‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 44 sur 50 · CCLVII · texte numérisé non relu

CCLVII

Les poisons de toute espèce étant injectés dans les vaisseaux sanguins , vont développer la gastro-entérite, etc. , s'ils ne sont pas assez puissants pour occasioner une mort subite.

GCLVIII.

Les chairs putréfiées , insérées dans les chairs vives, ou leur sanie injectée dans les vaisseaux sanguins , agissent sur les voies gastriques comme si elles étaient avalées , lorsqu'une mort prompte ne prévient pas là gastro-entérite.

Voilà ( dans ces deux propositions ) le grand fait qui donne la clef de toutes les infections et de toutes les contagions fe'briles. Non seulement les stimulations de la périphérie aboutissent au centre épigastrique, mais aussi ioutes les substances résorbées et injectées dans les vaisseaux. Le centre épigastrique,

( 75a ) organe de l'assimilation première, est le moyen d'action par excellence de la vie : passions, pour les temps d'activité' , sommeil , pour ceux de repos du corps vivant, tout s'opère par son moyen; son intégrité répond de la conservation de la vie, son e'nergie de l'efficacité des efforts conservateurs; tout s'y rapporte dans la sensation de plaisir ou de douleur qui devient un peu vive ; tout s'y rapporte dans la réalité, puisque toutes Jes phiegmasies des autres organes y développent de l'inflammation , et que toutes les molécules vénéneuses introduites par les autres voies, telles que l'aspiration, l'absorption cutanée, la résorption opérée dans les tissus cellulaires , dans les membranes séreuses, et jusqu'à l'injection pratiquée dans les veines et qui ne semble dirigée que vers le centre circulatoire , ne peuvent développer de réaction dans l'économie sans que le centre épigastrique n'en paraisse le premier agent. En effet, c'est toujours là que sont perçus les premiers malaises; c'est de là que partie sentiment d'endolorissement qui se répand dans le dos, les lombes, les membres et la tête; c'est là que se perçoit l'angoisse qui comprime la base de la poitrine, opprime le cœur et porte le découragement dans l'intellect.

Veut-on savoir maintenant si toutes ces perceptions douloureuses sont des illusions de la sensibilité? que l'on examine ce qui arrive à l'animal dans les veines duquel on a injecté de la sanie putride, de la décoction de tabac, de la solution d'opium, ou toute autre substance acre et vénéneuse, en quantité insuffisante pour produire une mort su-

( 753 ) bite : après avoir témoigné son angoisse par sa respiration entrecoupe'e , par les moirvemens convulsifs de sa face , l'animal est pris de nausées et de vomissemens , s'il est du nombre de ceux qui peuvent vomir : puis il éprouve de la diarrhée, des sueurs si la peau est transpirable , de la salivation si elle ne l'est pas , le tout avec un mouvement fébrile prononcé. A la suite de cette élimination dépurative , dont la première impulsion est partie du centre épigastrique , le calme se rétablit si le poison n'a laissé dans les viscères aucune, trace de son passage ; mais s'il en a laissé, ces traces sont des phlegrnasies occupant la membrane interne de l'estomac avec celle des intestins grêles, et une irritation avec engorgement sanguin dans le cerveau plus ou moins rapprochée de l'inflammation. De là l'état soporeux et convulsif qui suit l'injection des poisons narcotiques , et l'état de gastro-entérite aiguë typhoïde que l'on remarque après celle des sanies putrides. Il est inutile d'ajouter que si la puissance nerveuse s'est épuisée dans cette lutte dépurative, c'est-à-dire si la mati re nerveuse qui fait partie de la membrane interne gastro-intestinale, et celle du centre des rapports, ont perdu leur aptitude à l'excitation, les malades succombent dans le collapsus consécutif, ou s'ils ne périssent pas, ils tombent dans la torpeur adynamique, qui est toujours et nécessairement en raison du degré d'irritaiion que les poisons ont provoqué. On se tromperait étrangement, toutefois, si l'on attribuait au simple collapsus de la matière nerveuse les torpeurs fébriles de plusieurs jours qui succè-

( 734 ) dent à ces mouvemens orageux : la simple débilité n'est jamais fe'brile, et l'état typhoïde ne peut être explique', dans le cas qui nous occupe, que par l'irritation réellement inflammatoire de la membrane interne gastro-intestinale , partagée, comme de raison, par la matière nerveuse qui en fait partie, et propagée à l'encéphale dans une nuance le plus souvent inférieure à celle de l'inflammation, quelquefois même véritablement inflammatoire.

