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d'une irritation qui a beaucoup de rapport avec les engorgemens scrofuleux et qui mérite aussi d’être rangée dans la série des suhinflammations. Ce que désigne la proposition actuelle ne sort pas du même genre; il s’agit de ces endurcissemens du tissu cellulaire qui se présentent, tantôt lardacés, tantôt remplis d’une lymphe épaissie , qui lui donne l'aspect de la chair d’orange, d’autres fois comme transformés en une masse de matière suifeuse ou sébacée. Ces sortes d’altérations peuvent se montrer dans le tissu sous-cutané,, par l'effet des contusions , de la lèpre, de certaines dartres ; dans le tissu cellulaire interposé entre les lames de l’épiploon ou du mésentère, à la suite des péritonites chroniques; dans le tissu du médiastin, après des phlegmasies avortées de cette région; dans le scrotum, dans les os spongieux, enfin dans tous les lieux où les lamelles celluleuses et les aréoles gélatineuses peuvent se prêter à un développement considérable, soit: qu’elles sécrètent ou qu'elles ne sécrètent pas de la graisse ou de l’huile animale médullaire.
Ces sortes d’affections étaient et sont encore mises, par les ontologistes, hors de la série des maladies d’irritation et attribuées à une modification occulte ou du moins entièrement inexplicable de J'économie. La plupart des médecins n’y voient qu'une modification vicieuse de Ja faculté nutritive. Quelques uns seulement osent encore accuser une disposition scrofuleuse, qu’ils rapportent à la débilité; personne, que nous sachions, ne s'en prend à un vice coagulateur ou épaississement de la Iym-
| phe ; mais il en est beaucoup quiaccusent vaguement une cause#morbide , une entité indéfinie, dont ils eStearacières fugitifs dans les maladies antécédentes des sujets, ou dans des dérangemens de leurs fonctions, dont ils n'osent pas approfondir la nature. C’est ainsi que les uns se contentent de vous dire quêé la maladie est rhumatismale ou goutteuse, et refusent en même temps de vous donner une idée physiologique des maladies dont ils empruntent Je nom. D'autresregardent les engorgemens qui nous occupent, comme des gales ou des dartres répercutées, comme le résultat de la suppression d’un flux sanguin habituel; il en est qui les croient dépendantes d’un vice scorbulique; on en trouve qui les attribuent à une fièvre intermittente, en refusant de vous dire, de péur de retomber dans l’humorisme À comment une telle cause a pu les produire; enfin la plupart s’en prennent à une disposition occulte de lécouomie et à une sorte d'intention morbide qui prépare ce qu'on appele le cancer.
. Il faut convenir que toutes ces manières de voir ne donnent guère de notions sur la nature physiologique de ces affections, et que surtout elles ont le grand tort de ne point fournir des indications curatives satisfaisantes. À quoi sert en effet d’accuser la trans{ormation d’une entité morbide indéfinie, ou de considérer cette entité comme cachée et renfermée dans la nouvelle maladie , si l’on ne : donne pas une idée précise de celle-ci? Est-ce pour insinuer la nécessité des moyens qui pourraient être appropriés à la première maladie ? Eh! que de
( 456 }) raisons ne peut - -1l pas y avoir de s “abstenir de ces moyens ; € ’est-à-dire de ne pas traïlewles organes qui ont été primitivement affectés, et qüfme le sont plus ! Faut-il traiter les dartres, la jasler la fièvte intermittente, le rhumatisme, etc., chez des sujets qui n’en sont plus affectés, et pourrait-on toujours le faire impunément ? Est-ce pour stimuler les 6rganes jadis malades, et rappeler en eux un état morbide semblable à l’ancien? Cette indication peut, danstun petit nombre de cas et seulement dans le début de l'affection secondaire, donner quelques bons résultats ; mais, dans la plupart des cas ; elle fait perdre un temps précieux, qui serait bien mieux employé à: combattre le mal dans le nouveau siége qu'il
