‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 32 sur 50 · CXC1IL · texte numérisé non relu

CXC1IL

L'inflammation du cancer extérieur se ré* pète par sympathie dans les principaux viscères , mais le cancer ne s'y développe que par suite de cette inflammation. Il peut même ne pas s'y former : la diathèse cancéreuse n'esl donc pas si fréquente qu'on le croit.

En effet les influences du cancer ulcéré sont celles de l'inflammation et sont semblables à celles qu'exercerait un phlegmon ou un érysipèle;ce qui le prouve, ce sont les autopsies cadavériques, qui bien souvent ne découvrent dans les viscères aulre chose que des phlegmasies : c'est ce qui nous a jadis causé beaucoup de surprise. Toutefois, comme les ganglions et les tissus aréolaires des appareils viscéraux ont

ii. \

coutume de s'affecter à la suite des phlegmasîes de ces organes, comme ils s'affectent même lorsque l'irritation leur vient de toute autre cause que de l'influence d'un foyer cancéreux, on ne doit pas trouver e'trange que, lorsqu'elle procède d'une telle source, elle finisse par produire des tubercules et des squirrhes. Il y a plus de raison encore pour que l'affection visce'rale parvenue jusqu'à ce degré, lorsqu'elle a été' entretenue pendant long-temps par un sarcome , se transforme lentement en un véritable cancer, et cela d'autant plus facilement que l'irritabilité lymphatique est plus prononcée chez le malade.

C'est d'après ces observations, c'est-à-dire, parcequ'il n'est pas vrai , comme on le croyait autrefois, que les personnes affectées de cancer et succombant aux progrès de cette maladie , doivent leur dépérissement à la répétition dans les viscères d'engorgemens et d'ulcérations analogues à ceux que l'on voit à l'extérieur du corps ; c'est parceque souvent leur état est semblable, quant aux tissus intérieurs, à celui d'un malade qui serait conduit au marasme par une affection entièrement étrangère aux cancers, telle qu'une plaie avec délabrement des extrémités; c'est pour tous ces motifs que la proposition avance que la diathèse cancéreuse n'est pas si fréquente qu'on le croit; on pourrait ajouter et la cachexie : c'est pourquoi désormais la proposition CXCIÏI conservera la rédaction suivante dans la dernière phrase : « La diathèse et la cachexie cancéreuses ne » sont donc pas si communes qu'on le croit. »

cxcrv;

Les progrès du cancer sont toujours en raison de l' inflammation qui s'y trouve.

Cette proposition est une conse'quence des préce'dentes : s'il est vrai que le cancer agisse sur les viscères en leur transmettant de l'irritation, celle-ci doit nécessairement être en raison de l'inflammation qui la provoque; de là des inductions thérapeutiques fort importantes et que nous retrouverons dans un vautre lieu,

cxcv«

Toutes les inflammations et subinflammations peuvent produire le cancer.

C'est une ve'rite' qu'il importait beaucoup de mettre dans toute son évidence ; car les médecins ne cessaient de rouler dans un cercle de raisonnement extrêmement vicieux au sujet de ces maladies. Lorsqu'un ulcère rongeant se présentait à la surface du corps, ils allaient à la recherche de la cause : s'ils pouvaient soupçonner un principe vénérien , scrofuleux, dartreux ou autre , car il y en avait de bien des espèces, l'ulcère en recevait le nom, et on le traitait en conséquence; s'il guérissait, il conservait sa dénomination; si rien ne pouvait en arrêter les. pro-

grès, on îe déclarait cancéreux*, il arrivait même quelquefois qu'on e'iait force' de lui ôler ce litre pour le lui avoir donne' îrop lot; c'est ce qu'on e'iait obligé de faire toutes les fois qu'il guérissait, attendu qu'on était convenu de l'incurabilité du cancer.

Lorsque l'on ne pouvait assigner aucune cause de celles qui supposa nt un principe hiunoraLcurdhle p.'ir les specifiqr.es et les dépuratifs, et dans les cas ou i ulcère rongeant s'était formé sur un engorgement chronique, on lui déférait dès l'abord le titre de cancer : si cependant, malgré la sentence du médecin, le malade était assez heureux pour en guérir, on se voyait encore forcé d'abjurer le premier diagnostic , et si l'on ne pouvait mettre l'ulcère sur le compte d'aucun virus ni d'aucun principe , on finissait par dire que c'était un ulcère imitant le cancer, mais qui n'en avait pas la nature; et tout cela parceque le, cancer devait nécessairement être une maladie incurable.

Qu'il existât une maladie appelée cancer, qui dût nécessairement être au-dessus de toutes lesressources de l'art, c'est ce que le jeune médecin concevait à merveille au premier abord; mais lorsqu'il demaii'dait les caractères distinct i fs de celte maladie, personne ne pouvait les lui donner: aucun praticien ne savait si un ulcère extérieur était vraiment de nature cancéreuse , jusqu'à ce que la mort ou la guérison du malade lui eussent révélé ce grand mystère.

L'aspect de la surface ulcérée ne fournissant pas assex de données pour la solution de la question,

( 475 ) les médecins eurent recours à la tuméfaction sousjacente. Ils en (reprirent de lui assigner des caractères ; mais ils ne furent point d'accord. Les uns voulaient que ce fût nécessairement une encéphaloïde, sorle de tuméfaction lymphatique opaque, ayant quelque rapport de couleur et de consistance avec le cerveau; les autres un tissu lardacé; quelques uns préférèrent le tissu d'apparence fibreuse, forme' de gélatine, qui se rapporte à la chair d'orange (tous les l'issus peuvent en effet recevoirl'ulcéralion de la peau , ou d'une autre membrane de rapport); mais on leur montra aussi des ulcères rongeans et incurables développes sur la surface de la peau et i\vs muqueuses extérieures, sans qu'aucun de ces tissus s'y fut préalablement formé. Maintenant on leur fait voir des masses encéphaloïdes, Jardacées , squirrheuses , dont on enlève une partie par le fer, et dont on guérit l'autre par des applications de sangsues.