On ne peut se dispenser d'appliquer à la fièvre jaune , à la peste , à tous les typhus miasmatiques, en un mot, ce qui vient d'être dit des empoisonnemens ; mais nous croyons pouvoir aller encore plus loin, car nous pensons que tel est, à quelque chose près, le mode d'action des agens qui développent la petitevérole et la vaccine. La résorption du virus est -elle opérée , il se développe des symptômes d'irritation dans le centre épigastrique , la chaleur s'y déclare, la soif en est la suite et prend la place de l'appétit; les muscles respirateurs , locomoteurs , deviennent endoloris et moins propres à remplir leurs fonctions, ce qui varie selon l'intensité d'action du virus, sa quantité et le degré d'irritation gastrique qu'il a produite. Enfin l'irritation de la matière nerveuse gaslro-encéphalique a produit tout son effet, la fièvre est déclarée , le sang est repoussé dans les vaisseaux de la périphérie , et l'inflammation éruptive se manifeste.

11 est bien évident que l'agent provocateur diffère beaucoup dans la variole, dans la peste, dans la fièvre jaune, et dans les différens typhus qui peu-

( ,35 ) vent créer par leurs émanations des matières putrides de différens degrés d'animalité, et plus ou moins abondantes. Il en est de même pour les gaz délétères, fournis par des foyers où Févaporation est libre , ou bien par des foyers long-temps cachés et subitement découverts, etc.; mais celte activité particulière et variable des poisons sert même à démontrer l'uniformité des lois vitales , puisqu'ils agissent toujours sur les mêmes tissus, et que l'irritation qu'ils y provoquent développe toujours les mêmes sympathies et déploie constamment les mêmes rnouvemens éliminateurs et dépurateurs. On sait déjà que nous ne voulons pas dire par là que tout mouvement fébrile exige un travail d'action d'un certain nombre de jours pour préparer une dépuration salutaire. Nous nous sommes expliqué à cet égard; toutefois il nous parait que c'est ici le cas de répéter que tout orage formé dansée corps animal, soit par des agens physiques, soit par des agens moraux, tend à se terminer par des rnouvemens convulsifs ou par des évacuations ,! et que la matière nerveuse du centre épigastrique paraît être, comme principal excitateur de l'appareil viscéral , l'instrument de ces réactions synergiques, même dans les cas où le trouble a commencé par l'appareil encéphalique.

C'est sans doute pour cette raison que toutes les stimulations internes sont dirigées par les nerfs vers ce centre important; mais peut-on déterminer si ces nerfs eux-mêmes , avec leurs ganglions , sont les agens de ces commotions générairs , ou si ce rôle n'appartient pas plutôt à la matière nerveuse

( 736) faisant partie du sens interne et de la surface assi* railatrice de l'estomac ?

Nous ne croyons pas que la sciencepossède desfaits observe's de manière à rendre cette question complètement soluble ; mais il est un certain nombre de faits bien constates qui s'y rattachent, et qui font voir que si la membrane interne gastrique n'est pas toujours celle d'où partent les sensations que Ton rapporte à l'e'pigastre et les mouvemens organiques qui en résultent, du moins elle l'est souvent, et qu'en la modifiant on obtient plus facilement la modification de ces sensations et de tous ces mouvemens qu'en agissant sur tout autre organe.

GGLIX.

Les piqûres et les morsures des animaux venimeux qui laissent un poison dans la plaie déterminent une phlegniasie locale qui passe promptement à la gangrène , attendu la vivacité de l'irritation ; ensuite les plus dangereux d'entre ces poisons occasionent l'angoisse et la mort par l'influence exercée sur l'appareil nerveux; mais si la vie persiste, l'inflammation se répète dans les principaux viscères , surtout dans les voies gastriques , et toujours avec tendance à la mortification. La gangrène est donc ici , comme dans tous les autres cas , le résultat

(• 757 )• i d'une excitation trop rapide des phénomènes de la vie. Enfin , les plus légers de ces poisons se bornent à produire une phlegmasie locale.