occupe:
Les médecins physiologistes ont tiré grand parti de cette dernière méthode, non seulement dans ce cas, mais dans une foule d’autres encore, et les succès qu'ils obtiennent, ils les doivent à l’idée que les maladies qui se succèdenÿ et se remplacent sont dépendantes d’un phénomène qui les domine toutes, c’est-à-dire de l'irritation qui se diversifie, selon les: tissus qu ’elle attaque. / Avec cette précieuse donnée le praticien tire parti des anciennes vuessur lesexutoires en rapportant leurs effets à la révulsion : mais 1l n’a pas, comme nos prédécesseurs, une telle confiance dans cet ordre de moyens qu'il néglige de combattre
l'irritation dans son nouveau siége. Si l’on demande
pourquoi les anciens s’obstinaient à agir ainsi, nous
en trouverons la raison dans l’ontologie. C'est parce-
que,combattant l'entité morbide,larvée ou dégénérée,
ils ne pouvaient avoir que trois idées : celle de lui opposer les spécifiques qui lui convenaient dans son premier siége; celle de l'y rappeler par des stimulans ; enfin celle de tarir par des évacuans la source de l’humeur morbifique qui pouvait l’alimenter. Quelque raison que l’on allègue pour justifier les anciennes doctrines et les laver du reproche d’ontologisme, nous D 1 qu'on ne saurait jamais sorlir de là. La théorie dynamique, la seule que l’on pourrait faire valoir contre notre assertion , estsans valeur pour cet objet; carla débilité, quel'on accusait comme cause des engorgemens dont ils’agit, avaitses spécifiques dans des stimulans qui ne pouvaient que rarement remédier à ces maladies ; et quand ils ne réussissaient pas, on n'avait plus de données pour fournir d’autres indications curatives, à moins de sejeter dans l’empirisme , ou dans les autres systèmes dont nous venons de signaler les inconvéniens.
L'explication des maladies qui sont l’objet de la proposition qui nous occupe, par lirritation, déterminant afflux d'humeur et vice de nutrition; le classement de cette irritation , avec d’autres nuances analogues, dans un degré inférieur à l’inflammation, ap donc des sources d'indications curatives que
l'on ne trouve point dans les anciennes doctrines.
C'éêt à a expérience qu'il appartient de faire estimer Vas valeur ; mais elle a déjà prononcé ,comme nous pourrons le prouver dans la partie thérapeutique de
ces commentaires.
La graisse et la Iymphe qui forment les engorgemens cellulaires avec dureté , sont toujours dégénérées ; et si le ramollissement y survient , l’inflammation se développe. C’est ce qui arrive aux encéphaloïdes, aux mélanoses , aux squirrhes, etc. ; de là les can cers qui surviennent également dans les tu:
bercules, etc.
La graisse, la Iymphe et les autres humeurs secondaires dégénèrent dès qu'elles ne sont plus soumises à l’influence normale des tissus qui doivent leur servir de dépôt pour un temps quelconque.On ne saurait encore , dans l’état actuel de la science, déferminer jusqu’à quel point ces humeurs peuvent être importunes et irritantes pour les tissus déjà surirrités qui les contiennent ; mais on sait qu'il est des cas où elles le sont réellement.
Le ramollissement n'est point la cause de l’inflammation quel on croit désorganiser ces pin, il en est plutôt l'effet. Ce qui le prouve, c’est que plus on les irrite sous prétexte d’en procurer la résolution, plus tôt elles se ramollissent, et passent à l'état inflammatoire qui les fait tomber en détritus ; et que s’il est un moyen de prévenir ce ramollissement, c'est de combattre l’irritation qui le prépare et qui entretient l’engorgement.