On peut encore leur demander pourquoi , s'il faut toujours un de leurs tissus privilégiés pour la formation du cancer, ils ne donnent ce nom aux ulcères scrofuleux, scorbutiques, dartreux ou herpétiques, etc., que lorsque tous leurs efforts pour les guérir ont été iinpuissans. On peut leur faire la même question pour toutes les ulcérations qu'ils n'alliibuenl à aucun virus , et l'on verra que toujours leurs réponses seront incertaines. Ils n'ont aucun moyen de reconnaître soit par le tact, en palpant la tumeur, soit par l'aspect de l'ulcère, s'il guérira ou s'il ne guérira pas, el comme l'essence du cancer

est dans l'incurabîlité, ils ne peuvent donner ce non» ou le refuser qu'après l'événement.

Tel était encore l'état de la science lorsque les propositions de l'Examen virent le jour; car ce que l'auteur avait déjà écrit quelques années auparavant sur le même sujet n'avait pas fait assez d'impression. Le cercle vicieux que l'on parcourait, en raisonnant sur la phlhisie pulmonaire, servait également à la théorie du cancer; et ce fut pour purger la médecine de ces équivoques honteuses, de ces contradictions choquantes, que l'auteur, après avoir donné avec beaucoup de détails, dans Y Examen, toutes les démonstrations dont la nature de ces deux maladies lui parut susceptible, en fit le résumé et le consigna dans ses propositions générales. Nous avons vu, en leur lieu, celles qui concernent la phthisie pulmonaire; quant à celles-ci, nous avons peu de choses à dire pour en faciliter l'intelligence , il suffira de rappeler les faits de la manière la plus concise que faire se pourra.

Toutes les inflammations chroniques de la surface du corps peuvent, si on les irrite immédiatement pendant que 1 on stimule les voies gastriques , se convertir en ulcères rongeans ; et ces ulcères, devenant incurables par la destruction qu'ils ont opérée, par la profondeurà laquelle ils ont pénétré, aussi bien que par les progrès de l'irritation viscérale concomitante , rentrent dans ce que les auteurs avaient appelé cancers.

Toutes les subinflammations externes ne sont pas précisément dans le même cas , pareequ'il en est

(477 ) parmi elles dont l'indolence est telle que rien n'y peut développer le degré d'irritation ne'cessaire à la phlegmasie désorganisatrice.

Quant aux phlegmasies des viscères, il est rare qu'elles n'aient pas assez d'irritabilité pour que la slimulalion ne puisse pas les conduire à l'état rongeant et désorganisateur, lorsqu'on la répète sans cesse avec force et persévérance. Il n'y a que les engorgemens blancs ou lymphatiques, placés hors de la portée des irritans que l'on introduit dans les voies gastriques, qui fassent exception à cette règle; telles sont les tuméfactions des ovaires, celles des tissus graisseux interviscéraux, qui souvent sont insensibles à la stimulation des surfaces internes de rapport : on les voit quelquefois persister toute la vie sans subir la dégénéralion cancéreuse. 11 est pourtant certains cas où. leur volume les ayant fait adhérer à la peau, celle-ci, plus irritable et plus Sanguine qu'eux, se trouvant distendue à l'excès, contracte une phlegmasie chronique qui l'ulcère d'abord, et qui , après l'avoir détruite, pénètre dans la masse, jusqu'alors indolente, et y porte des caractères cancéreux.

La même altération peut arriver à ces tumeurs par les surfaces ulcérées des membranes muqueuses internes, lorsqu'elles en sont assez rapprochées. C'est ainsi que des masses de ganglions bronchiques, qui pendant fort long-temps s'étaient conservées exemptes de toute solution de continuité, peuvent être entamées par une ulcération de la muqueuse des bronches, qui, après avoirdétruit celte membrane,

attaque îa glande qui lui adhère et pénètre plus ou moins dans sa substance.

Le même désordre peut s'introduire dans le foie et. dans la rate, lorsque l'ulcération a perforé l'estomac ou un intestin collé sur ces parenchymes endurcis.

Il n'y a que les engorgemens très secs ou très humides que la phlegmasie désorganisai! ice des surfaces de rapport ne peut atteindre, qui soient à l'abri du cancer. Enfin, pour terminer par le fait le plus général, toutes les inflammations et les subinfiarnmations chroniques susceptibles d'être exaspérées parl'action des slimulans, peuvent, si elles sont longtemps soumises a cette épreuve, se convertir en cancers.

Les inflammations des membranes séreuses n'ont que deux formes : l'une aiguë, très douloureuse et très fébrile ; l'autre chronique, presque indolente et, apyrétique. Cette dernière se confond avec les subinfla carnations.

On s'est long-temps étonné de ce que les membranes séreuses, qui ne reçoivent point de cordons nerveux pareils à ceux que Ton voit s'introduire dans plusieurs autres tissus, et qui n'ont aucune sensibilité dans l'étal normal , devinssent aussi sensibles quand elles sont échauffées par l'inflammation. On

{ 479 ) a témoigné la même surprise, et pour la même raison, sur la sensibililé des lendons et de plusieurs aulres tissus blancs.

On ne s'est point souvenu que les artères ne marchent qu'entourées de nerfs qu'elles conduisent dans les tissus capillaires. On n'a pas voulu se représenter les choses comme elles sont, c'est-à-dire, la matière nerveuse intimement fondue avec les tissus et faisant partie de leur Ira me d'une manière que jusqu'ici la finesse de nos instrumens ne nous a pas permis de discerner. On semble n'avoir pas compris que celle substance agit toujours, au moins localement, dans les fondions organiques, sans communiquera la matière nerveuse cenlrale une simulation dont le moi puisse avoir la conscience; mais que lorsque le lissu dont elle fait partie est devenu plus vivant par l'inflammation , dont celle matière est le principal instrument , il suffit des cordons nerveux artériels qui communiquent avec elle pour que la stimulation arrive au centre nerveux et que la douleur se développe : or, aussitôt que la douleur est développée, toutes les sympathies qui en résultent doivent être attribuées à l'appareil médullaire central.

