se convaincre qu'elles sont , généralement parlant, d'autant plus tenaces et plus liées avec les affections glanduleuses que les sujets sont plus rapprochés de la disposition scrofuleuse. Quant à nous, qui avons eu l'occasion de les observer de près dans les diverses positions de l'état social, nous tenons pour certain que les constitutions entièrement éloignées de cette fâ-

cheuse diathèse peuvent supporter pendant longtemps l'irritation cutanée , sans qu'elle se transforme en subinflammation , tandis que les causes les plus légères font reparaître cette dernière chez les personnes prédisposées aux subinflammations ganglionnaires, et même, en général, chez presque tous les sujets , blonds , châtains et délicats , que nous avons considérés comme ayant plus d'irritabilité et moins de cohésion dans les tissus blancs inertes que n'en ont les sujets plus vigoureusement constitués.

GLXXXIIL

Les ganglions lymphatiques ne se tuméfient, ne s'endurcissent et ne se ramollissent jamais que par l'exaltation de leur irritabilité et de leur contractilité, c'est-à-dire par leur irritation , qui est une des subinflammations.

Il suffit d'appliquer la main sur une masse de glandes engorgées à la région cervicale , chez les scrofuleux , pour ne conserver aucun doute à cet e'gard : on y sent une chaleur tellement supérieure à celle des parties voisines , qu'on est forcé d'y reconnaître une exaltation de l'action organique. Que l'on observe ensuite un bon nombre de ces sujets , on verra que les influences exercées sur le cœur sont en raison du volume et de la multiplicité des foyers de subinflammation ganglionnaire : un petit

nombre ne produit aucun effet; mais toutes les fois que les ganglions tuméfiés sont très nombreux, la fre'quence et l'ardeur fébrile ne manquent jamais. Or, nous le demandons, n'est-ce pas ce qu'on observe aussi dans les furoncles, les anthrax, les érysipèles , les phlegmons , en un mot , dans toutes les phlegmasies visibles à l'extérieur ? Ces points d'irritation n'exercent-il pas sur les pulsations du cœur une influence proportionnée à leur étendue ?

Nous avons fait l'application de cette loi aux pblegmasies viscérales ; mais cette matière est inépuisable , et nous aurons l'occasion d'y revenir.

Il y a donc dans les ganglions tuméfiés un travail inflammatoire très manifeste ; mais il diffère de ceux que nous venons de citer, en ce qu'il ne tend point rapidement à la suppuration ni à la gangrène : il tuméfie , il dénature avec lenteur les ganglions qu'il attaque ; mais pendant qu'il agit ainsi à l'extérieur du corps , les influences sympathiques qu'il exerce sur les viscères y préparent une irritation qui finira par éclater avec une force bien supérieure à celle qui lui a donné naissance ; et lorsqu'elle aura pris toute son intensité, c'en sera fait du malade : aucune puissance humaine ne pourra le soustraire à son sort. Si l'on détruit le foyer extérieur par l'ablation même complète des ganglions subenflammés , le foyer viscéral n'en aura que plus d'activité, la mort n'en deviendra que plus certaine et plus prompte.

Tels sont les faits pour les ganglions de la péri-

phérie. Quant à ceux des viscères , on conçoit qu'ayant reçu l'impulsion des irritations des surfaces de rapport, qui très certainement se surirritent avant eux, ils ne doivent pas avoir plus de tendance à la perdre que les premiers. Disons plus, ils la conservent lors même que la phlegmasie des surfaces membraneuses qui les a rendus malades s'est complètement dissipe'e ; et tôt ou tard ils lui rendront l'impulsion inflammatoire qu'ils en ont reçue. De là la haute importance , pour le médecin consciencieux, de ne conserver aucun doute sur le vrai caractère des tuméfactions glanduleuses et généralement de toutes celles des tissus blancs ; car elles se ressemblent sous une foule de rapports. En effet, c'est de la doctrine du médecin que dépend le sort du malade. S'il croit à l'irritation subinflammatoire, il travaillera dès le début à la détruire ; s'il ne pense qu'à l'épaississement de la lymplie ou à la débilité, il emploiera la stimulation. Sera-t-elle révulsive ou aggravative ? Nous traiterons cette question à sa place, c'est-à-dire à la thérapeutique.

GLXXXIV.

Les tuméfactions d'apparence analogue à celle des ganglions sub enflammés, mais qui surviennent dans les tissus où l'on n'aperçoit pas 3 dans l'état sain , de glandes lymphatiques , doivent être jugées de même nature que les ganglions lymphatiques dé-

veloppés par l'irritation. Tout cela porte le nom de tubercules.

Soit que l'on considère les tubercules comme des ganglions lymphatiques inappréciables dans l'état normal, et devenus sensibles par l'influence de l'inflammation ; soit qu'on y voie des faisceaux lymphatiques d'une organisation différente de celle des ganglions, mais tuméfiés et développés par l'irritation sous la forme vasculaire , ce qui peut arriver dans tous les tissus du corps, le principal axiome de cette proposition leur sera toujours applicable. Elle ne le serait pas aux tubercules qui ne seraient que du pus concret ou de petites masses de ce que l'on appelle matière tuberculeuse , si en effet ces masses n'étaient autre chose que des collections de pus à la formation desquelles le moule qui leur donne la forme spliérique aurait été étranger. Mais si l'on admet que la matière tuberculeuse est sécrétée par une petite vésicule, et que tout tubercule se développe à la manière des tumeurs enkystées plus volumineuses que nous trouvons dans le tissu cellulaire et dans certains viscères, comme le foie, le cerveau, etc., la proposition trouve également ici son application. IXous allons même plus loin : elle la trouve pour ces amas de matière tuberculeuse de forme irrégulière que l'on rencontre dans le parenchyme pulmonaire, et pour les mêmes amas observés sur la surface libre des plèvres ; en un mot, toutes les fois qu'on admettra une sécrétion morbide comme cause de tubercules, cette sécrétion ne pourra

qu'être rangée parmi les irritations, et ces sortes d'irritations se rapportent nécessairement à nos subinflammations.