Un nouveau fait vient à l'appui des précédens : c’est que, da js les cas d’incurabilité de ces tumeurs, on s'efforce du moins d'empêcher leur ramollissement inflammatoire par le traitement antiphlogistique, et plus on leur soustrait d'irritalion, plus elles acqui-reni de dureté, ce qui arrive au point qu’elles finissent par rester pendant toute la vie comme des tissus inertes, des corps étrangersinnocens, quin'incommodent les parties saines que par leur volume et par leur poids. Ces faits, bien constatés, doivent servir à fonder les indications curatives; elles consistent à détruire l'irritation qui a produit la congestion. On court la double chance ou de guérir celle-ci, si la résolution est possible, ou, si elle ne l’est pas, de réduire la tumeur à une masse inerte compatible avec l'existence de l'individu. Il est des cas où les irritans peuvent concourir à cet endurcissement salutgire, mais 1ls ne sont pas faciles à déterminer ; le plus souvent, les résolutifs n'endurcissent les engorgemens qu'en augmentant l'irrilalion qui les à formés, et préparent le ramollissement consécutif si redoulé, qui est le signal de la dégénération cancéreuse. AE
Nouscroyons,au surplus, que les tumeurs blanches des tissus cellulaires, les encéphaloïdes,les squirrhes à forme de chair d'orange, qui ne tendent pas à ce genre d'endurcissement,agissentcontinuellementsur les viscères par une influence sympathique analogue à celle que nous avons reconnue aux masses ganglionnaires, et préparent des phlegmasies et des subinflammations qui, continuant leur progrès malgré
l'ablation de ces engorgemens, dans les cas où ils sont opérables ; entraînent le plus sogvent la perte des malades. Aucune irritation ne peut rester entièrement isolée dans l'économie vivante : tel engorgement squirrheux qui est absolument indolore est le siége d’un mouvement organique intestin d'irritation qui augmente la température du lieu malade ; et tout organe assez excité pour être plus chaud que dans l’état normal exerce des sympaihies sur l’ensemble viscéral, établit une habitude d’irritation qui est déjà par elle-même quelque chose de fâcheuxlorsqu'elle est fort ancienne , et finit par se convertir en un mouvement Aer RenIenE , qui prépare les viscères à la catastrophe dont nous venons de parler.
La pratique ; empiriquement accréditée pour ces sortes de cas, vient prêter un nouvel appui à cette, manière de voir les choses : on espère prévenir la rechute chez les personnes que l'opération a délivrées d’une tumeur squirrheuse, en établissant un#cautère ; quelquefois l’on y parvient, et la suppression de cet exutoire est bientôt suivie du retour de la première affection; de là le préjugé populaire qui ordonne de conserver les cautères toute la vie. Comment peut agir leæauière en pareil cas? Les anciens attribuaient ses bons effets à l'égout qu'il donne aux humeurs peccantes. Mais la quantité de ce qu'il élimine est si peude chose en comparaison de ce qu’il en faudraitévacuer pour mettre les personnes à l’abri de toute congestion nouvelle, et la supposition d’une humeur particulière, provocatrice de la rédicive et appelée exclusivement par le cautère,
( 461 ) estsi absurde, que l’où ne peut un seul instant s’arréter à de pareilles explications. Il est certain que si le cautère ou le séton peuvent être de quelque avantage pour les personnes délivrées, par l’opération, des masses squirrheuses, ce ne peut être qu'en entretenant à l'extérieur une irritation qui puisse suspendre ou diminuer celle qui s'était établie dans les viscères. Cette explication, la plus plausible de toutes , puisqu'elle découle des faits les mieux constatés , peut devenir pour bien des malades une source de salut, en engageant leurs médecins à proportionner l'irritation artificielle à celle que l’on a fait cesser par l’ablation de la tumeur carcinomateuse. Nous sommes étonné qu'une pareille idée n'ait pas été depuis long-temps#uggérée par la contemplation des faits qui nous occupent.
Quant aux engorgemens et aux indurations cellulaires qui occupent les interstices des organes intérieurs, l’on ne peutcompter sur aucun moyen capable de les résoudre toutes les fois qu'ils ont acquis un haut degré d'intensité. C'est donc à les prévenir qu’il faut s'exercer, et l’on ÿ parviendra si l’on est profondément imbu des principes de la médecine physiologique ; c’est-à-dire si l’on s'impose le devoir de ne jamais négliger une irritation, quelque légère qu'elle paraisse. Quant aux moyens, nous ne pouvons qu'en renvoyer le détail au lieu convenable.
exc
Lorsque lirritation a régné sous forme
( 462 ) | d'inflammation ou de subinflammation dans les tissus des membranes articulaires, artérielles et autres tissus naturellement secs et peu extensibles, il y a extravasation de Palbumine, et cette humeur se dessèche par labsorplion, et se convertit en concrétions calcaires; exemple , les goutteux. Ces concrétions sont donc l'effet de l’irritation. Il en est ainsi de celles qui se forment au milieu des ganglions lymphatiques devenus tuberculeux, et quelquefois dans Les follicules sécréteurs de la mucosité.