On affecte toujours , par une espèce de morgue dont nous ne comprenons pas le fondement, de négliger celte manière de considérer les choses, et de placer chaque fonction sensoriale ou motrice dans une paire de cordons nerveux; comme si les cordons étaient des puissances, et que l'ensemble des fonctions de relation ne fût qu'une sorte d'oligarchie ou une aristocratie de puissances nerveuses

( 48o ) résidant chacune dans un nerf particulier. Nous ne trouverons que trop d'occasions de revenir sur celte théorie, dont nous avons déjà montré le vide dans notre traité de physiologie. On voit, déjà combien elle est insuffisante pour expliquer les douleurs et les désordres sympathiques desphlegmasies séreuses, et combien il est facile de s'en faire une idée en se les représenîant comme nous venons de le faire.

11 n'en est pas moins digne de remarque que les membranes séreuses ne soient, en quelque sorte , douloureuses que pour un moment, que , pendant qu'elles le sont, les souffrances y soient extrêmes et qu'elles retombent àpeuprèsdansrindolence,en passant à l'état chronique. Nous disons à peu près , car il y a bien encore de Tendolorissement dans ces phlegmasies chroniques, surtout lorsqu'elles sont assez intenses pour entretenir un mouvement fébrile, telles sont plusieurs pleurésies et péritonites chroniques; mais la douleur n'est pas accusée comme une sensation importune habituelle, elle ne ressort que par la pression, la percussion et dans certains mouvemens du torse. Toutefois on ne peut s'empêcher de convenir que les phlegmasies séreuses ne présentent pas ces nuances multipliées de sensibilité, soit locale, soit sympathique, que l'on remarque dans les phlegmasies muqueuses.

C'est avec raison, selon toute apparence, que la proposition attribue cette diiférence à ce que les membranes muqueuses sont naturellement des sens internes , moteurs d'un nombre plus ou moins grand de sympathies , tandis que les séreuses ne le

deviennent que dans lVtat inflammatoire. C'est comme si l'on disait qu'une partie qui est lie'e sympalhiquement avec un plus grand nombre d'organes qu'une autre , doit en troubler aussi un plus grand nombre quand sa sensibilité est exaltée par l'inflammation. Nous ne croyons pas que l'on puisse faire des objections valides contre cette manière de voir.

Il nous semble que ce qui fait l'atrocité' des douleurs de l'e'tat aigu des phlegmasies séreuses, c'est la création subite d'un nouveau sens, auquel le centre nerveux n'était point habitué, et dont l'organe est enflammé aussitôt qu'il est perçu : mais que lorsque l'inflammation devient chronique , ce sens ayant perdu de son activité doit nécessairement retomber au-dessous des sens normaux, à raison dune organisation moins parfaite ; et comme d'ailleurs il a moins de conducteurs qui le mettent en rapport avec le centre, il est tout simple et tout naturel qu'il en trouble moins les fonctions.

Le même raisonnement est sans doute applicable à tous les points de sensibilité insolites que l'inflammation peut développer dans l'économie, et particulièrement au phlegmon; aussi ne nous refusons-nous pas à cette application. Les hommes vraiment faits pour comprendre les phénomènes physiologiques en sentiront la valeur et pourront même en prévoir toutes les applications. Quant aux médecins qui ne se guident que d'après des vues mécaniques et qui ne peuvent voir que la physique dans la vie , ce n'est point à eux que nous nous adressons.

( 48a ) La proposition CXCVI dit que les pnlegmasies chroniques des membranes séreuses se confondent avec les subinflamraalions : c'est qu'en effet ces membranes éprouvent un écarlement de leurs lamelles, et s'engorgent d'une lymphe qui, pour le dire en passant, doit contribuer à emousser leur sensibilité; ce qui fait qu'à la fin elles ressemblent aux erigorgemens des scrofuleux, ou à ceux que l'on remarque autour des articulations qui ont e'ie' plusieurs fois empâtées par les fluxions goutteuses. On y retrouve aussi du sang e'panché et infiltré, produisant ce que l'on a qualifie' de raélanose , sans parler des fausses membranes ou pus concret, et des e'panchemens ou pus liquide , qui couvrent la surface libre. C'est dans cet e'tat, dont la guérison radicale est impossible, au moins quand il est général dans les séreuses fort étendues, que ces sortes de phlegmasies ont réellement perdu le caractère inflammatoire pour revêtir celui de la subinflammation : et voilà ce qu'il importe beaucoup au médecin de ne jamais oublier, pour avoir des motifs d'action et pour ne pas être retenu, dans l'état aigu, par la crainte ridicule de causer trop de faiblesse.

GXGVIL

Les inflammations des membranes mucueuses ont des formes et des degrés plus multipliés que celles des séreuses , parceque, comme sens internes et mobiles continuels

(483) de sympathies, les muqueuses ont une sensibilité et une irritabilité plus variées et pjkis intenses que les séreuses, qui n'ont ni sensibilité , ni sympathies dans l'état sain.

D'après ce que nous venons de dire nous sommes dispenses de commenter celte proposition. Quelques médecins persistent encore à ne voir dans les membranes muqueuses que des organes de support et de progression pour les corps clrangers dcsline's à fournir quelque chose à l'absorption , et pour les produits des sécréteurs : nou snous contenterons de renvoyer ces confrères à notre traite' de physiologie appliqué à Ja pathologie.

GXCVI1I.

Toutes les hémorrhagies qui ne dépendent pas d'une viol nce extérieure et qui sont spontanées , sont actives , quelle que soit la faiblesse du sujet.

Si toutes les phlegmasies sont actives, toutes les he'morrhagies doivent l'être : car il est clair que la modification anormale qui produit les premières ne diffère en rien d'essentiel de celle qui fait naître les secondes. 11 n'y a point dons la de'bilile' ou le relâchement des libres de raison pour que le sang s'épanche hors des vaisseaux qu'il parcourt

pour transsuder à la surface libre des organes. On ne peut se rendre compte dune pareille extravasation qu'en concevant une force qui accumule le sang dans la parlie dont la superficie se laisse péne'trer par les globules sanguins , et celle force varie selon les cas. Dans quelques uns , c'est un obstacle au retour du sang de la partie engorge'e vers le cœur; telles seraient la ligature, la compression, l'oblitération des veines. Dans d'autres, c'est une pression me'canique exerce'e sur un organe et qui tend à en exprimer le sang, ce qui peut encore être considéré comme un obstacle au retour du sang. Hors ce^ cas de force étrangère , dont le mode peut d'ailleurs se diversifier beaucoup, et toutes les fois que la circu ation est libre, il faut bien que la force qui accumule le sang dans le tissu où se fait le suintement he'morrhagique soit rapporte'e à l'irritation. C'est ici le moment de re'sumer les preuves que nous avons déjà données de cette assertion , et nous allons y procéder le plus brièvement qu'il nous sera possible. Prenons pour type l'hémorrhcgie menstruelle : lorsqu'elle se prépare, il se développe dans l'utérus une irritation qui y fait affluer le sang; c'est ce que prouvent les phénomènes locaux et sympathiques qui précèdent l'apparition du flux. La congestion étant formée, le sang qui la constitue transsude par la surface interne de l'organe, et, dans l'espace de quelques jours, celte hémorrhagie dissipe la congestion. Il y a bien enlre ces deux faits, l'afflux du s-ing et son évacuation par exsudation , quelque chose