Ainsi, comme nous l'avons exprimé plus haut, toutes les expériences des anatomo-pathologistes et des vivisecteurs ne peuvent que venir à l'appui de la doctrine physiologique , qui la première a ensei- , gné à suivre l'irritation dans son berceau primitif, et qui a su la montrer y produisant une action morbide qui développe le tissu malade , le rend prédominant sur tous les autres, et le désorganise en créant une série de phénomènes sympathiques plus ou moins prononcés , et d'une physionomie tantôt spéciale , tantôt plus ou moins commune aux différens points d'irritation.

Pendant que les faisceaux absorbans, chro niquement irrités, dégénèrent en tubercules, quelques vaisseaux lymphatiques peuvent se dilater par Un engorgement passif, produit par une pression qui fait obstacle au cours de la lymphe. Cet état est aux absorbans ce que les varices sont aux veines.

C'est un fait d'observation sur l'existence duquel on ne peut hasarder aucune conjecture. Il s'agit seulement de vérifier si ces gros troncs absorbans, remplis de lymphe, que l'on trouve clans la peau de

certains éîéphantiasiques , portent des traces d'inflammation, ou s?i\s ne sont que simplement dilatés. Ce que l'on peut ajouter c'est que l'inflammation que l'on pourrait y trouver serait toujours un effet de la dilatation force'e du vaisseau, et que par conséquent ce serait une maladie active produite par une dilatation passive. Ces cas ne sont pas rares, parceque tout organe que l'on distend au-delà de son degré habituel contracte de l'irritation et par suite une phlegmasie ou une subinOammation. L'irritation est ici mécaniquement produite par une espèce de cause traumatique.

GLXXXVL

Les tissus cellulaires sont , après les membranes muqueuses, les plus susceptibles d'inflammation aiguë : alors ils suppurent, mais ils peuvent suppurer sans cjue l'inflammation ait été reconnaissable par des signes extérieurs.

Il s'agit dans cette proposition de dépôts froids , que l'on appelle aussi par congestion lorsque le pus se manifeste au-dessous de la peau , dans un point éloigne' de celui où il a été élaboré. L'auteur rallie ces suppurations aux pîilegmasies latentes du plus faible degré , et les rapproche des subinilammations. Nul doute que la chaleur et la tuméfaction ne s'y rencontrent; quant à la rougeur, rien ne

peut en donner la démonstration, et la douleur y est telle qu'on la compare plutôt à ce qu'on appelle douleurs rhumatismales et nerveuses qu'à celles du phlegmon.

Ce qu'il y a de plus intéressant pour le médecin physiologiste dans ces phlegmasies latentes, c'est la prédisposition : elle paraît consister dans une irritabilité du tissu cellulaire, et même quelquefois du tissu médullaire des os spongieux , qui se rapproche un peu de l'irritabilité strumeuse. En effet, ces sortes de dépôts se montrent de préférence chez les tempéramens qui ont pu passer pour scrofuleux dans l'enfance , et chez les sujets qui ont été affaiblis par des maladies chroniques. Mais remarquez , à l'occasion de ce dernier fait, que la plupart des maladies chroniques sont des inflammations ou des subinflammations, et vous ne serez point étonné que l'irritabilité qui dispose aux suppurations se glisse de proche en proche, et parvienne jusqu'aux tissus les moins irritables de l'économie. C'est le plus souvent a la suite de longues douleurs, que l'on croyait purement rhumatismales , et qui l'étaient en effet, que ces suppurations se manifestent : ce genre d'irritation , qui prépare , comme nous l'avons vu , les engorgemens lymphatiques non suppurans et d'apparence scrofuleuse , aurait donc aussi pour objet de véritables suppurations occultes; ce qui établirait un nouveau degré de rapprochement entre l'engorgement et la suppuration occultes , en les rattachant l'un et l'autre à la subinflammation.

Nous avons vu cette diathèse suppurante extrême-

ment enracinée dans l'économie, et nous avons aussi remarqué qu'elle paraissait souvent dépendre des chutes et des grandes commotions du corps. Dans ce cas, comme dans les précédens, le traitement antiphlogistique nous a toujours paru le plus efficace ; ce qui tend à prouver que l'excès d'irritabilité y joue le principal rôle.

CLXXXVIL

Les foyers occultes de suppuration phleggmoneuse, avec résorption du pus, n'entretiennent la fièvre dite hectique que par l'irritation communiquée aux principaux viscères , soit par la sympathie du foyer toujours enflammé, soit par l'impression stimulante du pus résorbé. Cette lièvre n'est donc pas plus essentielle que les autres.