Ce fait est bien digne d'attention; avant la doctrine physiologique on ne pouvait se rendre compte de la formation de ces concrétions, sans recourir à Thumorisme : mais comme celui de Boerhaave et des mécaniciens n'avait plus aucun crédit, et comme, d’un autre côté, la théorie du tartre de Paracelse était renversée par leschimistesmodernes,on dutemprunter à ces derniers les explications humorales dont on sentait le besoin. L’acide phesphorique leva toutes les difficultés. On le supposa libre et détaché des os, sans en indiquer la cause, et même sans se mettre en peine de prouver que les os des goutteux eussent moins de phosphate calcaire et fussentmoins solides que ceuxdes autres sujets. Il'arrive quelquefois que les anciens goulleux éprouvent du ramollissement dans les extrémités articulaires : ces faits, dont nous avons
plus haut donné la véritable raison, suffirent pour lever tout scrupule. On les généralisa sans hésiter; et de ce que lesos deviennent quelquefois mous et friables chezquelques vieux goutieux, ou conclut qu'aussitôt qu'un homme est saisi d’une attaque de goutte, ses os ont nécessairement perdu une partie de leur phosphate calcaire. L’acide prenait la route des urines, et la chaux, dirigée sur les articulations, était la cause unique des douleurs atroces que les malades y réssentaient. x
Cette explication ressemblait parfaitement à celle des anciens médecins qui croyaient que la nature n'avait point demeilleur moyen pour se débarrasser des humeurs crasses et terrestres, résultat de Ja faiblesse de la transpiration amenée par les progrès de l’âge, que de lancer cet excrément grossier Sur le tissu des petites articulations, tissu d’ailleurs Si irritable, si difficilement extensible, si peu propre én un mot à lui servir d'émonctoire. De là le sage précepte de respecter cet effort salutaire de la nature, c’est-à-dire de laisser souffrir les malades.
On à peine à croire aujourd’hui que des hommes bien organisés aient pu prendre une‘idée aussi misérable des phénomènes vitaux. Quoi qu'il en soit, il est bien évident que l'explication des chimistes mo dernes n’est que celle de Murgrave et des autres humoristes du moyen âge, habillée à lamoderne.Scudamore lui-même, malgré son inflammation hépatique goutteuse, ne pouvait setirer de l'explication des calculsarticulaires ,sans admettre un certain genre d’altération Héfhoëall. Celle que présente la proposition
est aussi simple qu’elle est vraie : des humeurs lymphatiques, riches en phosphate calcaire, sont appelées par l’irritation dans des tissus cellulaires peu extensibles, fort adhérens aux Hgamens'et aux tendons. Chaque attaque en dépose une nouvelle couche, et le rapprochement de ces accès ne donne pas le temps à la dernière d'être entièrement résorbée. C’est là, c’est dans ces amas de lymphe en partie extravasée, en partie soumise à une faible action vitale, et perdant par l’absérption tout ce qu’elle eut de liquide, que se rassemblent les molécules du sel calcaire , entraînantavec elles beaucoup de matière animale pour former les concrétions si incommodes pourales vieux goutteux.
Ce mécanisme est comparé par la proposition à celui qui préside à la formation des calculs qui se dégagent quelquefois des amygdales et des follicules muqueux du larynx dans les phlegmasies chroniques de ces organes ; elle les met également sur la même ligne que les noyaux calcaires que l’on rencontre parfois au milieu des tubercules du mésentère, et qui, dans quelques cas, paraissent être la transformation du ganglion tout entier. L'auteur aurait encore pu rapprocher ces mêmes concrétions de celles qui se forment dans les canaux salivaires et même dans le bassinet des reins. es mêmes lois président à tous ces genres de concrétions. On Y retrouve toujours deux phénomènes principaux : accumulation d’'humeurs soustraites au mouvement circulatoire, mais encore soumises, jusqu'à certain point, à l’influence vitale des tissus animés d’une irritation or-
( 465 ) | ganique vicieuse : absorption ou élimination de ce qu'il y a de fluide. |
Les tissus lardacés ou graisseux sont les seuls entre ceux que nous avons cilés qui soient exempis de ces sortes de concrétions : maïs on peut les rencontrer dans tous ceux où prédominent l’albumine et la gélatine ; tels sont, entre tous ceux dont nous venons de parler, le cerveau, le névrilème des gros nerfs, les tuniques des artères, comme le dit la proposition , les tendons, toutes les membranes séreuses, aussi bien que les fibreuses, etc.; etpourtant il est évident qu'une irritation chronique, l’irritation vraiment subinflammatoire , à présidé à leur formation.