( 435 ) qui ne nous est pas connu, quelques faits de modification organique dont le mode n'est pas encore saisi ; mais ceux que l'on observe n'en sont pas moins re'els : voyons s'ils se trouveront dans d'autres he'morrîiagies.

Il survient de la chaleur à. l'extrémité inférieure du rectum; la membrane muqueuse se remplit de sang, et lorsque cette plénitude est parvenue à un certain degré, le suintement sanguin s'opère et il dissipe la congestion.

Mêmes phénomènes dans la région nasale : sentiment de plénitude , rougeur, suintement sanguinolent ; le poumon, l'estomac et tous les autres organes intérieurs susceptibles de fournir des hémorrhagies, présentent constamment la même succession de phénomènes. Or, tant qu'on peut distinguer cette succession, l'hémorrhagie porte le nom d'activé; mais lorsque les sujets sont débilités, on ne la trouve pas aussi bien dessinée , et l'hémorrhagie est dite passive, comme si, après avoir dépendu de l'irritation, elle pouvait être l'effet de la faiblesse; ce renversement est d'autant plus singulier que la faiblesse elle-même est attribuée à l'hémorrhagie. Concevez donc une perte de sang qui est d'abord occasionée par l'excès de vitalité , et qui , quand elle a diminué cette surabondance de vie, devient l'effet de la faiblesse qu'elle a elle-même produite.

Quelque absurde que paraisse un tel raisonnement, les médecins n'en ont point rougi : on les a vus alternativement appeler active, ensnile passive, puis, après un certain temps de restauration, qua-

î. Paih. 02

( 4»«) lifier une seconde fois du nom d'activé la même hémorrhagie chez le même sujet.

Lorsque la débilité des malades était extrême, ils ne voyaient pas la congestion préparatoire du flux, et pourtant elle ne manque jamais; elle est moins prononcée, mais un observateur attentif sait la reconnaître. Ces sortes d'hémorrhagîes ne sont jamais continuelles, et l'instant qui précède leur retour est toujours marqué par une sensation de pesanteur et de chaleur qui se dissipe par l'effusion spontanée du sang.

Pour rendre le caractère actif de l'hémorrhagie spontanée moins douteux, même chez les sujets les plus faibles, nous recourûmes encore à l'inspection des organes, et nous prouvâmes que toutes les pertes de sang qui figurent au premier rang parmi les passives des auteurs, se font sur des surfaces dévorées par une inflammation chronique. Il en résulte évidemment que si ces hémorrhagies sont passives, les phlcgmasies qui les fournissent le sont aussi; mais comment qualifier de passive une inflammation qui s'est déclarée pendant que le sujet était vigoureux, phlétorique et surexcité ? On la reconnaissait si bien pour active à cette époque , qu'on la combattait par le traitement antiphlogislique : or c'est cette même inflammation que l'on n'a pu guérir qui fournit maintenant des hémorrhagies. Peut-on la supposer aujourd'hui produite par la débilité qui est son effet?

Les sectateurs des hémorrhagies passives spontanées soutenaient qu'elles dépendent d'une paralysie

des pores de la partie qui les fournit. On leur demande pourquoi les parties les plus vivantes de l'économie sont constamment le siège de ces effusions sanguines; pourquoi les foyers d'inflammation en fournissent plus facilement que les autres tissus ; pourquoi les pertes ne sont pas continuelles puisque la faiblesse Test, et puisque la circulation ne s'interrompt jamais; pourquoi enfin les parties attaquées de paralysies, loin d'en offrir des exemples, offrent plutôt une diminution constante du calibre de leurs vaisseaux, la décoloration, la flétrissure, l'atrophie ou l'œdème ?

Certes , tout tissu qui fournit un écoulement hémorrhagique est surirrilé: l'observation du mode d'action des agens qui l'ont fait dévier de l'étal normal ne le prouve pas moins que les phénomènes locaux et sympathiques qu'il présente. Que ces tissus soient ulcérés, comme le poumon chez les phthisiques , le col de l'utérus chez les femmes cancéreuses , qu'ils ne le soient pas, comme le nez chez certains sujets que des épistaxis toujours renaissantes produites par l'influence symphalique d'une phlegmasie intense ont épuisés, ces tissus , nous le répétons, sont toujours le siège d'une irritation qui y fait continuellement affluer le sang, mais qui, prenant parfois un surcroît d'activité, l'y accumule à un tel point que son retour dans la circulation n'est plus possible, et qu'il faut qu'une partie s'échappe parles pores libres de la partie malade.

Il est bien vrai que lorsqu'un tissu modifié de la sorte a souffert depuis long-temps, il offre moins

de résistance à l'hémorrhagie ; il est vrai qu'il s'affaiblit en effet et qu'il devient plus facilement béant au moment de la congestion , en un mot , il est certain que l'affaiblissement de sacontractilité favorise le retour de lThe'morrhagie. Mais ce changement est toujours un effet de l'irritation : il ressemble à toutes les de'bilite's consécutives aux surexcitations, qui ne peuvent jamais être conside'rées comme la cause des maladies dont elles sont elles-mêmes le re'sultat. Autant vaudrait accuser l'épuisement qui succède aune pe'ripneumonie d'avoir été la cause de cette affection inflammatoire, ou dire que l'injection sanguine et la tendance aux re'cidives , sortes de de'bilite's que l'on observe dans les portions de peau et de membrane muqueuse qui viennent d'être gue'ries de l'inflammation, sont la cause de ces mêmes inflammations. Tout ce qu'on peut avancer avec fondement, c'est que ces débilite's , que l'on peut conside'rer comme une diminution de la force de contractilité permanente ou tonicité', ou, si l'on aime mieux , comme une plus grande mobilité' et une moindre re'sistance à l'extension , en un mot , comme une augmentation d'irritabilité avec diminution de force, ont besoin d'un certain temps pour se dissiper, à la suite des inflammations et des hémorrhagies, et que, pendant qu'elles persistent, elles favorisent l'action des causes qui tendent à reproduire ces maladies.

