‹ Commentaires des propositions de pathologie, consigneés dans l'examen des doctrines médicalesChapitre 3 sur 34 · CLXXX VI · texte numérisé non relu

CLXXX VI

Les tissus cellulaires sont, après les membranes muqueuses, les plus susceptibles d’inflammation aiguë : alors ils suppurent, mais ils peuvent suppurer sans que l’inflammation ait été reconnaissable par des signes extérieurs. ;

Il s’agit dans cette proposition de dépôts froids, que l’on appelle aussi par congestion lorsque -le pus se manifeste au-dessous de la peau, dans un point éloigné de celui où il a été élaboré. L'auteur rallie ces suppurations aux phlegmasies latentes du plus faible degré, et les rapproche des subinflammations. Nul doute que la chaleur et la tuméfacuon ne s’y rencontrent; quant à la rougeur, rien ne

( 447.) peut en donner la démonstration, et la douleur ÿ est telle qu’on la compare plutôt à ce qu’on appelle douleurs rhumatismales et nerveuses qu’à celles du phleomon.

Ce qu'il y a de plus intéressant pour le médecin physiologisie dans ces phlegmasies latentes, c’est la prédisposition : elle paraît consister dans une 1rritabilité du tissu cellulaire, ettmême quelquefois du tissu médullaire des os spongieux , qui se rapproche un peu de l'irritabilité strumeuse. En effet, ces sortes de dépôts se montrent de préférence chez les tempéramens qui ont pu passer pour scrofuleux dans l'enfance , et chez les sujets qui ont été affaiblis par des maladies chroniques. Mais remarquez, à l’occasion de ce dernier fait, que la plupart des maladies chroniques sont des inflammations ou des subinflammations, et vous ne serez point étonné que l'irritabilité qui dispose aux sapporquons se e glisse de proche en proche, et parvienne jusqu'aux tissus les moins irritables de l’économie. C’est le plus souvent à la suite de longues douleurs, que l'on croyait purement rhumatismales, et qui l’étaient en effet, que ces Suppurations se manifestent : ce genre d’irritation » qui prépare, comme nous l'avons vu, les engorgemens lymphatiques non suppürans et d’apparence scrofuleuse , aurait donc aussi pour objet de véritables suppurations occultes ; ce qui établirait un nouveau degré de rapprochement entre l’engorgement et la suppuration occultes , en les raitachant VPun et l’autre à la subinflammation.

Nous avons vu cette diathèse suppurante extrême-

ment enracinée dans l’économie, et nous avonsaussi remarqué qu’elle paraissait souvent dépendre des chutes et des grandes commotions du corps. Dans ce cas, comme dans les précédens, le traitement antiphlogistique nous à toujours paru le plus efficace ; ce qui tend à prouver que l'excès d'irritabilité y joue le principal rôle.

CLXXXVIL.

Les foyers occultes de suppuration phleggmoneuse, avec résorption du pus, n’entretiennent la fièvre dite hectique que par lirritation communiquée aux principaux vis- cères, soit par la sympathie du foyer toujours enflammé, soit par l’impression stimulante du pus résorbé. Cette fièvre n’est done pas plus essentielle qüe les autres.

Non, sans doute, et depuis long-temps on en trouve des preuves détaillées dans l’Æéstoire des phlegmasies. Il ne s’agit pas seulement dans cette proposition des foyers de dépôts froids ou par congestion; on veut aussi parler de tous les foyers phlegmoneux, quelle qu’'ait été lactivité de leur marche, qui forment des fistules et des clapiers dans les interstices des organes, soit internes, soit externes, à cause de l’impossibilité ou du moins de l'extrême difficulté de les atteindre et d’y porter

les secours de la chirurgie. Toutes ces suppurations entretiennent une petite fièvre qui s’exaspère à certaines heures et prend un aspect rémitient. Ces fièvres, que l’on appelait jadis hectiques, étaient bien attribuées à l'affection locale ; mais on ne rendait point compte de la manière dont celle-ci pouvait les produire : il semblait qu'elles ne dépendissent que du mélange du pus avec les humeurs, mélange qui aurait produit une sorte de fermentation dont les sueurs n'auraient été que la dépuration et la crise. La doctrine physiologique n’a pas craint d’aborder cette question, que plusieurs regardaient comme insoluble ; et les autopsies cadavériques ont démontré que, quand elle ne dépendait pas directement du foyer cellulaire suppurant, la fièvre dont il s s'agit était alimentée par des phlegmasies chroniques sié-

geant dans les principaux viscères. On est même parvenu à distinguer, dans le groupe de symptômes que présentent ces sortes de fièvres , ceux qui dépendent du foyer suppurant, et ceux que provoque l'irritation des différens viscères. On a reconnu que le pus ne pouvait y concourir que comme stimulant de ces organes, et que toute stimulation du même degré, quoique sans suppuration, pouvait également alimenter ces affections fébriles. Ainsi s’est trouvé résolu le problème de ces maladies qui embarrassèrent si fort les anciens auteurs, et que les modernes n’osaient approfondir, ne pouvant plus se servir des explications de l'humorisme ; ils avaient bien quelquefois recours à la faiblesse , mais cette explication ne pouvait satisfaire les bons esprits. Qu'est-ce en

effet qu’une faiblesse qui excite la fréquence du pouls, l’ardeur générale du corps, et qui s’accroit toujours, au lieu de se dissiper, par l’emploi des fortifians? Cette faiblesse, toute semblable à celle de la prétendue fièvre dynamique devait disparaître avec elle pour faire place à des vues thérapeutiques plus rauonnelles, et surtout plus heureuses dans leurs résultats; et ces vues ne pouvaient sortir que de l'étude vraiment physiologique de l’irritabilité et de l’irritation.