: Cette explication, fondée sur des faits innombrables, paraît devoir prévaloir désormais dans l'école française, et fermer sans retour l’accès aux théories chimico-humorales, qui ont pendant si longtemps retardé les progrès de l’art de guérir.
La couleur noire existe souvent dans les tuméfactions lymphatiques : c'est ce que l’on appelle mélanose. |
On s’est livré, à plusieurs reprises, à des recherches sur la mélanose: les uns l’ont regardée comme une production d’un genre tout particulier, destinée à devenir le siége d’un cancer; les autres ont cru
u’elle n’était autre chose que du sang décomposé infiltré dans les parties. Nous croyons aussi qu'il y a plusieurs espèces de mélanoses, ou, pour parler d'une manière qui ne suppose point une entité, qu'il y a plusieurs causes de la couleur neire que l'on rencontre si souvent dans les cadavres des personnes quiont succombé aux suites des phlegmasies chroniques. | En commençantpar la mélanose dont il s’agit dans la proposition, nous pouvons dire qu’elle n’est autre chose que le tissu du poumon devenu noir par l’effetdes progrès de l’âge. Jamais cette couleur noire nese présente chez les jeunes sujets : on nerencontre chez eux que de petits points noirs, peu multipliés ; mais, à mesure que l’âge fait des progrès, et que les taches noiresse multiplient sur la surface séreuse des poumons , ces points noirs de l’intérieur devien+: nent aussi plus nombreux ; enfin, lorsque l’homme est fort avancé dans sa carrière, et que, même sans maladie, la surface des lobes pulmonaires est presque toute noire, s’il existe des masses tuberculeuses dans le parenchyme, on peut être assuré qu'elles seront entièrement noires. C’est ce que nous avons plusieurs, fois vérifié; c’est-à-dire que nous nous sommes convaincu que tel tubercule, suit des gan* glions bronchiques, soit du parenchyme, qui aurait été blanc ou jaune chez un jeune sujet, est toujours noir chez un vieillard. De là, comme nous l'avons écrit plusieurs fois, l'erreur qui a conduit quelques médecins à avancer que la mélanose des poumons était une phihisie particulière, remarquable en ce
que la fièvre y est peu considérable, et que les malades, qui sont toujours âgés, ont de la disposilion à l'œdème. Ces auteurs ont évidemment décrit la pneumonie chronique des vieillards; et, comme les poumons ne peuvent qu'être noirs chez de pareils sujets , ils ont pris celte noirceur pour la preuve du caractère spécial de ce qu'ils ont nommé phthisie avec mélanose. |
La couleur noire se présente aussi dans les péritonites chroniques. En ce lieu, elle dépend en majorilé du sang extravasé entre les lames de l’'épiploon et dans le tissu cellulaire placé entre les: différens replis du péritoine. Ceux qui ont étudié, dans cette région, la prétendue entité mélanose, ont eu pour résultat qu'elle consistait dans un Üssu infiltré d'un sang décomposé,
La couleur noire manque rarement de se développer dans les tissus muqueux qui À long-temps souffert l’inflammation; c’est ce qui fait paraître ces vastes taches noires ou brunes, et ces zones noirâtres que l’on trouve dans l'estomac et les intestins, à Ja suite des gastrites et des entérites chroniques. }l nous serait difficile de déterminer si cette couleur foncée est ou n'est pas formée par du sang extravasé ou fondu dans le tissu de la membrane d’une manière plus intime qu'il ne l’est ordinairement dans les phlegmasies, où l’on n’observe que la couleur rouge plus ou moins foncée; mais nous avons acquis la certitude que ces taches noires sont des effets de l'inflammation ; ou bien, si l’on aime mieux, nous ne pouvons pas encore déterminer pourquoi
( 468 ) certaines phlegmasies gastro-intestinales laissent à leur suite la couleur noïre, pendant que d’autres ne laissent que la rouge ou la violacée. Nous avons remarqué que la couleur noire diminue à la suite des inflammations chroniques; nous l'avons aussi trouvée après les aiguës; mais, dans la plupart des” cas , il nous a semblé que l'état aigu avait été précédé du chronique; et c’est, à notre avis, ce qui produit le plus efficacement cette couleur noire dans les membranes muqueuses.