Non, sans doute, et depuis long-temps on en trouve des preuves détaillées dans VHistoire des phlegmasies. Il ne s'agit pas seulement dans cette proposition des foyers de dépôts froids ou par congestion ; on veut aussi parler de tous les foyers phlegmoneux, quelle qu'ait été l'activité de leur marche , qui forment des fistules et des clapiers dans les interstices des organes, soit internes, soit externes, à cause de l'impossibilité ou du moins de l'extrême difficulté de les atteindre et d'y porter

les secours de la chirurgie. Toutes ces suppurations entretiennent une petite fièvre qui s'exaspère à certaines heures et prend un aspect rémittent. Ces fièvres, que l'on appelait jadis hectiques, étaient bien attribuées à l'affection locale ; mais on ne rendait point compte de la manière dont celle-ci pouvait les produire : il semblait qu elles ne dépendissent que du mélange du pus avec les humeurs, mélange qui aurait produit une sorte de fermentation dont les sueurs n'auraient été que la dépuration et la crise. La doctrine physiologique n'a pas craint d'aborder cette question, que plusieurs regardaient comme insoluble ; et les autopsies cadavériques ont démontré que , quand elle ne dépendait pas directement du foyer cellulaire suppurant, la fièvre dont il s'agit était alimentée par des phlegmasies chroniques siégeant dans les principaux viscères. On est même parvenu à distinguer, dans le groupe de symptômes que présentent ces sortes de fièvres , ceux qui dépendent du foyer suppurant, et ceux que provoque l'irritation des différens viscères. On a reconnu que le pus ne pouvait y concourir que comme stimulant de ces organes, et que toute stimulation du même degré, quoique sans suppuration, pouvait également alimenter ces affections fébriles. Ainsi s'est trouvé résolu le problème de ces maladies qui embarrassèrent si fort les anciens auteurs , et que les modernes n'osaient approfondir, ne pouvant plus se servir des explications de Fhumorisme ; ils avaient bien quelquefois recours à la faiblesse , mais cette explication ne pouvait satisfaire les bons esprits. Qu'est-ce en

(45o ) effet qu'une faiblesse qui excite la fre'quence du pouls, l'ardeur générale du corps, et qui s'accroît toujours, au lieu de se dissiper, par l'emploi desfortifiansï Cette faiblesse, toute semblable à celle de la prétendue fièvre adynamique , devait disparaître avec elle pour faire place à des vues thérapeutiques plus rationnelles, et surtout plus heureuses dans leurs re'sul ta ts ; et ces vues ne pouvaient sortir que de l'e'tude vraiment pt^siologique de l'irritabilité' et de l'irritation.

Nous ne pre'tendons pas cependant que la re'sorption copieuse d'un pus corrompu ne puisse produire quelques symptômes particuliers , remarquables dans le nombre de ceux que présentent les fièvres hectiques. Nous avons dit et répété, même dans ces commentaires , que des molécules irritantes , essentiellement inassimilables, offensaient la vitalité des principaux viscères , et excitaient une série de symptômes réactifs tendant à leur élimination. Les empoisonnemens par la sanie putride injectée dans les vaisseaux , ou insérée dans les chairs vives , en sont un exemple frappant. On pourrait donc être tenté d'attribuer les sueurs des phthîsiques à la suppuration du parenchyme , à la nécessité de l'évacuation du pus qui a été résorbé dans les foyers pulmonaires. Toutefois, nous l'avouons, cette explication n'entraînerait pas l'assentiment de tous les observateurs : sans parler des intermittentes ordinaires, beaucoup de fièvres rémittentes prolongées, et offrant une grande analogie avec les hectiques, peuvent présenter des exemples de ces sueurs termi-

(45i ) nales d'une exaspération fe'brile sans aucun foyer de suppuration; et, d'autre part, certains malades, manifestement porteurs de pareils dépôts , n'offrent pas d'accès fébriles terminés par la sueur. Il faut, pour que cette évacuation se manifeste avec une certaine abondance , qu'il y ait alternativement appel de sang et congestion dans les viscères de la poitrine et de la région épigastrique , et ensuite réaction qui pousse le sang dans les vaisseaux de la peau. Dans le premier mouvement, l'irritation des viscères produit la constriction du cœur; dans le second, le spasme cesse , et le cœur ayant acquis une grande liberté d'action , repousse, loin des viscères, le sang qui les avait engorgés; ou plutôt le sang circule avec assez de régularité pour qu'il n'y ait de congestion nulle part. Voilà les faits appercevables : il y en a d'autres sans doute qui pourraient nous donner l'explication de ceux-ci ; mais il serait peut-être encore téméraire de les exposer et surtout de les donner comme des vérités incontestables.

Faut-il affirmer maintenant que le mouvement répulsif du cœur est plus énergique , et l'ouverture des pores cutanés plus facile, en un mot, que la sueur est nécessairement plus abondante, lorsque des humeurs putrides , dont l'élimination est indispensable , se rencontrent chez celui qui vient d'éprouver une concentration telle que celle que nous venons de décrire ? Voilà encore une question intéressante dont il nous est permis de tenter la discussion. On jugera si nous l'aurons résolue.

Nous avons dit que pour qu'il y eût de la sueur

à la fin d'un mouvement fébrile , il fallait qu'il se formât dans le commencement une congestion dans la poitrine et la région épigastrique ; et nous ne l'avons pas dit sans dessein : toute congestion à laquelle le poumon n'a pas participé, et même pour beaucoup , ne peut être suivie d'une véritable sueur, et plus il y participe plus la sueur est prononcée. Aussi voit-on la sueur à son plus haut degré dans les phlegmasies des poumons. Ce serait donc en vain que du pus, de la sanie putride, ou tout autre substance étrangère, importune pour l'économie, pénétreraient dans l'appareil circulatoire; si les poumons ne prennent part à l'irritation viscérale qu'elles pourraient déterminer, les matières seraient éliminées paisiblement et sans réaction impétueuse et sudorale.