Nous ne prétendons pas cependant que la résorption copieuse d'un pus corrompu ne puisse produire quelques symptômes particuliers , remarquables dans le nombre de ceux que présentent les fièvres hectiques. Nous avons dit et répété, même dans ces commentaires, que des molécules irfitantes, essentiellement inassimilables, offensaient la alé des principaux viscères, et excitaient une série de symptômes réactifs tendant à leur élimination. Les empoisonnemens par la sanie putride injectée dans les vaisseaux, ou insérée dans les chairs vives, en sont un exemple frappant. On pourrait donc être. tenté d'attribuer les sueurs des phthisiques à la suppuration du parenchyme , à la nécessité de l’évacuation du pus qui a été résorbé dans les foyers pulmonaires. Toutefois, nous l’avouons, celte explication n'entrainerait pas l’assentiment de tous les observateurs : sans parler des intermittentes ordimaires, beaucoup de fièvres rémittentes prolongées, et offrant une grande analogie avec les hectiques, peuvent présenter des exemples de ces sueurs termi-

nales d’une exaspération fébrile sans aucun foyer de suppuration; et, d'autre part, certains malades, manifestement porteurs de pareils dépôts, n’offrent pas d'accès fébriles terminés par la sueur. Il faut, pour que celte évacuation se manifeste avec une certaine abondance, qu’il y ait alternativement appel de sang et congestion dans les viscères de la poitrine et de la région épigastrique , et ensuite réaction qui pousse le sang dans les vaisseaux de la peau. Dans le premier mouvement, lirritation des viscères produit la constriction du cœur ; dans le second, le spasme cesse, et le cœur ayant acquis une grande liberté d'action, repousse, loin des viscères, le sang qui les. avait engorgés; ou plutôt le sang circule avec assez de régularité pour qu'il n'y ait de congestion nulle part. Voilà les faits appercevables : il ÿ en a d’autres sans doute qui pourraient nous donner l'explication de ceux-ci ; mais 1l serait peut-être encore téméraire de les exposer et surtout de les douner comme des vérités incontestables.

Faut-il affirmer maintenant que le mouvement répulsif du cœur est plus énergique, et l'ouverture des pores cutanés plus facile, en un mot, que la sueur est nécessairement plus abondante, lorsque des humeurs putrides, dont l'élimination estindispensable, se rencontrent chez celui qui vient d’éprouver une concentration telle que celle que nous venons de décrire ? Voilà encore une question intéressante dont il nous est permis de fenger la discussion, On jugera si nous l’aurons résolue.

Nous avons dit que pour qu'il y eut de la sueur

à Ja fin d’un mouvement fébrile , il fallait qu'il se formât dans le commencement une congestion dans la poitrine et la région épigastrique; et nous ne l’avons pas dit sans dessein : toute congestion à laquelle le poumon n’a pas participé, et même pour beaucoup, ne peut être suivie d’une véritable sueur, et plus il y participe plus la sueur est prononcée. Aussi voit-on la sueur à son plus haut degré dans les phlegmasies des poumons. Ce serait donc en vain que du pus, de la sanie putride, ou tout autre substance étrangère, importune pour l’économie, pénétreraient daus l'appareil circulatoire; si les poumons ne prennent part à l'irritation viscérale qu’elles pourraient déterminer, les matières seraient éliminées paisiblement et sans réaction impélueuse et sudorale.

Mais doit-on considérer le poumon lui-même comme le principal agent de ces espèces de congestions ! ? Nous nous garderions bien de répondre à cette question par l’affirmative. Le poumon n est ici ni le principal agent de la concentration du sang à l'intérieur, même quand elle se fait dans son propre tissu , ni celui de la réaction qui lui succède avéc ouverture des pores extérieurs : c’est le cœur qui joue ce rôle important. Il faut que l'irritation, quelle qu’elle soit, tout en faisant souffrir les viscères, c’est-à-dire en y faisant rapporter une sensation de mal-être, empêche le cœur d'exercer, avec la liberté et la plénitudé nécessaires, son mouvement alternatif de diastole et de systole, pour que le sang s’accumule dans les viscères centraux.

On demandera peut-être où nous avons puisé les preuves de cette assertion : dans la nature, dans l'observation des faits pathologiques ; en comparant les affections simples du cœur, avec celles qu'il partage avec les autres viscéres. Mais comme les faits auxquels nous sommes redevable de cette idée ont plus de rapport avec Îles irritations intermittentes qu'avec les continues, nous remettons à traiter la question des congestions, jusqu'à ce que nous soyons arrivé à l’intermittence d'irritation. Nous le faisons d’autant plus’ volontiers que nous avons à cœur de terminer ce qui nous reste à dire sur les différentes espèces de subinflammations.

Page 1