Les poisons que les animaux venimeux peuvent déposer dans une plaie diffèrent beaucoup en intensité': il en est qui pe'nètrent avec tant de rapidité, qu'on ne saurait croire qu'ils suivent la voie des absorbans ou du système veineux : leur activité est presque égale à celle des gaz délétères ou de l'acide hydro-cyanique , et l'on ne peut que s'en prendre à une propagation d'irritation le long des nerfs jusqu'au cerveau qui la réfléchit dans l'appareil nerveux viscéral. Ceux-là n'ont pas le temps de produire une phlegmasie locale ; la substance nerveuse est mise par eux en fort peu de temps hors d'état d'entretenir le jeu des fonctions. C'est en vain que l'on intercepte la communication du lieu infecté avec le centre circulatoire ; la propagation par les nerfs n'a besoin que d'un instant : toute explication sur le mode d'action de ces sortes de poisons ne va pas au-delà de ce fait ; mais il est possible d'établir une comparaison entre les stimulans vénéneux et les non vénéneux auxquels on peut reconnaître ou soupçonner la propriété de parcourir rapidement le système nerveux sans avoir besoin de lui être présenté par la circulation. Nous pensons qu'on peut arriver à démontrer cette propriété dans plusieurs excitans de ceux qu'on appelle diffusibles , qui joui-

( 738 ) raient, selon les idées des anciens, d'une vertu fortifiante , soudaine, et mériteraient vraiment le nom de nervins et de céphaliques qui leur avaient été' donnes. II s'agirait de trouver un moyen de constater la présence dans le cerveau du modificateur vénéneux ou salutaire qui n'aurait été en contact avec la matière nerveuse des surfaces de rapport qu'un temps insuffisant pour permettre son absorption, afin de bien distinguer cette modification de celle qui ne serait qu'un ébranlement de la matière nerveuse, soit physique, comme a la suite des commotions , soit morale , telle que nous la concevons dans le plus haut degré de la sensation, dans la colère, la joie, la terreur , dont l'excès peut devenir une cause subite de mort, qui équivaut pour la promptitude à l'empoisonnement par l'acide hydrocyanique ou par la vapeur d'un cloaque. On trouverait probablement des modificateurs attristans, tels que les gaz fournis par la putréfaction, et dont l'effet sur les personnes inaccoutumées est un sentiment de tristesse et de crainte ; peut-être faudrait-ïl y rapporter quelques exhalations de plantes vénéneuses; d'autres seraient exhilarans, comme les arômes dégagés de plusieurs plantes et d'un bien plus grand nombre de fleurs. On s'assurerait s'il en est de l'introduction directe des molécules étrangères dans le système nerveux comme de l'ébranlement de ce système, ébranlement dont une certaine nuance est salutaire, pendant qu'une plus forte est nuisible et souvent mortelle. On acquerrait ainsi des données pour la thérapeutique et pour l'hygiène beaucoup

( 7$ ) plus sûres que celles qu'on possède maintenant , et qui, sur plusieurs de ces questions, ne sont encore qu'approximatives.

Passons à l'action locale des poisons provenant de la morsure et de la piqûre des animaux venimeux.

Cette action est irritative ; car dans tous les cas on voit un gonflement avec chaleur acre , lividité', donleurs vives propagées le long des nerfs de la partie, et la gangrène, quand elle survient, n'est que la conséquence d'une surexcitation. Toutes les morsures des serpens et toutes les piqûres des insectes venimeux produisent cet effet local, mais à des degre's différens. Tous ces venins n'ont pas l'action directe et diffusiblc dont nous avons parle sur le système nerveux; mais tous peuvent, par l'inflammation qu'ils provoquent à l'extérieur, devenir cause éloignée d'une, phlegmasie viscérale , la stimulation pouvant, ainsi que nous l'avons établi, être -transmise de l'extérieur à l'intérieur, indépendamment du modificateur qui l'a produite.