Mais doit-on considérer le poumon lui-même comme le principal agent de ces espèces de congestions ? Nous nous garderions bien de répondre à cette question par l'affirmative. Le poumon n'est ici ni le principal agent de la concentration du sang à l'intérieur, même quand elle se fait dans son propre tissu , ni celui de la réaction qui lui succède avec ouverture des pores extérieurs : c'est le cœur qui joue ce rôle important. Il faut que l'irritation, quelle qu'elle soit, tout en faisant souffrir les viscères, c'est-à-dire en y faisant rapporter une sensation de mal-être , empêche le cœur d'exercer, avec la liberté et la plénitude nécessaires, son mouvement alternatif de diastole et de systole, pour que le sang s'accumule dans les viscères centraux.

( 453 ) On demandera peut-être où nous avons puise' les preuves de cetle assertion : dans la nature , dans l'observation des faits pathologiques; en comparant les affections simples du cœur, avec celles qu'il partage avec les autres viscères. Mais comme les faits auxquels nous sommes redevable de cetle idée ont plus de rapport avec les irritations intermittentes qu'avec les continues, nous remettons à traiter la question des congestions, jusqu'à ce que nous soyons arrivé à l'intermittence d'irritation. Nous le faisons d'autant plus volontiers que nous avons à cœur de terminer ce qui nous reste à dire sur les différentes espèces de subinflammations.

cLxxxvin.

Quand les tissus cellulaires s'engorgent de lymphe ou de graisse en se durcissant, sans offrir les phénomènes de l'inflammation ou après que l'inflammation s'est éteinte en eux, ils doivent toujours cet état à l'exaltation de leur irritabilité et de leur contractilité, et jamais à un état contraire. C'est encore une espèce de subinflammation.

Cette proposition contient l'expression abrégée du fait que nous avons discuté à l'occasion de l'avant- dernière (CLXXXVI), en considérant la suppuration des dépôts froids comme le résultat

l, Palh. 5ô

d'une irritation qui a beaucoup de rapport avec les engorgemens scrofuleux et qui mérite aussi d'être rangée dans la se'rie des subinilammations. Ce que de'signe la proposition actuelle ne sort pas du même genre ; il s'agit de ces endurcissemens du tissu cellulaire qui se présentent, tantôt lardacés , tantôt remplis d'une lymphe e'paissie , qui lui donne l'aspect de la chair d'orange, d'autres fois comme transformés en une masse de matière suifeuse ou sébacée. Ces sortes d'altérations peuvent se montrer dans le tissu sous-cutané, par l'effet des contusions , de la lèpre , de certaines dartres ; dans le tissu cellulaire interposé entre les lames de l'épiploon ou du mésentère, à la suite des péritonites chroniques; dans le tissu du médiaslin , après des phlegmasies avortées de cette région; dans le scrotum, dans les os spongieux, enfin dans tous les lieux où les lamelles celluleuses et les aréoles gélatineuses peuvent se prêter à un développement considérable, soit qu'elles sécrètent ou qu'elles ne sécrètent pas de la caisse ou de l'huile animale médullaire.

Ces sortes d'affections étaient et sont encore mises, parles onlologistes, hors de la série des maladies d'irritation et attribuées à une modification occulte ou du moins entièrement inexplicable de l'économie. La plupart des médecins n'y voient qu'une modification vicieuse de la faculté nutritive. Quelques uns seulement osent encore accuser une disposition scrofuleuse, qu'ils rapportent à la débilité ; personne , que nous sachions, ne s'en prend à un vice coagulateur ou épaississement de la lym-

plie ; mais il en est beaucoup qui accusent vaguement une cause morbide , une entité' indéfinie, dont ils puisent les caractères fugitifs dans les maladies antécédentes des sujets, ou dans des dérangemens de leurs fonctions, dont ils n'osent pas approfondir la nature. C'est ainsi que les uns se contentent de vous dire que la maladie est rhumatismale ou goutteuse, et refusent en même temps de vous donner une idée physiologique des maladies dont ils empruntent le nom. D'autres regardent les engorgemens qui nous occupent, comme des gales ou des dartres répercutées , comme le résultat de la suppression d'un flux sanguin habituel; il en est qui les croient dépendantes d'un vice scorbutique; on en trouve qui les attribuent à une fièvre intermittente , en refusant de vous dire, de peur de retomber dansl'humorisme, comment une telle cause a pu les produire ; enfin la plupart s'en prennent à une disposition occulte de l'économie et à une sorte d'intention morbide qui prépare ce qu'on appelle le cancer.

Il faut convenir que toutes ces manières de voir ne donnent guère de notions sur la nature physiologique de ces affections, et que surtout elles ont le grand tort de ne point fournir des indications curatives satisfaisantes. A quoi sert en effet d'accuser la transformation d'une entité morbide indéfinie, ou de considérer cette entité comme cachée et renfermée dans la nouvelle maladie , si l'on ne donne pas une idée précise de celle-ci? Est-ce pour insinuer la nécessité des moyens qui pourraient être appropriés à la première maladie ? Eh ! que de

( 456 ) raisons ne peut -il pas y avoir de s'abstenir de ces moyens, c'est-à-dire de ne pas traiter les organes qui ont été primitivement affecte's, et qui ne le sont plus! Faut-il traiter les dartres, la gale, la fièvre intermittente, le rhumatisme, etc., chez des sujets qui n'en sont plus affectés, et pourrait -on toujours le faire impune'ment ? Est-ce pour stimuler les organes jadis malades , et rappeler en eux un état morbide semblable à l'ancien? Cette indication peut, dans un petit nombre de cas et seulement dans le début de l'affection secondaire, donner quelques bons résultats ; mais, dans la plupart des cas , elle fait perdre un temps précieux, qui serait bien mieux employé à combattre le mal dans le nouveau siège qu'il occupe.