Les tissus cellulaires et aréolaires interposés entre les différens organes deviennent noirs dans les foyers fistuleux, et les clapiers qui succèdent au phlegmon, lorsque la sortie du pus n’a pas été libre. Cette espèce de mélanose doit-elle être attribuée à la même cause qui produit celle du péritoine?.... I] est possible LE jour, et ce jour ne doit pas désormais être éloigné, l’on constate que les, molécules sanguines, altérée# d’une certaine manière par : l'inflammation, sont la cause principale de cette noïirceur, si commune dans les anciens foyers de phlegmasie ; mais nous pensons que ce n'est pas à cette cause qu'il faut attribuer la couleur noire des ganglions bronchiques : elle nous paraît dépendre ‘ci des fonctions de l'organe, c'est-à-dire du carbone apporté par le sang veineux, et qui finit à la longue par communiquer sa couleur à tous les tissus de l'organe respiratoire.
Mais cette idée nous en fait naître une autre. Si l'on applique des ventouses ou des sangsues sur deux points de la peau, dont l'un soit enflammé et
l’autre sans phlegmasie, on notera que le sang ex« trait du premier sera noir, et celui qui viendra de l'autre, d’un beau rouge. Ne pourrait-on pas induire de là que linflammation rend le sang plus noir qu’à l'ordinaire dans les tissus qu'elle occupe, soit en y faisant prédominer les veines, soit plutôt en le forçant à un séjour œui ne peut que rendre plus foncée la couleur qu’il doit toujours prendre en traversant le système capillaire? Cette explication , si elle était reconnue bonne, aurait le grand avantage de rapprocher toutes les mélanoses entre elles , et de faire disparaître le merveilleux que l’on a voulu répandre sur ce genre d'altération.
Au surplus , quoi qu’il en soit de la manière dont on veuille expliquer la cause organique e’ la cause chimique de la mélanose, il reste toujours, sur ce point, deux vérités qui nous paraissent incontestables : la première, que la mélanose n’est point un tissu particulier, étranger et comme hétérogène dans l’organisation ; la seconde, qu’elle est un produit de lirritation prolongée. des organes, surtout, GaGi la nuance qui porte le nom d’ inflammation. vla 19
D’après ces réflexions, Ja proposition: EXCI. doit être rédivée dela manièré suivante : « La couleur >» noire éxiste souvent dans les foyers: d’inflammation Set de subinflammatuion a :c'estrée qe » F on appelle mélanose, » olovas 9895 95b ofegnr
Le cancer Outre Aer ré de:la REA
1, Path, 31
( 470 ) nérationirritative des tissus où prédominent l'albumine et la graisse, est toujours accompagué d’inflammation : il w’est pas incurable tant qu’il n’est que local.
Cette proposition signifie que l’irritation occulte et véritablement subinflammatoire qui entretient les tuméfactions dont il s’agit, s'accroît lorsqu'elles se changent en cancer; ou plutôt que Pinflammation qui ramollit, dissout, ulcère et fait tomber en détritus les parties endurcies, n’est autre chose que la subinflammation qui entretenait l’engorgement , et qui prend alors uñ nouveau degré d'intensité. C’est afin de donner l’idée de ces deux nuances distinctes de lirritation, celle qui entretient le sarcome et celle qui le fait tomber en dissolution purulente, que l’auteur a nommé la dernière inflammation mixte ; expression fondée sur ce que la masse de la tumeur n’est encore affectée que de la subinflammaüon, pendant que la superficie, plus vivement irritée et plus pénétrée de sang, est dévorée par une véritable inflammation. La principale raison de cette sur-activité, c'est que la peau, par où commence lulcération, est cellulaire et plus sanguine que la masse lymphatique sousjacente. C’est donc la phleemasie de cette enveloppe et de ses feuillets aréolaires, qui, après lavoir détruite , pénètre le sarcome, l’échauffe, le détruit. On peut remarquer qu'il y a toujours plus d'inflammation dans le bourrélét cutané qui entoure les cancers dont. lulcé-
( 471 ) ration est devenue d’une certaine étendue. Les membranes muqueuses jouent le même rôle pour les cancers des cavités viscérales.
La seconde partie de cette proposition portant que le cancer, même ulcéré, n’est pas incurable tant qu'il n’est que local, ne doit pas seulement s'entendre des sarcomes ulcérés : il est possible que la tumeur, avant d’être parvenue à ce degré, ait déjà réagi, et même assez fortement, sur les viscères. C’est ce que nous avons développé dans les précédens commentaires.