Au surplus, soit qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas eu pénétration immédiate du venin dans la substance des nerfs, ou résorption de ce venin aj5rès un séjour quelconque dans la plaie faite par l'animal, on est sûr que si le malade ne succombe pas en peu d'instans, il se développera une phlegmasie dans l'appareil viscéral , et que la membrane interne gastro-duodénaie en sera le principal siège. C'est d'après celte donnée que-plusieurs médecins physiologistes ont eu l'idée d'opposer le traitement antiphîogistique aux accidens qui succèdent à la morsure de

la vipère ; et quelques journaux de médecine, entre autres le Journal universel des sciences médicales ont attesté qu'ils l'avaient fait cesser ; mais la même tentative n'a pas été faite pour la morsure du serpent à sonnettes. Nous sommes loin d'affirmer que ce traitement soit le seul qui puisse réussir dans ces sortes d'empoisonnemens ; il est possible que certains agens soient capables de produire un mode d'excitation nerveuse qui détruise celui que le venin a causé. Il y a beaucoup d'expériences à tenter pour éclairer cette question.

Quant aux venins peu actifs, tels que ceux que déposent les guêpes et les abeilles, s'ils sont en petite quantité , ils ne peuvent exercer qu'une irritation locale. Mais si les piqûres sont très multipliées, î'iniîammation extérieure peut, en réagissant sur les viscères, devenir une cause de mort. Il esta présumer qu'alors la résorption d'une partie du venin est pour quelque chose dans la production de la gastro-céphalite qui devient cause de la mort.

GGLX.

Les morsures des animaux enragés déterminent toujours une gastro-entérite, et souvent l'inflammation se répète dans le pharynx , dans le cerveau , dans les poumons et dans les organes génitaux. Les délires et les convulsions sont toujours les effets sympa-

thiques de ces phlegmasies , et varient selon le degré de susceptibilité de l'idiosyncrasie.

La question de la rage est une des plus embarrassantes de lame'deeine, à raison du peu de rapport de la cause avec les effets ; mais la difficulté est-elle bien dans les faits ? Ne vient-elle pas plutôt de la manière dont on a coutume de les envisager? Si nous énonçons ces faits de la manière la plus simple , voici ce que nous trouvons d'après la majorité des observateurs : Production d'une maladie inflammatoire et nerveuse extrêmement grave , par V inoculation de la bave d'un animal affecté de la même maladie; car il paraît, toujours d'après la majorité' des observateurs, que la morsure n'est nullement ne'cessaire pour la contagion, et que l'insertion de labave dans une plaie ou son application sur une ouverture de membrane muqueuse est suffisante. Les symptômes de cette maladie sont d'abord la tristesse, une angoisse précordiale, une cbaleur interne, épigastrîque, gutturale, avec impossibilité d'avaler desliquides malgré l'excès de la soif, et même l'horreur de l'eau et de tous les corps polis , au point que le simple aspect de ces objets excite d'affreuses convulsions ; irritation à la gorge , sécrétion copieuse de salive et de mucosité, puis sécheresse, ardeur, construction toujours croissante dans cette même région, de telle sorte que toute déglutition devient impossible. L'accélération du pouls se déclare aussitôt et complète les phénomènes de l'inflammation aiguë de l'estomac et des membranes i. P-'tu- * 48

( 742 ) Muqueuses œsophago - trachéennes. Ensuite les symptômes de l'irritation de l'ence'phaîe et du prolongement rachidien s'ajoutent aux premiers et. deviennent prédominans. Ce sont le délire , les pressentimens funestes , toujours plus prononcés chez les adultes qui connaissent toute l'horreur de leur situation , et enfin les convulsions non seulement des muscles volontaires, mais aussi des muscles respirateurs ; convulsions qui semblent faire suite à celles des muscles du larynx et de l'os hyoïde. Cet excès d'innervation ne tarde pas à épuiser les forces et à produire la mort. Les ne'croscopies montrent de la rougeur dans le pharynx, l'œsophage , la trachée, les bronches, l'estomac et la première portion des intestins grêles; le foie gorgé de sang et volumineux: les parenchymes pulmonaires ont paru quelquefois en partie indurés, mais cela n'a point été constant. Ce qui l'est davantage , c'est l'engorgement sanguin de la substance cérébrale et de la pie-mère, et la rougeur de l'arachnoïde en plusieurs points, surtout vers la base du crâne et le prolongement rachidien.