Les médecins physiologistes ont tiré grand parti de cette dernière méthode, non seulement dans ce cas, mais dans une foule d'autres encore, et les succès qu'ils obtiennent, ils les doivent à l'idée que les maladies qui se succèdent et se remplacent sont dépendantes d'un phénomène qui les domine toutes, c'est-à-dire de l'irritation qui se diversifie, selon les tissus qu'elle attaque. Avec cette précieuse donnée le praticien tire parti des anciennes vues sur lesexutoires en rapportant leurs effets à la révulsion : mais il n'a pas, comme nos prédécesseurs, une telle confiance dans cet ordre de moyens qu'il néglige de combattre l'irritation dans son nouveau siège. Si l'on demande pourquoi les anciens s'obstinaient à agir ainsi, nous en trouverons la raison dans l'ontologie. C'est parceque, combattant l'entité morbide, larvée oudégénérée,

ils ne pouvaient avoir que trois ide'es : celle de lui opposer les spécifiques qui lui convenaient dans son premier sie'ge ; celle de l'y rappeler par des slimulans ; enfin celle de tarir par des e'vacuans la source de l'humeur morbifique qui pouvait l'alimenter. Quelque raison que l'on allègue pour justifier les anciennes doctrines et les laver du reproche d'ontologisme , nous pensons qu'on ne saurait jamais sortir delà. La the'orie dynamique, la seule que l'on pourrait faire valoir contre notre assertion , est sans valeur pour cet objet; car la débilite', que Ton accusait comme cause des engorgemens dont il s'agit, avait ses spécifiques dans desstimulans qui ne pouvaient que rarement remédiera ces maladies; et quand ils ne réussissaientpas, on n'avait plus de données pour fournir d'autres indications curatives, à moins de se jeter dans l'empirisme , ou dans les autres systèmes dont nous venons de signaler les inconvéniens.

L'explication des maladies qui sont l'objet de la proposition qui nous occupe , par l'irritation , déterminant afflux d'humeur et vice de nutrition ; le classement de cette irritation , avec d'autres nuances analogues, dans un degré inférieur à l'inflammation , sont donc des sources d'indications curatives que l'on ne trouve point dans les anciennes doctrines. C'est à l'expérience qu'il appartient de faire estimer leur valeur; mais elle a déjà prononcé, comme nous pourrons le prouver dans la partie thérapeutique de ces commentaires.

GLXXXÎX.

La graisse et la lymphe qui forment les engorgemens cellulaires avec dureté, sont toujours dégénérées ; et si le ramollissement y survient , l'inflammation se développe. C'est ce qui arrive aux encéphaloïdes, aux mélanoses , aux squirrhes , etc. ; de là les cancers qui surviennent également dans les tubercules, etc.

La graisse, la lymphe elles autres humeurs secondaires dégénèrent dès qu'elles ne sont plus soumises a l'influence normale des tissus qui doivent leur servir de dépôt pour un temps quelconque. On ne saurait encore , dans l'e'tat actuel de la science , déterminer jusqu'à quel point ces humeurs peuvent être importunes et irritantes pour les tissus déjà surirrités qui les contiennent ; mais on sait qu'il est des cas où elles le sont réellement.

Le ramollissement n'est point la cause de l'inflammation que l'on croit désorganiser ces tumeurs; il en est plutôt l'effet. Ce qui le prouve, c'est que plus on les irrite sous prétexte d'en procurer la résolution, plus tôt elles se ramollissent, et passent à l'état inflammatoire qui les fait tomber en détritus ; et que s'il est un moyen de prévenir ce ramollissement, c'est de combattre l'irritation qui le prépare et qui entretient l'engorgement.

Un nouveau fait vient à l'appui des prccédens : c'est que, dans les cas cl'incurabililé de ces tumeurs, on s'efforce du moins d'empêcher leur ramollissem ent inflammatoire par le traitement anliphlo^istique, et plus on leur soustrait d'irritation, pius elles a( qui'rtntde dureté', ce qui arrive au point qu'elles finissent par rester pendant toute la vie comme des tissus inertes, des corps étrangers innocens, qui n'incommodent les parties saines que par leur volume et par leur poids. Ces faits, bien constatés', doivent servir à fonder Jes indications curatives; elles consistent à détruire l'irritation qui a produit la congestion. On court la double chance ou de guérir celle-ci, si la résolution est possible, ou, si elle ne l'est pas , de réduire la tumeur à une masse inerte compatible avec l'existence de l'individu. Il est des cas où les irritans peuvent concourir à cet endurcissement salutaire, mais ils ne sont pas faciles à déterminer; le plus souvent , les résolutifs n'endurcissent les engorgemens qu'en augmentant l'irritation qui les a formés , et préparent le ramollissement consécutif si redouté, qui est le signal de la dégénération cancéreuse.