Celte manière d'exprimer les faits est bien différente de celle que l'on emploie lorsque l'on partage les hémorrhagies et les inflammations en actives et

en passives: une telle dichotomie suppose deux entite's différentes et de natures entièrement opposées dans la même maladie, et par cette raison deux ordres d'indications diamétralement opposées. C'est en cela que consiste la grande erreur, l'erreur vraiment préjudiciable à l'humanité, parcequ'elle conduit à une pratique extrêmement mauvaise. En effet, autre chose est, lors d'une hémorrhagie chronique, de ne voir dans la partie qui donne le sang qu'une débilité consécutive, purement locale, fournissant des indications particulières, sans préjudice de celles résultant de l'irritation qui préside à l'état morbide du sujet; autre chose de ne voir chez celui-ci, localement et généralement, qu'une débilité fournissant à el!e seule toutes les indications curatives. Nous partirons de cette distinction pour établir les indications thérapeuthiques des hémorrhagies.

Les hémorrhagies spontanées dépendent d'une irritation des capillaires sanguins , mais elles sont rendues plus faciles par l'hypertrophie du cœur.

Nous pensons en effet que tous les phénomènes tendent à prouver que l'irritation qui provoque la sortie du sang, a son principal siège dans les vaisseaux capillaires de la partie, et nous serions même porté à croire qu'elle réside dans les artérioles. En

(490 ) effet, lorsque les artères sont parvenues à un certain degré' de te'nuite', les nerfs qui les accompagnent se sont en grande parlie fondus dans leurs tuniques, et doivent leur communiquer une activité qu'elles n'avaient pas auparavant; or, c'est dans ces sortes de tissus vasculaires nervoso-sanguins que retentissent les stimulations sympathiques , par exemple lorsqu'une partie richement pourvue de ces capillaires rougit et se gonfle subitement sous l'influence d'une vive affection morale, et lorsqu'une autre partie , pareillement organise'e, s'injecte et, si elle estsëcretoire, e'jacuîe tout-à-coup son fluide particulier par l'effet d'une pense'e ou par l'influence sympathique d'un autre organe en état d'irritation. Dans tous ces cas, ne faut-il pas nécessairement reconnaîlre une influence nerveuse , et cette influence, qui n'est qu'une innervation, pourrait-elle donner de l'impulsion aux fluides si elle n'était, en définitive, lancée sur lesfibres mêmes qui composent les petits vaisseaux?

Hé bien, nous osons l'avancer, ce ne peut être que cette activité des capillaires sanguins à parois composées de matière nerveuse fondue avec la matière propre des artérioles, ce ne peut être que cette activité qui accumule le sang dans un tissu, avec chaleur augmentée, perceptible au tact, perceptible à la conscience de l'individu, et sensation de tension, de plénitude, de démangeaison ou même d'une douleur cuisante; or, cette force ayant produit la congestion, le sort du sang qui la forme et qui s'amasse dans les aréoles de la partie moins actives que les capillaires qui l'y ont poussé,

(49* ) diffère d'après des conditions qui ne nous sont pas parfaitement connues : tantôt il reste et alimente une phlegmasie , et cela est tellement vrai que si une saignée locale lui donne issue, la phlegmasie est arrêtée; tantôt il sort par la surface libre du lieu congeste' , ce qui constitue le phénomène de l'hémorrhagie.

On voit que la disposition des pores de cette surface doit seule de'terminer la différence qu'il y a enîre l'inflammation et l'hémorrhagie. C'est donc cette disposition qu'il faudrait connaître à fond pour pouvoir raisonner d'une manière complètement satisfaisante sur la cause prochaine de l'un et de l'autre résultat des congestions sanguines, et trouver les meilleures indications curalives. Nous n'entreprendrons point d'approfondir cette question ; nous nous contenterons, en développant la proposition suivante, de démontrer par les faits que les deux résultais se succèdent et se remplacent de manière à ne laisser aucun doute sur l'identité de l'action vitale qui les prépare; je veux dire l'activité capillaire qui produit la congestion.

C'est maintenant que l'on peut comprendre sans peine comment l'excès d'énergie du cœur facilite la sortie du sang qui forme les congestions locales dont nous venons déparier. On conviendra, nous l'espérons, que cette énergie les facilite beaucoup; car l'irritation nerveuse subitement accrue des capillaires artériels étant donnée, plus ils trouveront de sang disponible dans les artères dont ils émanent, plus ils auront de facilité à le pousser dans les aréoles

( 49* ) voisines, et plus sera rapide la tuméfaction sanguine de la partie.

Or voilà, ce nous semble, le fait tout explique' : si le sang, poussé par un cœur hypertrophie' et vivement stimulé, arrive vers un foyer d'irritation capillaire à ondées fortes et rapprochées, les artérioles surirritées auront bientôt produit la congestion; elle seferamêmeavec tant de promptitude que les pores de la partie seront forcés de s'ouvrir pour donner issue au sang, et l'hémorrhagie sera prompte et copieuse.

C'est ainsi que l'énergie du cœur rend les hémorrhagies faciles et communes dans la jeunesse, comme la faiblesse et la langueur de ce viscère les rendent rares et difficiles dans la vieillesse. C'est en vertu de cette loi que les hommes affectés de l'hypertrophie du cœur restent sujets aux hémorrhagies malgré les progrès de l'âge, et conservent cette aptitude jusque dans la vieillesse ; enfin l'on explique par cette même loi pourquoi, lorsque la disposition aux hémorrhagies extérieures est entièrement détruite, celle aux hémorrhagies intérieures ne l'est pas. N'est-il pas clair en effet que cela dépend de ce que l'impulsion du cœur est mieux sentie dans les viscères qui en sont très rapprochés, que dans les ouvertures muqueuses et dans la peau?