Voilà des fails relatifs aux symptômes et aux nécroscopies , sur lesquels tous les observateurs sont d'accord. Qu'est-il permis d'en induire ? i° Qu'il y a eu irritation très intense en même temps dans les membranes muqueuses «3e l'arrière-bouche, de l'œsophage, de l'estomac, du duodénum, du jéjunum, des bronches, et dans la substance cérébro-rachidienne (car nous avons prouvé que les phlegmasies des méninges sont la suite de l'irritation de la substance nerveuse encéphalique ) ; 2° que cette irrita-

( 743 ) tion a d'abord attiré le sang dans les tissus qu'elle occupait, et qu'elle a détruit en fort peu de temps l'aptitude de la matière nerveuse à l'entretien de la vie.

Vient ensuite une troisième induction déduite des opinions de la majorité sur la cause des phénomènes préc.édens: 3° Que cette irritation a été provoquée par l'application de la bave d'un animal enragé sur le tissu nervoso-sanguin de la périphérie du corps. Voilà donc une seconde série de faits obtenus par l'induction, et qui servent, jusqu'à uncertain point, à éclairer les premiers.

Peut-on maintenant aller plus loin à la recherche d'une troisième série de faits en demandant : i ° pourquoi la bave d'un animal enragé est devenue un poison si actif; 2,° si c'est la salive ou la mucosité buccale ou laryngienne, ou tous ces fluides réunis, qui ont joué le rôle de poison; 3° comment il se peut faire qu'un poison aussi terrible reste souvent plusieurs jours, et même plusieurs mois, avant de produire son effet ; 4° si son action se développe et se propage par la substance nerveuse de la partie où il est déposé, ou s'il n'agit qu'après avoir été absorbé et conduit avec le sang dans la matière nerveuse de l'encéphale et des membranes muqueuses viscérales?

Toutes ces questions supposent, comme on voit, que les accidens de la rage sont l'effet d'une excrétion virulente. Mais on objecte : i° Que la rage se déclare chez les chiens sans morsure préalable, et alors on l'attribue à l'inflammation de la membrane

muqueuse gastrique, ordinairement surexcitée par la présence des vers ; 2° que les chiens que la morsure des premiers fait enrager contractent également une gastro-entérite ( mais il faudrait vérifier si ceux qui n'enragent pas, quoique mordus, ne sont pas exempts de vers ); 3° que la rage peut aussi se développer spontanément chez l'homme par l'excès de la fureur ou par l'orgasme vénérien; 4° que Ion peut arrêter la rage débutante chez l'homme mordu par un chien enragé, en calmant son imagination et n'opposant à ses plaies et à son irritation viscérale autre chose qu'un traitement antiphlogistique ; tandis que par la cautérisation et les stimulans crus spécifiques, on parvient plus difficilement au même résultat, quelque sécurité que l'on inspire aux personnes qui ont été mordues; 5° que l'inoculation de la rage est inutilement tentée par l'insertion de la bave dans les plaies et sur les membranes muqueuses des hommes et des animaux.

Les inductions que l'on se croit en droit de tirer de cette série de faits, sont que la rage ne dépend point d'un virus spécifique ; mais que c'est une gastro-céphalite avec symptômes nerveux des plus formidables, et qu'elle peut être combattue avec succès par les antiphlogistiques.

Lorsque les faits paraissent contradictoires , il est difficile de prononcer ; car cela suppose qu'ils ont été ma! observés, et nécessite des délais pour répéter l'observation. Pour nous, nous allons nous borner à tirer des inductions des faits sur lesquels on est généralement d'accord , et à signaler ceux qui ont

besoin d'être vérifies : i° Qu'il y ait gastro-entérite avec pharyngo-bronchite et céphalite dans la rage, cela nous parait hors de doute : les autres phiegraasies ne sont pas constantes. 2° La rage peut, être spontane'e chez l'homme comme chez le chien et le loup, mais elle dépend le plus souvent de la morsure de l'un des animaux du genre canis. 5° La rage peut se communiquer par le même moyen à des animaux à sang chaud d'un autre genre ; mais on ne sait pas jusqu'où cela peut s'étendre. 4° Le développement de la rage par l'effet de la morsure chez les enfans, les idiots, et chez les animaux, ne permet pas de supposer que cette maladie ne soit qu'un effet de la prévention et de la terreur; mais ces passions ne peuvent manquer d'accroître beaucoup les symptômes chez les adultes raisonnables.

