‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 45 sur 50 · CCLX · texte numérisé non relu

CCLX

Les vers des voies gastriques sont, le plus souvent, mais non toujours, le produit de l'altération du mucus, et de la chaleur qui résulte d'une gastro-entérite plus ou moins intense : de là les effets si variés des antlielmintiques irritans.

Assurément toutes les conditions de la production des vers dans le corps humain ne sont pas connues; mais on saisit très bien la coïncidence d'une irritation qui déprave la mucosité' d'une membrane interne de rapport, avec la répullulation de ces animaux. Ce fai t étant prouve', l'on doit ensuite rechercher jusqu'à quel point les substances médicamenteuses qu'on sait être propres à détruire les vers , peuvent être supportées sans danger par cette même membrane. Présentée sous ce point de vue , la question devient d'un haut intérêt, d'autant que la membrane interne des voies gastriques est le siège le plus ordinaire des différentes espèces de vers, et qu'il n^st point du tout rare de rencontrer dans la pratique des personnes auxquelles on a totalement délruit la santé en leur donnant des médicamens actifs pour les délivrer du tœnia.

Les idées de faiblesse et celles de mucosité s'étaient tellement associées dans l'ancienne médecine, d'après l'autorité de Galien et des hommes de son

( 749) école, que l'on ne pouvait plus trouver d'autre indication que celle des toniques dans toutes les supersécre'tions muqueuses. De là la prédominance du traitement stimulant et évacuatif sur tous les autres dans les maladies des enfans. Les chimistes, qui vinrent après , se mirent à prêcher que la mucosité était toujours l'indice d'un défaut d'animalisation , ce qui ne faisait que confirmer les inductions des humoristes, puisque les moyens animalisans rentraient dans la classe des irritans. L'irritabilité de la membrane qui recevait l'action des modificaieurs n'entrait pour rien dans toutes ces spéculations : on ne pensait qu'à deux choses, expulser les vers et fortifier la constitution pour prévenir leur retour. On tenait grand compte des succès obtenus par les vermifuges après des expulsions de vers plus ou moins nombreux ; mais on fermait les yeux sur l'irritation que ces remèdes laissaient à leur suite dans l'appareil digestif, parcequ'on avait à foison des entités morbides pour les expliquer; tantôt c'était la fièvre, d'autres fois la bile ou la putridité, dans d'autres cas la faiblesse ou les nerfs , et définitivement , en vertu des progrès de l'anatomie pathologique, les vices organiques, qui devenaient responsables des fautes du médecin.

Le but de la proposition n'est point de combattre l'action spécifique de certains médicamens, comme le mercure , le semen-contra , la mousse de Corse, etc., mais d'appeler l'attention des praticiens sur un état de phlegmasie souvent latent, quelquefois des moins équivoques, qui se rencontre d'ordinaire avec les

vers, et surtout dans le canal de ia digestion. Nous avons vu si souvent les vers, quoique bien constatés par les symptômes qui correspondent à leur présence dans les intestins, et même par leur sortie, disparaître avec l'inflammation qui les accompagnait, que nous avons été conduit à penser qu'ils ont rarement besoin d'être attaqués par des spécifiques, et que dans les cas où leur extrême abondance fournit cette indication, elle peut être remplie avec plus de succès par les huileux , les muciîagineux, les acides, que par les substances amères v animées par des huiles acres ou par des principes purgatifs, ou drastiques. Nous savons que, dans certaines entérites légères , les anthelmintîques acres peuvent opérer une révulsion avantageuse , en même temps qu'ils expulsent les vers ; mais ces cas doivent-ils donc servir de règle ? Ne sait-on pas que le vin , le quinquina , et même le phosphore , ne tuent pas tous les malheureux attaqués de gastro-entérites aiguës auxquels on a l'imprudence de les faire prendre ; que toutes les péripneumonies traitées par le vin chaud et les sudorifiques ne deviennent pas nécessairement mortelles, etc., etc.? La nature tourmentée par de violens poisons, se sauve quelquefois, nous le savons, par des crises violentes; mais s'il est vrai qu'elle succombe souvent dans ces sortes de luîtes, et S4 quand elle triomphe il reste presque toujours dans l'appareil viscéral une susceptibilité nerveuse qui rend les personnes valétudinaires,, n'en est-ce pas assez pour renoncer à se faire un système de cette médecine perturbatrice ? Or, nous croyons

( 75' ) que telles sont les chances de la médication stimulante dans le cas de disposition vermineuse, soit aiguë, soit chronique, et c'est pour les atténuer autant qu'il est en nous, et soumettre les cas de vers aux mêmes vues physiologiques qui doivent pre'sider à toutes les autres maladies, que nous avons cru devoir donner ce développement à la proposition CCLXÏ.

Page 1