Nous croyons, au surplus, que les tumeurs blanches des tissus cellulaires, les encéphaloïdes,les squirrhes à forme de chair d'orange, qui ne tendent pas à ce genre d'endurcissement, agissent continuellement sur les viscères par une influence sympathique analogue à celle que nous avons reconnue aux masses ganglionnaires, et préparent des phlegmasies et des subînflammalions qui, continuant leur progrès malgré

( 46o ) l'ablation de ces engorgemens , dans les cas où ils sont opérables , entraînent le plus souvent la perte des malades. Aucune irritation ne peut rester entièrement isole'e dans l'économie vivante: tel engorgement squirrheux qui est absolument indolore est le sie'ge d'un mouvement organique intestin d'irritation qui augmente la tempe'rature du lieu malade ; et tout organe assez excité pour être plus chaud que dans l'état normal exerce des sympathies sur l'ensemble viscéral , établit une habitude d'irritation qui est déjà par elle-même quelque chose defâcheuxlorsqu'elle est fort ancienne , et finit par se convertir en un mouvement désorganisateur , qui prépare les viscères à la catastrophe dont nous venons de parler. La pratique , empiriquement accréditée pour ces sortes de cas, vient prêter un nouvel appui à cette manière de voir les choses : on espère prévenir la rechute chez les personnes que l'opération a délivrées d'une tumeur squirrheuse , en établissant un cautère ; quelquefois l'on y parvient, et la suppression de cet exuloire est bientôt suivie du retour de la première affection; de là le préjugé populaire qui ordonne de conserver les caulères toute la vie. Comment peut agir le cautère en pareil cas? Les anciens attribuaient ses bons effets à l'égout qu'il donne aux humeurs peccanles. Mais la quantité de ce qu'il élimine est si peu de chose en comparaison de ce qu'il en faudraitévacuerpour mettre les personnes à l'abri de toute congestion nouvelle, et la supposition d une humeur pariieulière, provocatrice de la rédicive et appelée exclusivement par le cautère ,

( 46i ) est si absurde, que Foïi ne peut un seul instant s'arrêter à de pareilles explications. Il est certain que si le cautère ou le séton peuvent être de quelque avantage pour les personnes de'livre'es, par l'opération, des masses squirrheuses, ce ne peut être qu'en entretenant à l'extérieur une irritation qui puisse suspendre ou diminuer celle qui s'était e'tablie dans les viscères. Cette explication, la plus plausible de toutes , puisqu'elle découle des faits les mieux constatés , peut devenir pour bien des malades une source de salut, en engageant leurs médecins à proportionner l'irritation artificielle à celle que l'on a fait cesser par l'ablation de la tumeur carcinomateuse. Nous sommes étonné qu'une pareille idée n'ait pas été depuis long-temps suggérée parla contemplation des faits qui nous occupent.

Quant aux engorgemens et aux indurations cellulaires qui occupent les interstices des organes intérieurs, l'on ne peutcomptersur aucunmoyen capable de les résoudre toutes les fois qu'ils ont acquis un baut degré d'intensité. C'est donc à les prévenir qu'il faut s'exercer, et l'on y parviendra si l'on est profondément imbu des principes de la médecine physiologique ; c'est-à-dire si l'on s'impose le devoir de ne jamais négliger une irritation, quelque légère qu'elle paraisse. Quant aux moyens, nous ne pouvons qu'en renvoyer le détail au lieu convenable.

Lorsque l'irritation a régné sous forme

(462 ) d'inflammation ou de subinflammation dans les tissus des membranes articulaires, artérielles et autres tissus naturellement secs et peu extensibles, iî y a extravasation de l'albumine, et cette humeur se dessèche par l'absorption, et se convertit en concrétions calcaires; exemple, les goutteux. Ces concrétions sont donc l'effet de l'irritation. Il en est ainsi de celles qui se forment au milieu des ganglions lymphatiques devenus tuberculeux, et quelquefois dans les follicules sécréteurs de la mucosité.

Ce fait est bien digne d'attention; avant la doctrine physiologique on ne pouvait se rendre compte de la formation de ces concrétions, sans recourir à l'humorisme : mais comme celui de Boerliaave et des mécaniciens n'avait plus aucun cre'dit, et comme, d'un autre côté, la théorie du tartre de Paracelse était renversée par leschimistesmodernes,ondutemprunter à ces derniers les explications humorales dont on sentait le besoin. L'acide phosphorique leva toutes les difficultés. On le supposa libre et détaché des os, sans en indiquer la cause , et même sans se mettre en peine de prouver que les os des goutteux eussent moins de phosphate calcaire et fussentmoins solides que ceuxdesautressujets.il arrive quelquefois que les anciens goutteux éprouvent du ramollissement dans les extrémités articulaires : ces faits, dont nous avons

(465) pins haut donné la véritable raison, suffirent pour lever tout scrupule. On les généralisa sans hésiter; et de ce que les os deviennent quelquefois mous et friables chezquelques vieux goutteux, on conclut qu'aussitôt qu'un homme est saisi d'une attaque de goutte , ses os ont nécessairement perdu une partie de leur phosphate calcaire. L'acide prenait la route des urines, et la chaux, dirigée sur les articulations, était la cause unique des douleux^s atroces que les malades y ressentaient.

Cette explication ressemblait parfaitement à celle des anciens médecins qui croyaient que la nature n'avait point de meilleur moyen pour se débarrasser des humeurs crasses et terrestres, résultat de la faiblesse de la transpiration amenée par les progrès de l'âge, que de lancer cet excrément grossier sur le tissu des petites articulations, tissu d'ailleurs si irritable, si difficilement extensible, si peu propre en un mot à lui servir d'émonctoire. De là le sage précepte de respecter cet effort salutaire de la nature, c'est-à-dire délaisser souffrir les malades.