Il faudrait bien se garder de conclure de ce qui vient d'être dit, que l'hypertrophie du cœur suffise pour expliquer ces hémorrhagies. S'il en était ainsi, jamais les pertes de sang des sujeis qui en sont affectés ne s'arrêteraient avant l'affaiblissement total du cœur 5 c'est-à-dire à peu près à la syncope; et

d'ailleurs il n'y aurait point de raison pour que le sang ne sVcoulât pas continuellement par les surfaces les plus rapprochées du cœur, c'est-à-dire par les porosite's du poumon. Il est donc clair qu'il faut toujours une irritation locale pour opérer une congestion, mais que cette congestion e'tant d'autant plus rapide que l'impulsion du cœur est plus grande, la sortie par transsudation , c'est-à-dire par hémorrhagie , du sang amasse', doit être plus commune chez les sujets affecte's d'hypertrophie du cœur que chez les autres.

On peut aussi comprendre, d'après ces considérations, comment l'obstacle que le sang e'prouve à traverser le cœur dans les cas d'ane'vrisine , c'est-à-dire de dilatation avec faiblesse de ses parois, peut, en forçant le sang à séjourner dans les appareils veineux, favoriser les hémorrhagies du poumon et des voies gastriques, lorsqu'une irritation capillaire a produit une congestion dans un point de ces viscères; car il est sans exemple que ces sortes d'hémorrhagies se soient faites par toute l'étendue de leurs surfaces libres.

On voit quel est le sens de la proposition CXCIX et combien il importe aux progrès de la médecine physiologique qu'elle soit bien entendue des observateurs.

ce.

Les hémorrhagies spontanées dépendent des mêmes causes éloignées que les inflam-

( 494 ) mations : aussi elles les compliquent, les produisent, et sont déterminées par elles dans le même lieu; elles les remplacent et sont remplacées par elles dans des parties différentes.

C'est ici le complément des preuves de tout ce que nous avons mis en avant dans nos dissertations sur les hémorrhagies. La proposition ne contient que l'énoncé gênerai des faits : mais est-il donc nécessaire de les énumércr dans un commentaire ? Ne sait-on pas avec quelle facilite' une congestion, qui avait coutume de se résoudre par l'exhalation sanguine , peut changer ce mode de terminaison conlre un autre? 11 suffit d'avoir observé les menstrues et les hémorrhoïdes pour n'en pas douter. IN'cst-il pas également évident que plusieurs congestions sanguines, que l'on croyait devoir se terminer par effusion sanguine en consultant le vœu de la nature, trompent tous les jours notre attente en conservant le caractère inflammatoire , ou même seulement le subinflammaloire ? Les phlegmasies utérines des jeunes filles dont les règles sont difficiles à s'établir; les tumeurs hémorrhoïdales innombrables que nous observons chez les deux sexes, et qui , au lieu de remplir l'attente des personnes souffrantes , en donnant une hémorrhagie salutaire, se convertissent en affections irritaiives de diverses formes, n'en fournissent-elles pas des preuves trop multipliées ?

( 49^ ) Nous avons déjà parle de la facilite' avec laquelle le sang appelé' par l'irritation dans les foyers de phlegtnasië chronique y fournil des hémorrhagies inattendues et désespérantes. Il n'est point de phlhisique à ulcération pulmonaire qui ne soit exposé à une hémoptysie mortelle. On connaît le danger de ce vomissement de sang noir, qui porte le nom de meîœna , dans les gastrites et les gastro-entérites chroniques : il n'est même pas rare de voir les surfaces ulcérées de la périphérie donner des hémorrhagies alarmantes , et l'on remarque toujours qu'elles sont précédées d'une augmentation de chaleur locale avec quelque gonflement; les plaies ellesmêmes , produites par des corps contondans et même incisans, offrent parfois, dans leur état inflammatoire, ces sortes de congestions suivies d'effusion sanguine, et c'est d'une manière périodique avec un caractère véritablement nerveux qu'on les voit se reproduire.

Enfin la transformation du phénomène d'hémorrhagie dans le phénomène d inflammation, et vice versa, mais en des temps plus ou moins éloignés les uns des autres, se remarque journellement dans les phlegmasies multiformes, qui succèdent à la cessation des hémorrhagies habituelles, et dans la terminaison des inflammations des grands viscères par les hémorrhagies qui se font par la peau ou par les ouvertures des membranes muqueuses.

Le résumé de tout ce que nous avons dit dans ces commentaires sur les hémorrhagies est quel'irritation des capillaires sanguins , développée sous l'influence

( 496 ) des mêmes causes e'loignëes qui produisent toutes les autres irritations, est la cause prochaine appréciable des congestions sanguines, et que celles-ci une fois produites, l'inflammation ou l'hëmorrhagie peuvent avoir lieu sans que le plus ou le moins de force des sujets autorisent à partager ces maladies en deux sections, l'une active et l'autre passive (i).

(i) Je crois devoir, sans perdre de temps pour attendre l'à-propos , publier la lettre suivante, qui m'a été adressée par le vénérable Chaussier, par cet illustre professeur qui ne recule devant aucune amélioration, et qui ne croit pas perdre son temps en approfondissant les idées nouvelles.

MONSIECE ET CONFBÈRE,

Le commentaire que vous avez ajouté à votre proposition CLXXXI (page 454) m'a rappelé une expérience que M. Brenet, alors médecin à Dijon, m'a rapportée il y a environ trente-cinq ans, et qu'il a également répétée plusieurs fois à nos confrères. Comme cette expérience me parut singulière et importante, j'en pris note sur-le-champ , et j'en conserve très bien les détails. Voici le fait :

Pour s'assurer quels changcmens une irritation produirait sur les organes sécréteurs, M. Brenet s'injecta dans l'urèthre de l'eau aiguisée avec une certaine quantité d'ammoniaque. Presque aussitôt après cette injection, il eut de la chaleur, de la cuisson, de la douleur dans le canal, de la rougeur à l'orifice du gland, et bientôt après un écoulement d'abord iéreuxj puis puriforme, \isqueux, jaunâtre, et tous les symptômes qui caractérisent une blcnorrbagie uréthrale ; il y eut même du gonflement, une sensibilité douloureuse aux ganglions lymphatiques de l'aine; enfin , pour compléter l'expérience, il cohabita avec une jeune femme de sa connaissance parfaitement saine, et, bientôt après, cette femme éprouva du prurit, de ta chaleur, de l'irritation à la vulve et un écoulement muqueux. Des bains , des boissons mucilagineuses et une attention dans le régime continués pendant plusieurs jours firent cesser tous les acciJens. Ce cas, dont M, Brenet m'a certifié tous les détails, me paraît bien propre à démontrer qu'une irritation un pou vive, portée sur les surfaces secrétaires et folliculeuses, change entièrement le mode, la nature, la quantité et la qualité des fluides qu'elles sécrètent dans l'état ordinaire.