Voilà ce qui nous paraît démontré , et voici ce que nous regardons comme incertain : i° La rage communiquée est-elle l'effet d'un virus contenu dans la bave ? et dans le cas d'affirmative , ce virus réside-t-il dans la salive ou dans la mucosité? 2' Peut- on croire que le défaut de transpiration cutanée en soit la cause indirecte chez le chien , attendu que les glande '. salivaires ou les muqueuses de la bouche et de la gorge acquièrent dans certains momens, comme dans la course, dans le rut, dans la colère, un surcroît d'action qui rend la salive ou la mucosité virulente? Cette virulence peut-elle être produite pgr la gastroentérite seule? Si elle dépend d'une excitation morale, se borne-t-elle au moment de la passion , ou persiste-l-elle après la mort? 5° La rage vient-elle

( 746 ) plutôt d'une influence vitale, tout-à-fait nerveuse, exercée par un animal furieux sur un animal de sangfroid, ou même glacé par la terreur? 4° La colère et l'orgasme vénérien, qui ont réellement produit chez l'homme des rages spontanées , ont-ils aussi rendu sa salive vénéneuse ou virulente, de manière à ce qu'elle pût communiquer la rage? 5° Le point prédominant ou le primitif d'irritation chez l'homme est-il dans l'encéphale, et dans ce cas réside-t-iî plulôt à la base du crâne, dans la moelle alongée, ou dans la moelle rachidienne ; ou bien celte prédominance serait-elle bornée aux cas où l'horreur de l'eau existe à un haut degré ? 6° Quelle considération peut mériter l'opinion de ceux qui pensent encore que la rage communiquée dépend du genre de désorganisation produit parla morsure dans les extrémités nerveuses, et qui expliquent , par un travail local plus ou moins lent , le relard extrêmement variable entre la morsure et le développement de la rage? 70 Les rages développées après plusieurs années à partir de la morsure, et sur le récit fait aux personnes que d'autres, mordues par le même animal, avaient contracté la rage, sontelles bien les mêmes maladies que celles qui se développent peu de jours (de i o à 4o ) après la morsure d'un chien enragé, surtout chez les enfans et chez tes imprévoyans? ne sont- ce pas plutôt des irritations céphalo-gastriques ou céphalo-splanchniques, effet de la terreur?

De quelque solution que les questions précédentes soient susceptibles, il paraît certain désormais que la rage déclarée est une irritation tellement intense,

qu'aucune médication révulsive ne lui est applicable. Le traitement antiphlogistique est donc le seul qui puisse réussir; mais il faut qu'il soit administré avec énergie et dès les premiers moniens du mal , parcequ'ici, comme dans toutes les surirritalions du plus haut degré, !els que le tétanos, îe choléra-morbus, la fièvre jaune et toutes les irritations gastro-encéphaliques à pouls très accéléré, ou violemment convuîsives, l'excès d'innervaùon ne tarde pas à faire pendre à la matière nerveuse encéphalique et à celle des nerfs les conditions auxquelles tient la possibilité de l'état de vie.

Nous avons conseillé dans d'autres ouvrages, etnous conseillons dans nos cours, depuis 181/j, de ne pas s'en tenir aux saignées générales, mais de diriger les émissions sanguines sur les lieux les plus irrités, conformément aux forces des malades ; d'introduire de l'eau par toutes les voies possibles, et de substituer de puissantes révulsions à la médication antiphlogistique , aussitôt que le collapsus remplace l'excès d'irritation : l'opium à haute dose, et les bains médicamenteux à différentes températures , selon le sujet et la saison, paraissent ici mériter la préférence.

Quant à la cure prophylactique à employer après la morsure, rien ne nous paraît comparable aux ventouses appliquées sur les plaies sanglantes, et scarifiées pour obtenir un plus profond dégorgement,

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