On a peine à croire aujourd'hui que des hommes bien organisés aient pu prendre une idée aussi misérable des phénomènes vitaux. Quoi qu'il en soit, il est bien évident que l'explication des chimistes modernes n'est que celle de Murgrave et des autres humoristes du moyen âge, habillée à lamoderne.Scudamore lui-même, malgré son inflammation hépatique goutteuse, ne pouvait se tirer de l'explication des calculs articulaires, sans admettre un certaingenre d'altération humorale. Celle que présente la proposition

est aussi simple qu'elle est vraie : des humeurs lymphatiques, riches en phosphate calcaire, sont appele'es par l'irritation dans des tissus cellulaires peu extensibles, fort adhe'rens aux ligamens et aux tendons. Chaque attaque en de'pose une nouvelle couche, et le rapprochement de ces accès ne donne pas le temps à la dernière d'êlre entièrement re'sorbe'e. C'est là, c'est dans ces amas de lymphe en partie extravase'e , en partie soumise à une faible action vitale , et perdant par l'absorption tout ce qu'elle eut de liquide, que se rassemblent les mole'cules du sel calcaire , entraînantavec elles beaucoup de matière animale pour former les concre'tions si incommodes pour les vieux goutteux.

Ce mécanisme est comparé par la proposition à celui qui pre'side à la formation des calculs qui se dégagent quelquefois des amygdales et des follicules muqueux du larynx dans les phîegmasies chroniques de ces organes ; elle les met également sur la même ligne que les noyaux calcaires que l'on rencontre parfois au milieu des tubercules du mésentère, et qui, dans quelques cas, paraissent être la transformation du ganglion tout entier. L'auteur aurait encore pu rapprocher ces mêmes concrétions de celles qui se forment dans les canaux salivaires et même dans le bassinet des reins. Les mêmes lois président à tous ces genres de concrétions. On y retrouve toujours deux phénomènes principaux : accumulation d'humeurs soustraites au mouvement circulatoire, mais encore soumises, jusqu'à certain point, à l'influence vitale des tissus animés d'une irritation or-

(465) ganique vicieuse : absorption ou e'limination de ce qu'il y a de fluide.

Les tissus lardace's ou graisseux sont les seuls enlre ceux que nous avons cites qui soient exempts de ces sortes de concrétions : mais on peut les renconlrer dans tous ceux où prédominent l'albumine et la gélatine ; tels sont, entre tous ceux dont nous venons de parler, le cerveau, le névrilème des gros nerfs, les tuniques des artères, comme le dit la proposition, les tendons, toutes les membranes séreuses, aussi bien que les fibreuses, etc.; etpourlant il est évident qu'une irritation chronique, l'irritation vraiment subinflammatoire , a présidé à leur formation.

Cette explication, fondée sur des faits innombrables, paraît devoir prévaloir désormais dans l'école française , et fermer sans retour l'accès aux théories chimico-humorales, qui ont pendant si longtemps retardé les progrès de l'art de guérir.

La couleur noire existe souvent dans les tuméfactions lymphatiques : c'est ce que Ton appelle mélanose.

On s'est livré, à plusieurs reprises, à des recherches sur la mélanose: les uns l'ont regardée comme une production d'un genre tout particulier, destinée à devenir le siège d'un cancer \ les autres ont cru

(466) qu'elle n'était autre chose que du sang de'composé infiltré dans les parties. Nous croyons aussi qu'il y a plusieurs espèces de me'lanoses, ou, pour parler d'une manière qui ne suppose point une entité, qu'il y a plusieurs causes de la couleur noire que l'on rencontre si souvent dans les cadavres des personnes qui ont succombé aux suites des phlegmasies chroniques.

En commençant par la mélanose dont il s'agit dans la proposition , nous pouvons dire qu'elle n'est autre chose que le tissu du poumon devenu noir par l'effet des progrès de l'âge. Jamais cette couleur noire ne se présente chez les jeunes sujets : on ne rencontre chez eux que de petits points noirs, peu multipliés ; mais, à mesure que l'âge fait des progrès, et que les taches noires se multiplient sur la surface séreuse des poumons , ces points noirs de l'intérieur deviennent aussi plus nombreux ; enfin, lorsque l'homme est fort avancé dans sa carrière, et que, même sans maladie , la surface des lobes pulmonaires est presque toute noire, s'il existe des masses tuberculeuses dans le parenchyme, on peut être assuré qu'elles seront entièrement noires. C'est ce que nous avons plusieurs fois vérifié ; c'est-à-dire que nous nous sommes convaincu que tel tubercule, soit des ganglions bronchiques, soit du parenchyme, qui aurait été blanc ou jaune chez un jeune sujet , est toujours noir chez un vieillard. De là, comme nous l'avons écrit plusieurs fois, l'erreur qui a conduit quelques médecins à avancer que la mélanose des poumons était une phthisie particulière, remarquable en ce

( 467 ) que la fièvre y est peu considérable, et que les malades, qui sont toujours âgés, ont de la disposition à l'œdème. Ces auteurs ont évidemment décrit la pneumonie chronique des vieillards; et, comme les poumons ne peuvent qu'être noirs chez de pareils sujets, ils ont pris cette noirceur pour la preuve du caractère spécial de ce qu'ils ont nommé phihisie avec mélanose.

La couleur noire se présente aussi dans les péritonites chroniques. En ce lieu, elle dépend en majorité du sang extravasé entre les lames de l'épiploon et dans le tissu cellulaire placé entre les différens replis du péritoine. Ceux qui ont étudié, dans cette région , la prétendue entité mélanose ont eu pour résultat qu'elle consistait dans. un tissu infiltré d'un sang décomposé.