La vérité de cette assertion se confirme chaque jour par tous les faits

( 497 ) CGI.

Les névroses sont actives ou passives , tandis que les inflammations et les subinflammations ne peuvent être qu'actives.

Les titres d'activés et de passives sont donnés ,

que l'on rencontre dans la pratique de la médecine: ainsi, dans l'état sain, la surface de l'œil est continuellement lubrifiée par un fluide doux , ténu , qui n'est ni acide ni alcalin; mais lorsqu'il survient une irritation à cet organe, même par l'introduction d'un corps étranger, comme un grain de sable , une molécule de fer, il y a bientôt tous les symptômes de l'inflammation. Alors les larmes deviennent abondantes ; elles sont chaudes , brûlantes , d'une saveur salée , et, en coulant sur la joue , elles marquent leur trajet par une strie rouge qui indique assez qu'elles ont changé de nature , qu'elles sont devenues acres , et ont pris un caractère alcalin, ce que l'on peut facilement reconnaître par un procédé extrêmement simple.

Ce procédé, ainsi que vous le trouverez annoncé et même décrit dans les Nouvelles de la république des lettres et des arts, n° XIX , année 1785, consiste «à prendre les pétales colorés d'une plante fraîche , à les peloton- «ner et à en étendre la partie colorante en les écrasant sur une feuille «de bon papier blanc et préparé sans alun. Ces papiers réactifs, dont «M. Chaussier a fait passer des échantillons à M. De la Blancherie, ont ef- «fectivement la propriété qu'il leur attribue. Après les avoir examinés soi- «gneusement, on a reconnu que la plupart de ces échantillons étaient si » éminemment altérables qu'ils se verdissaient par le simple contact d'une «liqueur composée de six gouttes d'alcali volatil et d'une pinte d'eau; les «acides même les plus faibles les rougissent dans la même proportion. On «peut dire cependant que quelques uns de ces échantillons sont plus sen- «sibles anx alcalis et spécialement à l'alcali volatil qu'aux acides; ce qui • est un avantage d'autant plus réel que, jusqu'à présent, on n'avait pas de «moyen infaillible de s'assurer de la présence des substances alcalines.» Extrait littéral de la feuille précitée.

La préparation de ces papiers réactifsest, comme on voit, extrêmement simple : il ne s'agit que de frotter la surface d'une feuille de papier avec les pétales colorés d'une fleur , de l'en impréguer également, et la couper par bandelettes que l'on conserve dans un porte-feuille. On peut, pour cet objet, employer les pétales frais de toutes les fleurs dont la couleur

dans celte proposition, aux enlite's nerveuses des nosologistes. En comparant les ne'vroses avec les in-

est égale et bien prononcée. Cependant, comme l'a remarqué M. de la Blancherie, tous les papiers ne sonl pas également susceptibles d'être altérés par les acides et les alcali. En général, on connaît très bien l'acide avec le papier de tournesol le! qu'on le trouve ordinairement daus les laboratoires; mais, pour reconnaître l'alcali, je préfère de beaucoup ceux qui sont prépaies avec les fleurs de mauve, de violette, de bluct, d'iris, de rose pourpre, d'œillct rouge , etc.; on peut même les préparer avec le suc de quelques fruits , et surtout les peaux de laisin noir à sa maturité, etc.; il importe aussi que les papiers soient préparés depuis peu de temps et bien conservés.

D'après un grand nombre de recherches et d'expériences que j'ai faites autrefois, il m'a paru i° qu'en général, dans l'état de santé, toutes les parties molles et la plus grande partie des fluides du corps animal sont plus ou moins aci les, ou , si vous aimez mieux, ont une tendance a rougir les papiers réactifs; 2" que d'autres ne paraissent ni acides ni alcalines; 3» enfin que quelques unes (comme le sperme) sont alcalines. Mais, dans l'état de maladie ou d'une irritation prolongée, toutes contractent une qualité alcaline qui les rend propres à verdir les papiers réactifs: ain.-i l'humeur de la transpiration de la sueur, qui, dans l'état de santé, est toujours acide, prend dans quelques cas un caractère alcalin. — L'mine qui, dans l'état de santé, rougit sur-le-champ le papier de tournesol, devient évidemment alcaline, si les reins ou la vessie sont dans un état d'irritation ou d'inflammation ; elle contracte même dans quelques cas une odeur ammoniacale si forte qu'on peut la sentir de loin. Il en est de même de toutes les excrétions qui sont augmentées pa. un état d'irritation quelconque. Aiu-i, daus quelques cas de coryza, l'humeur qui s'écoule par les pari nés devient si acre qu'elle occasione le gonflement de la lèvre supérieure, que l'on regarde généralement comme un signe de la constitution scrofuleuse. Il en est de même pour l'excrétion des matières bronchiques ou pulmonaires qui toujours, quand l'irritation ou la maladie deviennent graves, prennent un caiactère alcalin et verdissent les papiers réactifs. L'humeur qui s'écoule des cancers ulcérés ou autres affections analogues est auss: plus ou moins alcaline : il m'a même paru que chez un sujet sain, qui a une plaie suppuranlcel dont la suppuration est louable, le pus que fournit la piàîé ne rougit point ou très faiblement les papiers réactifs; mais, si l'on essuie plusieurs fois de suite la surface suppurante, ou si on l'irrite de quelque autre manière, elle fournit bientôt une sérosité claire qui verdit alors les papiers.

En rappelant ici ces premiers essais qui datent déjà de loin, je ne me propose nide rechercher ni d'expliquer comment,dans l'état de santé, quel-

( 499 ) flammations, l'auteur a eu pour but de bien déterminer le sens de ces deux mots, c'est-à-dire de s'as-

ques humeurs sont constamment acides, et si, comme l'ont dit des chimistes, cette acidité doit être attribuée à l'acide lactique, acétique, imiriatique ou carbonique, et ni comment une maladie, une iiiitalion prolongée peut changer leur composition et leur donner en peu de temps un caractère alcalin, ou du moins les rendre propres à verdir les papiers réaetifsj mon seul but est de présenter aux éludians un sujet de recherches simples et faciles que daus leurs courses botaniques ils pourront vérifier et perfectionner.

J'ajouterai encore le précis d'une observation dont j'ai lu les détails en ljo.5 à l'académie de Dijon , et qui se trouve consignée dans ses registres.

Ri. D... avait à Fontaine-Française, bourg à six lieues de Dijon, une belle terre dans laquelle il venait chaque année passer plusieurs mois de la belle saison. Ayant remarqué un beau et fort jeune homme, âgé de vingt. six à vingt-sept ans, dont la physionomie lui plut, il voulut en faire un doroc.-tique de sa maison , l'enleva ainsi à sa mère qui demeurait dans le lieu et l'amena à Paris. Mais, quelque temps après son arrivé à Paris, ce jeune homme devint libertin et contracta une bhnnorrhagie violente. Le temps de la belle saison étant venu, M. de Fontaine-Française, qui ignorait la maladie de son domestique, le fil partir en courrier; mais, soit la fatigue, toit l'effet de la saison ou l'abus du régime , l'écoulement blennorrhagique fut entièrement arrêté, et, à son arrivée, le jeune homme avait à l'œil gauche une ophlhalmic violente avec gonflement de la paupière et écoulement purifôime. Le chirurgien du lieu se borna à prescrire des lotions que l'on répétait de temps en temps. La mère de ce jeune homme rfsîait auprès de lui pour lui donner tous les soins dont il pourrait avoir besoin. Cependant le gonflement , les douleurs augmeniaient, et, pour prévenir l'altération de l'autre, œil, on Je lavait aussi souvent avec les mêmes linges et la même décoction. Bientôt les deux yeux furent également affectés et parla suite entièrement perdus. La mère qui pleurait sur le malheur de son fils et s'essuyait les yeux avec les doigts qui avaient servi à le panser, contracta bientôt le même genre d'ophihalmie, et malgré toutes les lotions que l'on faisait à ces parties, les deux yeux furent également affectés et entièrement détruits de la même manière. Enfin celte malheureuse femme me fut adressée par le curé de l'endroit, qui-, en me faisant part des circonstances principales que j'ai rapportées, me priait de l'examiner et de lui ordonner ce qu'il conviendrait de faire.

En examinant l'état de cette femme, dont les yeux étaient entièrement flétris, opaques et réduits au volume d'une petite noisette, je lus frappé d'une odeur fétide qui s'exhalait de la bouche et des narines, et je reconnus dans ces parties des ulcères avec carie, qui dans ce temps-là oie paru-

( 5oo ) surer s'ils représentaient deux ordres de phénomènes essentiellement diffe'rens , ou bien ayant entre eux de l'analogie et susceptibles de la même subdivision. Nul doute qu'au premier aspect les névroses ne se distinguent en actives et en passives, puisque les unes se présentent avec l'augmentation et les autres avec la diminution du sentiment et du mouvement. Il n'est pas moins évident que la même distinction ne s'établit pas au premier abord entre les inflammations; car il est bien certain que, telles chroniques qu'on les suppose, on y rencontre toujours

l'augmentation de la sensibilité avec celle de lâchait

leur et de la coloration. Je suppose que l'on n'est pas assez ignorant pour confondre , à limitation de plusieurs anciens, les effets de l'inflammation avec le phénomène lui-même; par exemple, une congestion de lymphe oudes concrétions dans les tissus cellulaires, un épanchement de pus ou de sérosité purulente dans une cavité séreuse ou synoviale , avec l'inflammation quia produit ces désordres. Ces masses de liquides extravasées sont souvent froides, à la vérité, après la période aiguë ; mais elles sont toujours l'œuvre de la chaleur inflammatoire, et celle-ci, quoique éteinte à leur centre, peut encore être retrouvée dans

rent avoir le caractère syphilitique. Comme cette femme était déjà fort â<rée, je me bornai à prescrire un traitement, un régime adoucissant lacté, et à indiquer les différentes attentions qu'il fallait observer dans ce cas. Elle partit le lendemain avec ma consultation , et depuis ce temps je n'en ai plus eu de nouvelles.

Voilà, monsieur et confrère , une lettre peut-être déjà trop longue; mais je ne puis la terminer sans vous prier d'agréer l'assurance bien sipeère de tous mes sentimens.

Chaussier,

leur circonférence. Les inflammations chroniques et les subinflammations ne peuvent donc être conçues sans un surcroît d'irritabilité' et même d'irritation dans les parties qui en sont affectées : il n'y a que du plus ou du moins dans ces maladies ; mais jamais on n'y voit une opposition de nature.

Il n'en est pas ainsi , ai-je déjà dit, des névroses: si on les considère à l'extérieur, dans le lieu que le malade présenle au médecin comme la partie affectée , on peut y constater deux états diamétralement opposés l'un à l'autre. Tantôt la partie est ou trop sensible ou convulsée, tantôt elle a perdu la sensibilité ou le mouvement. De là la double classe des névroses , reconnue et admise par la proposition.

Considérées à l'extérieur et jugées d'après le premier aspect, les névroses, en général, sont donc différentes des inflammations, et les passives semblent être d'un caractère entièrement opposé. Si pourtant nous cherchons à approfondir la nature physiologique de ces affections, celte différence, qui nous a si vivement frappés au premier abord , s'affaiblira peut-être ; mais la suite des propositions pourra fixer notre incertitude à cet égard.

Les névroses actives consistent dans l'exaltation de la sensibilité des nerfs de relation, et dans celle de la contractiiité musculaire et vasculaire, sous l'influence de ces nerfs;

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