La couleur- noire manque rarement de se développer dans les tissus muqueux qui ont long-temps souffert l'inflammation; c'est ce qui fait paraître ces vastes taches noires ou brunes, et ces zones noirâtres que l'on trouve dans l'estomac et les intestins à la suite des gastrites et des entérites chroniques. 11 nous serait difficile de déterminer si cette couleur foncée est ou n'est pas formée par du sang extravasé ou fondu dans le tissu de la membrane d'une manière plus intime qu'il ne l'est ordinairement dans les phlegmasies , où l'on n'observe que la couleur rouge plus ou moins foncée ; mais nous avons acquis la certitude que ces taches noires sont des effets de l'inflammation ; ou bien, si l'on aime mieux nous ne pouvons pas encore déterminer pourquoi

certaines phlegmasies gastro-intestinales laissent à leur suite la couleur noire, pendant que d'autres ne laissent que la rouge ou la violacée. Nous avons remarqué que la couleur noire diminue à la suite des inflammations chroniques; nous l'avons aussi trouvée après les aiguës; mais, dans la plupart des cas il nous a semblé que l'état aigu avait été précédé du chronique; et c'est, à notre avis, ce qui produit le plus efficacement celte couleur noire dans les membranes muqueuses.

Les tissus cellulaires et aréolaires interposés entre les différens organes deviennent noirs dans les fovers fistuleux, et les clapiers qui succèdent au phlegmon, lorsque la sortie du pus n'a pas été libre. Cette espèce de mélanose doit-elle être attribuée à la même cause qui produit celle du péritoine?.... Il est possible qu'un jour, et ce jour ne. doit pas désormais être éloigné, l'on constate que les molécules sanguines, altérées d'une certaine manière par l'inflammation, sont la cause principale de cette noirceur, si commune dans les anciens foyers de pblegmasie; mais nous pensons que ce n'est pas à cette cause qu'il faut attribuer la couleur noire des ganglions bronchiques : elle nous parait dépendre ici des fonctions de l'organe, c'est-à-dire du carbone apporté par le sang veineux, et qui finit à la longue par communiquer sa couleur a tous les tissus de l'organe respiratoire.

Mais cette idée nous en fait naître une autre. Si l'on applique des ventouses ou des sangsues sur deux points de la peau, dont l'un soit enflammé et

l'autre sans phïegmasie , on notera que le sang ex* trait du premier sera noir, et celui qui viendra de l'autre, d'un beau rouge. Ne pourrait-on pas induire de là que l'inflammation rend le sang plus noir qu'à l'ordinaire dans les tissus qu'elle occupe, soit en y faisant prédominer les veines, soit plutôt en le forçant à un séjour qui ne peut que rendre plus fonce'e la couleur qu'il doit toujours prendre en traversant le système capillaire? Cette explication , si elle e'tait reconnue bonne, aurait le grand avantage de rapprocher toutes les mélanoses entre elles , et de faire disparaître le merveilleux que l'on a voulu répandre sur ce genre d'altération.

Au surplus , quoi qu'il en soit de la manière dont on veuille expliquer la cause organique e* la cause chimique de la mélanose, il reste toujours, sur ce point, deux vérités qui nous paraissent incontestables : la première, que la mélanose n'est point un tissu particulier, étranger et comme hétérogène dans l'organisation ; la seconde, qu'elle est un produit de l'irritation prolongée des organes, surtout dans la nuance qui porte le nom d'inflammation.

D'après ces réflexions, la proposition CXCI doit être rédigée de la manière suivante : « La couleur » noire existe souvent dans,, les foyers d'inflammation » et de subinflammalion chroniques : c'est ce que » l'on appelle mélanose. »

CXCII, Le cancer extérieur, produit de la dégé-

l, Path, $l

( 470 ) nératîon irritative des tissus où prédominent l'albumine et la graisse, est toujours accompagné d'inflammation : il n'est pas incurable tant qu'il n'est que local.

Cette proposition signifie que l'Irritation occulte et véritablement subinflammaloire qui enlrelient les tuméfactions dont il s'agit, s'accroît lorsqu'elles se changent en cancer; ou plutôt que l'inflammation qui ramollit, dissout, ulcère et fait tomber en detrilus les parties endurcies, n'est autre chose que la subinflammation qui entretenait l'engorgement, et qui prend alors un nouveau degré d'intensité'. C'est afin de donner l'ide'e de ces deux nuances distinctes de l'irritation , celle qui enlrelient le sarcome et celle qui le fait tomber en dissolution purulente , que l'auteur a nomme' la dernière inflammation mixte ; expression fondée sur ce que la masse de la tumeur n'est encore affectée que de la subinflammation, pendant que la superficie, plus vivement irritée et plus péne'tre'e de sang, est dévore'e par une ve'ritable inflammation. La principale raison de celte sur-aclivile' , c'est que la peau, par où commence l'ulce'ralion , est cellulaire et plus sanguine que la masse lymphatique sousjacente. C'est donc la phlegmasie de celte enveloppe et de ses feuillets aréolaires, qui, après l'avoir détruite , pe'nètre le sarcome, l'échauffé, le détruit. On peut remarquer qu'il y a toujours plus d'inflammation dans le bourrelet cutané qui entoure les cancers dont l'ulcé-

Ctt* )

ration est devenue d'une certaine étendue. Les membranes muqueuses jouent le même rôle pour les cancers des cavités viscérales.

La seconde partie de cette proposition portant que le cancer, même ulcéré * n'est pas incurable tant qu'il n'est que local, ne doit pas seulement s'entenrire des sarcomes ulcérés : il est possible que la tumeur, avant d'èire parvenue. à ce degré, ait déjà réagi, et même assez fortement, sur les viscères. C'est ce que nous avons développé dans les précédens commentaires, 'i ■>

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